Pharrell-Augustin | Qu'est-ce que le vrai bonheur ?

Qu’est-ce que le vrai bonheur ? Pharrell Williams vs. Augustin d’Hippone

 

Cet article a été publié en anglais le 16 juin 2014 sur le site de The Gospel Coalition par Ryan Hoselton. Traduction Dominique Azema.

 

Diriez-vous que vous êtes heureux ? Votre réponse réponse dépendra selon si vous pensez le bonheur de la façon dont le chanteur Pharrell Williams l’exprime ou comme Augustin, le théologien de l’église primitive.

“Il est certain que tout le monde veut être heureux“, écrivait Augustin, il y a quelques 1600 ans dans La Cité de Dieu. Il en est cependant moins certain quand “ils demandent qui est heureux ou quoi les rend heureux“ (X. 1).

À travers les siècles, hommes et femmes ont cherché à comprendre l’essence du bonheur. Est-ce le plaisir, un état d’être positif, la sagesse, ou même une déesse telle la déité romaine Félicité ? Ou le bonheur est-il simplement l’une de ces choses que l’on reconnaît quand on les voit – ou quand on les ressent ?

Pharrell s’aventure à faire un portrait du bonheur dans son dernier succès, Happy.
La chanson vous invite à laisser échapper cette danse, celle que vous aimez danser lorsque personne ne vous regarde (pour quelques exemples amusants, voir le clip vidéo).
Pharrell donne au bonheur (happiness) toute une force intérieure : “le bonheur est la vérité“. Le bonheur est une énergie et une puissance qui vous poussent à la danse et à être vraiment positif quant à la vie.
Pourquoi “rien ne peut m’abattre ?“ demande Pharrell. La réponse : “Je suis à un trop haut niveau“, et ce “parce que je suis heureux.“

 

Si vous vous sentez comme une chambre sans plancher

Si vous évaluez votre bonheur ultime à la Pharrell, vous serez durement désillusionné et déçu.

Peut-être avez-vous chanté et tapé des mains à l’écoute de ce morceau dans la voiture ce matin (ou au son d’une autre chanson qui vous inspire), mais plus tard dans la journée quelque chose vous a à nouveau déprimé (si tel est le cas, pas besoin de vous inquiéter, quelqu’un y a déjà pensé et a sorti un clip vidéo de 24 heures avec la chanson répétée en continu afin de faire taire toute négativité en vous).

A vrai dire, considérer le bonheur comme une forme de positivité incessante poussée à un haut niveau vous rendra misérable. Les moments durs dans la vie vous accableront inévitablement, et vous aurez besoin de bien plus qu’un sentiment d’insouciance ou que les mouvements d’une danse pour vous faire traverser ces circonstances.

Notre bonheur est aussi stable que les choses limitées et changeantes auxquelles nous dévouons notre amour et nos désirs.
Augustin a écrit :

Beaucoup de gens sont misérables parce qu’ils aiment ce qui ne devrait pas être aimé, et sont encore plus misérables quand ils en jouissent.
(VIII.8)

Augustin connaissait intimement cette réalité.

Mais mon péché était ceci : je cherchais le plaisir, la beauté, et la vérité non pas en [Dieu] mais en moi-même et en ses autres créatures, et au lieu de cela cette recherche m’a conduit à la douleur, la confusion, et l’erreur.
(I.20)

Peut-être avez-vous également fait l’expérience de cette réalité quand un travail, une relation ou une possession n’a pas réussi à vous donner le bonheur auquel vous vous attendiez. Peut-être votre “chambre sans toit“ (selon l’expression chère à Pharrell) n’était-elle en fait qu’une chambre sans plancher sur lequel se tenir.

 

“Par la résidence duquel seul l’âme est rendue heureuse“

Soyez soulagé : vous n’avez pas besoin de vivre dans l’illusion pour  pouvoir dire que vous êtes une personne heureuse.

Comment pouvons-nous donc savoir si nous sommes heureux ? Pour Augustin, la personne heureuse est celle qui connait et participe à l’amour, la bonté et la grâce de Dieu. Les principes suivants qu’Augustin a développé dans La Cité de Dieu donnent un cadre pour considérer le bonheur de manière vraie.

 

Le bonheur est un don.

Quand nous comprenons que le bonheur est un don de Dieu, nous allons alors à la recherche de Dieu pour l’obtenir.
Augustin accusait les romains d’autrefois de transformer le don divin du bonheur en une déesse à adorer.

Chercher le bonheur tout en en ignorant la source n’a aucun sens.
Parce que personne “ne peut échapper au malheur s’il vénère le bonheur comme une déesse et délaisse Dieu, le donateur du bonheur, de la même façon que personne ne peut échapper à la faim s’il lèche l’image d’un pain et ne demande pas du vrai pain à la personne qui en a.“ (IV.23).

Dieu ne dépend de rien d’autre que lui-même pour le bonheur parce qu’il est immuable, éternel, et parfaitement bon, et il aime faire partage de son bonheur comme un don aux hommes. Il nous donne la vie, la création, les relations, et tellement plus.
Mais de manière plus importante, il se donne lui-même pour notre bonheur.

 

La poursuite du bonheur est liée à la poursuite de la justice.

Tel un poisson à sec, nous serons misérables si nous nous efforçons de vivre d’une manière contraire à celle que nous sommes appelés à vivre.
Augustin croyait que “personne n’est heureux à moins qu’il ne soit juste.“ (XIV.25).

Nous sommes le plus heureux quand nous alignons nos cœurs et nos actions avec le bien suprême.
Quand nous désirons le bien suprême “non pour quel qu’autre intérêt que l’intérêt du bien lui-même“, ceci ne “nous laissera rien à poursuivre de plus pour notre bonheur“ (VIII.8).

Puisque le bon suprême est Dieu lui-même, hommes et femmes seront le plus heureux quand ils le désireront suprêmement et prennent plaisir à imiter sa justice dans l’intérêt de la justice-même.
L’iniquité et la détresse résultent de ne pas aimer Dieu suprêmement et de focaliser nos passions pour de mauvaises choses.

 

Le bonheur consiste à aimer Dieu.

Notre bonheur est aussi fort et endurant que les choses que nous aimons. Si nous le recherchons dans “les choses qui sont matérielles, temporelles, changeantes et mortelles“, notre bonheur sera alors superficiel, éphémère, et changeant (VII.19).

Mais si nous dévouons notre “amour pour le bon suprême qui est le Dieu immuable“, notre bonheur sera alors éternel (X.1).
L’amour de Dieu nous libère aussi pour trouver un bonheur véritable dans les choses de ce monde – tels les relations, la nourriture, la musique, la récréation, le travail, la connaissance, etc. – parce qu’ils dérivent leur bonté ultimement de lui. L’amour de Dieu nous enseigne aussi d’avoir un vrai amour de soi, et il nous pousse à aimer nos prochains et promouvoir leur bonheur.

 

Le don du bonheur qui provient de la participation à l’amour et à la bonté de Dieu semble différent de la chanson Happy de Pharrell. Il peut inspirer la positivité et les bons sentiments, mais son but principal est de vous pousser à l’amour, le remerciement, et la grâce.
Si vous voulez être heureux, aimez Dieu davantage.

 

– Ryan Hoselton

 

 

 

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Guillaume Bourin est pasteur de l'Église réformée baptiste de la Trinité, à Montréal (Québec, Canada). Il s'intéresse particulièrement à l'exégèse et à l'intertextualité de l'Ancien Testament, à la théologie biblique, et à l’ecclésiologie. Guillaume est titulaire de deux masters en théologie (M.Div., Th.M., Southwestern Baptist Theological Seminary, USA) et il est actuellement candidat au doctorat à l'Université d'Aberdeen (Ecosse).