L’Alliance des Oeuvres existe t-elle ?

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Y avait-il une alliance formelle entre Dieu et Adam avant la chute ?
Justin Taylor, Vice Président des Publications chez Crossway (USA), tente ici de répondre à cette question .
L’article ci-dessous est une traduction d’un billet originellement publié sur son blog, Between Two Worlds, hébergé par The Gospel Coalition
Traduction de J.B de Berlhe

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Historiquement, les théologiens réformés soutiennent l’existence d’une “Alliance des Oeuvres“ (ou “alliance de la création“) entre Dieu et Adam. De nombreux érudits évangéliques réfutent aujourd’hui le fait qu’une telle chose existe.

Mais en ce qui me concerne, je crois qu’elle existe.

Les questions et réponses suivantes ne prétendent pas rendre compte de la relative complexité de ce débat, mais elles seront peut-être utiles à ceux qui cherchent à comprendre pourquoi certains d’entre nous pensent que la Bible nous enseigne qu’il y ait eu une telle alliance entre Dieu et Adam.

 

Y a-t’il eu une alliance entre Dieu et Adam?

Une bonne façon de répondre à cette question est d’examiner les deux principales objections à la présence d’une alliance dans le jardin d’Eden:

1- Le mot Hébreu traduit par alliance ne se trouve pas en Genèse 2-3 (il n’apparaît avant Genèse 6:18)

2- Les alliances nécessitent un serment ou une cérémonie de ratification explicite (comme, par exemple, avec des animaux, cf. Genèse 15:7-21), mais on ne retrouve pas ces éléments en Genèse 2-3.

La première objection tombe dans l’erreur commune de la confusion entre mot et concept.
Les mots et les concepts ne sont pas les mêmes choses. L’absence d’un certain mot ne suffit pas pour nier l’existence d’un concept particulier.

Par exemple, Genèse 3 ne contient pas les termes hébreux courants désignant le péché ou la transgression, mais le concept est indéniablement présent.

Remarquez également que Psaume 89:4 (cf. vv. 29, 35, 40) fait référence à 2 Samuel 7 avec l’alliance sur la base d’un serment, alors que 2 Samuel n’utilise pas cette terminologie.

Il en va de même pour Osée 6:7, où Osée dit de sa génération: “Comme Adam, ils ont violé l’alliance.“ (version Segond 21)

Esaïe 24:5 dit aussi: “La terre avait été souillée par ses habitants parce qu’ils enfreignaient les lois, modifiaient les prescriptions, violaient l’alliance éternelle.“

Qui plus est, William Dumbrell défend l’idée que les termes heqim + berith en Genèse 6:18 et à partir de 9:9 impliquent une alliance préexistante  (cf. Creation and Covenant, p. 26).

La seconde objection, quant à elle, tombe dans l’erreur réductionniste et définit de façon incorrecte le terme alliance.

Les serments et cérémonies de ratifications sont quelquefois inclues dans les alliances, mais ce n’est pas systématique.

La promesse d’un sacerdoce perpétuel faite à Phinées et ses descendants en Nombres 25:12-13 porte le terme d’alliance.
Le mariage est également appelé une alliance (Proverbes 2:17, Malachie 2:14), ainsi que la relation entre David et Jonathan (1 Samuel 18:3; cf. 20:8; 23:18; Psaumes 55:21).

 

Alors qu’est-ce qu’une alliance?

Gordon Hugenberger définit l’alliance comme “une relation d’obligation choisie – par opposition aux relations naturelles telles que la famille – qui s’établit sous l’autorité divine.“

Il distingue cinq éléments nécessaires à une alliance:

1- Deux parties, dont l’une étant le représentant divin
2- Un prologue historique rappelant les bienfaits passés
3- Des conditions
4- Des sanctions
5- Un serment de ratification/une signature

 Selon lui, ces cinq éléments sont bien présents en Genèse 1-3.

Une définition plus simple – qui complète celle d’Hugenberger – est celle proposée par Ligon Duncan: “Une alliance est une relation d’engagement comportant une bénédiction et des obligations.

Sur la base de ces deux définitions, il est clair que Dieu et Adam étaient liés par une alliance, et le parallèle entre Christ et Adam en Romains 5 le confirme bien.

 

Y a-t’il eu une période probatoire?

L’expression “période probatoire“ est une manière de référer à un temps de mise à l’épreuve qui ne serait pas perpétuel.

Genèse 3 n’utilise pas de termes tels que “probation“ ou “mise à l’épreuve“ – mais encore une fois, il s’agit de ne pas tomber dans la confusion entre mot et concept.

Il est évident que Job fut mis à l’épreuve par Dieu et que Jésus fut mis à l’épreuve lorsque l’Esprit le conduisit dans le désert – mais aucun terme relatif à une mise à l’épreuve n’est utilisé pour décrire ces situations.

L’alternative, pour ceux qui nient une telle période probatoire, est de croire qu’Adam aurait du rester dans sa condition pour l’éternité, en supposant bien sur qu’il ne transgresse pas l’ordre de ne pas manger du fruit défendu, celui de la connaissance du bien et du mal.

Mais personnellement, je trouve que cela n’a aucun sens.

– Premièrement, cela impliquerait que la chute serait restée une possibilité perpétuelle, et ce pour l’éternité.
Augustin fait la distinction entre posse non pecarre (capable de ne pas pécher) et non posse non peccare (incapable de ne pas pécher).
Adam était dans ce premier cas (il était capable de pécher), mais il n’avait pas cette deuxième possibilité (l’incapacité de pécher).
De toute évidence, cette dernière constitue une bien plus grande forme de satisfaction, de joie, et de sécurité dans la présence de Dieu.
C’est exactement ce qu’entraînera notre glorification : nous serons dans la présence de Dieu, dans les nouveaux cieux et sur la nouvelle terre, et nous n’aurons plus la capacité de pécher.
Croire que ces choses étaient inaccessibles à Adam n’a pour moi aucun sens.

Deuxièmement, l’idée d’une probation perpétuelle ne s’accorde pas très bien avec le rôle représentatif d’Adam.
Le futur de la relation entre Dieu et les hommes dépendait de l’obéissance d’Adam. Mais s’il n’y avait pas de terme à cette période de mise à l’épreuve, Adam et sa propre postérité seraient restés éternellement dépendants de son obéissance.
Je crois que pousser ces raisonnements mène à des raisonnements absurdes. Que se passerait-il si l’arrière-arrière-arrière-petit-fils d’Adam péchait? Le monde sombrerait-il dans le péché? Cela semble logique, selon cette approche, mais cela remettrait alors en question le rôle représentatif d’Adam.

Enfin, le parallèle que fait Paul entre Adam et Christ suggère une période probatoire limitée.
L’obéissance de Christ à son Père a été mise à l’épreuve. Christ a réussi, et “il a été déclaré Fils de Dieu avec puissance par sa résurrection d’entre les morts“ (Romains 1:4).
Si Christ a été mis à l’épreuve et que la durée de cette épreuve a été fixée sur un temps limité, cela suggère qu’Adam a lui aussi été soumis à une épreuve pour une durée limitée.

En résumé, je ne vois aucune raison valable qui permette de réfuter cette période probatoire pour Adam. Dans la perspective de toute l’histoire de la rédemption, je crois que l’on doit comprendre que Adam était dans une période probatoire.

 

Combien de temps cette période probatoire devait-elle durer ?

Nous n’avons aucun moyen de le savoir. Puisque la chute était décrétée, les auteurs de la bible n’ont aucun intérêt à poser cette question.
Mais comme je l’ai dit juste avant, je ne crois pas qu’elle était éternelle.

 

Y avait-il une bénédiction offerte pour l’obéissance d’Adam ?

Oui. Je crois que la glorification, symbolisée par l’arbre de vie, aurait été le résultat de son obéissance.

Même si je pense qu’Adam et Eve n’ont pas mangé de ses fruits, je ne crois pas que le fait qu’ils aient pu en manger vienne nécessairement compromettre la foi en l’alliance de la création.

 

Pourquoi pensez-vous qu’Adam et Eve n’ont pas mangé du fruit de l’arbre de vie avant la chute ?

Parce je pense qu’il n’existe aucun appui textuel pour tendre vers cette conclusion. Et je crois que cela comporte cerains problèmes théologiques.

Les deux arbres se trouvaient au milieu du jardin (Genèse 2:9).
Manger du fruit de la connaissance du bien et du mal – l’arbre probatoire – entraînait le bannissement éternel loin de Dieu Dieu.
Manger du fruit de l’arbre de vie – l’arbre de bénédiction – entraînait la vie éternelle dans la présence de Dieu.

L’un des arbres correspond à l’avertissement explicite: “Mange et meurs“, tandis que l’autre correspond à la promesse explicite: “Mange et vis.“

Yahvé dit à Adam et Eve : “Tu pourras manger les fruits de tous les arbres du jardin, mais tu ne mangeras pas le fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, car le jour où tu en mangeras, tu mourras, c’est certain“ (Genèse 2:16-17).

Il n’y a aucun débat quant à l’interdiction de manger du fruit de la connaissance du bien et quant au fait qu’ils n’en ont pas mangé avant la chute.
Cependant, plusieurs érudits estiment que, par conséquent, ils ont mangé du fruit de l’arbre de vie. Mais le texte ne nous dit rien à ce sujet.

Nous déduire nos conclusions en considérant l’ensemble des indices.

Premièrement, le texte ne précise pas si Adam et Eve avaient la connaissance du nom ou de la signification de l’arbre de vie.

Deuxièmement, je ne vois aucune raison qui nécessiterait qu’ils en aient mangé.
Encore une fois, les textes ne nous disent pas qu’ils l’ont fait.
J’ai tendance à penser que la chute est arrivée immédiatement, puisque nous n’avons pas de raison de penser le contraire, au vu des éléments de la narration.
De plus, Eve n’était pas enceinte (bien que sa fertilité ainsi que son obéissance à l’ordre d’être fécond et de se multiplier étaient parfaits !).
Etant donné le nombre d’arbres dans le jardin et la quantité de temps limitée qui s’est écoulé entre leur création et leur chute, je ne vois pas pourquoi Adam et Eve auraient nécessairement dû gouter à l’arbre de vie.

Troisièmement, nous devons déterminer la nature des arbres et ce qu’ils symbolisent.
Remarquez les paroles de Yahvé juste après la chute: “Voilà que l’homme est devenu comme l’un de nous pour la connaissance du bien et du mal. Maintenant, empêchons-le de tendre la main, de prendre aussi du fruit de l’arbre de vie, d’en manger et de vivre éternellement! Ainsi, l’Eternel Dieu le chassa du jardin d’Eden.“ (Genèse 3:22-23).
Le fait de manger du fruit de l’arbre de vie signifiait vivre pour toujours. Cela ne peut pas faire référence à l’immortalité de l’âme. Ce n’était pas l’enjeu, ici, car Adam (et toute sa postérité) allaient de toute façon vivre éternellement (soit au paradis soit en enfer).
Bien plutôt, cela fait référence au fait de vivre éternellement dans l’état dans lequel on se trouve.
Je crois donc qu’après la chute, Dieu a gracieusement empêché Adam de manger de ce fruit, afin de lui éviter de vivre éternellement dans un état de péché.
A l’inverse, manger de ce fruit avant la chute aurait confirmé son état de non-péché.

Mon raisonnement est simple:

1- L’arbre de vie était un sacrement qui confirmait l’état d’une personne

2- L’état de la relation d’Adam avec Dieu, pure et sans péché, était muable, et donc non confirmé

3-  Par conséquent, Adam n’a donc pas gouté du fruit de l’arbre de vie.

Remarquez l’usage du mot “aussi“ (gam) en Genèse 3:22: “Maintenant, empêchons-le de tendre la main, de prendre aussi du fruit de l’arbre de vie, d’en manger et de vivre éternellement !“ (Segond 21).
Il suggère qu’Adam n’avait jusque là ni pris, ni mangé du fruit de l’arbre de vie.

En faisant référence à l’arbre de vie, le livre de l’Apocalypse nous dit que ses fruits ne sont que pour les “vainqueurs“ (Apocalypse 2:7).
Si on résonne de façon typologique, nous sommes conduits à croire que puisqu’Adam n’a pas été vainqueur, il n’a pas mangé du fruit de l’arbre.

 

Mais Dieu n’avait-il pas accordé la permission de manger de tous les fruits des arbres du jardin ?

Oui, en effet.

Mais je ferais ici la distinction entre la volonté secrète de Dieu et sa volonté révélée.

La déclaration publique de sa volonté morale ne correspond pas toujours avec les desseins cachés de sa volonté. (Par exemple, sa volonté révélée est “tu ne tueras point“, mais ses décrets impliquent que Jésus devait être mis à mort).

Si mon analyse du rôle tenu par de cet arbre est  juste, c’est donc que Dieu a publiquement donné sa permission à Adam de manger de ses fruits, mais il a souverainement veillé à ce que l’homme et la femme n’en mangent pas.

 

La grâce était-elle présente dans l’alliance avec Adam ?

La plupart des auteurs Réformés admettent que la réponse est oui.

Par exemple, John Owen, Herman Bavinck, Charles Hodge, Robert Lewis Dabney, A. A. Hodge, Geerhardus Vos, James Henley Thornwell, et John Murray ont tous défendu le caractère gracieux de l’alliance avec Adam.

Toute la question est de savoir de quelle manière le terme grâce est utilisé.

Tel qu’il est employé à travers la Bible, il désigne souvent une faveur divine imméritée qui triomphe du péché et s’applique aux pécheurs.

Dans ce sens, Dieu le Père ne donne pas cette grâce au Fils, au Saint-Esprit, ou aux anges. Il ne la donne qu’aux pécheurs.
On pourrait donc dire que puisqu’avant la chute Adam n’était pas pécheur, Dieu n’avait aucune raison de lui accorder cette grâce. Et je crois bien qu’il s’agit d’un argument vrai et valable.

D’un autre côté, Dieu a pourvu à tous les besoins d’Adam et a manifesté sa bonté dans la vie d’Adam.
Adam ne “méritait“ évidemment pas d’être créé.
Puisque ces idées sont aussi associées à la notion de grâce, il paraît légitime d’appliquer ce terme à l’alliance relationnelle avec Adam avant la chute.

Cependant, de mon point de vue, certains théologiens Réformés sont devenus de véritables légalistes linguistiques, et se disputent sur des mots tandis qu’ils ne débattent plus suffisamment sur les concepts eux-mêmes.
Pour être tout à fait honnête, je pense que les critiques tombent souvent dans la même erreur, critiquant avant même d’avoir bien compris les termes et les intentions des théologiens de l’alliance.

En raison de malentendus potentiels, je pense qu’il vaut mieux éviter d’utiliser le terme “grâce“ lors des discussions sur l’alliance avec Adam avant la chute.
Je parlerais plutôt de la liberté, de la bonté, et des capacités que Dieu accorde à Adam.

 

Adam devait-il obéir par ses propres forces?

C’est l’une des regrettables connotations qu’on appose souvent, telle une étiquette, à l’alliance des oeuvres.

De nombreux évangéliques comprennent le mot “œuvre“ comme signifiant “oeuvre de justification“, les conduisant à croire que cela implique une lutte légaliste par ses propres forces.

Mais ce n’est ni l’enseignement de la Bible, ni l’enseignement des théologiens Réformés sur ce problème.

Par exemple, Francis Turretin écrit: “L’homme ne peut rien apporter de lui, et dépend entièrement de Dieu (car le bien promis et la responsabilité qui va avec, ainsi que la capacité de le faire viennent bien de Dieu et non de l’homme).“
Bien que Dieu ait créé Adam avec la capacité d’obéir, celui-ci “avait quand même besoin de l’aide de Dieu à la fois pour utiliser ces facultés et pour les empêcher de changer. Il n’y a donc pas de dettes à proprement parler pour lesquelles l’homme aurait un droit, mais seulement un engagement de fidélité venant de la promesse par laquelle Dieu démontra sa constance et sa vérité infaillibles et immuables.“ (Institutes of Elenctic Theology, vol. 1, pp. 577, 578).

 

Adam avait-il à exercer sa foi ?

Oui, dans le sens où il devait se confier en Dieu comme étant son trésor.

Mais pas dans le sens utilisé par Paul pour parler de la foi. Paul ne nous demande pas simplement d’avoir confiance en Dieu dans le fait qu’il pourvoie à nos besoins ; il nous demande une confiance spéciale en Christ qui comble notre plus grand besoin : celui de l’expiation de nos péchés.

Adam devait faire confiance à Dieu afin qu’il pourvoie à tous ses besoins, ce qui n’incluait manifestement pas la foi en la justice d’une autre personne (Christ).

 

Si Adam avait obéi, aurait-il mérité la bénédiction de la vie éternelle ?

C’est une question complexe, comportant de nombreuses nuances et que beaucoup de discussions historiques ont précédé.

Le plus important est de noter que le terme “mériter“, du moins tel qu’il est utilisé par les théologiens Réformés prudents, n’implique pas une autonomie ou un libre arbitre absolu.

Tel que je le comprends, son utilisation principale dénote une obligation.

Dieu a (implicitement) promis la vie éternelle à Adam sous la condition de son obéissance.
Par conséquent, Dieu était lié au travers de son alliance par l’obligation d’accorder la vie éternelle à Adam si ce dernier avait obéi.

Nous savons ces choses parce que Dieu était lié à l’obligation de ressusciter Christ d’entre les morts, le déclarant Fils de Dieu avec puissance (Romains 1:4).

Christ a satisfait les conditions requises, et Dieu, dans sa justice, lui a accordé la récompense qui lui était due.

Ce qui est vrai pour Christ aurait était vrai pour Adam.
Le fait que Dieu les soutienne et les rende capables n’exclue pas de les récompenser selon sa justice, puisqu’il s’agit quand même de leur obéissance (et non celle d’un autre) qui satisfait les conditions requises par Dieu.

 

De mon point de vue, la conclusion la plus importante à éviter est qu’il était possible pour la tête fédérale de remplir les conditions de l’alliance en obéissant, sans pour autant que Dieu n’accorde la récompense promise. Ce concept est plus important que les termes employés.

 

Justin Taylor

 

 

 

 

 

Réflexions et ressources d'édification centrées sur Dieu

  • chaunyps

    Ah, un ami baptiste qui accepte le caractère probatoire de l’alliance des oeuvres ! Je vois que tous ne sont pas encore tombée sous la coupe de Monsieur Blocher (cf. Original Sin, Illuminating the riddle ; Doctrine du péché et de la rédemption – la section sur le péché originel et la non-imputation du péché propre d’Adam) !
    On peut ajouter au dernier paragraphe que le mérite ainsi définit par Justin Taylor est un mérite « ex pacto », en vertu des termes de l’allia€nce – le mérite ne provient pas de l’acte en lui-même, mais seulement de la conformité de cet acte à ce que Dieu demandait pour donner ce qu’il avait promis. La structure de Gn 1, la structuration du monde les jours 1-3, son remplissage les jours 4-6, le fait que l’homme image de Dieu doive, comme Dieu qui structure le monde et le remplit, soumettre la création (organisation) et être fécond (remplissage) suggère que le sabbat qui couronne la semaine de création est le symbole de la glorification qu’Adam aurait obtenu (mérite ex pacto) s’il avait observé le mandat créationel. Et c’est Jésus, le nouvel Adam, qui selon Hébreux 4, nous fait (et nous fera) entrer dans le repos éternel de Dieu – la gloire qui était promise déjà au premier homme.

    • Au passage, je soupçonne Henri Blocher de renoncer à la période probatoire et de céder à cette sorte de « fatalisme créationnel » dans le but de marquer l’inéluctabilité de la chute et la « possibilité réelle » de la mort dans la nature humaine créée. Sans vouloir tomber dans la paranaoïa, ça sent la théorie du cadre littéraire à plein nez 🙂

  • chaunyps

    Aussi, sur la question de la définition de la grâce, il peut être utile, avec M.G. Kline de faire une différence entre ce que Dieu nous donne en absence de mérité, et ce qu’il nous donne en présence de démérites.

    • Merci pour tes commentaires. Tu adhères à la position de Kline sur l’alliance mosaïque, également?
      Je (Guillaume) me souviens que Henri Blocher avait mentionné ton nom lorsque nous avions parlé des alliances, lui et moi 🙂

      • chaunyps

        Non seulement j’y adhère, mais je l’ai défendu contre Blocher dans mon mémoire de master !

        • Oui, il m’avait parlé de votre désaccord 🙂
          Je pense que nous sommes tous deux plus proches l’un de l’autre que nous le sommes de Blocher, dès lors. As-tu lu la contribution de John Owen dans son commentaire sur Hébreux 8?
          A mon avis, notre désaccord se portera davantage sur la nature de l’alliance de grâce, dans ce cas (tu es pédobaptiste?). Je ne sais pas si tu as écouté le podcast avec Pascal Denault sur la place d’Israël?

  • S’il fallait physiquement empêcher Adam et Eve de manger du fruit de l’arbre de la vie de peur qu’ils ne vivent éternellement, c’est donc que la vertu de ce fruit résidait dans sa consommation matérielle, et non dans une valeur sacramentelle : deux pécheurs le volant pour le manger semblaient devoir en éprouver les effets bénéfiques, aussi bien que s’il leur avait été offert à l’issue d’une période probatoire positive.

    Par où on doit conclure qu’il n’y a pas de raison d’imaginer qu’il aurait suffi au premier couple d’avoir mangé au moins une fois du fruit de l’arbre de vie pour hériter la vie éternelle. Il y est bien plus naturel de croire qu’ils devaient continuer à en manger afin que leur vie physique dure elle aussi indéfiniment. Preuve en est qu’étant devenus pécheurs, c-à-d leur âme ayant été coupée de sa communion normale avec le Créateur, déclarée spirituellement morte, ils auraient néanmoins continué à vivre s’ils avaient eu accès à l’arbre de vie.

    Et il n’y a pas ici de symétrie avec l’arbre du bien et du mal : il suffit d’une seule dose strychnine pour faire mourir le corps, mais pour qu’il vive il faut l’alimenter tous les jours.

    Donc, soit on admet que l’arbre de vie était un vrai arbre du point de vue la botanique, portant un vrai fruit comestible, auquel cas, comme pour tout aliment il devait être mangé, digéré, assimilé, expulsé, et bis repetita ; soit cet arbre et son fruit n’ont pas eu d’existence matérielle, mais sont des symboles appartenant à l’épreuve morale que Dieu voulait faire passé au premier couple.

    Etant donné le caractère pédagogique dont Dieu a enveloppé les débuts de l’humanité (conformément à son principe : le naturel en premier, le spirituel ensuite), il est pour moi évident qu’il ne pouvait s’agir que d’un vrai arbre et d’un vrai fruit. (D’où Adam et Eve, qui venaient juste d’apparaître sur la scène, auraient-ils d’ailleurs tenu le concept de symbole et comment l’auraient-il compris ?)

    Si à cela on ajoute la décroissance exponentielle de la durée de vie des patriarches (qui n’entre absolument pas dans le cadre d’une conciliation avec la théorie de l’évolution et que l’on ne peut pas non plus métaphoriser), il devient évident que c’était la consommation régulière du fruit matériel de l’arbre de la vie qui aurait permis aux corps d’Adam et Eve de perdurer indéfiniment, contrairement à celui des animaux.

    Quiconque a observé les lapins dans le bois, et les étalons dans le pré, jugera absurde l’idée que la mort animale n’existait pas avant la chute d’Adam et Eve.

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