Les 4 étapes de l’humanité selon Augustin d’Hippone

        Dans le 118ème chapitre de son Enchiridion ad Laurentium*, Augustin d’Hippone décrit “les quatre étapes de la vie chrétienne, et les quatre étapes correspondantes de l’histoire de l’église ». Sans partager absolument sa vision de l’histoire de l’église, j’ai trouvé intéressante son approche en quatre étapes de l’histoire de l’humanité et de sa relation avec le péché. Les voici ci-dessous. 

 

1- L’humanité avant la chute (innocence) : à la fois capable de pécher et capable de ne pas pécher.

2- L’humanité après la chute (humanité déchue) : incapable de ne pas pécher.

3- L’humanité régénérée (passée par la nouvelle naissance) : capable de ne pas pécher.

4- L’humanité glorifiée (dans le ciel) : incapable de pécher. Le péché n’existera plus.

 

 

Augustin d’Hippone (354-430)
Philosophe et théologien chrétien, évêque d’Hippone. 

Commentaire de GB : Cette manière de présenter l’évolution de l’histoire de l’humanité dans la relation avec le péché a beaucoup influencé les réformés. Le puritain Thomas Boston, par exemple, dans son livre « Human Nature in its Fourfold State » s’appuie sur les constatations d’Augustin. Au final, le point le plus encourageant de la démonstration ci-dessus est de savoir qu’en Christ, Dieu assure tout simplement notre position d’une meilleure manière encore que celle d’Adam avant la chute !

Enchiridion ad Laurentium : une sorte de manuel de piété chrétienne. Je n’ai pas trouvé de traduction française récente de ce livre. Les Editions Brepols, via la Bibliothèque Augustinienne, ont pour ambition de traduire en Français moderne l’ensemble des ouvrages d’Augustin déjà traduits au 19ème siècle. Pas sur que l’ouvrage cité ici en face partie. La seule traduction française que j’ai trouvé se trouve sur le site de la BNF et date de … 1658 !

Réflexions et ressources d'édification centrées sur Dieu

  • Mac Dougall Michel

    La thèse d’Augustin est bien construite, bien carrée, mais elle me gêne dès le début. Qu’est-ce qu’un péché quand l’homme ne connait encore ni le bien ni le mal ? Le péché, rappelle Paul, se définit par rapport à la loi, or il n’y a pas de loi, sinon l’interdiction de connaître le bien et le mal. Mais comment s’abstenir de cela sans savoir qu’il est mal de connaître le bien et le mal ? La loi implique le péché, qu’Adam et Eve désobéissent ou non. Donc Augustin a tort de dire qu’ils ne peuvent pas pécher. Cette première loi les met d’emblée dans l’état de péché.
    La deuxième phase commence en fait dès la première qui n’est que le point de départ du cheminement humain sur la question. L’homme va tenter de définir les lois qui distinguent le bien du mal et par là découvrir l’étendue du péché avec l’angoisse de ne pouvoir y échapper.
    La troisième phase accompagne la seconde, car en même temps qu’il définit les lois, l’homme met en place les procédures cultuelles expiatoires dès Caïn et Abel avec l’institution des sacrifices et des offrandes. L’enseignement du Christ donne son apogée à la démarche mais ne l’initie pas ; il « accomplit » la loi.
    Le christianisme théorise cela, notamment avec Paul. Il fait de Christ le sacrifice universel et il reprend le mythe de la résurrection de la résurrection, mais pour la spiritualiser. Cela est logique et correspond parfaitement aux attentes de l’homme, car ça permet de spiritualiser le corps du Christ, de le rendre vivant en esprit et par la même de s’y associer par la pensée et vaincre le péché directement par la conscience, dégagé du formalisme sacrificiel et talmudique.
    Enfin la quatrième phase n’a pas de durée. Elle est un point d’orgue pour chaque croyant ayant vaincu le péché par la foi, qui peut mourir en Christ avec le sentiment de le rejoindre pour l’éternité.

    • Cher Michel,

      Soit vous n’avez pas compris l’argument d’Augustin, soit c’est moi qui ne vous comprend pas 🙂
      Que voulez-vous dire exactement? Qu’Adam et Eve n’ont pas péché?

      Bien à vous.
      Guillaume

  • Mac Dougall Michel

    Ils ont péché puisqu’ils ont pris du fruit de l’arbre défendu, mais ils ne pouvaient pas ne pas pécher. Le péché est la connaissance du bien et du mal. Savoir ce qui est interdit et ce qui ne l’est pas, c’est déjà connaître le bien et le mal. Le fait de manger le fruit consomme le péché mais ne change rien au fond.

    Ce mythe donne comme un résumé de la naissance de la pensée humaine. Penser c’est, pour l’homme, porter un jugement. Il se distingue ainsi des animaux qui pensent sans porter un jugement, sans définir ce que doit être le bien ou le mal de façon générale. L’animal pense pour lui ce qui est bon ou mal mais n’en fait pas un absolu. Il n’impose pas de loi. S’il a faim, il tue pour apaiser sa faim, s’il n’a pas faim, il n’est pas bon pour lui de tuer. L’homme au contraire, à un certain degré de son évolution, émet des jugements généraux et définit ce qui est bien ou mal en dehors de son cas personnel. Ainsi, tuer son congénère devient un interdit qu’il ait envie de le tuer ou non. L’homme impose une loi générale et parce qu’elle est générale et dépasse son cas personnel, il l’attribue à Dieu.

    Cela ne procède pas d’une volonté. Il ne décide pas un jour, on ne sait pas pourquoi, que des lois générales et sacrées s’imposent. Je pense que cela a dû venir quand l’homme a commencé à vivre dans d’importantes sociétés que permettaient l’agriculture. Il fallait alors ériger des lois générales qui puissent ‘imposer hors du regard direct de l’administrateur. Il est intéressant de voir qu’Adam et Ève sont d’emblée placés à l’âge du Néolithique. Il sont agriculteurs. De plus leur fils Caïn fonde une ville. Nous sommes déjà à un degré très avancé de la culture humaine. Les rédacteurs de la Genèse ne connaissent pas la lente évolution de notre espèce. Ils placent donc immédiatement Adam et Ève dans le milieu qui est le leur, et créent le mythe qui permet, dès ce milieu, d’expliquer le fossé qui sépare l’homme de Dieu et que l’on appellera péché.

    Car en effet, en se plaçant sous des lois générales, l’homme se met sous l’autorité d’un être supérieur, inaccessible, incontestable et tout puissant, censé lui dicter sa conduite. De fait, les chefs des premières grandes communautés, comme les pharaons, sont à l’égal des dieux.

    Le péché est donc le fruit d’une évolution. C’est l’homme lui-même qui s’est placé sous le péché pour ses nécessités sociales.

    Ceci est un exemple de mon travail pour concilier la compréhension de la Bible avec le réalisme scientifique. Je pense que c’est une condition indispensable pour prêcher l’Evangile aujourd’hui.

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