Pourquoi prier, si Dieu sait déjà tout ?

Mais pourquoi donc prions-nous si Dieu est omniscient et sait déjà tout ? Jean Calvin offre cette réponse :

Les croyants ne prient pas en vue d’informer Dieu des choses qu’il ignorerait, ou pour l’inciter à faire son devoir, ou pour le presser comme s’il était réticent.

Au contraire, ils prient afin de s’éveiller eux-mêmes à le chercher, afin qu’ils exercent leur foi en méditant ses promesses, afin d’être consolés de leurs anxiétés en sa présence; en un mot, afin de déclarer que de Dieu seul ils espèrent et attendent, autant pour eux que pour les autres, toutes bonnes choses.

Jean Calvin
Harmonie des Evangiles 



Pascal Denault est pasteur de l’Église évangélique de St-Jérôme. Il est titulaire d’une Licence (BA) et d’un Master en théologie (ThM) de la Faculté de théologie évangélique de Montréal. Pascal est l’auteur des livres Une alliance plus excellente (2016, Impact Académia) – Solas, la quintessence de la foi chrétienne (2015, Cruciforme) – The Distinctiveness of Baptist Covenant Theology (2013, Solid Ground Christian Books).


  • Francine

    Admirable simplicité de Calvin ! mais pourquoi ne jamais donner les références complètes des extraits que vous citez ? Ici il s’agit de bien de l’Harmonie des Evangiles mais ceux qui veulent retrouver le passage doivent savoir aussi le verset, Matthieu 6.8 :

    Car les fidèles ne prient pas pour advertir Dieu de quelque chose qui luy soit incognue pour l’inciter à faire son office, ou le soliciter comme s’il tardoit trop: mais plustost afin de se resveiller eux-mesmes à le chercher, d’exercer leur foy en méditant ses promesses, de se soulager en deschargeant leurs solicitudes sur luy : et finalement pour rendre tesmoignage tant à eux-mesmes comme aux autres, qu’ils espèrent et attendent tous biens de luy seul.

    C’est quand même beaucoup plus imposant dans l’original, non ? et surtout pourquoi avoir censuré la suite de l’explication de Calvin :

    Ceux qui prient ne doyvent donc point errer comme Abraham qui s’estoit bien fourvoyé s’imaginant entretenir quelque conversation avec l’Eternel, comme il l’eust faict avec un autre homme, ou playder comme un maquigon la salvation de Sodome, car nous voyons que la ville fust destruite selon un conseil arresté d’avance. Il nous faut heurter continument à la porte du ciel non dans la sotte espérance qu’elle s’ouvre, mais pour donner de l’exercice à notre bras débile, exciter notre cueur appesanti et esveiller notre esprit somnolent.

    • Ne dites pas que nous ne donnons jamais les références… Cette citation est traduite de l’anglais (et oui, c’est tout ce que nous avions sous la main…). Du coup, y inscrire le volume des « Harmonies” numéro de page nous paraissait peu utile.
      Par contre vous avez raison, le reste de la citation est très important au contexte, et nous aurions pu l’ajouter.

      • Francine

        Guillaume, je suis confuse… vous m’aviez dit quelque part que mes parodies vous amusaient… Comment avez-vous pu croire un instant que la suite de la citation est de Calvin ?! Calvin se permettant de faire la leçon à Abraham ! et pire, de contredire le Seigneur, qui a dit : Frappez et on vous ouvrira

        Mon misérable pastiche contient cependant deux leçons non dépourvues d’intérêt, j’ose croire :

        La première est relative au fond de la citation de Calvin : si Dieu n’est absolument pas influencé par nos prières, comment croire encore que prier équivaut à « dialoguer » avec lui ? La prière ne se résumera-t-elle pas au contraire à un désespérant monologue avec nous-mêmes ? (conclusion qui révolte Désiré, à juste titre, il me semble). Et que dire au fait de l’intercession d’Abraham ? de touchante, elle devient dérisoire, puisqu’en aucun cas l’Éternel ne se laissera fléchir par elle.

        La seconde leçon est relative à la manie de traduire le français de Calvin en anglais, puis l’anglais de nouveau en français. Déjà, dans le principe, c’est quand même assez idiot. Mais ce qui est inquiétant c’est l’atrophie de tout réflexe de saine critique textuelle chez les jeunes qu’entraîne ce genre de méthode. Après leur avoir fait croire qu’il n’y a d’orthodoxie que chez Calvin, on les gave de Calvin en « français courant ». Comment donc seront-ils à même de discerner l’authentique Calvin du faux, et partant la vraie pensée du réformateur ? Combien de temps cette pseudo citation serait-elle restée là sans qu’un lecteur qui lit réellement du Calvin ne la trouve un peu bizarre et n’aille vérifier ?

        C’est pourquoi je pense que citer Calvin dans le texte va au-delà de la simple question du numéro de page : il faut encourager les jeunes non seulement à lire, mais encore à savoir lire, c-à-d à réfléchir à ce qui est écrit, quitte à aller aux sources (ad fontes dirait Pascal Denault), sous peine d’en arriver à un degré de jobardise dangereux pour l’avenir des évangéliques.

        • Peps Cafe

          Bonjour !

          Une variante du « Gorafi » sur « Le Bon
          combat » ? 😉

          En tout cas, votre pastiche était réussi !
          Et je vous l’accorde, « citer [un auteur] dans le texte
          va au-delà de la simple question du numéro de page : il faut encourager les jeunes non seulement à lire, mais encore à savoir lire, c-à-d à réfléchir à ce qui est écrit, quitte à aller aux sources, sous peine d’en arriver à un degré de jobardise dangereux pour l’avenir des évangéliques ».

          D’où l’importance d’adapter la notion de « réfutabilité » à
          l’écriture d’articles d’édification : c’est à dire, donner au lecteur la
          possibilité de réfuter ce qu’il lit, de le vérifier, le
          contredire. Ce qui induit qu’on écrit plus qu’un simple article : on
          explique comment on a préparé le papier, qui on a vu, ce qu’on a lu, qui parle à quel moment…..[c’est le même principe en journalisme]

          D’ailleurs, voici un autre test : qui a écrit(et où) :
          « Un enfant n’est pas un vase que l’on remplit, mais un feux qu’on allume ». Montaigne, Rabelais ?…..

          Fraternellement et à bientôt !
          Pep’s

          • Francine

            @Pep’s

            Merci pour la mention du legorafi.fr, dont j’ignorais l’existence, et qui permet de rire un peu, comme au petit journal.

            La critique de la peopolisation de Calvin doit cependant se situer sur un autre registre que la parodie satyrique, à mon avis ; car les néo-calvinistes ne souffrent généralement pas d’un déficit d’humour, mais d’un excès de trissotisme. Il il faudrait donc plutôt leur prescrire une cure de parodie scholastique. De ce point de vue, l’affaire Sokal reste un modèle, assez pédant comme il convient :
            https://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_Sokal

          • Peps Cafe

            Bonsoir Francine,

            je vous en prie, c’est avec joie, pour la mention du site d' »infaux » !
            Et bien vu, concernant l’affaire Sokal (à ne pas confondre avec le dessinateur) !

            Sinon, concernant « Le Gorafi », à défaut de théoriser sur la « peopolisation de Calvin », il me paraît plus ironique que satirique[avec un « i »], puisque « La satire s’affiche comme une force d’opposition, un discours critique sur le pouvoir. L’ironie, elle, est un trompe-l’œil, dont le plaisir est de se faire passer pour vraie pendant un certain laps de temps. C’est une construction du discours qui, à la différence des autres formes de dissimulation (mensonge, hypocrisie, flatterie), ne vaut que si elle est démasquée. Mais encore faut-il qu’elle le soit, démasquée ». Source : Le Tigre magazine (http://www.le-tigre.net/Rire-de-tout-et-avec-n-importe-qui.html )
            De fait, le Gorafi serait-il l’exemple même d’un « engagement par l’ironie », forçant les lecteurs à se positionner sur ce qu’ils entendent ? « Faire prendre conscience des paroles dites, apprendre à réécouter les discours établis, faire douter : par le décalage, l’ironie redonne du sens aux mots employés par les politiciens ». C’est par l’ironie que l’on « (teste) la capacité de révolte d’un auditoire. »
            Car comme le dit si bien lui-même Le Gorafi, qui renvoie d’ailleurs à la responsabilité du lecteur : «C’est aux gens de faire un travail pour avoir du recul, pour vérifier leurs informations. »

            Tout un programme !

            Bien à vous,
            Pep’s

          • Francine

            Pep’s,

            Oups, vous avez raison : satirique avec un [i] et non un [y] au risque que Francine passe pour obsédée…

            Quant à l’ironie je la vois comme une variante du sel que le Seigneur nous recommande d’avoir toujours en nous-mêmes ; il faut en mettre un peu dans le discours chrétien, mais pas trop, et à condition qu’elle ne soit pas méchante. C’est ce dernier trait qui la distingue de l’ironie mondaine, voltairienne, dont la finalité est l’humiliation de l’adversaire, tandis que l’ironie chrétienne vise à lui ouvrir les yeux afin de regarder la vérité en face.

            Le Seigneur lui-même en a usé, avec la Samartaine : « En cela tu as dit vrai… »
            avec les pharisiens : « Vous dites : nous voyons… », avec la foule : « Qu’êtes-vous allez voir au désert, un roseau ?… » Celle de l’aveugle-né est ma préférée : « Voulez-vous, vous aussi, devenir ses disciples ?… » Chez Paul elle va facilement jusqu’au sarcasme.

            Du temps où je lisais encore sur du papier, je me rappelle la devise du Figaro : Sans la liberté de blâmer il n’est point d’éloge flatteur. (Beaumarchais) Le Gorafi semble donc avoir conservé quelque chose de cet esprit-là.

            Amicales salutations.

          • Peps Cafe

            Tout autant !

            Sinon, j’aime beaucoup aussi, l’ironie de l’aveugle-né guéri !
            Et il y a aussi Jésus, à Nicodème qui vient le voir de nuit : « Et le jugement, le voici : la lumière est venue dans le monde, et les hommes ont préféré l’obscurité à la lumière parce que leurs œuvres étaient mauvaises. En effet, quiconque fait le mal hait la lumière et ne vient pas à la lumière, de crainte que ses œuvres ne soient démasquées. Celui qui fait la vérité vient à la lumière pour que ses œuvres soient manifestées, elles qui ont été accomplies en Dieu. »(Jean 3v19-21) !

        • Pascal Denault

          Chère @disqus_sgTaR0CWgJ:disqus, vous dites: « La seconde leçon est relative à la manie de traduire le français de Calvin en anglais, puis l’anglais de nouveau en français. Déjà, dans le principe, c’est quand même assez idiot. »

          Je vous le concède, lire Calvin en anglais et le retraduire en français pour le citer dans mes travaux est l’une des plus grandes idioties auxquelles je me heurte dans mon ministère. S’il vous plaisait de remédier à cette fâcheuse situation en m’offrant les commentaires du Réformateur en français, je serais rempli d’aise et de reconnaissance!

          Pour le reste, cette citation n’encapsule pas tout ce que Calvin raconte sur la prière, mais n’en est qu’un élément à considérer… ailleurs il est moins « calviniste », mais tout aussi biblique!

          • Francine

            Cher Pascal,

            Google books est ton ami… (books.google.ca) à peu près toutes les oeuvres de Calvin s’y trouvent en français relativment lisible retranscrit au 19° siècle.

            Par exemple l’harmonie des évangiles en question

            https://books.google.ca/books?id=CxsVAAAAQAAJ&pg=PA601&dq=harmonie+évangile+calvin&hl=fr&sa=X&redir_esc=y#v=onepage&q=harmonie%20%C3%A9vangile%20calvin&f=false

            Ça n’est pas très maniable parce que ce sont des images de pages, mais en cliquant en haut à droite sur l’icône engrenage on a accès au texte brut (avec de nombreuses erreurs, mais cela reste copiable). Sur la droite une fonction recherche dans le livre. : c’est ainsi que j’ai pu en moins d’une minute retrouver la référence de la citation de l’article.

            Tous ces commentaires ont été il y a une quarantaine d’années réédités en français moderne par la faculté d’Aix (à partir des éditions du 19° et non du latin) les exemplaires restant du stock sont encore vendus en ligne mais à des prix prohibitifs et inexplicables.

            Il n’y a pas très longtemps, sur le Bon Combat, d’excellents articles sur le droit d’auteur, le copyright, l’esprit de bénévolence qui devrait animer les éditeurs chrétiens etc., ont émané de la Faculté Jean Calvin. Il faudrait donc demander (éventuellement à leur auteur) quand est-ce que la Faculté compte mettre en ligne les pdf de ces livres ? Cela ne coûterait virtuellement rien ou pas grand chose, et permettrait à tous les fans du réformateur de le lire en français du 20° siècle, avec fonction de recherche etc.

          • Pascal Denault

            Grand merci chère soeur! Je devrai malheureusement abandonner les libertés que je prenais comme traducteur pour m’en tenir à l’original… c’est dommage car mes traductions amélioraient Calvin 😉
            Les droits d’auteurs c’est bon 50 ans non? La Faculté d’Aix nous fera sans doute profiter de leur version moderne pour le 510e anniversaire du réformateur!

  • Désiré Rusovsky

    À quoi servirait d’avoir une foi, si elle ne déplaçait pas les montagnes? Elle ne serait qu’un assentiment intellectuel ou une émotion. Il me semble bien que Calvin a erré dans ce domaine.

    Entre Calvin et les Écritures, mon choix est vite fait!

    Et oui, j’erre comme Abraham, en dialoguant avec mon Papa et en sachant qu’Il me répond aussi.

    • Dandelion

      Comme dirait un jus d’orange : oui, c’est vrai. Qu’il ait erré. Je n’ai jamais vraiment lu ou étudié de son héritage avec beaucoup d’attention, mais du très peu vu, de l’amour, il en manque beaucoup. Cela dit, je ne remets ni en cause, sa foi, son esprit, ou même son coeur. Je vous encourage à en faire de même parce que nous sommes tous un peu malades et imparfaits. J’en appelle à ce que vous avez sans doute et de ce qu’il lui faisait défaut, de l’amour.

      Sur LBC, j’ai appris combien certaines idôlatries, c’est comme les caries, elles sont impériales. Je n’suis pas spécialement étonné mais dans les commentaires des articles, quelqu’un se sent investi pour tenter de soigner tel ou tel maux. Ça reste louable, mais j’ai davantage l’impression de regarder des itérations perpétuelles d’un dîner de cons ahah. Vous vagabondez, vous présumez une certaine solitude, et j’aimerais vous dire que vous pouvez très bien vous réjouir avec d’autres même ici. D’ailleurs, vous pouvez vous en défendre si vous le voulez, mais je crois déjà que vous me donnez raison. Ou alors j’en ai très envie pour vous.

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