Le Baptême en Questions – #3 Passages bibliques explicites : quelle valeur leur accorder ?

 

Question :
Existe-t-il des exemples bibliques concrets qui permettent de statuer en  faveur de l’une ou l’autre des positions ?

 

 

Position pédobaptiste (Alexandre Sarran)

 

La question de savoir s’il faut ou non, en certains cas, administrer le baptême aux nourrissons serait très vite résolue si le Nouveau Testament nous offrait l’exemple incontestable d’un enfant de croyants recevant le baptême sur la base de son appartenance à un foyer chrétien, avec l’aval explicite des apôtres.

À l’inverse, la question serait tout aussi vite résolue si le Nouveau Testament nous offrait l’exemple incontestable d’un enfant de croyants auquel les apôtres auraient refusé le baptême en raison de l’incapacité de l’enfant à professer la foi de manière intelligible et volontaire.

Le fait est qu’il n’existe aucun précédent biblique, dans le Nouveau Testament, qui soit suffisamment explicite pour qu’on puisse, sur cette base, statuer une fois pour toutes en faveur du pédobaptisme ou du crédobaptisme.

Il est vrai qu’il existe un motif récurrent dans le livre des Actes, où l’on voit des individus entendre l’Évangile, le comprendre, le croire, et le professer, avant de recevoir le baptême. Ce motif suffit-il à fonder une pratique qui réserverait le baptême aux personnes capables de le choisir ? Pas du tout, puisque les apôtres pouvaient très bien être des “pédobaptistes“ et avoir agi exactement de la même manière.

Dans le contexte du livre des Actes, la propagation de l’Évangile est en train de produire une première génération de chrétiens. Les personnes auxquelles les apôtres s’adressent sont naturellement des adultes, qui n’ont jamais reçu le baptême chrétien, et qui le reçoivent au moment où ils intègrent la communauté des chrétiens. Le texte ne dit pas explicitement si les enfants (et les futurs enfants) de ces nouveaux croyants ont reçu ou non le baptême en tant que nouveaux-nés.

En revanche, il y a un autre motif dans le livre des Actes qui mérite d’être relevé : c’est la façon dont les personnes qui professent la foi sont baptisées très vite après, généralement le jour-même. Ce délai très court montre que ce n’est pas sur la base de leur régénération (dont personne n’a pu encore observer les preuves) que ces personnes reçoivent le baptême, mais bien sur la base de leur volonté manifeste d’être comptés parmi les membres du peuple de Jésus.

Si donc le baptême n’est pas administré sur la base de la nouvelle naissance, mais bien sur la base de l’incorporation au peuple visible de Dieu, alors comment le refuser aux enfants des croyants, qui font naturellement partie du peuple visible de Dieu de par leur appartenance à un foyer chrétien ?

 

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Position crédobaptiste (Guillaume Bourin)

 

Il existe, dans les Ecritures, douze occurrences narratives de baptêmes ayant eu lieu durant la période apostolique (1). Si l’on se pose quelques questions simples à la lecture de chacun de ces textes, alors les conclusions suivantes s’imposent (2) :

  • Qui était baptisé ? Des individus ayant fait profession de foi
  • Qui baptisait ? Celui ou ceux ayant annoncé l’Evangile
  • Comment étaient-ils baptisés ? Par immersion, comme l’indique le sens premier du terme original (3)
  • Quand étaient-ils baptisés ? Immédiatement après la profession de foi (4)
  • Où étaient-ils baptisés ? Là où l’on trouvait suffisamment d’eau pour le faire

Ces conclusions semblent sans appel. Cependant certains de ces passages sont régulièrement revendiqués par les pédobaptistes.

C’est le cas, en particulier, pour les deux récits d’Actes 16 : il est courant d’invoquer le cas des oikos (οἶκος = ‘maison’) de Lydie et du geôlier pour justifier le baptême de la progéniture d’un croyant, certains allant même jusqu’à avancer la présence de jeunes enfants en leur sein.

Cette dernière assertion, hautement spéculative, s’auto-disqualifie : il n’y a aucune élément textuel permettant de conclure à la présence de nourrissons ou d’enfants en bas âges dans ces oikos.

La première affirmation, quant à elle, nécessite qu’on y consacre quelques lignes :

  1. Concernant le geôlier de Philippes, il nous faut avant tout considérer le verset 31 : “Crois au Seigneur Jésus, et tu seras sauvé, toi et ta famille“. Paul n’est, bien sur, pas en train d’annoncer au geôlier que sa foi personnelle sauvera l’ensemble de sa maison, mais plutôt que l’offre de grâce s’étend à tous ceux vivant sous son toit. Chacun de ces baptême a logiquement été administré sur la base d’une profession de foi individuelle.
  2. On ne peut pas déterminer avec exactitude le lien de parenté des membres de chaque oikos. Bien qu’il y ait de sérieuses raisons de penser que l’oikos du geôlier soit constituté de sa famille proche,  il est impossible de le démontrer réellement. Quant à Lydie, qui était impliquée dans l’industrie locale, son oïkos comprenait très certainement des serviteurs (5). Pourquoi donc ces derniers auraient-ils été baptisés sur la base de la foi de Lydie ? C’est un non sens.
  3. Un autre croyant voit son oikos être baptisé avec lui : Crispus de Corinthe (Actes 18:8). Dans ce cas précis, la mention de la profession de foi préalable de l’ensemble de sa maison est explicite, de sorte qu’il est légitime de penser que ce qui est le cas dans ce récit l’est aussi dans les deux précédents. Aucun oikos n’est baptisé sur la base de la foi de son réprésentant, contrairement à ce que la position pédobaptiste soutient.

Les 12 occurrences narratives de baptêmes du Nouveau Testament constituent donc un faisceau d’arguments solides en faveur du crédobaptisme.

 

 

Notes et références :

(1)  Dix d'entre-elles se trouvent dans les Actes : 2:41 ; 8:5-13 ; 8:36-39 ; 9:18-19 ; 10:47-48 ; 16:13-15, 16:33 ; 18:8, 19:1-5 ; 22:14-16. Les deux autres sont dans 1 Corinthiens 1:14-16 -GB (retour)
(2)  Voir le détail des éléments textuels contenus dans chaque passage dans le tableau récapitulatif consultable ici.
(3)  baptizō (βαπτίζω), littéralement ‘plonger‘, ‘immerger‘.  -GB (retour)
(4)  Voir à ce sujet cette intéressante réflexion de Steve Smith, issu de son process de discipulat T4T. -GB (retour)
(5)  Voir Marshall, “Acts: An introduction and commentary“. Tyndale New Testament Commentaries. Downers Grove, IL: InterVarsity Press. p. 284. -GB (retour)

Réflexions et ressources d'édification centrées sur Dieu

  • Cher Alex,

    J’ai une remarque à faire, et quelques questions à te poser. Je commence dans ce commentaire par mentionner ma remarque, et je rédigerai une deuxième commentaire pour t’indiquer mes questions.

    Ma remarque : les apôtres ne baptisaient pas sur la base de preuves de la régénération, mais sur la base d’une profession de foi
    J’ai conscience que beaucoup de crédobaptistes, de nos jours, attendent de voir des fruits semblant démontrer l’évidence d’une régénération avant de baptiser un individu. D’où la grande popularité des systèmes de cours sur le baptême, et le délai qui atteint parfois plusieurs mois entre le désir du croyant de se faire baptiser et le baptême effectif.

    Personnellement, je pense qu’il s’agit d’une dérive historique. Car le baptême biblique est le signe que le croyant est sur de vouloir s’engager, et non que celui qui baptise est convaincu de l’authenticité de sa régénération.

    Le baptême est donc un élément clé de la profession de foi, et non la conséquence d’un processus de discipulat à court terme.
    Par cette profession de foi, le croyant prend l’engagement public de suivre Jésus-Christ, de renoncer à sa vie passée, d’accepter les conséquences de cet engagement en terme de souffrance et de persécutions, et de mettre ne premier lieu dans son existence la manifestation de la gloire de Dieu. Cela va bien plus loin qu’une simple “volonté manifeste d’être compté parmi les membres du peuple de Jésus“, pour reprendre ta formule.

    Bien sur, une profession de foi authentique est la conséquence, et non la cause, de la régénération. On présume donc de l’authenticité de l’expérience de celui que l’on baptise, mais c’est en définitive l’épreuve du temps qui confirmera ou infirmera cette présomption, car seul “celui qui persévèrera jusqu’à la fin sera sauvé“.

    Voilà pour ma remarque, afin de corriger ce que j’ai perçu être une petite méconception au sujet de notre position.

  • Voici mes questions :

    1- Tu sembles dire dans ta réponse que les apôtres étaient pédobaptistes, et que les occurrences narratives du NT ne prouvent rien en elles-mêmes.
    Si donc je me place du côté de l’approche pédobaptiste, lorsque je dois baptiser un individu faisant profession de foi je dois également baptiser l’ensemble de sa progéniture. Et donc, si les apôtres tenaient pareille position, c’est nécessairement ce qu’ils ont du faire avec cette première génération de croyants, dans les Actes : baptiser chaque croyant avec ses enfants.
    Dans ce cas, pourquoi y a-t-il un tel silence dans l’ensemble de ces 12 passages narratifs sur une pratique que tu crois pourtant être apostolique ?

    2- Peux tu préciser ce que tu entends par “peuple visible de Dieu“ ? Quels personnes sont désignées, selon toi, par cette formulation ?

    3- Pourquoi les enfants membres de ce “peuple visible de Dieu“ auraient part en tant que nourrisson au sacrement du baptême, et non à celui de la Sainte-Cène ? Est-ce que la Cène serait, pour toi, réservé à d’autres qu’au peuple visible de Dieu ?

    Merci d’avance pour tes réponses !!

  • Je me rend compte en lisant vos positions respectives, que l’on ne part pas sur les mêmes bases. Les pedobatistes pensent que les enfants « font naturellement partie du peuple visible de Dieu de par leur appartenance à un foyer chrétien »… C’est sur qu’en partant de là leur position est logique.
    Mais je ne crois pas que « notre naissance » influence notre appartenance au peuple de Dieu. Nous devenons ses enfants à cause de la nouvelle naissance, la foi en Jésus (mort pour nous, résurrection etc.).
    Perso, je suis née dans une famille chrétienne, et justement je me suis sentie « enfant de Dieu » quand « j’ai donné ma vie au Seigneur » (selon l’expression commune). Malgré mon jeune âge, je réalisais que la notion de salut était une question personnelle et que Dieu voulait MA réponse, que je ne pouvais pas me cacher derrière mes parents.
    Merci encore pour ce débat, cela me permet de mieux comprendre les arguments de la position pedobaptiste que je connaissais vaguement… 🙂

    • Ce qu’il sera intéressant pour toi de voir, Ludivine, c’est pourquoi les pédobaptistes pensent que les enfants de croyants « font naturellement partie du peuple visible de Dieu de par leur appartenance à un foyer chrétien ».

      En effet, ce n’est pas arbitrairement qu’Alex part de ce présupposé, il y a tout un raisonnement dogmatique
      derrière, et c’est ce qui constituera certainement le coeur de notre débat et de notre désaccord.

      Merci pour tes commentaires !

    • Chère Ludivine,

      Ce que j’ai dit sur la distinction traditionnelle entre l’Église visible et l’Église invisible vous aidera peut-être à comprendre pourquoi nous disons que les enfants des croyants font naturellement partie du peuple visible de Dieu. Nous sommes parfaitement d’accord sur la nécessité de la nouvelle naissance et de la foi personnelle pour être sauvé. Mais nous considérons que le baptême est un rite de l’Église visible et non de l’Église invisible, puisque, par nécessité, le baptême d’eau ne peut être administré que sur la base de critères visibles. La nouvelle naissance n’est donc pas une condition préalable au baptême.

  • Cher Guillaume,

    Un grand merci pour ta remarque et pour tes questions. Je réponds dans l’ordre.

    Tout d’abord ta remarque. Tu dis que les apôtres ne baptisaient pas sur la base de la régénération, mais plutôt sur la base d’une profession de foi, le baptême étant un élément-clef de cette profession de foi, et cette profession de foi étant l’expression d’un engagement à suivre Jésus, avec tout ce que cela implique. Merci pour cette précision, qui permet de déblayer le terrain : donc ni toi, ni moi, ne croyons que le baptême se reçoit sur la base de la régénération, œuvre intérieure du Saint-Esprit. Nous croyons tous les deux que le baptême se reçoit sur la base d’un critère extérieur et visible.

    Ce critère, c’est la profession de foi, et je suis d’accord avec le fait que les adultes qui ont reçu le baptême dans le Nouveau Testament l’ont reçu sur la base d’une profession de foi. Mais tu vas un peu plus loin en supposant que ces adultes, dans le Nouveau Testament, avaient conscience de tout ce que leur profession de foi impliquait (du moins des choses que tu as mentionnées). Or, penses-tu vraiment que cela ait été le cas pour l’eunuque dans le désert (Ac 8.36-38) ? Ou pour Simon le magicien (Ac 8.13-24) ? En recevant le baptême, s’engageaient-ils en connaissance de cause à assumer tout ce qu’impliquait le fait de suivre Jésus ? Ce qui m’amène à te poser la question suivante (à laquelle tu préféreras peut-être répondre dans le cadre d’un article à venir) : quelle est la profession de foi minimale à partir de laquelle tu estimes qu’une personne peut recevoir le baptême ?

    Je pense quant à moi que la profession de foi des adultes qui reçoivent le baptême dans le Nouveau Testament est équivalente à ce que j’ai appelé la « volonté manifeste d’être compté parmi les membres du peuple de Jésus ». Et pour des raisons qui dépassent le seul cadre du livre des Actes, je pense que cette volonté engage aussi les enfants de ceux qui l’expriment. Puisqu’ils dépendent d’une famille « professante », les enfants de ces « professants » sont donc considérés eux aussi comme des « professants », tant qu’ils ne rejettent pas la grâce qui leur est présentée naturellement du fait de leur appartenance à un foyer chrétien.

    • Merci Alex pour ta réponse.
      Quelques éléments supplémentaires :

      – la profession de foi est, comme son nom l’indique, l’expression de la foi d’un individu. Cette foi, si elle est vraie, est nécessairement le fruit de la régénération (Philippiens 1:29, Ephésiens 2:8-10, etc…). La foi est la première de toutes les grâces, le premier élément extérieur qui peut nous laisser présumer de la nouvelle naissance intérieure d’une personne
      Par conséquent, lorsque nous baptisons un individu sur la base de sa profession de foi, nous présumons naturellement de sa nouvelle naissance.
      Nous n’administrons pas le sacrement du baptême sur la base de la régénération, mais sur celle d’une profession de foi qui nous la laisse présumer.
      Oui, il s’agit bien ici d’un critère extérieur et visible, mais il se rapporte directement à celui -intérieur- de la régénération. Ce que le pédobaptême ne peut en aucun cas prétendre.

      – Concernant le contenu du message qui a été apporté à Simon le Magicien et à l’Eunuque :
      1/ nous ne disposons pas de la (ou des) prédication(s) de Philippe dans le premier cas, ce qui ne laisse en rien présumer qu’elle aurait été inférieure en contenu aux prédications apostoliques. Notons cependant que les Samaritains écoutaient Philippe avec une grande attention, ce qui laisse penser que la proclamation de l’Evangile ne s’est pas faite entre deux portes… Il ne leur a pas exposé un message tronqué.
      2/ dans le deuxième, Philippe est partit d’un texte en lui-même particulièrement explicite, Esaïe 53, dont il ne s’est cependant pas contenté. En effet, le v. 35 nous dit : “Alors Philippe, ouvrant la bouche et commençant par ce passage, lui annonça la bonne nouvelle de Jésus.“. Il est clair qu’il n’a fait que commencer par ce texte, mais qu’il a ensuite cité, selon le modèle apostolique, différents textes-preuves pour étayer son propos sur “la Bonne Nouvelle de Jésus“.

      La prédication de l’Evangile, pour les apôtres, ne se limitait pas à un simple plan du salut annoncé en moins de 2 minutes, comme on l’apprend parfois aujourd’hui.
      En témoignent les 9 occurrences de persécutions du livre des Actes : elles font toujours suite à une prédication radicale de l’Evangile de la grâce, systématiquement suivi d’un appel à l’engagement.

      Par conséquent, il est impossible que, dans un tel climat d’opposition et de persécution, dans lequel la Parole était prêchée d’une manière aussi explicite, ceux qui se faisaient baptiser manifestaient simplement “la volonté d’être compté parmi les membres du peuple de Jésus“. Leur engagement impliquait bien plus que cela.

      Nous pourrons, bien sur, parler plus en détail de cette notion de “profession de foi minimale“ que tu évoques. Mais il faut maintenir qu’elle faisait toujours suite à une prédication explicite de l’oeuvre de Christ à la croix, des promesses qui y étaient attachées, mais également du prix à payer pour le suivre.

      Pour finir, j’ai vraiment du mal à comprendre comment des enfants peuvent être considérés comme professants… quand il ne professent pas. Je crois qu’il y a ici un problème de sémantique: tu ne peux tout simplement pas professer en étant passif. La profession de foi est nécessairement un acte positif, volontaire.
      Les enfants de professants sont des enfants de professants, ça s’arrête là.
      Tu ne peux pas attribuer à un enfant le qualificatif qui sied à l’action de son père/sa mère, tant qu’il n’a pas agit lui même de cette manière là.
      Si tu gagnais le marathon de Paris 2013, personne ne viendrait dire que ton fils en est lui aussi le vainqueur. Pourquoi donc devrions-nous agir autrement au sujet de ton baptême ?

      • Cher Guillaume,

        Tu admets que la profession de foi n’est pas le signe indubitable d’une vraie foi. Par conséquent, tu es obligé de reconnaître que tu baptises des gens sans savoir pour sûr s’ils sont sauvés ou non. Donc en réalité, ni toi ni moi ne pouvons dire que le signe extérieur du baptême se rapporte directement à la régénération, comme s’ils étaient indissociables. Normalement, nous devrions être d’accord là-dessus.

        Pour ce qui est de l’eunuque et de Simon le magicien, je ne faisais pas d’abord allusion au contenu du message qui leur a été annoncé, mais d’abord au contenu de leur réponse. Nous ne pouvons pas savoir pour sûr si, au moment de leur baptême, ils avaient compris tous les points que tu as mentionnés. Mais on peut constater deux choses. Dans le cas de l’eunuque, celui-ci a été baptisé sur le champ, sur la base d’une profession de foi assez sommaire (Ac 8.37). Dans le cas de Simon, la suite de l’épisode semble indiquer qu’il n’avait pas forcément compris grand-chose, en définitive, à son propre baptême (Ac 8.18-24). Tout ce que je dis, c’est qu’on n’a pas l’impression qu’ils se soient engagés sciemment à assumer tout ce qu’implique le fait de suivre Jésus. J’attends donc que tu me parles de cette fameuse profession de foi minimale à partir de laquelle tu estimes que le baptême peut être administré.

        J’ajoute que lorsque je parle de « la volonté manifeste d’être compté parmi les membres du peuple de Jésus », je ne suis pas en train de minimiser ce que cette formule implique ! Bien au contraire, c’est très sérieux ! Ce que j’affirme, toutefois, c’est qu’il est possible de faire partie du peuple de Jésus sans avoir conscience subjectivement de ce que cela implique objectivement. Ce qui n’est pas normal, bien sûr, c’est de demeurer indéfiniment dans cette situation. Un des effets de la prédication de la Parole c’est d’enseigner aux membres de l’Église visible à assumer leur vocation et, justement, à persévérer jusqu’à la fin !

        Enfin, tu as remarqué que j’ai mis « professants » entre guillemets. Je sais bien que les enfants de croyants ne professent pas au sens strict. Néanmoins, ils appartiennent à une famille qui « professe » (note les guillemets). Si tu préfères, remplace « professant » par « chrétien ». Les « chrétiens » sont réputés attachés à Christ. Je dis donc que les enfants de chrétiens sont eux aussi des chrétiens, réputés attachés à Christ (réputés « professants ») dans la mesure où ils ne rejettent pas Christ, le Seigneur du foyer. Que sont les enfants des chrétiens s’ils ne sont pas chrétiens ? Sont-ils des païens ? Sont-ils neutres ?

        Je dois avouer que tes dernières remarques révèlent à mon avis une vision individualiste plutôt étrangère à la Bible. Adam a perdu le marathon de Paris, et la défaite est attribuée à tous ses descendants, non ? Jésus le gagne, et sa victoire est imputée à tous les élus (Rm 5.18-19). Où est le problème, si Dieu en décide ainsi ? Et de même, Abraham est justifié par la foi, et le signe de cette justification est apposé à ses enfants (Rm 4.11 ; Gn 17.11-12). Un conjoint chrétien dans le foyer suffit à ce que l’autre conjoint et les enfants soient considérés comme « saints » (1 Co 7.14). Bref, si Dieu dit que la profession de foi d’un adulte engage les enfants qui dépendent de son foyer, qui sommes-nous pour en juger autrement ?

        • Alex,

          Je pense que sur plusieurs points de ce dernier commentaire, il y a quelques incompréhensions sémantiques. Je vais essayer d’être le plus bref, et je pense que ce sera mon dernier com ici.

          1/ Je répète et maintiens qu’une profession de foi manifeste aux éléments clés de l’Evangile, qui, je le rappelle (voir plus haut) contiennent à minima une prédication explicite de l’oeuvre de Christ à la croix, les promesses qui y étaient attachées, mais également du prix à payer pour le suivre.
          il est évident que les apôtres eux-mêmes baptisaient des personnes dont la régénération n’était pas nécessairement avérée (par exemple, Simon le Magicien). Mais en baptisant sur la base d’une profession de foi, ils présumaient de cette nouvelle naissance.
          Je maintiens donc qu’il y a un lien direct entre une profession de foi véritable et la régénération.
          Mais il existe également de fausse profession de foi, comme il existe d’ailleurs une fausse foi (cf. Matthieu 13:21 ; Jean 8:30-47). Il y aura bien de l’ivraie au milieu du bon grain, lorsque le Seigneur viendra pour la moisson. Et elle sera brûlée.

          2/ Tu t’interroges sur les réponses que l’eunuque ou Simon ont formulé, alors qu’il n’y a aucun élément textuel pour cela. De mon point de vue, c’est très spéculatif et hautement hasardeux. Pour ma part, je me concentrerais sur ce qu’ils ont entendu et potentiellement accepté. Ce que j’ai tenté de détailler en peu de mots lors de mon précédent commentaire.

          3/ Je ne parviens pas à comprendre le lien que tu fais entre l’imputation du péché à l’humanité par Adam, ou de la justice aux élus par Christ, et le qualificatif de professant donné aux enfants de professants.
          Serais-tu en train de dire que les enfants de professant sont professants “par imputation“ ? Un genre de fides aliena, en quelque sorte ?
          Je ne peux pas imagner un seul instant que tu penses cela. Pour ces raisons, je crois que tu ne peux pas te permettre d’invoquer le fédéralisme pour justifier le fait que appelles “professants“ les enfants de professants….
          Pour le coup, tu as eu bien raison de mettre des guillemets, mais je pense qu’un autre terme aurait été plus approprié. 😉

          • Bon j’essaie de faire bref, car beaucoup de ces points seront certainement repris dans les articles à venir.

            1. Quand il y a une profession de foi, on peut supposer ou présumer qu’il y a une régénération, mais on ne peut pas en être absolument sûr. Donc tu es bien obligé d’admettre que dans ta position, on baptise parfois des gens qui ne sont pas régénérés, ce que nous faisons nous aussi.

            2. En ce qui concerne l’eunuque et Simon le magicien, je m’en suis strictement tenu à ce que disait le texte. Je n’ai rien spéculé, mais j’ai seulement attiré ton attention sur certains détails explicites du récit, et sur l’impression que cela donnait.

            3. Le fédéralisme est au contraire très important pour comprendre le statut des enfants de croyants, aux yeux de Dieu. J’ai simplement cité des exemples qui montrent que ce n’est pas absurde bibliquement parlant de dire que les actions des représentants engagent ceux qu’ils représentent. En disant cela, je ne dis rien sur la manière dont les enfants sont sauvés. Par ailleurs, j’ai bien proposé un autre terme : « chrétien ».

  • Oups désolé j’ai oublié d’annuler les italiques.

  • Maintenant, tes questions.

    1. Ce que j’affirme, c’est que le récit des Actes ne suffit pas à déterminer quelle était la pratique des apôtres, puisque :
    – soit ils baptisaient les croyants avec leurs enfants (lorsqu’il y en avait), et par conséquent le texte l’exprimerait aussi simplement que cela : « Lydie fut baptisée avec sa famille » (Ac 16.15).
    – soit ils baptisaient les croyants sans leurs enfants (lorsqu’il y en avait), et dans ce cas, il faut supposer que dans les oikos (maisonnées) qui reçoivent le baptême dans le livre des Actes, il n’y avait pas d’enfants, ce que tu as cherché à démontrer dans ton article.

    Or, même si l’on pouvait établir qu’il n’y avait pas d’enfants dans les trois oikos qui ont explicitement reçu le baptême (Ac 16.15 ; 16.33 et 1 Co 1.16), cela ne nous dirait strictement rien sur d’autres situations où il y aurait eu des enfants. J’en reviens exactement à ce que je disais au début de mon article : la difficulté de fonder une position sur le seul récit des Actes tient au fait qu’il n’y a ni exemple explicite d’un enfant recevant le baptême sur la base de son appartenance à un foyer chrétien, ni exemple explicite d’un enfant appartenant à un foyer chrétien se voyant refuser le baptême.

    2. Par « peuple visible de Dieu », j’entends tous ceux qui ont part à la vie de l’Église chrétienne. Je me réfère ici à la distinction traditionnelle que fait la théologie réformée entre l’Église visible et l’Église invisible, la première étant une réalité historique, la seconde une réalité eschatologique. Le peuple visible de Dieu, c’est le peuple de la promesse au fil de l’histoire, visible sur terre, « mon peuple sur qui est invoqué mon nom », « la nation dont l’Éternel est le Dieu », indépendamment du salut individuel, eschatologique, des personnes qui le composent. Cette réalité d’un peuple visible de Dieu dans l’histoire existe de façon manifeste depuis l’appel d’Abraham (Gn 12).

    3. La raison pour laquelle les enfants reçoivent le baptême et non la sainte-cène tient au fait que les des deux sacrements sont de nature et de fonction différente. L’un est un sacrement d’initiation l’autre de commémoration. Le premier n’est administré qu’une seule fois, le second perpétuellement. Le baptême est pour les destinataires de la promesse, la sainte-cène pour ceux qui répondent à la promesse par la foi (ce que Paul dit clairement dans 1 Corinthiens 11.26-29). Ce qui explique pourquoi, pour citer Calvin, « la Parole de Dieu ne met nulle distinction d’âge au baptême ; mais elle ne permet pas que la cène soit communiquée sinon à ceux qui peuvent discerner le corps du Seigneur, qui se peuvent examiner et éprouver, qui peuvent annoncer la mort du Seigneur ». Mais je suppose que le rapport entre les sacrements et la foi fera l’objet d’un autre article !

  • Ok, merci pour ces réponses Alex.

    Le coeur de notre désaccord ici porte sur la notion d’église visible :

    – Tu dissocies complètement la notion de peuple de Dieu de celle de salut individuel, et donc de participation à l’essence de l’alliance de grâce de Dieu. Notre divergence de fond porte donc sur la doctrine des Alliances.

    Ta référence aux promesses faites à Abraham me laisse penser que nous aurons bien vite l’occasion d’exposer plus en détail ces divergences, en particulier les éléments qui nous conduisent chacun à définir différemment la notion d’église visible.
    Je laisse donc ce sujet pour plus tard, comme celui de la relation entre foi et baptême qui est déjà dans les starting blocks 🙂

    Je reviens cependant sur la cène : si je suis ta logique, la Cène n’est donc pas destinée à l’ensemble de l’église visible, tandis que le baptême le serait.
    – Y aurait-il deux églises dans l’église ? Une qui serait destinataire des promesses sans en être participante, et une autre qui participerait aux promesses par la foi ?
    – Tu te retrouves donc, par ailleurs, dans la même situation que celle que tu sembles pourtant dénoncer un peu plus haut : comment déterminer l’authenticité de la profession de foi qui permettra à un individu de prendre la Cène ? Et , pour reprendre et adapter ta question : “quelle est la profession de foi minimale à partir de laquelle tu estimes qu’une personne peut recevoir le sacrement de la Cène“ ?

    J’ai beaucoup d’autres questions à ce sujet, mais je pense qu’il est prématuré de les poser, car nous allons nécessairement y revenir dans la suite de nos échanges.

  • Pour faire bref, et dans l’ordre :

    1. Je ne dissocie pas la notion de peuple de Dieu de celle de salut individuel, mais je les distingue. Les deux sont étroitement liées, mais elles ne sont pas équivalentes. Oui, notre désaccord porte en partie là-dessus.

    2. Tu n’inclus que les croyants dans l’Église visible (je suppose au sens des « élus », les personnes régénérées et sauvées pour l’éternité). Cela veut dire que l’Église visible est en réalité, chez toi, invisible, ou visible seulement pour Dieu.

    3. Il n’y a pas deux églises dans l’Église ; mais une seule Église, et deux sacrements. Ce sont les sacrements qui diffèrent en nature et en fonction. L’Église visible n’est pas définie par ceux qui prennent part aux sacrements. Il y a dans l’Église visible des gens qui sont baptisés ou pas, et des gens qui communient ou pas. J’ai brièvement expliqué, plus haut, ce que j’appelais « peuple visible de Dieu ».

    4. Je ne cherche pas à déterminer l’authenticité de la foi des personnes qui prennent la cène. La cène est offerte chaque dimanche avec l’explication et les avertissements explicites contenus dans le Nouveau Testament. Prendre la cène dans ces conditions constitue en soi une profession de foi (1 Co 11.26), et les anciens veillent, dans l’exercice ordinaire de leur fonction, à ce qu’il n’y ait pas d’hypocrisie notoire à la table du Seigneur.

    • 1- Alors disons que tu mets une distinction qui va bien plus loin que ne peuvent te le permettre les Ecritures. Mais nous en reparlerons forcément dans un avenir très proche, donc je n’ajoute rien aux discussions ici, car je pense que les développements seront plus importants lorsque nous parlerons des alliances.

      2- Non pas du tout, je n’inclue pas dans l’église visible QUE les croyants régénérés. Ca c’est ce que tu cherches à me faire dire !! 😉 Mais ce n’est pas du tout ce que je crois.
      => J’inclus dans l’Eglise visible les croyants, c’est à dire ceux qui ont fait profession de foi et qui sont baptisés en conséquence. Cela ne signifie pas que tous sont membres de l’église invisible. Cela ne signifie pas que tous sont des élus. Comme je l’ai dit dans un commentaire plus haut, il y a de fausses professions de foi, comme il existe d’ailleurs une foi qui est fausse (cf. Matthieu 13:21 ; Jean 8:30-47). A vrai dire, si l’on va dans cette direction, les démons aussi ont la foi : ils reconnaissent qu’il y a un seul Dieu (Jacques 2:19), ils reconnaissent que Jésus est le Fils du Dieu Très-Haut et qu’il a autorité sur eux (Luc 8:28), etc… Mais cela ne les a pas empêché de perdre leur dignité et d’abandonner leur demeure dans la présence de Dieu (Jude 6). Une foi qui ne produit pas les fruits escomptés est à l’image de la foi de ces démons. Dans un certain sens, une foi sans obéissance à la règle de l’Evangile -une foi sans fruits- est une foi de démon.
      Et le jour du jugement révèlera ces choses.
      Je le dis et je le répète : la profession de foi nous amène à présumer de la régénération d’un individu, pas d’en avoir la certitude.

      3- Si je comprends bien ce que tu dis, c’est que, dans ta position, tu peux être membre de l’église visible sans avoir jamais été baptisé ? ALors là je ne comprends plus, Alex… Tu dis d’un côté que le baptême constitue pour celui qui le reçoit la manifestation de son désir d’être membre de l’église visible, et de l’autre, tu dis juste dans le commentaire ci-dessus : “L’Église visible n’est pas définie par ceux qui prennent part aux sacrements. Il y a dans l’Église visible des gens qui sont baptisés ou pas, et des gens qui communient ou pas“.
      Donc, du coup, qu’est-ce qui définit l’appartenance d’un à l’église visible, selon toi ? La présence aux réunions de l’église locale ?

      4- Pour la sainte-cène, je fais la même chose que toi, globalement : je la présente à tous, reformule les avertissements, et recommande une profession de foi publique préalable avant de la prendre, mais sans l’imposer. En effet, tout en considérant que la sainte-cène constitue en elle-même une profession de foi pour ceux qui la prennent justement, nous recommandons que les participants soient préalablement passés par une profession de foi initiale et publique au travers de ce sacrement qu’est le baptême.
      Le baptême est bien un élément clé de la profession de foi initiale, profession qui est revivifiée/réactualisée à chaque Repas du Seigneur.

      • 1. Cette distinction, au contraire, est évidente dans les Écritures, mais on aura certainement l’occasion d’en reparler !

        2. Donc nous sommes bien d’accord sur ce point : l’Église visible est constituée en partie de gens non régénérés (en dépit de ce que tu as dit plus haut, qui prêtait à confusion : « là où moi je n’y inclus que les croyants »).

        3. Je ne pense pas avoir dit que le baptême constituait pour celui qui le recevait la manifestation de son désir d’être membre de l’Église visible. Ce que je pense avoir dit, c’est que le baptême est administré sur la base de l’incorporation au peuple visible de Dieu (critère visible) plutôt que sur la base de la régénération (critère invisible). Ainsi, ce que je disais, c’était que la profession de foi des croyants du livre des Actes était à comprendre comme ce qu’elle est pour sûr, c’est-à-dire comme « volonté d’être compté parmi les membres du peuple de Jésus » (ce qui est vérifiable), plutôt que comme l’expression de leur régénération (ce qui n’est pas vérifiable). Donc on ne reçoit pas le baptême pour entrer dans l’Église visible, mais on le reçoit parce qu’on y entre. Par conséquent, comme je l’ai dit, on peut être dans l’Église visible sans avoir été baptisé, mais rester indéfiniment dans cette situation serait une anomalie. J’ai déjà précisé plus haut ce que j’entendais par « Église visible ». Ce n’est rien d’autre que la conception réformée classique.

        • ALors :

          1- Oui, c’est sur que nous aurons à en reparler !!

          2- Oui nous sommes bien d’accord. La différence est que je n’y inclues personnellement que des personnes ayant fait profession de foi. Pas toi.

          3- J’entends bien que ta conception de “l’église visible“ est selon “la conception réformée classique“ (je crois bien plutôt que c’est essentiellement à l’ecclésiologie de Jean Calvin que tu fais référence, mais peu importe…).
          Ceci étant, tu ne réponds pas à ma question : à savoir quand y rentre t-on ? Sur quel(s) critère(s) ?

  • Ulisses DE SOUSA MENDES

    Merci pour ce débat cordial, je suis de ton avis Alex, tu a su mettre en lumière ce qui je pense est le « problème » principal du crédo-baptisme à savoir le fait de confondre église visible et invisible, lié au fait de ne pas distinguer entre l’administration dans l’histoire de l’alliance de grâce ( qui inclue des non-régénérés ) et la substance de celle-ci à laquelle ne participent que les membres visibles ET régénérés ( élus ) de l’Église — Où placer les enfants dans ce tableau ? il semble juste de dire que de fait, ils font partie de l’Église visible, participant par naissance biologique à l’administration dans l’histoire de l’alliance de grâce ( « ils sont saints » 1 Cor 7:14 —  » mis a part » par alliance). De plus il semble convenable, sur la base de la promesse (« pour toi et tes enfants » Ac 2.39 ; cf. 13.32-33 … ), comme pour tout membre adulte de l’Église visible, de présupposer leur élection plutôt que leur non-élection ( jusqu’à ce que le cas échéant leur vie l’infirme clairement ( Apostasie ? Heb 6.9-12 )

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