Quand le canon de l’Ancien Testament a-t-il été fixé ?

Il semble que l’autorité de certains livres ait été reconnue instantanément sur la base de leur propre identification prophétique ou d’une parole s’étant accomplie (Ex. 24:3-7 ; Deut. 18:15-22 ; Dan. 9:2).
Pour d’autres livres, davantage de temps a été nécessaire pour qu’ils soient édités ou complètement reconnus (Esaïe 30:8 ; Prov. 25:1).

Walter Kaiser résume ainsi l’histoire du canon de l’Ancien Testament :

Il y a eu une reconnaissance progressive de la canonicité de certains livres, à commencer par celle des lecteurs et des destinataires contemporains de ces écrivains et qui étaient les mieux placés pour valider leurs affirmations.(1)

Il semble clair que du temps de Jésus, la plupart des juifs étaient en accord sur la question du canon : une liste qui correspond au contenu de “notre“ Ancien Testament. […]

 

Récemment, certains spécialistes ont affirmé que le canon juif n’avait pas été clos avant le soit-disant concile de Jamnia, en 90 ap. J.C. (2)
Le terme “concile“ et la mention d’une date précise sont cependant trompeurs.

Dans les faits, à la suite de la destruction du temple de Jérusalem par les armées romaines en 70 ap. J.C., des discussions rabbiniques sur différents thèmes ont pris places à Jamnia et se sont poursuivies pendant soixante ans.
Une étude attentive de ces débats rabbiniques favorise l’approche chrétienne traditionnelle, à savoir que le canon était depuis longtemps établi pour la majorité des Juifs du premier siècle. [..]

Flavius Josèphe (37-100) affirme que le canon juif correspondant à notre Ancien Testament était déjà en vigueur du temps du roi perse Artaxerxès (465-423 av. J.C.). Ses écrits relatifs à la clôture de l’Ancien Testament sont particulièrement frappants (3)

Il parait difficile de comprendre pourquoi nous devrions écarter une affirmation aussi claire au profit d’une reconstruction moderne aussi fragile.

 

Robert L. Plummer
Traduit et adapté de 40 Questions about Interpreting the Bible, p.58-59

 

 

Pour aller plus loin :

– Don Carson et Douglas Moo abordent de manière un peu plus détaillée la problématique de l’état du canon de l’AT au moment de la rédaction du NT, cf. Introduction au Nouveau Testament, 685-690.

– Pour ceux qui veulent vraiment creuser le sujet, voir Sid Leiman, The Canonization of the Hebrew Scriptures. The Talmudic and Midrashic Evidences (Hamden, Archon: 1976).
Roger Beckwith, The Old Testament Canon of the New Testament Church and Its Background in Early Judaism (Grand Rapids, Eerdmans: 1985).
Albert Sundberg, The Old Testament of the Early Church (Cambridge, Harvard University Press: 1964).
Voir également l’ouvrage de Walter Kaiser mentionné en note (1) ci-dessous.

 

 

Note et références :

(1) Walter C. Kaiser Jr. , The Old Testament Documents: Are they Reliable or Relevant? (Downers Grove, IL: Intervarsity Press, 2001), 31. (retour)
(2) Graetz est apparemment à l'origine de cette idée. Cf. H.H. Graetz, Kohélet oder der Salominishe Prediger (Leipzig: Winter, 1871), 160-63. (retour)
(3) Flavius Josephus and William Whiston, The Works of Flavius Josephus (London, New York: Routledge; Dutton, 1906). Against Appion, 1:38-42. A noter que dans son décompte, Josèphe considère les douze petits prophètes comme un seul livre, et regroupe Juges-Ruth en un seul livre, de même que Jérémie-Lamentations. (London: Forgotten Books, 2013), 308-9.(retour)

 

Guillaume Bourin est le fondateur du blog Le Bon Combat et l'un de ses administrateurs actuels. Il s'intéresse particulièrement à l'intertextualité et à l'exégèse de l'Ancien Testament, à la théologie biblique, et à l’ecclésiologie. Il est titulaire d'un master en théologie (M.Div.) et d'un autre en Ancien Testament (Th.M.) obtenus à la faculté Southwestern Baptist Theological Seminary (Fort Worth, USA).

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