Liberté, Egalité, Fraternité…vraiment ?!

Lorsque nous discutons et partageons avec nos contemporains, il est vital que nous possédions tous la même définition des termes que nous utilisons. C’est une nécessité que beaucoup de chrétiens oublient souvent dans leur engagement au sein de la société.

Ces derniers temps, beaucoup ont fait de ces trois mots, “liberté, égalité, fraternité”, leur mantra quotidien au point de, et cela est paradoxal,  devenir arrogants et violents avec ceux qui ne partagent pas leur point de vue. Il est d’ailleurs malheureux de constater l’arrogance française qui se dégage de plus en plus au travers des journalistes et des hommes politiques de notre cher pays lorsqu’ils veulent imposer au reste du monde leur vision de ce que doit être la liberté d’expression (une vision telle  qui en légitimerait “presque” tous les excès). C’est d’ailleurs intéressant de voir les réactions des journalistes anglais ou américains qui, bien que défendant la liberté d’expression, ont manifesté une plus grande “attitude responsable” lorsqu’il s’agit d’en reconnaître les limites dans un souci de respect envers l’ensemble des communautés qui composent leur nation. Mais revenons à cette “trinité” républicaine que sont la “liberté, l’égalité et la fraternité”. Il est important de souligner que tout le monde ne comprend pas ces termes de la même manière. Mais plus que cela, je voudrais souligner que la compréhension de ces trois termes repose sur la vision du monde que nous possédons. Il faut donc comprendre que tous les désaccords que nous observons aujourd’hui sur ce que doit être ou ne pas être “la liberté” est avant tout le résultat d’une réelle collision entre différentes visions du monde.

Liberté

Aujourd’hui, “dame liberté” est devenue l’une des principales muses pour laquelle un grand nombre de personnes sont prêtes à se battre. Mais prenons un temps de pause au sein de toute cette agitation et réfléchissons un peu : Qui est donc cette “dame” qui souvent peut se transformer en une “Hydre” envers qui chaque coup porté n’attise que plus de rage et de fureur de sa part pour détruire quiconque entravera sa marche ? Comment peut-elle être à la fois la muse des plus grands héros de notre histoire, mais aussi la complice de personnes responsables d’actes irrespectueux et blessants ?

Est-ce qu’il existerait deux formes de liberté, une bonne et une mauvaise ?  Car si nous disons à un drogué qu’il se détruit en usant de narcotiques, celui-ci rétorquera qu’il fait usage de sa liberté, même si cette liberté l’emprisonne dans un esclavage mortel. Ou si nous disons à une personne qui veut avorter qu’elle est sur le point de tuer un être vivant, elle nous rétorquera qu’elle est libre d’user de son corps comme elle le veut et de mettre ainsi fin aux jours de l’enfant qu’elle porte. Quelle est donc cette liberté capable de nous emprisonner ou d’engendrer le meurtre ?

Ou alors n’existerait-il pas plutôt une seule “vraie” liberté qui serait challengée par une pléthore de contrefaçons de cette dernière ? Dans ce cas, comment définirions-nous une “vraie” liberté ? Car ce qui est “vrai” est conforme à la “vérité”, et ainsi à la réalité dont Dieu seul est la norme. Mais comme Pilate le demanda à Jésus : Qu’est-ce la vérité ?

Tout d’abord, la liberté ne peut-être vraie que si elle décrit une marche où la personne qui en use est véritablement libre de tout ce qui peut le réduire en esclavage.Dit autrement,  La liberté ne peut être vraie que si elle est affranchie de ce qui peut asservir celui qui en use.

Ensuite, la liberté dont nous faisons usage dans notre vie de chaque jour peut donc être comparée à un miroir pour notre âme où se refléteront les passions les plus profondes de notre cœur. C’est pour cela que nous ne pouvons pas, et d’autant plus au sein du débat actuel qui touche notre pays, offrir une plaidoirie pour  la liberté sans lui adjoindre un objet particulier dont nous en évaluerons les contours éthique : La liberté, oui… mais pour faire quoi ? Ainsi, user de la “liberté d’expression” afin de blesser et faire mal  à l’aide d’une plume ne correspondrait-il pas à la fois à à une volonté de faire mal et à une forme d’asservissement au mal ?

C’est pour cela que lorsque nous parlons de “liberté” avec des personnes, il nous faut vérifier au préalable si nous en possédons la même définition.

Une “vraie” liberté n’est pas une liberté de faire “tout” ce que l’on veut, et La liberté implique une dimension éthique dont la norme variera selon la vision du monde adoptée.

Dans une vision du monde chrétienne, nous pouvons alors défendre la liberté d’expression avec raison, mais nous ne devrons pas oublier de la qualifier par un “juste usage ”  afin que notre “liberté d’expression” ne se transforme pas en une médisance malsaine.

Puis au fond, l’homme se bat pour la liberté, mais en a-t-il les moyens ? A-t-il les moyens de vivre vraiment “libre” ? …Libre de tout ce qui peut entraver sa marche afin de faire ce qui est juste et droit. Je souligne à nouveau cette notion de finalité car le fruit de notre liberté démontre ou non, et cela à posteriori, si cette liberté peut-être qualifiée de vraie ou d’apparente. Seule une finalité qui démontre un affranchissement vis à vis du péché nous permettra de dire que nous avons usé d’une vraie et authentique liberté. Ne l’oublions jamais, La “liberté” dont nous faisons usage n’est pas une fin en soi, mais elle est un chemin sur lequel nous exprimerons qui nous sommes vis à vis de Dieu, et dont l’aboutissement en est la conséquence nécessaire. Ainsi, si “la justice” n’est pas la finalité vers laquelle l’homme veut se diriger en usant de sa liberté, sa liberté ne sera alors que manifestation d’un asservissement au péché qui le mènera à sa destruction.

Mais revenons à notre question, est-ce que l’homme naturel peut entreprendre une marche libre caractérisée par  la justice ? Et je ne parle pas d’une compréhension de la justice centrée sur “ce que je crois être juste ”, mais une compréhension de la justice selon les critères de celui qui est parfaitement juste et droit : Dieu.

A contre-courant de notre culture, la réponse biblique est non.

La Bible nous donne une réponse claire et précise vis à vis de notre réflexion sur la “liberté” : L’homme est esclave de ce qui triomphe de lui, et particulièrement du péché (Rom 8.34). L’homme naturel a besoin d’être libéré. Ce n’est pas une libération qui consiste dans l’adoption d’un nouveau système de pensée, mais d’une vraie libération de sa volonté naturelle de vouloir être son propre Dieu, sa propre norme vis à vis de ce qui est bien ou mal. Il doit être finalement délivré de sa propre conception de ce qu’est la liberté : la conception illusoire et idolâtre d’une démarche autonome où la véritable seigneurie du Créateur a été remplacée par la vaine et mensongère tyrannie du “moi”.

Mais ne vous y trompez pas, une telle “libération” n’est pas une atteinte à la liberté de l’homme, mais elle en est la clé.

Car c’est une libération des mauvaises passions qui l’asservissent afin de pouvoir vivre en accord et respect avec la réalité qui le définit : Il est une créature au sein d’un univers créé par Dieu et pour Dieu. Ainsi, de la même manière que notre émerveillement face à la beauté d’un coucher de soleil ou la naissance d’un bébé n’est pas le résultat d’une quelconque manœuvre de coercition à l’encontre de notre liberté de choisir ce qui doit nous émerveiller ou non (nous sommes alors confondus par la beauté d’une chose), de même l’adoration que nous donnons à notre Créateur suite à cette transformation de  cœur est la simple et juste expression d’un cœur qui admire à sa juste valeur la réalité glorieuse du Créateur  qui s’est révélé en Jésus-Christ (2 Co 4.6-8).

La liberté n’a donc de sens que lorsqu’elle est cohérente avec la réalité qui nous entoure, c’est à dire lorsqu’elle est en harmonie avec la fait que nous avons été créés pour refléter la gloire de Dieu. Mais est-ce pour cette liberté-là que certains de nos contemporains ont manifesté la semaine dernière ?

Egalité

L’égalité est cet autre Graal pour lequel de nombreuses quêtes ont été faites et certaines continuent encore. Mais d’abord, de quel type d’égalité parlons-nous ? Car l’égalité ne signifie pas le fait d’être identique en tout point, car c’est effectivement la différence qui est source d’identité et qui permet la cohérence entre ce qui est un et multiple. Certaines différences sont une richesse qui permettent la beauté de la complémentarité (comme dans le cas de l’altérité sexuelle, ou les différences culturelles…). Certaines différences peuvent être source d’inégalité (comme dans le cas d’handicap physique…).

Mais, au sein de cette trinité républicaine, il est avant tout fait mention d’égalité en droits. Les hommes naissent effectivement tous libres et égaux en dignité et en droits. De la même manière que la notion de liberté se devait d’être analysée, l’égalité en droits doit l’être aussi. D’ailleurs, l’une des questions principales qui brûle mes lèvres est “pourquoi” ? En effet, bien que je sois d’accord avec cette notion d’égalité, pourquoi tous les hommes naissent égaux en dignité et en droits ? “Dignité” à cause de quoi ? Quels droits ? Quelle est la norme éthique qui nous permet de fonder de façon légitime ces droits ?

Comprenez moi, je ne remets pas du tout en question une telle égalité (au contraire), mais je pose la question du fondement de ce principe. Dans une société qui est matérialiste, dans un rejet de toute transcendance, pour quelles raisons un tel principe universel devrait être entretenu ? D’ailleurs, alors que notre culture a absorbé les aberrations philosophiques de l’évolutionnisme, cette attitude de prendre soin des plus faibles est totalement contradictoire avec le principe même de l’évolution. Paradoxalement, nous prenons soin des plus faibles et des plus petits. Pour le chrétien, ceci n’est pas un paradoxe mais une norme pour sa vie car c’est avant tout un principe biblique.

Mais pour l’incroyant, quelle est la racine d’une telle notion “d’égalité” ? Pour quelles raisons des êtres humains, caractérisés par une identité unique alors expression de leurs différences, devraient être égaux en dignité et en droits? D’accord, ce sont des êtres humains…mais qu’est-ce que cela veut dire ? Qu’est-ce que dans le fait de faire partie dans la grande famille de l’humanité légitime la notion d’égalité ? Nous faisons face là aux limites de la vision du monde matérialiste de notre cher occident.

La Bible est claire, c’est parce que chaque être humain est conçu à l’image de Dieu, son Créateur, que la vie humaine possède une vraie dignité et qu’elle se doit d’être protégée. C’est pour cela que tous les êtres humains naissent égaux en dignité et en droits. Il est alors opportun de se rappeler que c’est avant tout une vision biblique de la dignité humaine et de la notion d’égalité qui fut l’un des moteurs de l’abolition de l’esclavage en Angleterre en 1833 grâce à William Wilberforce.

Fraternité

Si la “fraternité” est une nécessité demandée par la République dans le but de vouloir établir une notion d’obligation morale réciproque, une relation d’harmonie et un certain communautarisme…bien qu’une telle intention soit juste et louable, je pose à nouveau la question : Sur quoi se fonde une telle fraternité ? Qu’est-ce qui la légitime ?

Une fois encore, la Bible nous offre la seule justification recevable d’une telle intention, car elle l’enracine dans l’acte créateur de Dieu.

Nous sommes tous et toutes des arriéres arrières…petits-enfants d’Adam et Eve, et nous avons tous été créés à l’image de Dieu.  C’est cela qui fonde à juste titre l’unité de l’humanité qui se doit d’être manifestée dans un amour du prochain, sans aucunes limites liées à la langue, la culture, le sexe, l’âge…. .

 

 

Je suis conscient que je n’ai fait ici qu’effleurer le sujet, mais mon intention était  simplement de souligner que dans tout dialogue ou toute démarche apologétique (dialogue et débat autour de la foi avec des incroyants), il ne faut jamais partir du présupposé que nous possédons tous les mêmes définitions des termes que nous utilisons. Un tel présupposé se doit d’être sans cesse remis en question face à une culture qui rejette Dieu dans les moindres parcelles de sa connaissance. C’est exactement ce qui a fait défaut dans certains des récents débats au sein du monde évangélique.

 

Je voudrais souligner une dernière chose. Il est important de noter que la vision éthique biblique et ses exigences sont bien au-delà de notre système légal, car elles nous positionnent face à un Législateur Ultime qui nous demande de l’aimer de tout notre cœur, de toute notre âme et de toute notre pensée ; et d’aimer notre prochain comme nous-même. Le droit français, dans notre rapport avec notre prochain, est bien en deçà de telles exigences. Ceci implique pour nous une marche où Dieu nous appelle à ressembler à son Fils. Ceci nous conduit à aimer nos ennemis et à ne pas répondre à ceux qui nous offensent par la violence (verbale ou physique). C’est pour cela que les chrétiens ont toujours été des “cibles faciles”  parce que notre espérance de “justice” se focalise en Jésus-Christ et plus particulièrement lorsqu’il reviendra en gloire et puissance et que tout œil le verra.

 

Je termine en tournant mon cœur et mes pensées vers tous mes frères et mes sœurs au Nigéria, en Syrie, en Iraq, au Yémen, en Corée du Nord… qui chaque jour sont persécutés et mis à mort sans répondre par la violence en tenant ferme dans la foi :  ce sont eux les vrais héros de la foi de l’église actuelle, ceux dont le monde n’est pas digne. Que notre Seigneur les bénisse et que nous soyons des témoins fidèles du Christ comme eux dans notre terre de mission  ou celle vers laquelle Il nous appelle !

 

“Et que dirai-je encore? Car le temps me manquerait pour parler de Gédéon, de Barak, de Samson, de Jephthé, de David, de Samuel, et des prophètes,qui, par la foi, vainquirent des royaumes, exercèrent la justice, obtinrent des promesses, fermèrent la gueule des lions,teignirent la puissance du feu, échappèrent au tranchant de l’épée, guérirent de leurs maladies, furent vaillants à la guerre, mirent en fuite des armées étrangères.Des femmes recouvrèrent leurs morts par la résurrection; d’autres furent livrés aux tourments, et n’acceptèrent point de délivrance, afin d’obtenir une meilleure résurrection;​d’autres subirent les moqueries et le fouet, les chaînes et la prison;ils furent lapidés, sciés, torturés, ils moururent tués par l’épée, ils allèrent çà et là vêtus de peaux de brebis et de peaux de chèvres, dénués de tout, persécutés, maltraités,eux dont le monde n’était pas digne, errants dans les déserts et les montagnes, dans les cavernes et les antres de la terre.​Tous ceux-là, à la foi desquels il a été rendu témoignage, n’ont pas obtenu ce qui leur était promis,Dieu ayant en vue quelque chose de meilleur pour nous, afin qu’ils ne parvinssent pas sans nous à la perfection.” (Heb 11.32-40)

 

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Je suis marié, et le Seigneur nous a fait la grâce d’avoir trois enfants. Je suis actuellement Pasteur Stagiaire sur Montréal. Je suis passionné par le Nouveau Testament, la théologie systématique et l’herméneutique. J’affectionne particulièrement les écrits des réformateurs, de Cornelius Van Til, Vern Poythress, John Frame, Greg Beale et John Piper.