Que penser du théisme ouvert ?

Le théisme ouvert est une position doctrinale relative à la souveraineté de Dieu qui a fait beaucoup parler d’elle ces dernières années. Elle a désormais de nombreux adeptes dans les milieux évangéliques, et progresse de manière imperceptible.

Pour autant, rares sont les chrétiens qui en connaissent la définition exacte ainsi que les dangers potentiels.

Dans cet épisode de “Que dit la Bible ?”, Guillaume Bignon nous présente les principaux enjeux de cette position, ainsi que la manière d’y répondre efficacement.

 

 

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Ayant étudié les maths et la physique en classe préparatoire et grande école d’ingénieur, Guillaume Bignon travaille actuellement dans l’informatique financière sur Wall Street. Après une conversion improbable et providentielle à l’âge adulte, il s’est pris de passion pour l’apologétique chrétienne et a obtenu une Maîtrise en littérature biblique avec emphase sur le Nouveau Testament (Alliance Theological Seminary, New York). Il est titulaire d’un Doctorat en théologie philosophique obtenu sous la direction de Paul Helm (London School of Theology). Guillaume est membre de l’Evangelical Theological Society, l’Evangelical Philosophical Society, la Society of Christian Philosophers, et l’association axiome. Il s’intéresse à la métaphysique du libre arbitre, sa relation avec la providence divine et la logique modale, ainsi que la théologie naturelle et l’épistémologie.

 

 

 

 

 

 

“Que dit la Bible ?” est le podcast hebdomadaire du blog Le Bon Combat. Retrouvez l'ensemble des questions posées et de nos entretiens sur l'onglet dédié, en haut et à droite de la barre de menu du site !

  • Désiré Rusovsky

    Clairement l’orateur a une connaissance très limitée du Théisme ouvert, car son calvinisme l’enferme dans des raisonnements non fondés sur les Écritures même s’il les utilise.

    Il semble ignorer que le théisme ouvert est une démarche visant premièrement à comprendre les Écritures comme leurs premiers destinataires les comprenaient sans le filtre de l’histoire et de toutes les démarches philosophiques qui y ont progressivement gauchi la compréhension biblique. Il n’est pas étonnant qu’il soit philosophe et qu’il mélange donc des catégories inconciliables.

  • L’idée que la toute-science de Dieu s’opposerait à ce que les choix de l’homme soient indéterminés, n’a absolument rien de nouveau : voici ce que répondait Frédéric Godet à cette objection dans la revue Le Chrétien Évangélique, en 1880, (c’est-à-dire il y a 136 ans !)

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    … une action vue, contemplée, comme présente, par un témoin, peut-elle être en même temps une action libre ? Je vous contemple lisant ces lignes dans le Chrétien évangélique : le fait de votre lecture est pour moi parfaitement certain. Est-il moins libre de votre part ? La question ainsi posée est si simple qu’elle en devient naïve. Ce n’est pas la vue qui produit l’acte ; c’est l’acte qui produit la vue. Le problème du rapport entre les libres actions de l’homme et la prescience de Dieu n’est pas plus compliqué que cela, dès que nous comprenons la prévision de Dieu comme une vue. Et qu’on n’objecte pas que la vision en Dieu a une tout autre efficacité que la vision chez l’homme, par la raison que notre œil reçoit passivement du dehors l’objet qu’il perçoit, tandis qu’en Dieu la vue de l’objet est accompagnée de la vertu de le produire, la toute-science étant inséparable de la toute-puissance. Raisonner ainsi, ce serait méconnaître ce que nous avons rappelé en commençant : que la toute-puissance peut et veut se limiter, afin de laisser place dans l’univers à d’autres forces que la sienne.
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    Le fait que des concepts soient extraits d’articles de théologiens américains ne garantit nullement leur originalité, et appeler d’un nom nouveau une idée ancienne (à savoir le Théisme ouvert), renvoit soit à l’ignorance du travail des prédécesseurs (entre autres des théologiens francophones), soit à leur mépris.

    Pour que les théologiens modernes ne soient pas condamnés à répéter sans cesse ce qui a déjà été dit, il faudrait nécessairement qu’ils intègrent dans leur discours les véritables nouveautés apportées par la science du 20° siècle. C’est ce qui s’appellerait mettre les mains dans le cambouis… avec toute l’insécurité désagréable que cela représente pour nos néo-orthodoxes, qui ne pourraient plus alors se réfugier sous le bouclier de Calvin à la moindre alerte, l’Institution restant désespérément muette sur les relations d’incertitudes d’Heisenberg, sur l’équation de Schrödinger etc. etc.

    Avoir entendu parler de ces choses ne suffit pas, parce qu’en face, dans le camp de la science athée, il y a des gens qui connaissent leur affaire, et qui vont vous demander des explications précises sur la façon dont Dieu modifie la fonction d’onde de façon à tout déterminer. Si l’on n’a rien à répondre, on reste dans le discours, dans la philosophie, sans apporter aucun progrès réel.

    Pour ceux que ça intéresse, l’article de Godet :
    Le rapport entre la prescience divine et la liberté de l’homme
    http://theotex.org/perl/theotex_pgsvg.pl?bk=godet_articles&pi=429

    Personnellement je n’ai jusqu’à présent rien lu de mieux, mais je ne serais pas surpris qu’il existe des auteurs contemporains ayant su tirer des données de la science moderne des pensées nouvelles sur le sujet. Si oui, quelqu’un pourrait-il les résumer ici ?

    • Carson a écrit un ouvrage en réponse au théisme ouvert. Je ne sais pas que ce celui-ci vaut.

    • Bonjour, cher homonyme ami,
      Je ne m’exprimerai pas sur le théisme ouvert. Pour le moment, je lis et j’écoute… Les réponses de Guillaume me semblent tenir la route. Juste quelques petites réactions à ce que tu écris :
      – Comme toi, j’aime beaucoup les écrits de Frédéric Godet que tu mets en ligne comme tu le rappelles. Mais l’illustration « si simple » que tu donnes de sa part me semble boiter légèrement : Le lecteur que je suis lit le texte du théologien bien après qu’il l’ait écrit (et Godet ne pouvait pas être sûr que je le lirai !), alors que Dieu lit l’histoire de l’homme avant que nous ne l’ayons « écrite » !
      Personnellement, j’aurais tendance sinon à résoudre l’énigme de la compatibilité (oh non !), du moins à en réduire la tension, par la considération d’un rapport de Dieu tout différent avec le temps (comme c’est aussi le cas avec l’espace). Non, je n’affirme pas du tout que Dieu serait hors de notre espace spatio-temporel, ce serait nier toute action de sa part. Mais s’il est omniprésent, est-ce absurde de l’imaginer omnitemporel ? (oh l’affreux néologisme !)

      – Je me demande si tu n’as pas un meilleur appui que Godet pour notre conviction commune que tous les hommes sont appelés au salut malgré une part de déterminisme indéniable ?
      C’est un autre de tes auteurs de ThéoTex qui me semble exposer brillamment cette 3e voie entre calvinisme et arminianisme : il s’agit d’Augustin Grétillat, dans le 3e tome de ses œuvres que tu mets en ligne. Un grand merci à toi, Claude ! Je bois du petit lait en le lisant. Dommage, pour un ignare comme moi, qu’il ait le même travers que Godet et Carson : il parle beaucoup en langues ! 🙂 Bon, on va avoir droit à un podcast de Pascal et Guillaume(s) pour réfuter cette 3e voie…

      – Dernière remarque, quand tu parles de se réfugier auprès de Calvin… Celui qui aura lu le livre d’Etienne Giran (Théolib) « Sébastien Castellion et la réforme calviniste – Les deux réformes » aura du mal à continuer à se réfugier auprès du réformateur (ou auprès de Farel et de Bèze). Ces hommes semblent avoir régné en dictateurs sanguinaires sur les âmes.
      C’est l’époque qui a voulu cela ? Michel Servet, Sébastien Casteillon, Philipp Mélanchthon… étaient de la même époque et tranchaient par leur douceur, leur pardon, et la centralité du Sauveur Jésus-Christ dans leurs prédications.Leurs erreurs doctrinales sont sans commune mesure avec les crimes de ceux qui les traitaient de chiens, de porcs, et envoyaient ceux qu’ils pouvaient au bûcher, à la torture ou les vouaient à la famine. Calvin justifiait même l’horrible exécution de deux hommes en disant que c’était Dieu qui les avait destinés à ces tortures. Ces bourreaux « chrétiens » ont scandalisé bon nombre d’incroyants pendant de siècles. Voltaire s’en est ému, et Balzac considérait que, toutes proportions gardées, Calvin et ses amis n’auraient rien eu à envier à Fouquier-Thinville, voire à Robespierre. (Vérifiez dans les écrits de Calvin même !)
      Ça donne à réfléchir à la place qu’avait le Saint-Esprit dans la vie de ces hommes, et donc à la capacité qu’ils pouvaient avoir pour saisir spirituellement la pensée de Dieu.
      Allez, bonne journée à tous, le Seigneur est bon, il est amour et c’est cela qui doit être l’axe de toute notre théologie ! Ça change tout.

      • Bonjour Claude,

        Merci de ton commentaire, que bien sûr je ne lis qu’après que tu l’aies écrit, car je ne suis pas Dieu. Si de ton côté tu lis l’article complet de Godet que j’ai donné en lien, tu constateras :

        1) Que l’argument principal de l’auteur est précisément que Dieu ne prévoit pas les choses, mais qu’il les voit comme présentes. Ce n’est pas son regard qui les crée, mais il les voit parce qu’elles sont, et elles sont ce qu’elles sont en vertu de la part d’indéterminisme qu’il a accordée aux hommes.

        2) Que l’auteur n’écrit pas en langues, mais avec des mots très simples. Godet a composé plusieurs livres destinés à un large public populaire : études bibliques, conférences, sermons… Il ne devient technique que par nécessité, dans ses commentaires exégétiques.

        Personnellement, je n’ai pas une aussi haute opinion de Gretillat, qui spécule beaucoup et manque de la luminosité remarquable de Godet. Naturellement, si j’ai pris la peine de numériser sa volumineuse théologie systématique, c’est que j’estime qu’elle en vaut la peine, mais je n’en ferais pas l’ouvrage de référence dont le but serait de défendre l’arminianisme contre le calvinisme. En réalité ce débat a largement été dépassé au cours du temps qui a coulé depuis la Réforme, quatre siècles ce n’est pas rien tout de même, à l’échelle humaine ! Je ne trie pas les ouvrages qui méritent d’être réédités suivant un tamis calviniste/non-calviniste, mais selon leur biblicisme : qu’apportent-ils dans l’éclairage des Ecritures ?

        Cependant si j’ai personnellement un point à souligner dans la résurgence récente de ces disputes philosophiques sur la scène évangélique, c’est le suivant : Quelles que soient les bonnes doctrines réformées qu’il ressuscite et rénove avec talent, le néo-calvinisme américain ne possède pas l’autorité de se présenter comme étant la vraie orthodoxie évangélique devant être reçue en France. Il est complètement faux de croire que rien n’a été écrit en français depuis Calvin, et que pour boire la saine doctrine il faille obligatoirement aller s’abreuver chez les puritains anglais ou chez leurs descendants américains.

        Les bons auteurs français seraient-ils trop vieux ? Mais Bunyan, Owen, Edwards, que l’on nous donne comme étant les vrais pères de l’église évangélique qu’il faudrait avoir lus pour être orthodoxe, ont écrit dans un anglais qui date de Shakespeare ! A côté, et simplement pour rester près de l’époque de la Réforme, nous pouvons aligner sans peine une belle collection de théologiens français que les américains, eux, ne se croient pas obligés d’avoir lus : Plessis-Mornay, Daneau, Basnage, Mestrezat, Claude, Du Moulin, Du Bosc, Drelincourt, Le Faucheur, Abbadie… Le vieux français dans lequel ils ont écrit n’est pas plus illisible que l’anglais de l’époque d’Owen. En remontant au 19° siècle, voilà maintenant Spurgeon dont l’hagiographie devrait être connue de tout évangélique (même les charismatiques nous le citent à tout bout de champ pour montrer qu’ils ont de l’instruction). Et Roussel ? et Monod ? et Bonnet ? et Dhombres ? ils ne prêchaient pas, eux aussi ? et plutôt bien ?

        Entre Calvin et le 20° siècle, l’orthodoxie évangélique (c-à-d le camp opposé au libéralisme) a évolué : elle a su reconnaître les exagérations et les paradoxes insolubles inhérents à la théologie de Calvin. Il suffit de lire la préface de l’édition de 1859 de l’Institution Chrétienne, écrite par un réformé, Louis Bonnet, pour le constater, mais une foule d’autres documents le prouve. Par conséquent ce n’est pas aujourd’hui aux évangéliques américains à dire aux évangéliques français ce qu’ils doivent croire.

        Par ailleurs, la tentation de vouloir ériger une norme stricte devant s’imposer à toute conscience religieuse pour qu’elle puisse être considérée comme orthodoxe, va contre le principe même du protestantisme, qui est celui de la liberté d’examen. Le Bon Combat, ce n’est pas de justifier Calvin, mais de conserver intact le dépôt de la foi, qui nous a été donné dans les Ecritures.

        Amitiés en Christ.

        • Merci, Claude. Tu auras compris que les « langues » dont je parlais étaient le grec et le latin. Pour ce dernier, (chez Grétillat), je ne risque pas de le perdre, et je rassemblerai mon courage pour lire plus à fond Godet, puisque tu me le recommandes tant. D’ailleurs, je ne crois pas que uje me perde tant du côté des américains, là aussi mon inculture est noire ! Je suppose que tu réponds à quelqu’un d’autre en t’y étendant si longuement ? Enfin, je ne suis pas sûr que Grétillat aurait été heureux de se savoir classé parmi les arminiens. Pour moi, c’est vraiment une 3e voie, à preuve la part de déterminisme qu’il admet. Je hais les classifications clivantes. Mais pour le fun, allez hop, je suis le seul grétillan de cette planète ! 🙂 Ceci dit, tu as raison : ne nous perdons pas en discussions stériles ! Pour moi, je vois ces débats comme quelque chose qui m’aide à avancer. Je n’ai absolument aucune ambition de convaincre les 3 pelés et les 2 tondus qui me lisent ! :-)) Bon dimanche, Claude le rasoir

  • ce serait cool de pouvoir télécharger les podcasts depuis le player Soundcloud

  • Etienne Omnès

    Vous dites que le théisme ouvert a beaucoup gagné en influence au cours des années, et pourtant je n’ai jamais entendu personne nier l’idée que Dieu ait une connaissance du futur.

    Pourriez vous me dire ce qui vous amène à dire qu’il a gagné en influence? Est ce au niveau des cénacles théologiens ou dans les églises aussi? L’avez vous déjà rencontré en France? (Question ouverte à tous)

    J’en profite pour dire que selon moi, le théisme ouvert est finalement un arminianisme qui s’assume: si nos choix sont vraiment indéterminés, alors comment le Futur pourrait-t-il seulement être écrit et connu de Dieu? Maintenant que cela est dit, je ne pense pas du tout que ce soit vrai bien sûr 🙂

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