Pensée juive VS Pensée grecque en sémantique ?

Lors de l’analyse des textes originaux, il arrive que certaines personnes insistent lourdement sur le fait qu’il existe une profonde différence quasi “philosophique”  entre le vocabulaire hébraïque et le vocabulaire grec.
Certains interprètes vont même jusqu’à vouloir valoriser uniquement l’hébreux, car le grec serait trop “enfermé” dans la pensée philosophique grecque de son temps. Cependant, ceci est une erreur fondamentale en exégèse et S. Romerowsky le souligne très bien dans son livre Les sciences du langage et l’étude de la Bible (Excelsis, 2011). Voici un extrait qui en parle assez bien :

On se fourvoie si l’on croit que la pensée d’un être humain est prisonnier de sa langue ou déterminée par celle-ci, si l’on imagine que la langue impose la vision du monde. Cela est démenti par les faits. La langue contient des ressources qui permettent au locuteur de penser et de dire ce qu’il veut, en utilisant la langue telle qu’elle est, avec l’organisation de son vocabulaire et de ses structures grammaticales, ou, parfois, en la faisant évoluer. Ce qui varie d’une langue à l’autre, ce sont les moyens de dire les choses, mais on peut quasiment tout dire dans une langue. (p.123)

Ce n’est donc pas la langue qui nous impose telle manière de voir les choses, mais ce que nous pensons est déterminé par les réalités auxquelles nous sommes confrontés, les expériences que nous avons eues, les réflexions que nous avons menées, individuellement et collectivement, sur la base de la réalité et des expériences que nous en avons. (p.129)

Les auteurs bibliques ont su nous communiquer avec véracité les événements de l’histoire de la Rédemption auxquels ils ont assisté. Ils ont aussi su nous délivrer le message prophétique qui nous permet d’en comprendre droitement le sens. Pour ce faire, ils ont bénéficié de l’assistance du Saint-Esprit (inspiration biblique (cf. 2 Pierre 1.20)). La parole de Dieu est “Parole” de Dieu pour nous  aujourd’hui (Heb 1.3).
Je crois que le Saint-Esprit a guidé de façon sage et parfaite les auteurs humains de la Bible pour qu’ils puissent nous donner un texte accessible et cohérent vis à vis de la réalité qu’ils voulaient nous communiquer.

C’est une chose saine et nécessaire  de veiller à pratiquer une exégèse historico-grammaticale et une herméneutique respectueuse des textes qui prends en compte leur contexte historique, leur genre littéraire, leur corpus, et cela dans une vision canonique et historico-rédemptive; mais c’est une autre chose (qui peut être dangereuse) de vouloir envelopper le vocabulaire biblique d’une sorte de mysticisme sémantique, ou de l’enfermer dans une pensée philosophique qui lui est étrangère.

Ainsi, lorsque nous lisons la bible, nous pouvons être confiants qu’elle est “Parole” de Dieu pour nous aujourd’hui (elle n’est pas hermétique) et nous devons nous laisser nourrir et transformer par elle  chaque jour (Jn 17:17) ; ceci en veillant de toujours comprendre les textes dans leur contexte direct (dans le passage et le livre biblique lu) et leur contexte indirect (leur place dans la Bible, au sein de l’histoire de la rédemption et au sein de l’histoire de la révélation). Nous ferons certainement des erreurs, mais si nous persévérons dans l’étude de la Parole accompagnée par le secours du Saint-Esprit, nous serons émondés au fur et à mesure.

Puis comme l’a dit Jean Calvin, l’école du Saint-Esprit, c’est bien à “genoux devant la Parole”. Pour ceux qui désirent approfondir la question de la sémantique, je ne peux que les encourager à consulter le livre de S. Romerowsky qui aborde de façon très adroite et équilibrée le sujet.

Pour les anglophones, je vous conseille, entre autres, les livres de Moses Silva (Biblical Words and their Meanings), Andres Kostenberger (Invitation to Biblical Interpretation), G. Vos (Biblical Theology), Sidney Potter (Biblical Hermeneutics : Five Views), Plummer (40 Questions About Interpreting the Bible), Woodbridge & Carson (Hermeneutic, Authority and Canon), D.A. Carson (Exegetical Fallacies), Vern Poythress (God-Centered Biblical Interpretation, In the beginning was the word: language : a God-centered approach).

Comme je le dis souvent à mes élèves en cours de grec, l’exégèse et la Théologie ont pour but ultime la doxologie : croitre dans la connaissance de Dieu pour apprendre à nous réjouir en Lui et à le glorifier de toute notre âme, force et pensée.

 

 

DS

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Je suis marié, et le Seigneur nous a fait la grâce d’avoir trois enfants. Je suis actuellement Pasteur Stagiaire sur Montréal. Je suis passionné par le Nouveau Testament, la théologie systématique et l’herméneutique. J’affectionne particulièrement les écrits des réformateurs, de Cornelius Van Til, Vern Poythress, John Frame, Greg Beale et John Piper.