Qui croit à la régénération baptismale ?

Cet article est le premier de la série “La régénération baptismale à la lumière des Ecritures”.

 

Comme nous l’avions déjà brièvement relevé, l’expression régénération baptismale ne désigne pas une doctrine uniforme, mais plutôt un faisceau de positions tenues par différentes dénominations parfois très éloignées les unes des autres.

On pourrait définir la régénération baptismale comme l’ensemble des positions théologiques qui lient la régénération personnelle d’un individu à son baptême d’eau.

L’idée implicite est que le salut d’une personne est connecté à son baptême, sans pour autant que celui-ci soit toujours nécessaire.

Cet article, sans prétendre à l’exhaustivité, a pour but d’exposer les principales formes que prend la régénération baptismale dans le foisonnement théologique moderne.

 

La régénération baptismale au sein des mouvements sacramentalistes

Par commodité, nous regroupons derrière l’expression “Eglises traditionnelles” l’ensemble des mouvements qui appuient leurs théologies sacramentelles sur des revendications d’origine et de succession apostolique (ainsi, l’Eglise Catholique Romaine, les différentes Eglises Orthodoxes, l’Eglise Apostolique Arménienne, etc…).

Catholiques et Orthodoxes rangent le baptême en premier sur la liste de leurs 7 sacrements (ou “saints mystères” pour les orthodoxes), l’associant généralement avec le “bain de la régénération” et le “renouvellement du Saint-Esprit” mentionnés par Paul en Tite 3:5.

Pour le Catéchisme de l’Eglise Catholique, le baptême “signifie et réalise cette naissance de l’eau et de l’Esprit sans laquelle nul ne peut entrer au Royaume de Dieu.” (art. 1215).
Par conséquent, celui-ci est essentiel au salut, et dès lors “l’Église ne connaît pas d’autre moyen que le baptême pour assurer l’entrée dans la béatitude éternelle.” (art. 1257)

Le Catéchisme envisage toutefois la possibilité d’être sauvé sans avoir reçu le baptême des mains d’un prêtre. Cependant, l’ombre du sacrement n’est jamais bien loin, que ce soit pour les martyrs (on parle alors de baptême de sang) ou pour les catéchumènes mort sans avoir eu le temps de le recevoir (baptême de désir, cf. art. 1258-1259).

Pour la grande majorité des Eglises traditionnelles, le sacrement est efficace en raison de sa nature même, sans que n’interviennent les défaillances éventuelles de celui qui administre ou de celui qui reçoit le baptême.
Pour exprimer cette croyance, les théologiens catholiques reprennent à leur compte la formule augustinienne ex opere operato (littéralement “du travail accompli”).

C’est essentiellement sur cette base d’efficacité sacramentelle intrinsèque que les Eglises sacramentalistes justifient le baptême de nourrissons (avec toutefois quelques divergences comme le mode d’administration ou la période à laquelle le baptême doit être effectué).

La régénération baptismale chez les héritiers de la Réforme

De nombreuses églises Luthériennes sont encore attachées la position affirmée par Martin Luther dans son Petit Catéchisme (1), tout en considérant généralement qu’il est possible d’être sauvé en dehors du sacrement du baptême.

Cependant, certains Luthériens parmi les plus évangéliques ont tendance à rejeter radicalement la régénération baptismale. (2)

Par ailleurs, Martin Luther était fermement opposé à l’approche sacramentelle catholique et considérait qu’aucun sacrement ne pouvait prétendre être efficace ex opere operato. Pour lui, en l’absence de foi chez celui qui le reçoit, l’efficacité d’un sacrement est nulle. Sur ce point, cependant, ses déclarations dans La Captivité Babylonienne de l’Eglise semblent rentrer en contradiction avec celles du Petit Catéchisme. (3)

Dans l’église anglicane, les débats historiques sur la régénération baptismale ont donné lieu à de très nombreuses controverses que l’espace dévolu à cet article ne permet pas d’exposer en détail.
Celles-ci ont commencé très tôt, dès 1552 selon certains spécialistes (4), et ont été l’un des points de tension de la Conférence de Savoy (5), au 17ème siècle, amenant la plupart des non-conformistes (6) à prendre distance avec l’Eglise d’Angleterre.

Le feu de la controverse ne s’est jamais réellement éteint, et au 19è siècle le Mouvement d’Oxford (6) relançait les discussions, augmentant la dissension doctrinale dans le leadership de l’église d’Angleterre, et déclenchant au passage les (célèbres) foudres du baptiste Charles Spurgeon. (7)

Certaines Eglises issues du mouvement Restaurationniste (8), en particulier les Eglises du Christ (9), affirment que le baptême de professants par immersion fait partie d’un processus nécessaire au salut.
Généralement rangés parmi les tenants de la régénération baptismale, ceux-ci s’en défendent cependant. (10)

Enfin, dans le camp des églises issues de la Réforme Magistérielle, on retrouve un peu partout de petits groupes sacramentels qui professent une régénération baptismale plus ou moins affirmée. (11)

 

Conclusion

Bien entendu, ce rapide survol ne fait pas justice à l’ensemble des subtilités qui existent au sein même des dénominations citées. Certaines d’entre elles seront néanmoins abordées plus en détail au fil des articles de cette série.

Les Eglises traditionnelles ont tendance à davantage affirmer la vertu régénérante du baptême, tandis que d’autres groupes préfèrent insister sur son caractère purifiant ou sur sa nécessité.

Néanmoins, parce que toutes les tendances évoquées ci-dessus tendent à lier d’une manière ou d’une autre le salut individuel à l’acte baptismal, il apparait important de les mentionner au moins ici.

Le postulat de cette série d’article est qu’aucune de ces positions n’est bibliquement recevable, et c’est ce que les prochains billets vont s’attacher à démontrer.

 

Rendez-vous ici pour le deuxième article de la série , dans lequel nous tentons de donner une définition à la doctrine de la régénération. 

 

 

Notes et références :

1- Cf. Luther M., Petit Catéchisme, Partie 4
2- Citons, à titre d'exemple, les églises issues de l'EEL-FSB (Synode de France et de Belgique), dont l'origine remonte au réveil Luthérien du 19ème siècle. Mentionnons l'excellent blog de l'Eglise Luthérienne en Poitou.
3- Cf. par exemple cette déclaration, issue de La Captivité Babylonienne de l'Eglise : “Ce n'est pas le baptême qui justifie ou qui bénéficie à qui que ce soit, mais c'est la foi en la Parole de la promesse, à laquelle le baptême est ajouté. Cette foi justifie, et accomplit ce qui signifie le baptême.” Celle-ci parait bien mal s'accorder avec celle du Petit Catéchisme : “Le Baptême opère la rémission des péchés, il délivre de la mort et du diable, et il donne le salut éternel à tous ceux qui croient, conformément aux paroles et aux promesses de Dieu.” Certains accusent Luther de s'être contredit dans son approche sacramentelle, d'autres voient un lien logique dans l'ensemble de ses déclarations. Quoi qu'il en soit, il est évident que Luther avait adopté une position que l'on peut qualifier de “régénération baptismale”.
4- Holeton, David R. (1988), “Church, Sacraments and Ministry: 4 Initiation”, in Stephen, Sykes; Booty, John, The Study of Anglicanism (London: SPCK): 264
5- La Conférence de Savoy (1661), à ne pas confondre avec la Déclaration du même nom (confession de foi des Puritains congrégationalistes en 1658), est une réunion de conciliation entre évêques anglicans d'une part, et représentants puritains et presbytériens d'autre part. L'objet de cette réunion était la révision du Book of Common Prayer, objet de la dissension avec les non-conformistes depuis la loi d'uniformité de 1558 (voir note 6, ci-dessous).
6- Non-conformistes : ce terme désigne l’ensemble des personnes ayant refusé de se conformer à la loi d’uniformité de 1558, qui tendait à réguler le culte de l’église anglicane officielle. Par cet acte, la reine Élisabeth Ière faisait obligation légale à tous les Anglais d’aller à l’église chaque dimanche (!), ou à défaut de s’acquitter d’un impôt relativement important pour l’époque. Elle régulait aussi le type de prières qui devaient être prononcées lors des offices (via le fameux Book of Common Prayers). Une bonne partie des puritains désobéirent pour différentes raisons à cet acte de conformité, et devinrent ainsi qualifiés à postériori de “non-conformistes”.
7- Voir son sermon n°573 du 5 juin 1864, “Baptismal Regeneration”. Dans l'un de ses traités, “Soul-Winning Explained”, Spurgeon est encore plus explicite et déclare que les tenants de la régénération baptismale “tiennent leur succession apostolique de Judas Iscariot”.
8- Derrière l'expression-parapluie “restaurationnisme” se trouve un ensemble de dénominations prétendant avoir réétabli le christianisme dans son état originel. La plupart d'entre elles croient qu'une grande apostasie aurait eu lieu peu de temps après la mort et la résurrection de Jésus-Christ, et que leur devoir est de restaurer la pureté du christianisme dans son expression primitive. Parmi les dénominations qui se revendiquent d'une approche restaurationniste se trouvent les Adventistes, les Mormons, les Témoins de Jéhovah, et d'autres groupes comme l'Eglise du Christ. Ce dernier est né en marge du Second Grand Réveil américain. Pour avait un aperçu de l'impact que le mouvement Restaurationniste a eu (et a encore) sur la société américaine, voir Nathan O. Hatch, The Democratization of American Christiantity, New Haven: Yale, 1989.
9- L'une des dénominations fer de lance du Mouvement Restaurationniste, possédant quelques églises en France.
10- Voir Tom J. Nettles, Richard L. Pratt, Jr., John H. Armstrong, Robert Kolb, Understanding Four Views on Baptism, Zondervan, 2007.
11- C'est la cas, par exemple, du mouvement réformé Federal Vision, bien que celui-ci refuse toute assimilation de sa position à la régénération baptismale. Dans le camp évangélique professant, l'un des travaux les plus importants est sans aucun doute l'ouvrage du professeur d'Oxford Anthony R. Cross, “Recovering the Evangelical Sacrament: Baptisma Semper Reformandum”. L'auteur y défend une approche sacramentelle du baptême qu'il appelle “Faith-Baptism” (baptême de la foi), arguant que les évangéliques -tant baptistes que pédobaptistes- ont fait fausse route par rapport au modèle néo-testamentaire. L'ouvrage est fortement documenté : la bibliographie fait plus de 42 pages !

 

Guillaume Bourin est le fondateur du blog Le Bon Combat et l'un de ses administrateurs. Il est titulaire d'un master en théologie (M.Div.) et d'un autre en Ancien Testament (Th.M.) obtenus à la faculté Southwestern Baptist Theological Seminary (Fort Worth, USA).

  • Bonjour Guillaume,

    Simple détail, qui ne change rien au fond de l’article : le chiffre de sept sacrements est une particularité de l’Eglise latine qui émerge avec Pierre Lombard.

    L’Eglise orthodoxe a une vision différente et n’a jamais cherché à comptabiliser les Mystères.

    Bonne journée,

    • Merci pour cette précision utile David,,je vais aller vérifier tout ça. Par contre, il me semble avoir lu que les Sentences de Pierre Lombard ne font que reprendre une idée déjà établie. Je vérifierai ça

      By the way, est-ce que tu connais les versions Françaises des Sentences? Je cherche à m’en procurer une moderne sans succès.

    • Vérification faite, la plupart des Eglises Orthodoxes considèrent qu’il y a sept “Saints Mystères”, mais reconnaissent que chiffre ne reflète pas la pensée de tous les pères.
      Comme tu le soulignes, ils choisissent néanmoins de ne pas en limiter le nombre, en acceptant toutefois que le chiffre de sept est bien établi.
      Voir ici le point de vue de leur wiki-like généraliste et ici celui des Coptes Orthodoxes.

      Ensuite, il semble que c’est au Concile de Lyon de 1274 que le nombre de sacrements est devenu officiellement la norme latine. Pierre Lombard avance déjà ce chiffre dans le IVème livre de ses Sentences, donc plus d’un siècle avant.
      Ceci étant, j’aimerais bien creuser davantage ces données, les Sentences étant avant tout un agglomérat commenté de sources patristiques. A mon humble avis, ce chiffre est antérieur, car des débats existait déjà sur leur nombre avant le Xème siècle (cf. Jean Damascène et certains théologiens Byzantins).
      Si tu tombes sur des infos, n’hésite pas.

  • Oui c’est possible. Il faudrait vérifier.

    Une traduction est en cours de publication aux éditions du Cerf.

    3 livres sur 4 sont déjà parus :http://www.editionsducerf.fr/html/fiche/fichelivre.asp?n_liv_cerf=9443

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