Le Baptême en Questions – #4 Le baptême dans l’histoire de l’église

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Question :
L’histoire de l’église peut-elle permettre de statuer sur cette question ?

 

 

Position pédobaptiste (Alexandre Sarran)

 

On trouve très tôt dans l’histoire de l’Église chrétienne des indices se rapportant aux deux pratiques : celle qui consiste à baptiser les bébés (pédobaptisme), et celle qui consiste à retarder l’âge du baptême (téléobaptisme) (1).

Au IVè siècle, la pratique la plus courante semble avoir été de baptiser les adultes. Plusieurs pères de l’Église, bien qu’ils soient nés de parents chrétiens, ont eux-mêmes reçu le baptême à un âge relativement avancé, comme Grégoire de Nazianze, fils d’évêque, baptisé pourtant à l’âge de 30 ans environ, vers l’an 360. On peut également citer les exemples de Basile le Grand (baptisé à l’âge de 27 ans), Jean Chrysostome, Saint Ambroise (baptisé après avoir été nommé évêque !), Saint Augustin, et d’autres. (2)

Toutefois, si l’âge habituel auquel on recevait le baptême à cette époque était plutôt avancé, c’était en raison de l’émergence d’une compréhension erronée de l’efficacité de ce sacrement. Le baptême était perçu comme un moyen efficace de purification des péchés passés, mais pas des péchés futurs, et donc on s’appliquait à attendre le plus tard possible pour l’administrer aux croyants. Le témoignage de Saint Augustin dans Les Confessions (fin du IVè siècle) à cet égard est éloquent (3).

C’est donc sous l’influence d’une mauvaise théologie que l’âge du baptême des enfants de croyants a commencé à être retardé, et cela, à partir du IIIe siècle. Tertullien, par exemple, préconise dans son Traité du baptême (fin du IIe siècle, début du IIIe) de différer l’âge du baptême, mais ce faisant, il révèle justement que de son temps, c’était chose courante d’administrer le baptême aux nourrissons. (4)

À l’époque des pères de l’Église, la nouveauté c’est donc le téléobaptisme et non le pédobaptisme. C’est ce que confirment certaines instructions d’Hippolyte de Rome (170-235) contenues dans un traité dont le titre, “La Tradition apostolique“, n’est pas anodin (5), ou encore certaines affirmations d’Origène (185-253) (6) ou un peu plus tard, de Saint Augustin (354-430). (7)

L’histoire de l’Église nous livre donc, sur ce sujet, des indices probants. Le pédobaptisme, pour autant qu’on puisse l’observer, précède le téléobaptisme. On a des raisons de croire que la pratique qui consiste à administrer le baptême aux croyants et à leurs enfants remonte aux apôtres, comme le dit Saint Augustin.

 

Ceci dit, même si l’histoire de l’Église est utile au débat théologique, ce qu’elle nous enseigne demeure subordonné à l’Écriture sainte, seule règle infaillible de foi et de vie.

 

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Position crédobaptiste (Guillaume Bourin)

 

Non, l’histoire de l’église ne peut pas permettre de trancher définitivement. Il y a plusieurs raisons à cela :

Les données historiques sont sujettes à interprétation. Or, en la matière, la part que prend notre présupposé est déterminante. Si je pense que le baptême des croyants et de leurs enfants (pédobaptisme) est LA position apostolique, j’aurais forcément tendance à interpréter les données d’une manière complaisante envers ce présupposé.

Notre connaissance des doctrines de l’église est dépendante des sources à disposition. Or, nous ne sommes pas toujours assurés : 1/ que ces sources soient exhaustives et 2/ qu’elles soient réellement représentatives de la pensée majoritaires de leur époque. Tout au long de l’histoire, il a été courant de détruire les documents “hérétiques“. Certaines doctrines rejetées durant les premiers siècles ne nous sont connues que par les écrits de ceux qui les réfutent.
Enfin, certains pères de l’église ont parfois changé leur position (c’est le cas, par exemple, d’Augustin dans ses Rétractations) ou se sont contredits (voir cette note sur Cyrille de Jerusalem).

–  L’ancienneté d’une doctrine n’établit pas automatiquement son bienfondé. Il n’a pas fallu longtemps à l’église des premiers siècles pour tomber dans des hérésies comme le modalisme (8) ou le pélagianisme (9). Dans les temps apostoliques mêmes, un gnosticisme (10) de différentes formes faisait rage. Ce n’est pas l’ancienneté de ces doctrines qui nous empêche de catégoriquement les rejeter.

 

Toutefois, certains indices intéressants méritent d’être relevés :

1- La Didachè, l’un des écrits chrétiens les plus anciens, ne semble pas envisager le baptême de nourrissons. (11)

2- Autour du début du IIIè siècle, Tertullien écrit le tout premier traité sur le baptême qui nous soit parvenu. C’est la première mention d’une pratique pédobaptiste, et c’est en fait un rejet de celle-ci. (12)

3- L’un des grands aspects historiques de cette question est de regarder comment la relation entre foi et baptême a été comprise au fil des siècles, du point de vue pédobaptiste (13). Jeffrey Johnson relève au moins 8 sortes de pédobaptisme différents dans l’histoire (14). La compréhension qu’en ont les Eglises Réformées d’aujourd’hui (un baptême de nourrissons précédent leur éventuelle foi future) ne commencera réellement qu’avec Zwingli (1484-1531)

4- L’archéologie peut également se révéler utile à notre discussion. Frédéric Bühler a consacré une bonne partie de son existence à l’étude des baptistères paléochrétiens (15). Voici l’un de ses schémas décrivant l’évolution des installations baptismales au travers es siècles.

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 On y voit clairement une évolution générale de la taille des baptistères à mesure que le baptême d’enfants par affusion (aspersion) se généralisait. F. Bühler en fait quelques déductions intéressantes.

 

La porte reste donc ouverte à la discussion, bien que chaque camp y trouvera certainement ce qu’il veut bien y rechercher. Mais le coeur de débat se focalisera autour des textes inspirés.

 

 

Notes et références :

(1) Pour être précis, j’utilise ici le terme de “téléobaptisme“ (littéralement, “baptême d’adulte“) au lieu de “crédobaptisme“ (“baptême de croyant“), car le premier désigne exclusivement la pratique, sans faire référence aux raisons qui la motivent. Comme on va le voir, les raisons invoquées pour justifier le baptême d’adultes au IVe siècle n’étaient pas les mêmes que celles invoquées aujourd’hui par le crédobaptisme. -AS (retour)
(2) Joachim Jeremias, Infant Baptism in the First Four Centuries, Eugene (Oregon), Wipf & Stock, 1960, p. 88. -AS (retour)
(3) “Un jour qu’une subite fièvre […] faillit m’emporter, vous avez vu […] avec quelle ardeur, avec quelle foi je demandai le baptême de votre Christ, mon Seigneur et mon Dieu […]. Mais soudain je me trouvai mieux. On remit donc à plus tard de me purifier comme si je ne pouvais échapper à de nouvelles souillures en survivant. Apparemment on pensait qu’une rechute dans l’ordure du péché, après le bain du baptême, serait plus grave et plus périlleuse. […] D’où vient que maintenant encore j’entends dire partout des uns et des autres : Laissez-le faire, il n’est pas encore baptisé ?“ - Saint Augustin, Les Confessions, ch. XI, Paris, Flammarion, 1964, p. 26-27. -AS (retour)
(4) “Eu égard à l’état, à la disposition et à l’âge, il est plus expédient de différer le baptême que de le donner d’abord surtout aux petits-enfants.“ - Tertullien, Traité du baptême, XVIII. -AS (retour)
(5) “On baptisera en premier lieu les enfants ; tous ceux qui peuvent parler pour eux-mêmes parleront ; quant à ceux qui ne le peuvent pas, leurs parents parleront pour eux ou quelqu’un de leur famille.“ - Hippolyte de Rome, Tradition apostolique. Voir ce lien-AS (retour)
(6) “L’Église a reçu des apôtres la tradition d’administrer le baptême même aux petits enfants.“ - Origène, Commentaire sur l’Épître aux Romains, sur le ch. 6, v. 5-7. Cf. Joachim Jeremias, Infant Baptism in the First Four Centuries, Eugene (Oregon), Wipf & Stock, 1960, p. 65. -AS (retour)
(7) “L’usage où l’Église, notre mère, est de baptiser les enfants, doit être pris en sérieuse considération : il ne faut ni le regarder comme inutile, ni croire qu’il n’est pas une tradition des Apôtres.“ - Saint Augustin, De la Genèse au sens littéral, XXIII, 39. -AS (retour)
(8) Modalisme : doctrine selon laquelle le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont différents “modes“ ou aspects de l'Être divin, plutôt que trois “hypostases“ ou personnes distinctes. Cette doctrine, typiquement, ne nous est connue que par les écrits de ses adversaires. (IIIè siècle) -GB (retour)
(9) Pélagianisme : enseignée par Pélage puis par Julien d'Eclane, cette doctrine soutient que l'homme peut, par son seul libre arbitre, s'abstenir du péché. Elle nie également toute notion de péché originel. (milieu du IVè siècle) -GB (retour)
(10) Gnosticisme : ce terme ne désigne pas un mouvement précis, mais plutôt un ensemble de doctrines hérétiques enseignées des les premiers temps de l'église. Le dénominateur commun de ces doctrines se retrouve autour de la notion de connaissance. -GB (retour)
(11) Il recommande en effet aux catéchumènes de jeûner un ou deux jours avant le baptême. Cf. Didachè, 7. Rédigé vers la fin du 1er siècle ou au début du 2ème siècle, Il s’agit de la plus ancienne oeuvre chrétienne extra-biblique que nous possédions, le plus ancien texte extra-canonique du christianisme primitif (presque contemporain des livres qui composent le Nouveau Testament). -GB (retour)
(12) CF. Tertullien, De Baptismo, Paragraphe 18. Notons qu'il s'écoule plus de 150 ans entre les premiers écrits du Nouveau Testament, et la première mention explicite d'une pratique pédobaptiste. J'attire votre attention sur l'importance de l'évolution doctrinale qui peut se produire en un tel laps de temps.
Certains on pu accuser Tertullien de vouloir retarder le baptême en raison d'une mauvaise compréhension de sa part. C'est probablement partiellement vrai, mais il y a matière à débat ici : Tertullien voulait-il retarder le baptême en pensant uniquement que celui-ci purifiait les péchés, ou parce qu'il nécessitait une compréhension et un engagement personnel avant de le recevoir ? Personnellement, en lisant son paragraphe 18, je ne peux que pencher vers la deuxième option. Au lecteur d'en juger. Cependant, il est vrai qu'un baptiste moderne aura bien du mal à s'appuyer sur Tertullien pour justifier sa position, en particulier lorsqu'il conseille d'attendre le mariage avant de recevoir le baptême (!). Quoi qu'il en soit, celle-ci comporte indéniablement un aspect historique déterminant. -GB (retour)
(13) A cet égard, certaines citations de pères ultérieurs au 2è siècle sont âprement débattues par les spécialistes des deux camps. Quelques unes d'entre elles sont relevées dans cet article. -GB (retour)
(14) Jeffrey Johnson, “The Fatal Flaw of the Theology Behind Infant Baptism“, Solid Ground Books. -GB (retour)
(15) Voir la synthèse de ses travaux disponible chez nos amis du CRIE :  “Le Baptême, aspects Historiques, Archéologiques, et Biblique”. Le schéma reproduit ici se retrouve en pages 54-55. -GB (retour)


Réflexions et ressources d'édification centrées sur Dieu


  • Cher Alex,

    Quelques remarques :

    1- Dans ton IVè paragraphe, en citant Tertullien (référence que nous partageons, comme tu le vois), tu tires les conclusions suivantes :
    a) que le baptême des enfants dont parle Tertullien lui est nécessairement antérieur,
    b) que c’était une chose courante à son époque.
    Quels sont tes arguments, dans le texte de Tertullien, qui peuvent te laisser affirmer une chose pareille ?

    2- Tu extraits de son contexte la citation de Tertullien que tu mets en note de bas de page. Il ne propose pas de différer l’age de baptême des enfants pour une histoire de purification des péchés (même si je ne nie pas que cette idée semble présente dans le texte de Tertullien), mais avant tout pour des raisons liées à leur capacité à s’engager.
    “Qu’ils viennent donc lorsqu’ils seront plus avancés en âge ; qu’ils viennent lorsqu’ils seront en état d’être instruits, afin qu’ils connaissent leurs engagements.
    Qu’ils commencent par savoir Jésus-Christ, avant que de devenir chrétiens. […] Que les enfants apprennent donc à demander le salut, afin qu’il paraisse qu’on n’accorde qu’à ceux qui demandent.“

    Il me semble que ton argumentaire ne tient pas sans prendre l’extrait que tu as cité hors de son contexte.

    3- Cela m’amène à ta citation d’Hyppolyte de Rome, que tu revendiques pour toi même. Mais quand il déclare que “quant à ceux qui ne le peuvent pas (parler), leurs parents parleront pour eux ou quelqu’un de leur famille.“
    Ne sommes nous pas en face d’un cas de fides aliena (la foi est communiqué par un parent, un parrain, ou encore par ceux qui réalisent le baptême) ?
    Or : a) n’est-ce pas là exactement ce que Tertullien rejette ?
    b) Est-ce que toi réellement tu croirais à cela ? Est-ce que tu enseignes cela ?
    c) Si ce n’est pas le cas, dans ce cas je suppose que tu serais près à accepter que ce que tu qualifies de fausse conception du baptême d’adulte (téléobaptisme) trouve son pendant ici au travers de cette forme de pédobaptisme… Non ?
    En d’autres termes, peux-tu vraiment revendiquer cette citation pour toi ?

    4- En quoi tes citations d’Hippolyte, d’Augustin, ou d’Origène viennent confirmer ton affirmation que “à l’époque des pères de l’Église, la nouveauté c’est donc le téléobaptisme et non le pédobaptisme.“ ?
    Déjà : a) de quelle période patristique parles-tu, car il y en a au moins deux principales couvertes par ces 3 pères
    b) moi j’y vois simplement la preuve de l’existence de deux camps divisés sur la question du baptême au troisième siècle, et je me garderais bien d’aler plus loin dans la spéculation !! Car en rien cela ne démontre que l’une soit plus ancienne que l’autre.

    5- En fait, ton argumentation semble essentiellement reposer sur les affirmations d’Origène et d’Augustin, à savoir que le pédobaptisme prend racine dans l’eneignement apostoliques.
    Admettons juste quelques secondes (pas plus !!) que ce soit le cas. Mais alors dans ce cas :
    a) de quel pédobaptisme parle t-on ? Est-ce qu’Origène avait la même doctrine du baptême qu’Augustin ? Et si non, laquelle est la bonne ?
    b) Est-ce qu’il faudrait comprendre que tu dis la chose suivante : “quand Augustin déclare que le baptême des nourrissons efface le péché originel et que cette doctrine est apostolique, il faut le suivre ?“ Et si tu ne suis pas Augustin sur cet aspect historique de la doctrine du baptême, comment l’invoquer comme preuve dans ce débat ?

    Au final, si je suis d’accord avec ta conclusion sur les Ecritures, je pense que, dans cet article, tu manques de prudence quant aux conclusions que tu tires.
    Mais peut-être auras-tu quelques éléments de réponse supplémentaires nous apporter ?

    A très vite
    gb

  • Merci Guillaume pour tes remarques. Désolé d’avoir tardé à répondre.

    1. La façon dont Tertullien fait référence au baptême des petits enfants présuppose assez clairement que c’est une pratique qui existe au moment où il écrit. Il y fait référence sans le dénoncer comme une nouveauté, ni l’expliquer comme si c’était une originalité. Voilà pourquoi on peut déduire très naturellement que c’était une pratique courante à son époque (fin du IIe, début du IIIe siècle).

    2. En lisant tout le Traité du baptême de Tertullien, on voit assez clairement qu’il préconise de retarder l’âge du baptême en raison de l’effet qu’il attribue à ce sacrement. Article I : « Le baptême efface la tache de nos péchés passés ». Puisque le baptême efface les péchés passés, il vaut mieux être en âge de s’engager avant de recevoir le baptême (sous-entendu : en âge de s’engager à marcher fidèlement avec Dieu). Voilà ce qui explique très naturellement les autres remarques de Tertullien dans ce passage que tu cites (et dont tu omets à ton tour des éléments pertinents). Il admet par exemple que l’on puisse baptiser les enfants s’il y a « nécessité pressante » (par exemple un risque de mort prématurée). Et il dit aussi : « Pourquoi tant presser de recourir à la rémission des péchés un âge encore innocent ? ». Donc si Tertullien veut que les candidats au baptême aient la capacité de s’engager, c’est bien parce que le baptême, à ses yeux, produit efficacement la purification des péchés passés. C’est ce qui explique pourquoi, dans le même paragraphe, il s’empresse d’ajouter qu’il vaut mieux attendre aussi d’être marié avant de recevoir le baptême, puisqu’en tant que célibataire, on est beaucoup plus exposé à l’immoralité sexuelle !

    3. Je ne pense pas que l’on puisse parler ici de fides aliena. Lorsqu’il y a un baptême de nourrisson, les parents prennent toujours la parole pour professer « la foi du foyer ». La foi des parents engage l’enfant, mais elle ne le sauve pas sur le plan eschatologique. On aura certainement l’occasion de revenir sur ces questions ! En attendant, le sujet n’est pas de quel pédobaptisme parle-t-on chez les pères de l’Église, mais plutôt : le pédobaptisme existait-il ? Et la réponse chez Hippolyte de Rome est clairement oui. En employant les termes de téléobaptisme et de pédobaptisme, je me réfère purement aux pratiques et pas aux raisons théologiques qui les sous-tendent.

    4. La citation d’Hippolyte confirme que le pédobaptisme est une pratique courante à l’époque de Tertullien, les deux pères étant contemporains. Origène a aussi vécu au début du IIIe siècle et il affirme à plusieurs reprises, comme en passant, que le baptême des nourrissons est une pratique héritée des apôtres (voir, en plus de la note, ses Homélies sur Luc, sur ch. 2, v. 2 ; et ses Homélies sur le Lévitique, sur ch. 12, v. 2 ; source : Jérémias, op. cit., p. 65). Je cite Augustin simplement pour montrer qu’il s’accorde lui aussi avec cette idée de l’origine apostolique du baptême des nourrissons. Autrement dit, sur l’ancienneté de la pratique, les témoignages des pères de l’Église concordent.

    5. Quelle qu’ait été la théologie du pédobaptisme chez les pères de l’Église, cela ne change rien à l’existence ou non de la pratique en tant que telle depuis le Ier siècle. J’ai essayé de m’appuyer sur les meilleurs indices pour montrer qu’à mon avis le pédobaptisme (en tant que pratique) remonte aux apôtres. La théologie a pu fluctuer, comme tu le sais, et comme c’est aussi le cas pour le téléobaptisme.

    J’ajoute qu’il existe d’autres arguments historiques très probants en faveur du pédobaptisme.

    Cyprien de Carthage, par exemple (début du IIIe siècle lui aussi), parle d’un débat qu’il y a eu lors d’un concile au sujet du baptême des nourrissons. Et la question n’était pas de savoir s’il fallait ou non les baptiser, mais de savoir s’il fallait les baptiser dès la naissance, ou attendre… le huitième jour !

    Il existe aussi des pierres tombales datant du IIIe siècle comportant des épitaphes en souvenir d’enfants morts en tant que nourrissons, qui révèlent que ces enfants étaient baptisés (voir Jérémias, op. cit., p. 75-80).

    J’ajoute pour terminer qu’un indice historique très important se trouve dans le fait que les plus grands réformateurs au XVIe siècle étaient pédobaptistes en dépit du fait qu’il rejetaient par ailleurs avec une grande virulence toutes les superstitions de l’Église établie et qu’ils avaient, par nécessité, beaucoup réfléchi à l’ecclésiologie. Non seulement les réformateurs étaient-ils pédobaptistes, mais aussi leurs précurseurs : les Vaudois (XIIe siècle), les disciples de Wyclif (XIVe siècle), ceux de Jan Hus (XVe siècle). Et aussi, plus tard, de grands puritains comme John Cotton, John Owen, François Turretin ou Jonathan Edwards.

    Ah oui, j’allais oublier toutes ces grandes confessions de foi des XVe, XVIe et XVIIe siècles, qui sont toutes pédobaptistes : le Grand Catéchisme de Luther (1529), la Confession d’Augsbourg (1530), le Catéchisme de Genève (1542), le Livre de la prière commune (1549), la Confession de La Rochelle (1559), la Seconde Confession Helvétique (1561), le Catéchisme de Heidelberg (1563), la Confession de foi des églises réformées Wallonnes et Flamandes (1619), la Confession de foi de Westminster (1647), la Déclaration de Savoie (1658).

    J’aurais des choses à dire sur ton article, mais j’ai pas le temps tout de suite !

    À bientôt, donc.

    • J’ai mis XVe siècle mais c’était une erreur bien sûr ! Pas de confession de foi protestante avant le XVIe siècle. À plus !

    • Alex,

      Merci pour tes réponses.

      1 & 2- Comme je l’ai écrit, je ne nie pas le caractère erroné du texte de Tertullien. D’ailleurs, j’ai pris bien soin de rajouter une note à ce sujet lorsque j’ai reproduit son article 18 sur ce blog.
      Néanmoins, les conclusions que tu tires de cet écrit très débattu sont typiquement celles des pédobaptistes. Dire qu’il retarde le baptême en raison de l’efficacité du sacrement est une vue tirée de ta position. J’ai plutôt l’impression qu’il la retarde en raison de l’absence de foi du catéchumène qui, selon lui, provoquerait l’efficacité du sacrement (ce qui, dans les deux cas, est une erreur, nous en convenons tous les deux).
      Personnellement, je ne parviens pas à conclure sur ce sujet, en particulier parce que le lien que fait Tertullien entre foi et baptême est assez peu développé. De plus, quand je lis rapidement son traité sur le baptême, j’ai de gros doutes qu’il ait eu réellement 1 Pierre entre les mains, en particulier le chapitre 3, malgré ce Bruce Metzger a pu en dire. J’ai un sentiment mitigé sur son traité.
      Ce qui est très clair, c’est qu’il s’écoule 150 ans entre cette première mention d’une pratique pédobaptiste et la plupart des Ecrits néotestamentaires, et qu’il a pu arriver de nombreuses déviances en un tel laps de temps (la purification des péchés par le baptême en est un exemple ici, et je crois bien que le pédobaptisme qu’il mentionne en est une autre)
      Franchement, la patristique est un exercice à double tranchant, dans lequel, au final, il est très facile d’y trouver ce que l’on est venu y chercher…
      Et je pense que c’est un perte de temps que de développer plus, car nous ne sommes pas d’accord avec lui, toi comme moi.

      3- Je ne vais pas aller chercher d’autres textes d’Hyppolyte, car là encore je pense que nous avons tous les deux d’autres sujets importants à traiter.
      Cependant, lis juste son Sermon pour la Fête de l’Epiphanie, et tu verras qu’il croyait fermement (comme tous les pères du 3è qui nous sont parvenus) à la régénération baptismale. A son époque, c’était Fides Aliena qui constituait l’approche la plus répandue, ou en tout cas qui nous apparait aujourd’hui comme la plus répandue…
      Et le texte que tu cites semble aller dans ce sens.
      Je me doute que tu cherches un appui historique à ta propre pratique. Mais je pense que ce que ta position est clairement différente de la leur.

      4 et 5- Je ne nie pas la présence de pratiques pédobaptistes au 2è siècle. Je ne nie pas non plus leur présence au premier siècle, figure toi (surpris, hein ?). Et ce bien que nous n’en ayons aucune trace historique avérée… Va donc trouver un crédobaptiste aussi gentil et conciliant que moi 🙂
      Je ne suis pas choqué par l’idée que la première génération de chrétiens, laissés sans enseignement précis sur le sens du baptême, ait pu dévier de la pratique apostolique et baptiser leurs enfants. Ajoute à cela les dérives liées à la question de la régénération baptismale combiné à un taux de mortalité très important d’enfants en bas âge, et tu as certaines des raisons qui ont fait croitre la pratique pédobaptiste d’une manière exponentielle.
      Au fond, ce n’est pas tant l’historicité de ta position qui me pose problème : j’ai déjà dit que cela ne prouvait rien en soit. C’est ton interprétation des sources qui me parait être un peu trop aventureuse. En particulier les sources plus tardives comme Augustin.
      Ce n’est pas parce que ce dernier ou Origène ont dit que le pédobaptisme constituait une pratique apostolique que c’est nécessairement vrai.
      Augustin professait que le baptême ôtait le péché originel, ce que tu sais très bien être faux. Or c’est ça qu’il entend quand il parle de pratique apostolique…
      D’ailleurs, au passage, si j’étais pédobatiste je réfléchirais à deux fois avant de m’appuyer sur Augustin, essentiellement à cause de cela.

      En bref, je renouvelle la conclusion de mon article : “La porte reste donc ouverte à la discussion, bien que chaque camp y trouvera certainement ce qu’il veut bien y rechercher. Mais le coeur de débat se focalisera autour des textes inspirés.

      Guillaume

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