L’eau du baptême donne-t-elle la vie?

C’est ici le sixième article de notre série “La régénération baptismale à la lumière des Ecritures”.

Nous vous renvoyons à l’introduction de la série pour la liste des articles qui la composent

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L’approche sacramentelle reconnait essentiellement deux vertus au baptême d’eau, comme le rappelle le Catéchisme :

Les deux effets principaux [du baptême] sont donc la purification des péchés et la nouvelle naissance dans l’Esprit Saint. (1)

Nous avons déjà évalué les principales affirmations des défenseurs de l’efficacité purifiante. Tournons-nous maintenant vers leurs arguments en matière d’efficacité régénérante.

Nous commencerons par nous arrêter sur Romains 6, l’un des passages les plus débattus, puis nous nous porterons notre attention aux paroles de Tite 3:5 et ses parallèles, ainsi que sur celles de Jean 3:5.

Nous terminerons enfin par une évaluation des arguments tirés de Marc 16:16 qui, s’ils servent rarement à appuyer la doctrine de l’efficacité régénérante du baptême, sont souvent utilisés pour affirmer sa nécessité pour le salut.

 

1- Romains 6:3-4 : baptême en la mort de Christ

Ignorez-vous que nous tous qui avons été baptisés en Jésus-Christ, c’est en sa mort que nous avons été baptisés? Par le baptême en sa mort nous avons donc été ensevelis avec lui afin que, comme Christ est ressuscité par la gloire du Père, de même nous aussi nous menions une vie nouvelle.
(Rom. 6:3-4)

Si les passages extraits des Evangiles ont généralement la faveur du “grand public”, c’est cette section qui est la plus invoquée par les spécialistes défendant l’approche sacramentelle.

Même en dehors des cercles traditionnels, un nombre significatif de commentateurs critiques voit dans ce passage l’expression d’une certaine forme de réalisme, voire d’un proto-catholicisme, sans pour autant trouver un réel consensus sur le sujet.  (2)

Certaines contraintes d’espace nous empêchent de traiter en profondeur l’arrière-plan et le contexte de ce passage. (3)
Cependant, quelques remarques préliminaires s’imposent.

 

A- La question du baptême n’est pas centrale dans le contexte

Dans son développement des chapitres 1 à 5, Paul vient de mettre en évidence l’universalité du péché,  et le fait que la justification qui s’obtient par la foi en Christ, sans que l’obéissance à la loi de Moïse ne soit requise (cf. Rom. 3:28).

L’apogée de ce passage se trouve en Rom. 5:20, où Paul déclare que “L’intervention de la loi a entraîné la multiplication des fautes, mais là où le péché s’est multiplié, la grâce a surabondé.” (Segond 21)

Cependant, Paul est tout à fait conscient qu’une telle affirmation pourrait amener à une compréhension antinomienne de l’Evangile. En d’autres termes, “puisque la grâce surabonde quand le péché se multiplie”, pourraient se dire certains, “péchons davantage, afin d’obtenir davantage de grâce!

En ouvrant le chapitre 6, c’est ce point que Paul veut traiter. Il commence d’ailleurs par une question rhétorique, dont la réponse est évidente pour ses lecteurs : “Allons-nous persister dans le péché afin que la grâce se multiplie ?” (Rom. 6:1, Second 21).

Paul ne proclame pas l’Evangile du relâchement moral, malgré les accusations de ses détracteurs (voir Rom. 3:8).
Le chrétien est mort au péché, il ne saurait donc plus vivre dans un état permanent de péché.

C’est donc ce point que Paul souhaite mettre en avant dans tout le passage de Rom. 6:1-23 (cf. en particulier les recommandations des v. 12 et 13). Il ne s’agit en aucun cas d’une catéchèse baptismale.

Que vient donc faire cette étonnante référence au baptême dans un tel développement ?

Relevons l’importance de la manière par laquelle Paul l’introduit : “Ignorez-vous…” (Rom. 6:3)
Cette formule, typiquement Paulinienne, introduit généralement un élément fondamental de la foi ou a minima un concept bien connu des destinataires (cf. Rom. 7:1, 11:2).

Or, c’est exactement ce qu’est le baptême, comme le rappelle Leon Morris :

Paul se tourne vers le baptême, ce qui peut paraître surprenant. Mais celui-ci lui lui permet de mettre l’emphase sur ce qu’il vient d’affirmer ou d’offrir une formulation alternative à ce qu’il vient de dire. Si ses lecteurs ne comprennent pas ce que signifie mourir au péché, ils ne comprennent alors pas ce que signifie le baptême. Et le baptême intervient dès le début de la vie chrétienne. […]
[Paul] est en train de dire qu’il est tout à fait impossible à quelqu’un comprenant ce que le baptême signifie de se complaire joyeusement dans une vie de péché. (4)

De part son caractère d’initiation, le baptême possède une signification que tout croyant authentique devrait connaitre, et c’est la raison première pour laquelle il est invoqué dans ce contexte précis.

Dans ce passage, Paul n’est pas réellement en train de définir la théologie du baptême. Il s’en sert comme d’un concept universellement connu pour illustrer et appuyer son argumentation sur le rapport du croyant au péché.

 

B- Baptême d’eau ou baptême “dans l’Esprit” ?

Les défenseurs de l’approche sacramentelle voient dans ce passage une confirmation éclatante de leur compréhension du baptême.
Pour eux, Romains 6 décrit le sacrement dans son efficacité : le baptême d’eau unit le catéchumène à Christ dans sa mort (v.3), le conduit à marcher en nouveauté de vie (v.4), et lui ouvre grand la porte de la résurrection à venir (v.5).

Dans le camp de ceux qui rejettent la régénération baptismale, on évacue l’idée que le baptême de Romains 6 soit la cause instrumentale de la régénération.

J. Gresham Machen, par exemple, affirme que dans ce passage, Paul fait clairement référence à la profession de foi :

Paul ne dit pas que la mort et la résurrection aient été produites par l’acte extérieur, sinon en tant que cet acte exprime la foi. (5)

Cette approche envisage le baptême comme un élément clé de la profession de foi, ce qui parait cohérent avec l’ensemble des données que nous avons analysé jusqu’ici.

Cependant, l’apôtre Paul fait-il réellement référence au baptême d’eau dans ce passage ?

Le “baptême en Christ” tel que mentionné ici est un baptême en sa mort. Il faut reconnaitre que la clause du v.3, “en sa mort nous avons été baptisés” (εἰς τὸν θάνατον αὐτοῦ ἐβαπτίσθημεν), est à première vue déroutante et n’a pas d’équivalent dans le Nouveau Testament.

Cependant, certains éléments laissent à penser que Paul a en tête le “baptême dans l’Esprit” (et non “baptême du Saint-Esprit”), un thème qui revient à de nombreuses reprises dans le NT (Jean 1:33; Ac. 1:4-5, etc.). (6)

James Dunn rappelle que, dans le Nouveau Testament, le langage ayant trait au baptême est utilisé tantôt littéralement, mais que ces usages sont toujours distincts. (7)

Dans un article particulièrement influent, il démontre que l’expression“baptisé dans l’Esprit” et ses dérivés sont systématiquement métaphoriques, et que cette métaphore évolue avec l’avancée de la période apostolique. (8)

Pour Dunn, tout commence avec l’annonce de Jean-Baptiste reprise par les 4 Evangiles :

Moi, je vous ai baptisés d’eau; lui, il vous baptisera du Saint-Esprit.
(Marc 1:8, cf. Matt. 3:11; Luc 3:16; Jean 1:33)

Jean-Baptiste distingue le baptême d’eau, qui deviendra la base du signe chrétien, du baptême du Saint-Esprit opéré uniquement et directement par Christ.

En 1 Cor. 12:13, Paul fait lui aussi usage de la métaphore, et rappelle que “nous avons tous été baptisés dans un seul Esprit pour former un seul corps et nous avons tous bu à un seul Esprit.”

Dans le contexte, être baptisé dans l’Esprit, c’est faire un avec Christ, former un seul corps avec lui (cf. 1 Cor. 12:12). Pour Paul, être baptisé en Christ revient à être immergé dans l’Esprit, et non dans l’eau.

Rien dans le contexte ne laisse entendre que Paul fasse référence au baptême d’eau. Et même si les défenseurs de l’approche sacramentelle voulaient défendre une telle idée, ils se heurteraient à leur propre conception de l’ordo salutis selon laquelle le baptême d’eau est déconnecté de la réception du Saint-Esprit. (9)

Dunn note également que dans un passage parallèle, Gal. 3:27, “baptisé en Christ” revient à être “revêtu de Christ”, et que cette “métaphore du vêtement” a une longue histoire d’association avec l’Esprit de Dieu (Jug. 6:34; 1 Chr. 12:18; 2 Chr. 24:30; Luc 24:49). (10)

Par conséquent, lorsqu’en Rom. 6:3-4 Paul fait référence au “baptême en Christ” comme à un “baptême en sa mort”, il fait là encore usage d’une métaphore bien établie dans le Nouveau Testament.
L’identification du croyant à Christ dans son ensevelissement, sa résurrection, et sa vie nouvelle appuie encore davantage cette compréhension.

Les deux positions sont viables d’un point de vue exégétique. Dans l’approche de Gresham Machen, la référence au baptême représente l’acte de foi. Dans celle de Dunn, le baptême est l’expression de l’union avec Christ et de la régénération.

De notre point de vue, c’est la compréhension de Dunn qui reflète le mieux l’idée que Paul veut communiquer : une métaphore baptismale pour désigner la régénération subjective qui interdit ontologiquement au croyant de se vautrer dans le péché.

 

2- Tite 3:5 et le “bain de régénération”

L’association de la régénération à l’eau a elle aussi fait couler beaucoup d’encre. La référence la plus explicite est sans doute celle de Tite 3:5 :

[Dieu] nous a sauvés, non à cause des œuvres de justice que nous aurions faites, mais selon sa miséricorde, par le bain de la régénération et le renouvellement du Saint-Esprit.
(Tite 3:5)

Là encore, les sacramentalistes s’empressent de relever l’expression “bain de la régénération” (λουτροῦ παλιγγενεσίας) est l’associent à leur compréhension du baptême d’eau.

Cependant, le terme utilisé ici, λουτρόν, communique plutôt l’idée de laver que de baptiser. Ce terme rare, également utilisé en Eph. 5:26, n’est jamais réellement associé au baptême dans le Nouveau Testament. (11)

Par contre, la Septante (LXX), la version grecque de la Bible hébraïque contemporaine à la période apostolique, fait abondamment usage d’une forme verbale similaire (λούω) pour désigner les purifications rituelles de la loi Mosaïque.

Comme le démontre le graphique ci-dessous, c’est dans le livre du Lévitique qu’il revient le plus souvent, avec une très forte concentration dans les passages relatifs aux lois sur la pureté.

 

Occurrences du mot λουτρόν dans la LXX.

Occurrences du mot λούω dans la LXX.

 

En Tite 3:5 comme en Eph. 5:26, la plupart des spécialistes voient donc une allusion aux pratiques rituelles de l’AT plutôt qu’au baptême. (12)

Or, le principal passage de l’Ancien Testament où la purification rituelle est associée à la promesse d’une régénération future est Ez. 36:25-28, que nous avons déjà traité dans un article précédent. (13)

Je répandrai sur vous une eau pure, et vous serez purifiés; je vous purifierai de toutes vos souillures et de toutes vos idoles. Je vous donnerai un cœur nouveau, et je mettrai en vous un esprit nouveau; j’ôterai de votre corps le cœur de pierre, et je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai mon Esprit en vous, et je ferai en sorte que vous suiviez mes ordonnances, et que vous observiez et pratiquiez mes lois. Vous habiterez le pays que j’ai donné à vos pères; vous serez mon peuple, et je serai votre Dieu.
(Ezechiel 36:25-28)

Dans ce passage, la référence à la purification rituelle désigne métaphoriquement le pardon et la purification spirituelle qu’expérimenteront tous ceux qui prendront part à la Nouvelle Alliance. 

Lorsque l’image du lavage est utilisé en lien avec l’oeuvre de Christ (Tit. 2:14; 3:5; Eph. 5:25-26; Héb. 9:14, 22-23; 1 Pi. 1:2; 1 Je. 1:7-9), c’est toujours en référence à la purification des péchés accomplie par Christ en scellant la Nouvelle Alliance de son sang.

En Tite 3:5, l’association du “bain de la régénération” et du “renouvellement du Saint-Esprit” est une allusion on ne peut plus claire aux “je répandrai sur vous une eau pure” et “je mettrai mon esprit en vous” d’Ez. 36:25-28.

En Ephésiens 5:26, l’agent du lavage par l’eau est  la Parole de Dieu, et le but est de faire paraître devant Dieu “cette Eglise glorieuse, sans tache, ni ride, ni rien de semblable, mais sainte et irréprochable.”

Le fait que l’eau pure soit associée à la constitution du peuple de Dieu renvoie encore à Ez. 36:25-28, où Dieu déclare au peuple purifié “vous serez mon peuple, et je serai votre Dieu” (Ez. 35:28). 

 

3- Jean 3:5 et la naissance d’eau

En vérité, en vérité, je te le dis, si un homme ne naît d’eau et d’Esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu.
(Jean 3:5)

Ce verset a lui-aussi suscité un nombre important de discussions, surtout depuis l’émergence de la critique moderne. Des spécialistes critiques comme Rudolf Bultmann, gênés par ce passage, ont avancé l’idée que la mention de l’eau serait un ajout tardif. (14)

Cependant, aucun manuscrit ne vient appuyer cette hypothèse. Tout porte à croire que les paroles originales de Jésus intégraient le concept de “naissance d’eau”.

Bien que la plupart des spécialistes modernes considèrent qu’il s’agisse d’une référence au baptême chrétien, l’hypothèse la plus probable est qu’il s’agisse d’une nouvelle allusion à Ez. 36:25-28.

Lorsque Jésus introduit Nicodème à l’idée de la nouvelle naissance, celui-ci s’étonne : “Comment un homme peut-il naître quand il est vieux? Peut-il rentrer dans le sein de sa mère et naître?
C’est alors que Jésus lui mentionne la “naissance d’eau et d’esprit”, nécessaire pour entrer dans le royaume de Dieu. 

Un peu plus loin, Nicodème s’étonne encore : “Comment cela peut-il se faire ?
Ce à quoi Christ lui répond : “Tu es le docteur d’Israël, et tu ne sais pas ces choses !

Manifestement, en tant que docteur d’Israel (c’est à dire une autorité religieuse reconnue et incontestable), Nicodème aurait du savoir de quoi Christ parlait.
Mais comment cela aurait-il été possible si Jésus était en train de faire référence au baptême trinitaire qui n’allait être en vigueur qu’après sa mort? 

Le plus probable est donc que Christ fasse bel et bien référence à l’Ancien Testament.
Don Carson ajoute plusieurs indices qui militent dans ce sens (15) :

  1. Bien que le concept de nouvelle naissance ne se trouve pas directement dans l’AT, l’idée qu’Israël, peuple de l’alliance, soit appelé “fils de Dieu” (Ex. 4:22; Deut. 32:6; Os. 11:1) constitue une toile de fond partielle pour l’idée d’un Dieu qui “engendre” les gens
  2. L’Esprit est présenté comme un un agent vivifiant, dès la création (Gen. 2:7; 6:3; Job 34:14). Les prophètes annoncent par ailleurs que l’Esprit sera répandu sur l’humanité (Joel 3:1)
  3. Lorsque l’eau est utilisée au sens figuré, dans l’AT, c’est généralement en rapport avec un renouvellement ou une purification, surtout quand l’eau est associée à l’Esprit (cf. nos commentaires ci-dessus sur Ez. 36:25-28)

En somme, naitre d’eau se rapporte à l’eau pure d’Ez. 36:25, tandis que naître d’Esprit correspond à la promesse d’Ez. 36:28.

La nouvelle naissance est bien l’accomplissement des promesses de renouvellement eschatologique liées à la Nouvelle Alliance.

 

Excursus : Marc 16:16 et la nécessité du baptême pour le salut

Marc 16:16 est régulièrement invoqué par les Eglises de Christ pour justifier l’idée que le baptême serait essentiel au salut :

Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé, mais celui qui ne croira pas sera condamné.
(Marc 16:16)

Il faut tout d’abord relever que l’intégrité de ce verset est fortement discutée.

Les versets 9 à 20 de Marc 16 constituent l’un des passages les lus débattus par la critique textuelle, et de plus en plus de spécialistes considèrent qu’ils ne font pas partie du Nouveau Testament (16).

La plupart des traducteurs, y compris les plus sceptiques, continuent néanmoins de maintenir ces versets dans les versions qu’ils publient, le plus souvent en les mettant entre crochets. (17)

Quand bien même ce texte ferait partie du Nouveau Testament (ce que personnellement j’ai plutôt tendance à croire), il n’appuie en rien la régénération baptismale, et ce au moins pour trois raisons :

  • Premièrement, ce verset lie fermement le baptême d’eau à une profession de foi personnelle ; c’est bien celui qui croira qui sera baptisé. D’emblée, toute approche mettant en avant la foi impersonnelle (Fides Aliena) ou un sacrement intrinsèquement efficace (Fides Infusa) se trouve disqualifiée par ce passage.
  • Deuxièmement, ce passage met en avant un ordre entre la foi personnelle et le baptême : celui qui sera sauvé est celui qui croira avant d’être baptisé.
    Le théologien Anabaptiste Balthazar Hubmaïer a fait de cette vérité le fer de lance de son traité de 1525 sur le baptême. (18) Dans celui-ci, il analyse l’ensemble des passages du Nouveau Testament ayant trait au baptême d’eau, y compris ceux relatifs au ministère de Jean, et démontre efficacement que la foi et/ou la repentance précèdent toujours l’immersion dans l’eau.
  • Troisièmement, le contexte tout entier se focalise sur l’importance de la foi pour le salut : c’est celui qui ne croira pas (et non celui qui ne sera pas baptisé) qui sera condamné, et les différents signes mentionnés aux versets 17-18 sont “les miracles qui accompagneront ceux qui auront cru” (et non ceux qui auront été baptisés).

Par conséquent, ce verset ne confirme en rien la nécessité du baptême pour le salut.
Une fois de plus, la raison pour laquelle le baptême semble si intimement connecté à la foi personnelle est à rechercher dans la pratique baptismale de l’église primitive.

Les 12 occurrences narratives de baptêmes du Nouveau-Testament, que nous avons déjà mentionnées, nous rappellent que les premiers croyants étaient baptisés immédiatement après leur profession de foi.

Le baptême constituait un élément clé de cette profession de foi, l’un des premiers actes d’obéissance de la vie chrétienne.

Par celui-ci, le baptisé prenait l’engagement public de suivre Jésus-Christ, de renoncer à sa vie passée, d’accepter les conséquences de cet engagement en terme de souffrance et de persécutions, et de placer comme première priorité de son existence la manifestation de la gloire de Dieu.

Pour les apôtres et l’église primitive, le baptême scellait donc l’engagement du croyant et était le témoignage public de son incorporation à l’Eglise.

Si quelqu’un refusait d’être baptisé, c’est qu’il refusait tout bonnement de croire.

Il n’est pas étonnant, dès lors, de retrouver ces deux éléments côte à côte dans le même verset.

Dans Marc 16:16, l’emphase n’est pas mise sur le baptême, mais sur la foi, comme le passage parallèle de Matthieu 28:16-20 le met clairement en évidence.

Par conséquent, Hendriksen a raison d’écrire que “la personne qui, par la grâce souveraine de Dieu, s’est abandonnée à Christ acceptera également et avec gratitude le baptême comme le signe et le sceau de son salut.” (19)

 

Conclusion

L’eau du baptême n’a aucun pouvoir régénérant per se. Toutes les références à l’eau, lorsqu’elles sont associées à la régénération ou à l’oeuvre de Christ, sont en en réalité une allusion aux promesses eschatologiques de l’Ancien Testament.

La doctrine de la régénération baptismale ne prend pas en compte le caractère métaphorique du baptême dans l’Esprit, et des multiples références intertextuelles évoquées ci-dessus.

Il nous reste maintenant à aborder un dernier sujet, avant de clore cette série : celui de la régénération baptismale dans l’histoire de l’Eglise.

C’est ce que nous ferons, Dieu voulant, dans le prochain article.

 

 

Rendez-vous très bientôt pour le dernier article de la série !

 

 

 

 

Notes et références :

(1) Catéchisme de l'Eglise Catholique, art. 1262.
(2) James Dunn a réalisé un inventaire des différentes propositions allant dans ce sens et ne les retient pas. Voir Dunn, James D. G. Romans 1–8. Vol. 38A. Word Biblical Commentary. Dallas: Word, Incorporated, 1998, pp. 308-310.
(3) Nous renvoyons le lecteur vers l'Introduction au Nouveau Testament de Carson et Moo (Excelsis, 2007), en l'encourageant non seulement à lire leur traitement de l'épitre aux Romains, mais également celui de la “Nouvelle Perspective”, dont Romains 6 est un des textes clé.
(4) Leon Morris, Romans, Pillar New Testament Commentary (Grand Rapids, MI; Leicester, Englad: WB Eerdmans; Inter-Varsity Press, 1988), p. 246.
(5) J. Gresham Machen, The Origin of Paul's Religion. Cité par Henri Blocher, La doctrine du péché et de la rédemption. Vaux-sur-Seine: Edifac, 2011, p.237
(6) Voir “Holy Spirit, baptism with” in Manser, Martin H. Dictionary of Bible Themes: The Accessible and Comprehensive Tool for Topical Studies. London: Martin Manser, 2009.
(7) James Dunn, Baptism in the Holy Spirit (Philadelphia: Westminster Press, 1970), p. 6. Le chapitre 9 de cet excellent ouvrage a été traduit et publié dans le numéro 5 de Hokhma (1977, p. 21-35) qui est disponible en téléchargement gratuit sur le site de la revue.
(8) James Dunn, “The Birth of a Metaphor - Baptized in the Spirit”, Expository Times 1 (1977-1978): p. 134-138, 173-175
(9) Voir notre article “Régénération et réception du Saint-Esprit : une même expérience ?
(10) Dunn, “The Birth of a Metaphor”, 174.
(11) Voir en particulier Actes 16:33 ou le verbe λούω est utilisé côte à côte avec βαπτίζω. Le premier désigne l'action de laver les plaies du geôlier de Philippes, tandis que le deuxième se rapporte explicitement à son baptême d'eau.
(12) Philip H. Towner, “1-2 Timothy and Titus,” in G. K. Beale and D. A. Carson, Commentary on the New Testament Use of the Old Testament (Grand Rapids, Mich.Nottingham, England: Baker Academic ; Apollos, 2007), p. 914-917.
(13) Voir notre article “L'eau du baptême purifie-t-elle ?”. Egalement notre traitement d'Ez. 36:25, “The Function of Cleansing Rituals in Ezekiel 36:25”
(14) Pour une présentation exhaustive des différentes positions sur ce passage, voir D.A Carson, Evangile selon Jean, Excelsis (2011), p. 231-238
(15) Ibid, 235-236
(16) Certains commentateurs très respectables ne les incluent même plus dans leurs commentaires. Voir par exemple France, R. T. (2002). The Gospel of Mark: A commentary on the Greek text. New International Greek Testament Commentary. Grand Rapids, MI; Carlisle: W.B. Eerdmans; Paternoster Press.
(17) Il me semble que l'option prudente choisie par la Société Biblique de Genève est la plus sage. Voir cette série d'article dans lesquelles ils expliquent au grand public leur choix en matière de manuscrits originaux.
(18)  The Christian Baptism of Believer.  Voir Hubmaier, B., et al. (1989). Balthasar Hubmaier, theologian of Anabaptism. Scottdale, Pa., Herald Press.
(19) Hendriksen, William and Simon J. Kistemaker. Vol. 10, Exposition of the Gospel According to Mark. New Testament Commentary. Grand Rapids: Baker Book House, 1953-2001.

 

<p>Guillaume Bourin est le fondateur du blog Le Bon Combat et l’un de ses administrateurs actuels. Il s’intéresse particulièrement à l’intertextualité et à l’exégèse de l’Ancien Testament, à la théologie biblique, et à l’ecclésiologie. Guillaume est titulaire deux masters en théologie (M.Div., Th.M., Southwestern Baptist Theological Seminary, USA) et il est actuellement candidat au doctorat en Ancien Testament à l’Université d’Aberdeen (Ecosse).</p>

  • Romain

    Slt Guillaume 🙂

    Etant donné que nous n’avons pas su terminé notre discussion par émail par ton manque de temps dû surement à t’es cours … je mettrai un commentaire sur 3 points qui me semblent , butte sur cette interprétation complexe.

    1 – Le thème du ch 5 est  » l’homme justifié , réconcilié et sauvé » en d’autre termes c’est la condition nouvel du croyant (par lui nous avons accès, par la foi, à cette grâce en laquelle nous sommes établis et nous mettons notre fierté dans l’espérance de la gloire de Dieu) , ( voir aussi le vv 5.10 ) l’apogée du ch 5 , n’est pas 5.20 mais le par entre Adam et le Christ du v 12-20 en insistant sur la loi certes mais cela n’est pas son but car le thème de la loi sera reprise plus profondément avec le ch 7.
    Le ch 6 pour la plupart des commentateurs et des pères de l’eglise discernent ici le rite baptismal par immersion ( TOB ) et entre dans cette mystique de la nouvelle vie par la régénération . le contexte de Rm 6 parle de la sanctification ( Leenhardt ) et n’est autre que la réalisation concrète de cette vie nouvelle donnée par le Christ au Baptême ( TOB ) ( vv 4 Par le baptême, en sa mort, nous avons donc été ensevelis avec lui, afin que, comme Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, nous menions nous aussi une vie nouvelle )
    Donc la question du non baptême n’a jamais été envisagé depuis les temps anciens et de par sa lecture naturel cette interprétation est la mieux représenter.

    2 -Jean 3.5 , que l’eau représente la source pure d’Ez ou d’Esaie , le monde juif avait sa théologie d’une renaissance messianique prophétisé dans l’AT , quant est-ce-que cela devrait se produire ? Par la venue du Christ. Par quel moyen ? Nicodème ne le savait pas encore , mais il devait savoir qu’il fallait cette re naissance d’en Haut par la purification de cette eau. ( La mention de l’eau , allusion au baptême , TOB ) , et c’est de cette eau que Nicodème ne savait pas comment elle devait procéder , malgré qu’il y ai du surement y avoir prit par , grâce aux les apôtres. De même pour l’effusion de l’Esprit ( Joel ) , le peuple juif le savaient mais comment et quand non.

    3 – Voici les questions les plus délicate , si comme le pense les protestant évangéliste et calviniste à la suite de Calvin et Zwingli qu’il ne faut pas baptisé les petits enfants et que la foi seul permet d’entrer dans le royaume , alors comment les petits enfants entrent dans le royaume s’il n’ont pas la foi ? ( En vérité, en vérité, je te le dis : à moins de naître de nouveau, nul ne peut voir le Royaume de Dieu. Jean 3.2 ). Les petits enfants n’ont fait aucun bien ni aucun mal , il sont innocent ? Remettrais tu le Christ en cause ? Ou diras-tu que ces paroles sont une glose ?
    Tu acceptes que les personnes non chrétienne qui sont mort sans avoir eu la connaissance d’entendre l’Evangile et d’être régénéré par lui vont en enfer et pourtant les enfants mort sans baptême ne te choque pas ?
    L’Eglise depuis le 1 et le 2e siècle à institué le baptême des petits enfants pour cette raison l’Église n’a jamais enseigné la « nécessité absolue » du baptême sacramentel pour le salut ( la configuration au Christ peut se réaliser par d’autres voies. Dans la communauté chrétienne primitive, on considérait déjà le martyre, le « baptême de sang », comme un substitut au baptême sacramentel. De plus, on reconnaissait le baptême de désir. Saint Thomas d’Aquin explique bien à ce sujet : « Le baptême peut faire défaut à quelqu’un de deux manières. D’une première façon, le baptême fait défaut aussi bien de fait qu’en désir : c’est le cas de ceux qui ne sont pas baptisés et qui ne veulent pas l’être. D’une seconde façon, une personne peut ne pas avoir de fait le sacrement du baptême mais l’avoir par désir Une telle personne, sans avoir reçu de fait le baptême, peut obtenir le salut en raison de son désir du baptême (propter desiderium baptismi , Commission Théologique Internationale ) » Le concile de Trente reconnaît le baptême de désir comme une voie par laquelle on peut être justifié sans avoir actuellement reçu le sacrement du baptême.

    Mais est-ce que l’enfant mort sans baptème vont subir les peines éternelles ? Non répond l’Eglise Orthodoxe et Catholique car l’enfant na fait ni bien ni mal et son état d’enfant inconscient ou ignorant ne lui permet même pas de connaitre ce qu’il aurait pu avoir dans sa vie futur dû à son jeune âge. De même pour les non chrétien qui ont une mené une bonne vie et qui croient en un Dieu qui pardonne les péchés mais qui ne sont pas régénéré par le Baptême d’eau et d’Esprit ne sont ni au paradis ni en enfer mais dans un lieu ou il sont privé de la gloire de Dieu. ( Commission Théologique Internationale et Vatican 2 ).
    Cependant , toute ces théorie sont plus dogmatique que réel , nous devons à l’avenir étendre cette question d’un point de vue philosophique en accord avec la foi et les mœurs de l’Evangile.

    • Salut Romain,

      Ca fait plaisir de te lire! 🙂
      Tu parlais de quelle discussion que nous n’avons finir?

      Si c’est les réponses rapides que j’ai envoyé aux frères de Lièges, je leur avais dit que je ne pourrais entamer un débat (surtout aussi général).

      Je répondrai à ce commentaire rapidement, mais il est peu probable que ce soit cette semaine.

      Au passage, avais-tu vu cet article ?

      A très vite!
      Guillaume

      • Romain

        Coucou Guillaume 🙂

        J’espère que tout ce passe bien au USA et que tu tient bon.

        Pour les réponses que tu as envoyé à Liège , si je ne me trompe pas c’est à Boris ? J’ai fait une réponses-questions aux questions-réponses que tu lui a envoyé, mais cela fait 1 an que je n’ai plus de nouvelle de Boris….

        Pour l’article sur le Cène , il est impossible de répondre ici en ligne.

        Je te souhaite une bonne soirée ou journée ( heure décalée ) 🙂

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