Le filioque : la doctrine qui a divisé l’Eglise

Toute question ayant trait à la doctrine de la Trinité requiert une attention et une subtilité du plus haut degré.

Si nous avons aujourd’hui une doctrine trinitaire bien établie, c’est uniquement grâce à nos prédécesseurs qui se sont infatigablement attelés à la tâche de formuler cette doctrine de manière biblique.

Ainsi, pour emprunter à Bernard de Chartres (XIIème siècle !) sa fameuse métaphore, nous sommes comme des nains juchés sur des épaules de géants, et si nous pouvons nous targuer (peut-être nous trompant nous-mêmes) de voir plus loin qu’eux, c’est uniquement parce que nous sommes portés et réhaussés par la haute stature de ces derniers.

Ces géants, ce sont les Pères de l’Eglise, les récepteurs plus ou moins directs de l’héritage des apôtres.
Sous leur plume, les relations intra-Trinitaires sont dépeintes en des termes similaires à ceux-ci :

  • Dieu le Père, le seul non-engendré, source de la Trinité, qui, de toute éternité, engendre le Fils, et duquel le Saint-Esprit éternellement  procède
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  • Dieu le Fils unique, seul engendré, qui, de par sa génération éternelle, reçoit tout du Père, y compris la procession du Saint-Esprit (chez Augustin et les Pères latins après lui)
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  • Dieu le Saint-Esprit, Seigneur et Source de Vie, qui, éternellement, procède du Père et du Fils (filioque).

Le filioque a donc trait à une relation intra-Trinitaire très importante : la procession éternelle du Saint-Esprit.

Ainsi, une formulation simple du filioque serait que le Saint-Esprit éternellement “procède du Père et du Fils” (Lat. procedit a Patre et a Filio).

 

 

Historique de la doctrine

La mention de l’expression “et du Fils” (et a filio filioque) apparait assez tôt. On la retrouve chez Ambroise de Milan (m. 397), Damase 1er (m. 384), et peut-être même chez Hilaire de Poitiers (m. 367) et Tertullien (m. 220).

Cependant, la première formulation mature et exhaustive est communément attribuée à Augustin d’Hippone (m. 430) dans son ouvrage sur la Trinité en quinze volumes (De Trinitate).

La contribution d’Augustin est si capitale que son argumentation sera reprise et parfois reformulée par plusieurs théologiens de l’ouest.

L’adoption officielle du filioque par les théologiens de l’ouest eut lieu au Troisième Concile de Tolède, en 589. Le concile condamne dans son troisième anathème “tous ceux qui ne croient pas au Saint-Esprit, ou qui ne croient pas qu’il procède du Père et du Fils” (lat. ex Patre Filioque procedit).

Il va sans dire que ce Concile n’avait aucunement en idée de modifier les termes du Concile de Nicée qui ne comprenait pas la clause du filioque. Les partisans de cette doctrine se réfèrent systématiquement à la clause comme étant une “adjonction explanatoire” du Concile de Nicée-Constantinople et non une modification. Ceci étant dit, cet ajout engendra aussi bien des réactions chez les théologiens de l’est que des contre réactions à l’ouest.

Lorsqu’en 1054 le Grand Schisme entre l’Est et Ouest éclata, le filioque, qui était une des principales causes de division, était déjà une doctrine bien établie à l’ouest, reposant sur une tradition herméneutique d’au moins quatre siècles. C’est ainsi que le filioque maintenant se retrouve au centre d’une discorde millénaire d’autant plus insolvable que la doctrine est importante ou répugnante selon le point de vue que l’on en a.

En quoi est donc cette courte clause si importante, qu’elle est source d’une telle controverse ? Un résumé des arguments utilisés par Augustin aidera à élucider la question.

 

 

Les arguments bibliques et logiques en faveur du filioque

Il est important de souligner d’emblée l’attitude respecteuse d’Augustin à l’égard des Ecritures, dans sa démarche d’établir une doctrine biblique de la Trinité.

Il soumet en effet sa quête à la suprême autorité de l’Ecriture Sainte (De Trinitate I.2.4), et développe son argument ainsi :

  • Il est écrit en Jean 15, 26 que l’Esprit “vient” du Père. Le mot grec, rendu par “vient” dans la version Second 1910, signifie en réalité “procède” (ἐκπορεύομαι).
    Ainsi Augustin affirme que le Saint-Esprit procède principalement (c’est à dire “du principe”) du Père (De Trinitate. XV.17.29).

  • Puisque le Saint-Esprit est aussi appelé “Esprit de Christ” (Rom. 8, 9 ; Phi. 1, 19), puisque le Fils affirme explicitement qu’il a lui aussi la prérogative d’envoyer (πέμπω) l’Esprit, tel qu’il le démontre par son geste en Jean 20:22 où il souffle sur les disciples en s’exclamant “recevez l’Esprit”, et puisque l’Esprit est aussi appelé le don de Dieu (Jn. 4, 10 ; Ac. 8, 20) et que le Fils a le pouvoir de le donner, Augustin en conclut qu’il ne pourrait en être autrement que le Saint-Esprit procède également du Fils (De Trinitate. IV.20.29).
  • Augustin renforce son point en indiquant que la génération du Fils par le Père entraîne que ce dernier transmet tout ce qui est en lui-même au Fils, y compris la procession de l’Esprit—mis à part sa paternité, en vertu de laquelle il engendre le Fils (De Trinitate. XV.17.29).
  • Augustin souligne néanmoins que la “causalité ultime” du Père n’est en rien diminuée, dans les relations intra-Trinitaires (De Trinitate. XV.26.47). Si le filioque, ainsi formulé, établit l’égalité du Fils au Père, il n’en établit pas moins une distinction entre le Père (seul non-engendré) et le Fils (seul engendré) ainsi qu’entre le Fils et l’Esprit (seul qui procède) (De Trinitate. XV.23.45). Ainsi, l’Esprit n’est pas un “autre Fils” du Père et un “autre frère” du Fils, ni même un “petit-fils” au Père et un “fils” au Fils.

 

En bref, la doctrine du filioque formulée par Augustin d’Hippone constitue un apport crucial à la compréhension biblique et logique des relations intra-Trinitaires.

En tant que tel, le modèle qu’a proposé cet illustre Père de l’Eglise prévient de toute hérésie de tendance sabéllianiste (ou modaliste, c.-à-d. une confusion des personnes de la Trinité) ou de tendance subordinationiste (arianisme, doctrine niant l’égalité essentielle entre les personnes de la Trinité).

Ceci étant, force est de constater que cette doctrine crée en même temps un taxis, un ordre (qui n’est nullement étranger aux Saintes Ecritures), entre les personnes de la Trinité : Père, Fils, et Saint-Esprit.

 

 

MR

 

 

 

 

 

Références bibliographiques

 

Augustine and Edmund Hill. The Trinity. 2nd ed. The Works of Saint Augustine: A Translation for the 21st Century, Edited by John E. Rotelle and Augustinian Heritage Institute. Brooklyn, N.Y.: New City Press, 2012.

Ayres, Lewis. Augustine and the Trinity. Cambridge, UK; New York: Cambridge University Press, 2010.

Cho, Dongsun. « An Apology for Augustine’s Filioque as a Hermeneutical Referent to the Immanent Trinity. » Studia Patristica Vol. 70, (2013): 275-283.

Siecienski, A. Edward. The Filioque: History of a Doctrinal Controversy. New York: Oxford University Press, 2010.

 

 

 

Mandimby finalise actuellement son Master en Histoire de l'Eglise à la faculté SWBTS (Fort Worth, Texas). Il a été pasteur jeunesse dans son Eglise à Madagascar pendant six ans avant de se rendre à Singapour pour entamer ses études théologiques, études qu’il poursuit maintenant aux USA.

  • Claude

    L’hérésie d’Arius, partagé par les TJ, ne consiste pas à croire que le Fils est subordonné au Père, puisque cette subordination est une évidence, d’après le simple sens des mots Fils et Père, mais à croire que le Fils a été créé (différent d’engendré) et que par conséquent que sa substance, ou essence, est différente de celle du Père.

    En réalité tant les catholiques, que les protestants, que les évangéliques, enseignent forcément une subordination de relation entre le Fils et le Père. L’analogie d’une paternité humaine permet de comprendre sans difficulté ce point : mon fils est un homme de la même nature que moi, puisque je lui ai communiqué ce que j’étais (avec l’aide de sa mère bien sûr :+) ), pourtant même quand il atteint sa majorité je reste son père, et il reste mon fils : les rôles ne sont pas interchangeables.

    Par contre, la place du Saint Esprit dans les relations trinitaires nous est difficile à concevoir parce que justement les analogies nous manquent. Dire que le Saint Esprit procède du Père et du Fils, évoque tout de suite la cellule familiale où l’enfant descend à parts égales du père et de la mère ; dire qu’il procède du Père seul renvoie obligatoirement à une sorte de fraternité entre le Fils et le Saint Esprit. Les deux images boitent par certains côtés, et néanmoins contiennent chacune une part de ressemblance.

    Ainsi, par exemple, la fraternité Fils/St-Esprit, ne s’accorde pas avec le Filioque, mais parlant de l’Esprit, Jésus dit : un autre Consolateur, autrement dit un autre moi-même, un alter-ego, terme qui serait inapproprié vis-à-vis du Père. D’autre part pour reprendre l’image de la cellule familiale, quand bien même l’enfant provient également du père et de la mère génétiquement, leurs rôles ne sont pas identiques, du point de vue psychologique.

    Dans tout débat sur la Trinité on en vient à se lancer des ismes à la tête qui n’ont jamais bien été définis, parce que ce n’est guère possible, et cependant on constate un remarquable accord entre les différentes branches du christianisme sur son fondement : la réalité de trois personnes divines distinctes en un seul Dieu. Or aujourd’hui, dans la mouvance évangélique, on constate la présence, et l’étalage, d’enseignements qui nient la Trinité, ou prétextent que sa définition traditionnelle serait erronée. Les nains d’antan, juchés peut-être sur des épaules de géants, savaient discerner et écarter toute hérésie anti-trinitaire ; il n’est pas certain que les statistiques évangéliques modernes auront toujours leur courage.

    • Attention Claude, moi (Guillaume) je ne parlerais pas de subordination du Fils au Père, ce serait tomber dans la doctrine d’Origène. Parlons d’abaissement incarnationnel volontaire, parlons du Père comme la fontaine de la divinité, mais user la notion de subordination est terriblement connotée historiquement.

      En te lisant, j’ai le sentiment que tu es bien ancré à l’est !!

      • Claude

        @Guillaume,

        Je suis pourtant géographiquement très à l’ouest… Au sens ordinaire de la langue, subordonné implique seulement une relation de dépendance, et non d’infériorité (peut-être est-ce le côté péjoratif du terme subordonné dans le monde de l’entreprise qui a déteint sur le mot). Je ne crois pas qu’il soit nécessaire de citer tous les versets du Nouveau Testament qui prouvent que le Fils dépend du Père. Par contre il n’en existe aucun qui supposerait une dépendance du Père à l’égard du Fils. Il n’y a donc pas de symétrie entre les deux, mais une relation d’ordre, qui s’accorde parfaitement avec l’idée de subordination.

        Au fond je ne vois pas ce qu’il y a de choquant en cela : nous expérimentons nous-mêmes, dans la vie terrestre, des relations ou l’égalité de valeur des individus n’est pas incompatible avec la subordination. Par exemple dans le mariage, l’homme et la femme sont considérés comme égaux. Mais il ne serait jamais venu à la pensée de Paul d’écrire : La femme est le chef de l’homme, tandis que l’homme est le chef de la femme coule de source.

        On n’a pas à avoir peur des mots, si on s’entend sur leur sens, et là, le concept de subordination reste relativement accessible. La question du Filioque, qui demande de préciser ce que l’on entend exactement par le verbe « procéder » est quand même nettement plus abstruse.

        • Ok, je peux comprendre. Mais quand un mot possède un sens historico-théologique chargé, je pense qu’il faut en tenir compte 🙂

          • Claude

            Mais quand un mot possède un sens historico-théologique chargé, je pense qu’il faut en tenir compte 🙂

            Tu as raison, mais je crois que sur cette question de mots, l’hégémonie de la culture et de la langue anglaise n’a pas toujours que des effets positifs sur la manière de s’exprimer clairement en français. Ainsi dans la littérature théologique protestante du 19ième, bien après Origène donc, trouvons-nous couramment le mot subordination employé à propos du Fils vis-à-vis du Père, sans que les auteurs s’inquiètent de savoir si un PhD en vogue outre-atlantique, ne risque pas de comprendre de travers.

            Les Américains ont de grandes qualités, mais ils transportent parfois un peu trop une mentalité de lawyers, dans des domaines où les Français préfèrent écrire et parler à leur guise.

          • mmm… Allez, avoue que tu n’as pas voulu te subordonner au vocabulaire théologique en vigueur :p

  • François Dumont

    En fait aujourd’hui, nous sommes tous (Occidentaux et Orientaux) d’accord sur le filioque.
    Le Saint-Esprit procède du Père ET du Fils par le Père.

    • Nous ne serions pas aussi catégorique que vous dans cette analyse. De plus, de nombreux protestants rejettent aujourd’hui le filioque en raison de l’ajout historique du concile de Tolède au credo de Nicée.

  • Mac Dougall Michel

    Je ne suis pas certain qu’Augustin ait si magistralement résolu le problème. Il nous entraîne dans des arguties ans doute très subtiles mais qui éloignent du bon sens. En fait il s’embrouille car il part du mauvais pied. A partir du moment où Christ est divinisé par les chrétiens, engendré miraculeusement par Dieu, il est Dieu à côté de Dieu, ce qui est absurde. Dieu ne peut pas engendrer, car il n’a pas de femme. C’est aussi simple que cela, sauf à dire que Marie fut sa femme, comme Léda, Io et autres belles mortelles eurent les honneurs de Zeus. Il n’y a pas d’union sexuelle possible entre un être infini et une mortelle. Les évangélistes (ceux que le canon a retenus de façon plus ou moins arbitraire) nous ont conté une légende à la façon de celles du paganisme. Si Jésus se retrouve entièrement en Dieu, comme le fils se retrouve en son père, ce n’est pas physiquement, mais spirituellement, c’est-à-dire en esprit. Jésus est le « nouvel Adam, lui-même âme vivante et à l’image de Dieu par l’esprit de Dieu soufflé dans ses narines. En se disant fils de Dieu il n’a pas revendiqué d’être le fils unique de Dieu, mais d’être le corps spirituel de l’Eglise (voir la sainte Cène), soit tous les hommes et les femmes appelés par la foi à partager cette filiation. Il y a donc un seul Dieu auquel Jésus s’associe spirituellement, c’est-à-dire en pensée, et rassemble en son corps tous les hommes de foi.

    • Etienne Omnès

      Je serais curieux de mieux comprendre votre position: que pensez vous que Dieu est? Est-t-il Esprit, ou bien a-t-il aussi un corps (aka vieux barbu dans son nuage) ? Jésus est-t-il Fils Eternel de Dieu, ou bien il est sa meilleure création adoptée par la suite? Auriez vous la gentillesse de m’éclairer là dessus?

      Vous semblez buter sur la conception de Christ, que vous supposez précédée d’une étreinte sexuelle. C’est effectivement ainsi que les humains naissent, et que la mythologie grecque entend les conceptions de demi-dieux, mais ce n’est absolument pas ce qui est décrit dans les évangiles: Dieu ne s’est pas accouplée à Marie, au contraire Jésus a été concu directement par l’action du Saint-Esprit! Pour la faire technique, Marie a ovulé un oeuf directement fécondé, sans spermatozoide divin. Jésus peut donc tout à faite être Fils de Dieu sans faire de Marie l’épouse ou la concubine du Père.

      Vous dites que les évangiles nous content une légende à la façon du paganisme, pourriez vous me dire quelle mythologie païenne parle d’une conception divine qui ne passe pas par une fécondation ou étreinte sexuelle? J’ai étudié les mythologies grecques, égyptiennes et nordiques, et je n’ai aucune connaissance de ce genre de chose: quand un dieu païen veut engendrer un fils, il profite du corps de la mortelle, quel que soit la mythologie…

      • Mac Dougall Michel

        Je réponds d’abord sur ma conception de Dieu. Je ne crois pas à son existence réelle. Par contre, il est implicite dans notre pensée. En effet, à toute connaissance, toute conception, se pose la question de l’origine et conséquemment du sens. Que vous repoussiez cette origine à l’infini comme en sciences, ou que vous partiez d’une cause sans cause appelée hasard ou Dieu, l’horizon de pensée reste fermé par un être ou une chose infinie. L’infini est immatériel, intemporel (éternel), tout-puissant (limité par aucune contrainte). Il n’existe pas car s’il était manifeste, il serait temporel, limité dans l’espace et le temps etc. Nous ne pouvons ni percevoir ni concevoir l’infini. Il n’existe donc pas pour nous concrètement, mais il s’impose mentalement. Mais pourquoi cet infini doit-il être une personne et non une chose ? C’est que l’origine absolue ne peut être vécue que comme une volonté. Le hasard est donc exclu ; il ne reste que Dieu.

      • Mac Dougall Michel

        Sur la conception du Christ, je pars tout simplement de la réalité. Toute conception, depuis la Création, est le produit d’éléments masculin et féminin. La parthénogenèse elle-même nécessite, à un moment donné, l’intervention d’un gamète mâle. Il est donc normal que je parte de ce phénomène plutôt que d’une légende, fût-elle écrite dans les Évangiles. Un homme ne peut naître que d’un homme et d’une femme. S’il arrive qu’une femme ovule seule, elle donnera une fille et non un homme. Vous vous appuyez sur une croyance, je m’appuie sur des faits. Ce qui m’intéresse dans cette croyance, c’est pourquoi une telle invraisemblance s’est imposée. Il y a des raisons logiques à cela, mais c’est une autre question. Pour moi les Évangiles sont une des nombreuses conceptions qui ont fleuri après la mort du Christ, mais les seules à avoir été retenues dans le canon biblique au bout de quelques siècles, par les raisons de l’habitude et du plus fort. Je n’ai aucune raison de les préférer aux autres, surtout quand elles sont à ce point irréalistes. De toute façon, je préfère toujours le bon sens aux légendes. et je ne peux pas croire que la foi exige de s’opposer au sens commun, mais nous en reparlerons peut-être.

        • Etienne Omnès

          -> De l’impossibilité d’une conception virginale

          Vous prouvez avec beaucoup d’efficacité qu’une conception virginale est miraculeuse. Effectivement, c’est un évènement surnaturel que nous ne verrons jamais dans le cours normal des choses. Est ce que pour autant le surnaturel est impossible?

          S’il n’y avait que la nature aveugle, je dirais que oui, mais à partir du moment où vous rajoutez Dieu dans l’équation, cela ouvre tout un champ de possibilité. OUI selon le cours normal de la nature, il est impossible qu’une vierge accouche d’un fils, mais ce n’est pas parce qu’il y a eu intervention divine que les lois de la nature sont suspendues ou annulées: toutes les réalités que vous m’avez décrites sont valides, et l’étaient toujours quand Marie est tombée enceinte. Une conception virginale par le Saint-Esprit n’est pas antinaturelle, elle est SURnaturelle, nuance!

          • Mac Dougall Michel

            C’est bien parce que la naissance de Jésus, selon les chrétiens, est surnaturelle, que je n’y crois. Je rejette systématiquement le surnaturel essentiellement d’ailleurs pour une raison éthique. Sans croire en l’existence concrète de Dieu, je n’en suis pas moins conscient qu’il m’habite, que ma pensée est absurde sans lui. C’est ma façon d’avoir la foi. Elle a l’avantage de respecter ma liberté, ma conscience, ma raison et ma nature humaine. Je ne suis pas forcé de croire suite à un événement extraordinaire qui me couperait de mes repères, qui m’abasourdirait. Je crois comme les disciples de Jésus dont aucun n’a eu besoin de miracle pour le suivre, alors que ceux qui assistèrent à ses miracles furent bien peu nombreux à lui rester fidèles. Il leur suffisait en effet de rencontrer un autre faiseur de miracles, et il n’en manque pas, pour leur tourner la tête.

          • Etienne Omnès

            Comment rejeter le surnaturel et croire en un Dieu situé au dessus de la création? L’existence de Dieu elle-même est sur-naturelle, pourquoi ses actes ne pourraient-t-ils pas l’être?

            Si vous ne répondez qu’à une seule question: En quoi est ce que votre conscience, votre raison et votre nature humaine serait bafouée par la résurrection de Christ?

            Que l’Eternel vous sourit,

          • Mac Dougall Michel

            Mon jugement s’exerce à partir du moment où je peux observer une certaine régularité de causes et des effets. Or le surnaturel y déroge complètement et devant lui je suis désorienté. Je n’ai plus que le choix de refuser de voir ce que je vois ou bien de m’y soumettre aveuglément. Je crois car je suis sous le choc et non parce que j’adhère en toute liberté avec tout mon jugement. Et puis que faut-il croire, les exploits du fakir, l’apparition de la Vierge, les Pentecôtistes parlant en langues, les guérisons miraculeuses…? C’est à qui saura le mieux me perturber et m’envoûter par touts sortes de pratiques cultuelles. A supposer que le surnaturel existe, il ne pourrait être que l’oeuvre des démons, car ils méprisent suffisamment les hommes pour aimer jeter la confusion dans leur esprit. Le Christ nous convainc par son enseignement et non par ses miracles. Il en a fait pourtant, ce qui le porte à croire qu’ils n’avaient rien de surnaturel sans pour autant que je me les explique. Il y a des hommes qui, par un simple regard, une simple présence, vous délivrent d’un mal que vous avez peut-être fabriqué vous-mêmes ; vous voici dénoués et guéris. Aucune magie ici, aucun surnaturel et rien qui vous enlève votre jugement, mais de voir une personne profondément saine, apaisée et solide vous donne tout à coup confiance en vous et vous remet en équilibre psychosomatique. Je veux bien croire en ce « surnaturel »-là.

          • Etienne Omnès

            Vous parlez comme si le surnaturel était inconnaissable ou chaotique. Or ce n’est pas le cas: de même que le monde naturel a des lois pour l’ordonner, le monde surnaturel a lui aussi des règles et exactement le même ordonnateur que celui qui a conçu les lois physiques.Ainsi, la Bible est suffisante pour nous permettre de comprendre un minimum le monde aussi bien naturel que surnaturel.

            Vous me dites: si les phénomènes surnaturels sont vrais, comment faire la différence entre les manifestations démoniaques et les signes authentiquement divins? C’est une question importante, mais dont la Bible ne nous laisse pas sans réponse. Il y a plusieurs enseignements directs à ce sujet dans l’Ecriture et nous sommes encouragés à faire preuve de discernement.Nous avons plusieurs principes et règles pour utiliser ce discernement, le premier d’entre eux étant la prière et la proximité avec Dieu et surtout, la connaissance de Dieu. Quand nous connaissons Dieu, nous savons très vite faire la différence avec ses contrefaçons.

            Vous me dites: Jésus convainquait par son enseignement, pas par ses miracles. Ce n’est pas tout à fait juste: son enseignement avait la priorité effectivement, mais ses miracles venaient prouver ce qu’il avancait dans son enseignement. L’histoire du paralytique passé par le toit de Marc est typique de ce point de vue: après un enseignement sur le péché et le pardon, Jésus fournit un exemple de la puissance du pardon en disant à un paralytique: « Sois pardonné » qui guérit son infirmité! De même, la plupart de ses miracles viennent confirmer ses prétentions à être fils de Dieu. Les miracles ne sont pas des ajouts à l’évangile, ils font directement partie de celui-ci! Ce n’est pas aux évangélistes qu’ils sont utiles, c’est à Jésus lui-même!

            Comme vous le voyez donc, ni votre raison, ni votre liberté ne sont atteinte par la partie surnaturelle de l’Evangile, dès lors pourquoi pensez vous que la résurrection viole votre rationnalité ou votre liberté?

          • Mac Dougall Michel

            Quels sont les lois qui régissent le monde surnaturel et qu’est-ce qui vous permet de les connaître et de mettre ainsi leur connaissance sur le même plan que le fonctionnement de la nature ?

          • Etienne Omnès

            Nous savons par la Bible qu’il y a des créatures (de Dieu) immatérielles, cad des anges et des démons. Il s’agit des mêmes créatures, simplement les anges servent l’Eternel tandis que les démons servent l’Accusateur alias Satan. Nous savons que Satan et ses anges ont été déchus suite à une rébellion de Satan dans laquelle il a entraîné tous ses suivants, et que ils sont tous définitivement écartés à jamais de la grâce de Dieu. Nous savons que Satan est le Maître Tentateur qui tâche par tous les moyens que l’Eternel lui laisse de provoquer la chute de l’humanité, par des mensonges, fausses prophéties, occultismes et par le péché de manière générale. Nous savons que les démons peuvent aller jusqu’à littéralement posséder des êtres humains, mais que l’autorité de Jésus est suffisante pour libérer et exorciser.

            Je pourrai rajouter encore un ou deux points, mais j’ai présenté mon cas: nous savons par la Bible le minimum à savoir du monde surnaturel. Je le disais dans mon commentaire précédent: nous ne savons pas tout, loin de là, mais nous en savons suffisamment pour vivre et marcher avec le Seigneur.

            Vous pourriez me dire: ce ne sont pas des lois physiques. C’est tout à fait vrai, mais qu’est ce que les mathématiques pourraient exprimer de ces réalités non concrètes? Vous remarquerez que la logique n’est pas abolie, et qu’un ordre s’applique au monde surnaturel, tout comme au monde naturel.

          • Mac Dougall Michel

            Par définition le surnaturel est inobservable. Vous y croyez, mais cela reste une croyance et rien de ce que dit la Bible au sujet des démons et des anges n’est vérifiable. Il y a une grande différence entre savoir et croire. Je crois ce que je ne vois pas, mais je sais ce que je vois. Ce que je crois, je ne peux pas en définir le fonctionnement puisque je ne le vois pas. Vous dites que le surnaturel obéit à des règles, mais c’est une position de principe car vous ne pouvez pas dire comment il fonctionne.
            Comprenez-moi : je ne suis pas contre la foi, j’estime au contraire que c’est indispensable et que le monde périt de l’absence de foi. Cette perte de foi vient essentiellement, selon moi, des succès de la science. L’homme moderne ne se contente plus de croire, il veut des preuves et la science les lui donne. Entre une croyance et une donnée scientifique rigoureuse, l’homme actuel préfère la donnée scientifique, quitte à se laisser un coin de spiritualité où il accepte les mythes et les légendes. La conséquence est que même un croyant, réduit sa foi à la morale et aux bons sentiments, car ils ne s’opposent pas à la science. Par contre, il abandonne la plupart des mythes, dont ceux de la Bible, totalement incompatibles avec la science, comme la Création du monde en six jours. Le résultat est que la religion, notamment chrétienne, disparaît, notamment dans les pays où la culture scientifique s’est largement développée.
            Il est temps de poser sur la Bible un regard neuf. Si les faits relatés sont très contestables, s’ils sont souvent inventés comme l’archéologie en apporte les preuves, la logique du discours demeure et cette logique justifie la foi. Je me suis donc donné pour tâche d’analyser la logique de quelques mythes de la Genèse. Je publie régulièrement ces analyses sur ma page Facebook conjointement au site de Théologie chrétienne où nous avons fait connaissance.
            Quand on analyse cette logique, on s’aperçoit que les mythes sont indépendants de toute science. La science peut se tromper, c’est même sa vocation puisqu’elle progresse par ses erreurs. La logique par contre est immuable. Même en disant quelque chose de faux ou d’absurde, la façon dont cela est dit est nécessairement logique. J’ai d’abord appliqué cette méthode au mythe de Persée, mais ce travail n’est pas publié. J’ai vérifié alors que ce mythe était parfaitement cohérent avec la Bible, non pas avec l’apparence du discours biblique bien entendu, mais avec sa logique. Elle est la même et elle dit les mêmes choses; Cette analyse permet de garantir la Bible de toute contradiction apportée par la science, et dévoile du même coup la pertinence de la foi. J’espère participer ainsi un peu, auprès d’un public exigeant, au réveil de la foi.

          • Etienne Omnès

            Je comprends votre démarche et votre combat et je la salue. Que le Seigneur me donne la sagesse pour répondre, car vous méritez le respect. Ce qui n’enlève pas nos désaccords bien sûr, mais que l’Esprit qui donne la paix continue de présider à nos échanges. J’ai bien compris que vous ne cherchiez pas à enterrer le christianisme, ni l’évangile, mais au contraire à le réactualiser. En en faisant un mythe, la Bible échappe à l’investigation de la Science tout en maintenant une autorité spirituelle suffisante pour sauver -on l’espère- le christianisme ou tout mouvement qui se dit de Christ. Je comprends votre logique en un sens.

            Néanmoins, si cela peut marcher pour n’importe quelle religion, et particulièrement les religions orientales, appliquer cette méthode à la révélation chrétienne est la meilleure façon de la tuer. Comme le dit Paul dans 1 Co 15:14 « Si Christ n’est pas ressuscité, notre prédication est vaine, et votre foi aussi est vaine » Si la résurrection de Christ n’est qu’un mythe, qu’elle n’a pas de contenu strictement historique et réel, alors il ne sert à rien de perpétuer l’église. Si la résurrection n’a pas eu lieu, il n’y a plus aucun espoir pour nous, ni salut assuré. Sans ces deux choses, l’évangile est creux. Le christianisme DOIT être ancré dans le réel, quitte à déranger la science, c’est la condition de sa survie.

            Dès lors que faire du conflit foi/raison? Du conflit révélation biblique/affirmations scientifiques? Ce sont des questions très importantes que vous avez identifiés avec justesse mais où (selon moi) vous apportez un mauvais diagnostic qui engendre une mauvaise solution.

            -> Conflit foi/raison

            La foi n’est pas opposée à la raison, ou à la science. Ce que la science affirme n’est pas arraché à la foi. La foi est la confiance que vous placez dans telle ou telle affirmation. Nous l’utilisons au quotidien, religieux ou pas: mon ami a dit qu’il venait me chercher à l’heure, je place ma foi dans son affirmation. La chaise sur laquelle je suis assis semble être en bon état, j’ai placé ma foi dans le fait qu’elle tiendrait mon poids. La foi n’exclut pas le raisonnement, bien au contraire, elle s’appuie partiellement sur lui. Nous plaçons notre foi dans ce que les scientifiques disent PARCE QUE nous les considérons comme compétents et fiables dans leur savoir. Quand nous « faisons confiance » aux scientifiques ce n’est qu’un autre mot pour foi.

            Vous me dites: le surnaturel est inobservable. Je pense que vous voulez dire par là qu’il est inmesurable: jamais on ne pourra tirer un signal électrique qui prouve effectivement l’existence d’un démon. Mais nous observons bien plus que ce qui est simplement mesurable: l’amour d’une mère pour son enfant est concret, réel et a des effets sensibles. Pourtant, aucun voltmètre ne saura jamais le mesurer. Le surnaturel est inmesurable, certes, mais il n’est pas inobservable: nous pouvons le constater d’après ses effets (même si je ne suis pas un grand fan et que je pense que nous sommes très mal armés pour cela).

            Vous me dites: il y a une grande différence entre savoir et croire, et complétez votre affirmation en disant: je crois ce que je ne vois pas, mais je sais ce que je vois. Votre dernière phrase ne tient pas du tout la route (sans intention méchante): nous pouvons très bien croire en quelque chose que nous voyons (nous le faisons d’ailleurs très, très souvent), et nous pouvons aussi savoir quelque chose que nous ne voyons pas (par exemple que le Président Francois Hollande est en déplacement en Ukraine, même s’il n’y a pas d’images à laTV). Croyance et savoir sont complémentaires et non opposés, la croyance désigne l’agrément de notre part en un certain savoir. Une croyance bâtie sur aucun savoir, aucune proposition, ca n’existe pas, en revanche il nous est souvent arrivés de bâtir des savoirs sur du vent et donc de croire en une vanité…

            Enfin, vous me dites: Que ce que je n’observe pas directement, je ne peux pas en comprendre le fonctionnement. Je ne suis pas d’accord: un enfant a-t-il besoin de connaître les trois lois de Newton pour savoir qu’une pomme tombe? A-t-il besoin de connaître les équations mathématiques pour savoir qu’elle tombera toujours, quelque soit le nombre d’essais? De même, la plupart des mystères de l’univers nous échappent encore aujourd’hui, mais ca n’empêche pas l’univers de tourner et de pouvoir être sûr que malgré notre ignorance, il y a bien un ordre parfait derrière le mystère. Il en est de même pour l’ordre surnaturel: bien que nous soyons très mal armés pour le décortiquer et l’exprimer sous forme de lois, ce n’est pas absurde et aveugle que de penser qu’il est aussi ordonné et sous contrôle que l’univers matériel. Ne serait-ce que parce que c’est le même Dieu qui est aux commandes de la création matérielle et immatérielle.

            -> Conflit révélation biblique/affirmations scientifiques

            Vous mentionnez l’archéologie comme ayant réprouvé les affirmations historiques de la Bible. Je n’en suis pas aussi convaincu que vous, car sur le même registre on affirmait au XIXe siècle que les hittites n’existaient pas, on n’avait jamais retrouvé de ruines de leur part jusqu’au jour où on a retrouvé Hattusa leur capitale anatolienne… Ne rentrons cependant pas dans un débat sur l’archéologie biblique, ce serait hors sujet. Même en dehors de l’archéologie, la Science fournit plusieurs affirmations qui font voler en éclat plusieurs traditions bibliques: ainsi, sur l’âge du monde, la possibilité d’un déluge etc… Je pense que dire que la Science a enterré la Bible, c’est surestimer la Science et sous-estimer la Bible.

            Surestimer la Science: les théories scientifiques que l’on nous propose sont d’après nos connaissances actuelles, et nos connaissances actuelles sont très, très minces par rapport à nos ignorances. Je ne doute absolument pas que la Science continuera de chercher, mais chaque réponse trouvée apporte généralement dix questions insolubles, ce qui me fait douter de notre capacité à réellement connaître une part significative de la Nature et de l’Histoire.

            Sous-estimer la Bible: Ce qui est rogné et remis en question par la Science, ce sont des lectures de la Bible, des positions traditionelles ecclésiales. Celle qui a été la plus secouée, c’est l’Eglise, pas la Bible. Certains de nos enseignements ont été révisés à cause des découvertes scientifiques, notamment sur l’âge du Monde, mais tout cela au final ne touche pas au coeur de la Bible et du christianisme: la résurrection de Christ. Cet évènement, inexplicable selon les lois de la nature a eu lieu et bien lieu et il est porteur d’énormément de signification pour nous. Le coeur de l’évangile, c’est la résurrection de Christ, et aucune théorie naturaliste ou scientifique ne pourra la remettre en cause.

            La science aura enterré la Bible le jour où nous saurons suffisamment de choses pour affirmer de façon honnête que Jésus n’est pas monté au ciel. D’ici là, soyons tranquille: à force de chercher la vérité, les scientifiques tombent sur le Dieu de Vérité.

            Que la paix et la joie du Seigneur soit sur vous, et qu’il vous montre sa grâce,

      • Mac Dougall Michel

        Sur les aventures sexuelles des dieux. Les mythes ne s’attardent pas sur les détails sexuels de la procréation. De toute façon, ce sont des dieux qui ne sont pas soumis aux lois charnelles. Prenez le mythe de Danaé par exemple. Comme elle est enfermée dans une tour, Zeus s’introduit chez elle sous forme d’une pluie d’or et la féconde ainsi. Où sont les spermatozoïdes ? On n’est pas loin de la conception de Marie par le Saint-Esprit, et je le dis sans ironie. L’Antiquité avait compris que les rapports des dieux aux hommes pouvaient être à l’image des rapports entre les hommes, mais sans les contraintes naturelles. Cela revient à dire que ces rapports étaient d’un ordre immatériel, c’est-à-dire spirituel, indépendants de l’espace et du temps. Le christianisme reprend cette idée de bon sens, si l’on fait bien la différence entre l’image et la réalité. Mais, comme beaucoup de païens, les chrétiens confondent souvent les deux, car c’est plus facile à comprendre. Jésus lui-même n’a-t-il pas eu beaucoup de mal (si tant est qu’il y est réussi) a faire comprendre la différence entre le matériel et le spirituel ? (Voir notamment la question qui lui fut posée sur la résurrection des morts)

        • Etienne Omnès

          Des aventures sexuelles des dieux.

          Même si ce n’est pas le premier commentaire que vous lirez, sachez que je salue sincèrement votre maîtrise de vous, votre quête de vérité, et votre effort de pensée. Le Seigneur m’est témoin que je n’ironise pas.

          Maintenant concernant le sujet de cet échange-ci, il me semble que vous sur-spiritualisez les récits grecs: ainsi pour la conception de Persée, il est certes écrit que Zeus s’introduit sous la forme d’une pluie d’or, mais que je sache l’accouplement charnel n’est pas exclu, ce qui est le cas des Evangiles. Dans le mythe d’Europe, la princesse n’est pas enlevée par un « esprit de taureau » mais un taureau blanc bien concret, et l’accouplement se fait ensuite par Zeus sous forme humaine. Pour une Danaé, il y a vingt Europe dont la conception n’est pas du tout virginale (d’ailleurs, je doute même qu’on puisse retrouver le vocabulaire ou la notion dans un quelconque mythe).

          Du reste, si les mythes grecs ne sont que des paraboles ou des récits à spiritualiser, il faudra alors expliquer un mythe comme celui de la chute d’Héphaistos sur Lemnos, qui aurait rendu Héphaïstos boiteux et le relief de Lemnos chaotique. Tous les éléments de cette histoire sont très humains, et très « concrets »: la déception de Zeus d’avoir un fils laid, l’handicap d’Héphaistos, le relief de Lemnos. Si les récits grecs ont effectivement une part de surnaturel en eux, ils ne sont cependant pas des paraboles: on dirait plutôt les aventures de « super-humains », à l’image de nos comics d’aujourd’hui. Nos comics de super-héros racontent certes des choses intéressantes sur notre monde, mais il n’y a rien de commun avec notre monde dans lequel nous vivons vous et moi.

          Les évangiles, au contraire, s’ancrent dans ce monde et dans l’histoire de ce monde définitivement: au contraire de tous les mythes, les Evangiles multiplient les références historiques, citant les noms des dirigeants de l’époque, précisant les moments et dates précises de certains évènements, Luc a d’ailleurs écrit son livre avec les règles du livre historique telles qu’on les trouve dans Thucydide (la similitude méthodologique m’avait d’ailleurs frappé quand j’avais lu la Guerre du Péloponnèse). Un mythe grec, nordique ou égyptien n’essaie même pas de fixer une époque ou une date précise.

          Si l’Evangile de Luc est un mythe, alors la Guerre du Péloponèse de Thucydide est une chimère, et la Guerre des Gaules de César une invention.

          • Mac Dougall Michel

            J’ai beaucoup étudié le mythe de Persée et à cette occasion, la cosmogonie grecque et en particulier l’étrange destinée d’Héphaïstos. J’analyse tous les mythes de la même manière, y compris les mythes bibliques. Je ne cherche pas à démontrer qu’ils sont invraisemblables, car c’est évident. Je ne me livre pas non plus à des recherches d’éruditions. J’analyse la logique du discours. Je m’aperçois alors qu’au-delà de l’aspect légendaire, ils sont tous construits avec la plus extrême rigueur. Cette logique aura d’ailleurs probablement échappé à leurs auteurs mêmes. Le principe qui se dégage, est que tout discours est intrinsèquement juste mais apparemment faux. Il est juste pas nature, car la pensée ne peut fonctionner que de façon logique, alors que le contenu visible est souvent plein d’invraisemblances, d’à peu près et d’erreurs. C’est comme pour les rêves. Vous pouvez n’y voir qu’une fantasmagorie, mais l’analyste décèlera toute la rigueur de leur construction.
            Ne vous fiez donc pas aux apparences. S’il est vrai, pour en venir à la question qui nous occupe, que les accouplements entre les dieux et les mortels se font généralement sur le mode naturel, il y a une contradiction à unir un mortel et un dieu selon le même mode qu’entre les humains. La question est alors : Que signifient ces unions puisqu’elles sont impossibles ? C’est là que ça devient intéressant, car cela nous conduit à comprendre comment l’intervention des dieux fait entrer l’infini d’une façon personnifiée dans le discours humain. L’homme fonctionne sur deux plans incompatibles, celui de sa pensée qui est intemporel et celui de son corps. Pour construire un discours sur la réalité des choses, il doit composer ces deux plans. Il utilise alors souvent les dieux comme s’ils étaient des hommes pour intégrer le pan intemporel dans sa vision concrète des chose.
            Si l’on comprend cela, on voit alors que la vision évangélique de la naissance de Jésus est la façon logique et même nécessaire à cette époque de le relier à Dieu. Mais aujourd’hui, l’exigence de raison fait que cela n’est plus audible. La foi court alors un grand risque d’être rejetée pour cause d’invraisemblance. Si au contraire nous disons que Jésus est né de façon naturelle, tout en montrant la logique rigoureuse par laquelle les chrétiens l’ont fantasmée, alors toute la logique de la croyance est dévoilée et préservée.

          • Etienne Omnès

            Si Jésus n’est pas issu d’une conception virginale, alors il n’est qu’un humain parmi les humains. Aucune « adoption » ultérieure ne peut changer ce fait, Jésus serait vrai homme, mais certainement pas vrai Dieu. Et alors me direz vous? Alors la rédemption (rachat des péchés) devient impossible, perfection ou pas. Si Jésus n’est pas vrai Dieu, s’il n’est qu’un homme, il ne peut plus réconcilier l’homme avec Dieu. Pas de salut.

            En voulant éviter que l’Evangile soit rejeté, vous l’enterrez et en faites quelque chose d’inutile, voire mensonger. Oups.

  • Mac Dougall Michel

    Il en résulte que dans la Trinité, Jésus n’est pas seulement la personne de Jésus, mais toute l’Eglise en lui, entendue comme tous ceux qui se reconnaissent comme enfants de Dieu en esprit.

    • Etienne Omnès

      Je pense que l’image de Christ comme tête et l’Eglise comme corps est mal choisie pour désigner la personne de Jésus: lorsque Paul a développé cette image, il ne parlait pas de la personne de Jésus, mais de sa position et de son rôle dans l’Eglise: Jésus est le chef actuel et vivant de toute l’Eglise, qui commande à celle-ci comme le corps obéit aux ordres de notre cerveau.

      Une autre image est développée par ce même Paul qui correspond d’avantage à ces considérations de personnes: l’Eglise est l’EPOUSE du Christ. Elle est constituée de l’union des enfants de Dieu, selon vos propres mots, qui est appellée à être mariée à Christ à la fin des temps lors des noces de l’Agneau. Avec cette image, on voit bien que la nature de Jésus peut tout à fait être véritablement divine et véritablement humaine, tandis que l’Eglise est seulement humaine.

      Jésus comme tête, l’Eglise comme son corps: cette image traite du ROLE de Christ dans l’Eglise
      Jésus comme époux, l’Eglise comme épouse: cette image parle de la RELATION entre Christ et l’Eglise. Christ et l’Eglise sont deux « personnes » (l’église étant une personne morale dirons nous) différentes et non confondues. Voilà pourquoi il faut retenir cette deuxième vision quand on parle de la Trinité

      • Mac Dougall Michel

        Je ne fais pas de distinction entre la tête et le corps de l’Eglise, car je ne crois pas qu’un corps puisse vivre sans tête. Je ne fais donc pas non plus la différence entre la position du Christ vis-à-vis de l’Eglise et sa personne, car je ne crois pas qu’il puisse avoir une position dans cette Eglise sans en faire partie.
        L’image d’époux et d’épouse distingue en effet les deux corps. Mais le corps de l’Eglise n’est pas un corps réel mais un corps spirituel, constitué par l’unité de foi. Or si le corps de l’épouse est spirituel, le corps de l’époux l’est aussi. On ne peut donc pas distinguer entre un Christ dont le corps serait concrètement dans le ciel avec Dieu, et le corps de l’Eglise.
        La Trinité n’est pas trois corps, aussi inséparables soient-ils. Le corps définit l’individu. Trois corps ne peuvent donc en former un. Dieu est un, mais parce qu’il n’a pas de corps réel, nous ne pouvons le voir que par l’image que Christ en a laissé, et ne le comprenons que spirituellement. Il est donc à la fois pour nous Dieu, dont Christ nous donne l’image et en qui nous croyons nolens volens par le fait même de penser.

        • Etienne Omnès

          ->Du corps du Christ

          Si vous voulez vraiment forcer la fusion des deux images (qui sont à l’origine séparées parce qu’elles parlent de réalités séparées), alors je dois conclure que la tête est passé devant monsieur le maire pour se marier avec le reste! C’est une aberration, aussi bien matérielle qu’immatérielle!

          Si nous appliquions la même méthode interprétative (fusion des images) pour les paraboles de Christ (le Royaume de Dieu est semblable à…) alors j’en déduis que le Royaume de Dieu est comme une graine de moutarde qui a trouvé un trésor dans un champ, mais son ennemi a semé de l’ivraie si bien que les trois mesures de farine ont levé dans le filet qu’il faut d’abord ramener au rivage avant de trier. (Mt 13:24-51).

          ->Du « corps » de Dieu

          J’ai lu dans votre autre commentaire que vous adhérez à l’idée que Dieu est Esprit. Dès lors, je suis confus: qu’est ce que cette embrouille sur les « corps »? Jamais personne n’a dit que la Trinité était un Dieu en trois corps, mais en trois personnes, ce qui n’indique aucune limite « géographique ». Pourriez vous me dire votre définition précise de « corps »?

  • Thomas Wernher

    Bonjour,
    la formulation employée ici concernant le Fils me pose problème. En effet, les actes du conciles de Chalcedon nous rapportent « Et en un Seigneur Jésus Christ, le Fils unique de Dieu, engendré de son Père avant tous les mondes, lumière de lumière, vraiment Dieu de Dieu, engendré et non créé, étant d’une substance avec le Père ». Dans l’Ancoratus d’Epiphanius (Chap 120), la variante nous rapport « … Engendré du Père avant tous les mondes, c’est à dire de la même substance que le Père ».

    ma question est relativement simple, mais plutôt importante il me semble. J’ai un peu de mal avec la notion d’engendré. Voici comment je le comprends : En effet, si on parle de l’état pré incarné, il me semble que le Verbe ne fut pas engendré, mais qu’il fut toujours Dieu et avec Dieu. Aussi, parlé de Dieu engendré pose problème. par contre si on parle du Fils (le Verbe incarné), cela me parait tout à fait juste de parler d’engendrement éternel puisque cet engendrement de toute éternité…
    je ne sais pas trop si ma question est assez claire, mais j’éssaie d’être sûr de bien comprendre que l’engendrement, dans Constantinople tout comme dans Nicée est bien relatif à la consubstantialité du Fils et l’éternité de l’engendrement est bien relative à l’éternité planifiant son incarnation….

    des idées pour mieux comprendre ?

    merci

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