Le Baptême en Questions – #2 L’importance de la doctrine du baptême pour la communion entre croyants

 church

Question :
La doctrine du baptême devrait-elle conditionner la communion entre croyants évangéliques ?

 

Alexandre Sarran (position pédobaptiste)

D’une part, il est évident que la doctrine du baptême ne devrait pas conditionner la communion entre les croyants, puisque cette communion est de nature, avant tout, spirituelle.

Autrement dit, ce qui conditionne réellement la « communion des saints », c’est l’attachement des croyants à leur chef commun, Jésus-Christ, et rien d’autre.

Mais d’un autre côté, la doctrine du baptême suffit à justifier la séparation des croyants en églises (ou unions d’églises) différentes, car cette doctrine peut avoir d’importantes conséquences pratiques. De la reconnaissance du baptême d’une personne dépend par exemple, dans la plupart des églises, son éligibilité au statut de membre votant, et même, parfois, son admission à la sainte-cène.

À cet égard, la position pédobaptiste présente un avantage.

En effet, les croyants crédobaptistes s’intègrent aisément dans les églises pédobaptistes, à condition toutefois que le fait d’assister de temps à autre à un baptême de nourrisson ne blesse pas leur conscience, ni le fait de recevoir périodiquement des enseignements sur ce sujet.
Le baptême qu’ils ont reçu sur la base de leur profession de foi est parfaitement valide aux yeux des pédobaptistes. Ces frères peuvent donc prendre la sainte-cène, être admis comme membres, voire même exercer certaines fonctions dans l’église.

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Guillaume Bourin (position crédobaptiste)

A cette question je répondrais oui et non.

Non, car le baptême n’est pas en lui-même un moyen de régénération, et n’est donc pas à l’origine de la communion des croyants qui s’établit avant tout sur la base de leur salut commun (Jude 3).

Oui, car le baptême fait partie de ces “bases de l’enseignement“ des Ecritures au même titre que le sont la résurrection des morts ou le jugement éternel… (1).
C’est le point que l’auteur de l’épître aux Hébreux veut mettre en évidence en Héb. 6:1-3 : tout croyant véritable devrait-être au clair quant à ces vérités fondamentales, ces bases de la foi chrétienne. La distinction entre le véritable baptême chrétien et tout ce qui pouvait être connu sous ce nom fait partie de que que les destinataires de l’épitre auraient du savoir, et qu’ils avaient manifestement oublié  (comp. Héb. 5:12). (2)
Il ne s’agit donc pas d’une  doctrine secondaire.

De plus, si par communion on entend collaboration, alors il faut bien prendre en considération que la pratique baptismale d’une église implique quelques enjeux majeurs, et soulève certaines questions comme :

  • Qui fait réellement partie de l’Alliance de Grâce ?
  • Qui peut devenir membre de l’église ?
  • A quel moment peut-on parler de ‘chrétien‘, concernant un individu donné ?
  • En quoi le baptême est-il une expérience déterminante, dans la relation qu’un croyant entretien avec son Dieu ?

Pour ces raisons, il me parait essentiel de bien réfléchir au cadre, à la portée, à la durée, et aux implications des collaborations entre évangélique pédobaptistes et crédobaptistes.

Celles-ci ne sont pas impossibles,  mais peuvent parfois placer plus d’obstacles qu’autre chose sur le chemin béni de la communion fraternelle.

 

 

Notes et références :

(1)  Cf. Hébreux 6:1 : “Bases de l'enseignement du Messie“, ‘ton tès archès toū Christoū logon‘ (τὸν τῆς ἀρχῆς τοῦ Χριστοῦ λόγον), littéralement ‘les paroles élémentaires de Christ‘. L'auteur de l'épitre aux Hébreux fait référence, dans ce verset aux doctrines élémentaires qui servent de base à l'ensemble de la Parole de Dieu. -GB (retour)
(2)  Je ne veux pas donner l'impression d'éviter la difficulté qui réside dans l'usage du mot baptismos (βαπτισμός), que la Segond 21 traduit par ‘baptêmes‘ en Héb. 6:2 mais que d'autres préfèrent rendre par ‘bains rituels‘ (comme le fait, par exemple, la NBS). Cependant, rentrer en en détail dans l'analyse exégétique de cette péricope dépasse largement le cadre de cet article. Notons simplement que ce terme est à la fois inhabituel dans les Ecritures, et utilisé au pluriel. Je rejoins, en ce qui me concerne, Simon Kistemaker : “le mot baptismos (qui renvoie à “l'acte seul“, alors que baptisma est “l'acte et son résultat“) est un terme judéo-chrétien. L'expression au pluriel exprime probablement un contraste entre le baptême chrétien et toutes les autres ablutions religieuses connues des lecteurs.". 
La note de bas de page de la Segond 21 véhicule sensiblement la même pensée : “possible allusion aux différents baptêmes juifs, au baptême de Jean et au baptême chrétien.“ [Cf. Kistemaker, S. J., Vol. 15: Exposition of Hebrews, New Testament Commentary, Baker Book House, p.155.]  -GB (retour)

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