Les plus belles prières d’Augustin d’Hippone

À quoi ressemblent vos prières ? Comment vous y consacrez-vous ? Quel est leur contenu ?
La question est importante. Robert Murray McCheyne écrivait avec raison :

 

Ce qu’un homme est à genoux devant Dieu est ce qu’il est réellement, et rien d’autre.

En écrivant ainsi, McCheyne rappelle que l’essence du christianisme est l’intimité avec Dieu.

Voici quelques unes des plus belles prières d’Augustin d’Hippone (354-430), extraites de ses Confessions.

 

Tu es grand, Seigneur, et tout à fait digne de louanges : grande est ta puissance, et ta sagesse est infinie. Même l’homme veut te louer, lui qui n’est qu’une partie de ta création, l’homme qui porte partout avec lui sa condition mortelle, qui porte partout avec lui le témoignage de son péché et le témoignage que tu résistes aux orgueilleux. Eh bien ! C’est cet homme qui veut te louer, lui qui n’est qu’une partie de ta création. Tu le pousses à trouver son plaisir à te louer, parce que tu nous a faits pour toi, et que notre cœur ignore le repos, jusqu’à ce qu’il se repose en toi.

Accorde-moi, Seigneur, de savoir et de comprendre s’il faut d’abord t’invoquer ou te louer, et si ce qui est premier, c’est de te connaître ou de t’invoquer. Mais qui t’invoque sans te connaître ? Est-ce que, si l’on ne te connaît pas, on peut invoquer autre chose que toi, ou ne faudrait-il pas plutôt t’invoquer pour te connaître ? Mais comment invoqueront-ils celui en qui ils n’ont pas cru ? Et comment croiront-ils si personne n’a prêché ? Ils loueront le Seigneur, ceux qui le cherchent, car c’est en le cherchant qu’ils le trouveront et en le trouvant qu’ils le loueront.

Je dois donc te chercher en t’invoquant, et t’invoquer en croyant en toi ; car tu nous a été prêché. C’est ma foi, Seigneur, celle que tu m’as donnée, qui t’invoque, cette foi que tu m’as inspirée par l’intermédiaire de l’humanité de ton fils, par l’intermédiaire de Celui qui t’a prêché.

(Les Confessions I.1)

 

 

Qu’es-tu donc, mon Dieu ? Qu’es-tu, je le demande, sinon le Seigneur Dieu ? Qui est Seigneur, en effet, en dehors de Dieu ? Ou qui est Dieu, en dehors de notre Dieu ? Très haut, très bon, très puissant, tout-puissant au plus haut point, très miséricordieux et très juste, très caché et très présent, très beau et très fort, stable et insaisissable, immuable et changeant tout, jamais nouveau, jamais ancien,

mais donnant leur nouveauté à toutes choses, conduisant à la vieillesse les orgueilleux alors qu’ils l’ignorent, toujours agissant, toujours en repos, rassemblant sans manquer de rien, soutenant, remplissant, protégeant, créant et nourrissant, donnant la perfection, cherchant sans manquer de rien, tu aimes et tu n’es pas brûlant, tu es jaloux mais tu es assuré, tu te repens mais tu ne souffres pas, tu te mets en colère mais tu es calme, tu changes tes œuvres mais tu ne changes pas tes desseins ; tu reprends ce que tu trouves sans jamais l’avoir perdu ; sans jamais être pauvre, tu te réjouis du gain ; sans jamais être avare, tu exiges des intérêts. On te donne à l’excès pour te rendre redevable, mais qui a quelque chose qui ne soit à toi ? Tu paies des dettes sans rien devoir à personne, tu remets des dettes sans rien perdre. Mais qu’avons-nous dit, mon Dieu, ma vie, ma sainte douceur, et qu’a dit quelqu’un, quand il a dit quelque chose de toi ? Malheur pourtant à ceux qui se taisent à ton sujet, car, tout en étant bavards, ils sont muets !

(Les Confessions I.4)

 

 

Qui m’accordera de me reposer en toi ? Qui m’accordera que tu viennes dans mon cœur, et que tu l’enivres, afin que j’oublie mes maux, et que j’embrasse mon seul bien, toi ? Qu’es-tu pour moi ? Aie pitié de moi, afin que je parle. Que suis-je, moi-même, pour toi, pour que tu m’ordonnes de t’aimer, et pour t’irriter contre moi si je ne le fais, et me menacer d’immenses malheurs ? Est-ce donc un petit malheur de ne pas t’aimer ? Hélas ! Dis-moi, au nom de tes miséricordes, Seigneur mon Dieu, ce que tu es pour moi. Dis à mon âme : “ je suis ton salut ”. Dis-le de telle manière que je l’entende. Voici devant toi les oreilles de mon cœur, Seigneur ! Ouvre-les, et dis à mon âme : “ je suis ton salut ”.

Que je coure derrière cette parole et que je te saisisse. Ne me cache pas ton visage, afin que, dussé-je mourir ou ne pas mourir, je le voie.

La demeure de mon âme est étroite, pour que tu y viennes ? Qu’elle soit agrandie par toi. Elle est en ruine ? Répare-la. Elle contient quelque chose qui offense tes yeux ? Je l’avoue et je le sais. Mais qui la purifiera ? A qui d’autre qu’à toi crierai-je : “ Purifie-moi, Seigneur, de mes maux cachés, et épargne à ton serviteur ceux qui viennent d’autrui ” ? Je crois, et c’est pour cela que je parle. Seigneur, tu le sais. Ne t’ai-je pas déclaré, contre moi-même, mes fautes, mon Dieu, et ne m’as-tu pas pardonné l’impiété de mon cœur ? Je ne conteste pas en justice avec toi, qui es la vérité ; et je ne veux pas me tromper moi-même, de peur que mon iniquité ne se mente à elle-même. Je ne conteste donc pas avec toi, car, si tu as examiné les iniquités, Seigneur, Seigneur, qui soutiendra cet examen ?

(Les Confessions I.5)

 

 

 

 

Note : les transcriptions en italiques sont des textes bibliques qu’Augustin a repris.

Mandimby finalise actuellement son Master en Histoire de l'Eglise à la faculté SWBTS (Fort Worth, Texas). Il a été pasteur jeunesse dans son Eglise à Madagascar pendant six ans avant de se rendre à Singapour pour entamer ses études théologiques, études qu’il poursuit maintenant aux USA.

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