La régénération baptismale à la lumière de la Bible

La régénération baptismale déclare l’oeuvre de Christ insuffisante

C’est ici le quatrième volet de notre série “La régénération baptismale à la lumière des Ecritures”.
Dans les articles précédents nous avons survolé les principales formes de régénération baptismale, puis exposé la doctrine de la régénération, et enfin répondu aux arguments communément invoqués pour dissocier la régénération de la réception du Saint-Esprit.

La présente réflexion constitue notre premier argument direct contre la doctrine de la régénération baptismale.

**

 

Si nous devions expliquer en une seule phrase pourquoi nous rejetons la régénération baptismale, ce serait sans doute celle-ci :

L’oeuvre de Christ est entièrement suffisante pour le salut.

Bien sur, les soutiens de la régénération baptismale s’empresseraient alors d’exprimer leur accord avec une telle formule. Rien ne laisse penser cependant que nous soyons d’accord sur ce qu’elle signifie concrètement.

Car nous devons reconnaitre qu’au-delà des divergences doctrinales, il existe également de nombreuses incompréhensions terminologiques, souvent le fruit de développements historiques variés.

Il est donc important que nous entamions cet article par une notion commune aux “pro” et “anti” régénération baptismale : celle de l’union avec Christ.

 

L’union avec Christ est le point de départ de la vie chrétienne

L’ensemble des dénominations se réclamant du christianisme considèrent que l’union avec Christ constitue le commencement de la vie chrétienne.

Le consensus s’arrête là, car cette doctrine est un point de tension significatif en matière de sotériologie.

En plus des divergences qui existent sur la nature de l’union avec Christ, la question des moyens par lesquels elle se produit est également très débattue.

Catholiques et Orthodoxes considèrent que le baptême est l’acte initial rendant cette union subjective dans la vie d’un individu (1), tandis que les églises issues du mouvement Restaurationniste voient l’immersion dans l’eau comme l’élément ultime du processus qui y conduit. (2)

En clair, la régénération baptismale enseigne que le baptême est l’acte (ou l’un des actes) qui précède et cause l’union d’un individu avec Christ. On parle alors de causalité instrumentale.

A l’inverse, ceux qui rejettent la régénération baptismale rappellent que l’union avec Christ est le fruit de la libre initiative de Dieu, sans que quelque autre cause que sa volonté souveraine ne soit nécessaire.

Essayons d’y voir plus clair.

 

La nature de l’union avec Christ

Celui qui cherche à définir précisément la doctrine de l’union avec Christ, parfois également appelée union mystique, se heurte à un problème de chronologie.

En effet, certains passages passages bibliques font référence à une union éternelle (Eph. 1:4, 2 Tim. 1:9, etc.). D’autres, au contraire, pointent vers une union se produisant dans le temps, au moment même où Christ est mort et ressuscité (Rom. 6:3-11 ; Gal. 2:20a, etc.).
Certains textes, enfin, se réfèrent au moment de la ligne de temps où le croyant expérimente son union avec Christ  (Eph. 2:5-6 ; 2 Cor. 5:17).

Dans le camp réformé, plusieurs propositions ont été faites pour concilier ces vérités.
A mon sens, la formulation des théologiens puritains du 17è siècle, l’union triple, est à la fois la plus simple et la plus précise.

Celle-ci distingue trois facettes de l’union avec Christ :

  1. L’union immanente, qui se réfère à l’union des élus à Christ de toute éternité, hors de la ligne de temps, avant la fondation du monde (Eph. 1:4). Thomas Goodwin la décrit comme “cette grâce première, fondamentale, originelle, desquelles toutes les autres grâces découlent, ces vastes entrailles éternelles dans lesquelles toutes bénédictions ont été conçues et ordonnancées avant que le monde soit.“ (3)
  2. L’union transitionnelle, ou objective. Celle-ci fait référence à l’union des élus avec Christ dans le passé, au moment de sa  mort et sa résurrection (Rom. 6:3-11). Lorsque Christ est mort, une union transitionnelle a eu lieu entre lui et les élus que Dieu lui a donné (Jean 17:2, 6-12) en vertu de sa qualité de médiateur (1 Tim. 2:5). En sa mort et sa résurrection, Christ accomplit une médiation entre Dieu et ses élus, ce qui constitue cet aspect transitionnel de l’union avec Christ.
  3. L’union subjective, ou applicatrice, qui fait référence à l’union des croyants avec Christ dans le temps présent (Eph. 2:5-6). Cette union, déjà établie avant la fondation du monde et dont la médiation a eu lieu à la croix devient concrète pour les croyants : elle leur est alors directement appliquée. Louis Berkhof décrit l’union subjective comme “une union intime, vitale, et spirituelle entre Christ et les siens, en vertu de laquelle il est la source de leur vie, de leur force, de leurs bénédictions, et de leur salut.” (4) L’acte initial de l’union subjective du croyant avec Christ est sa régénération.

Cette approche théologique fait justice à l’ensemble des passages se référant à l’union avec Christ. Elle a également le mérite de proposer une chronologie cohérente, et d’impliquer l’ensemble des personnes de la Trinité

L’union mystique est donc le fruit de l’initiative éternelle du Père, manifestée dans le temps par l’oeuvre médiatrice de Christ, et appliquée au présent dans la vie des élus par le Saint-Esprit.

Mais par quel moyen cette union est elle appliquée ?

 

L’union subjective et sa réponse

Si l’union avec Christ procède de la volonté libre et souveraine de Dieu, il n’en reste pas moins qu’elle implique une réciprocité de celui qui est ainsi rendu “participant de la nature divine” (2 Pi. 1:4)

Cette question est cruciale, et elle a un lien direct avec la discussion qui nous occupe ici.

En effet, du côté des défenseurs de la régénération baptismale, le baptême est considéré comme un élément clé de cette réciprocité :

  • Les théologiens catholiques ou orthodoxes vont considérer que l’union d’un individu à Christ devient subjective au moment de son baptême. On peut alors parler d’une réciprocité sacramentelle, puisque celle-ci est dépendante de la médiation des sacrements administrés par l’Eglise. Selon cette approche, le sacrement du baptême scelle cette réciprocité.
  • Les Eglises du Christ tendent à considérer que cette union est le fruit d’un processus parachevé par le baptême (voir note 2). Dans cette approche, le baptême est donc l’un des moyens efficace qui unit un individu à Christ.

Du côté des opposants à la régénération baptismale, comment envisage-t-on cette réciprocité ?

Historiquement, les églises issues de la Réforme ont mis en avant la foi comme seul et unique moyen par lequel un individu puisse être subjectivement uni à Christ et maintenu dans cette union (Jean 14:23, 15:4,5 ; Gal. 2:20; Eph. 3:17, 2 Tim. 3:15, etc…)

Il est nécessaire que nous nous arrêtions un instant sur ce point.

 

L’union subjective et la foi

Pour les Eglises issues de la Réforme, l’union subjective d’un individu à Christ est donc à l’origine de sa régénération. Elle est le produit de l’action libre, souveraine, et par conséquent pleinement miséricordieuse de Dieu.

Mais, si les choses sont ainsi, quel rôle vient y jouer la foi personnelle du croyant ?

La réponse que donne Louis Berkhof nous parait être des plus appropriée :

L’acte initial est celui de Christ, qui unit les croyants à lui-même en les régénérant par eux et produisant ainsi la foi en eux. D’un autre côté, le croyant s’unit également à Christ par un acte conscient de foi, et persévère dans cette l’union, sous l’influence du Saint-Esprit, par l’exercice constant de la foi. (5)

En d’autres termes, la foi est bien une condition absolument nécessaire à l’union d’un individu à Christ, mais cette foi est elle-même un don de la grâce de Dieu (Eph. 2:8-10 ; Rom. 12:3 ; Phil. 1:29 ; Héb. 12:2).
De sorte que Dieu est à l’initiative de cette union depuis sa communication jusqu’à la réponse humaine qui y est faite.

Conformément à la célèbre prière d’Augustin d’Hippone, Dieu donne ce qu’il ordonne. (6)
S’il attend bien qu’un individu réponde par la foi, il en est lui-même l’auteur, au travers de Christ.

Christ est à la fois le fondateur, l’origine de notre foi (ἀρχηγός) et celui qui la maintient et la perfectionne jusqu’au bout (Héb. 12:2).
C’est l’application des mérites de Christ au travers de l’union subjective qui transforme le pécheur en croyant.

La foi n’est pas à l’origine de l’union avec Christ : elle en est la conséquence.

 

Problèmes des positions Catholiques et Orthodoxes

Les Eglises traditionnelles enseignent donc que l’union du croyants avec Christ est initiée au travers du sacrement du baptême.

Ce n’est pas sans soulever de nombreuses difficultés, dont voici quelques unes.

 

A- Cette approche dissocie l’union avec Christ de la foi personnelle

Croire que le sacrement du baptême unit efficacement à Christ celui qui le reçoit soulève la question de la place de la foi personnelle, en particulier dans le cas des baptêmes de nourrissons.

Comment un nourrisson pourrait-il exercer sa foi de quelque manière que ce soit ?

Les défenseurs de la régénération baptismale, conscients de cette difficulté, ont historiquement cherché à y répondre de différentes manières.

En voici les deux principales :

  • Fides Aliena : l’Eglise pourvoit à la foi nécessaire pour que les enfants soient baptisés. Cette position a mis en avant le rôle des parrains, dont la foi est affirmée au moment du baptême du nourrisson. Elle était prédominante jusqu’au Moyen Age, et est encore aujourd’hui invoquée par certains théologiens des églises traditionnelles.
  • Fides Infusa : le baptême infuse la foi dans l’enfant. Les développements scolastiques du Moyen Age ont amené Thomas d’Aquin à expliquer que le sacrement contient en lui même une grâce (7). En d’autres termes, le baptême introduit efficacement (ex opere operato) la foi en l’enfant, que celui ci devra faire ensuite progresser, infuser, par le moyen des autres sacrements (en particulier eucharistie et pénitence), et ce tout au long de sa vie.

Bien que ces propositions soient à la fois originales et ingénieuses, elles ne disposent d’absolument aucun appui biblique.

Fides Aliena dissocie l’union avec Christ de la foi personnelle et la lie à une foi impersonnelle, voire institutionnelle (l’Eglise Catholique), ce qui n’est étayé par aucun exemple biblique.

Fides Infusa argue en faveur de l’efficacité intrinsèque d’un sacrement… que les données bibliques déclarent elles-même inefficace.

A ce sujet, l’exemple de Simon le Magicien est particulièrement instructif (Actes 8:5-25). En effet, alors que ce dernier a déjà reçu le baptême, l’avertissement que lui adresse Pierre en dit long sur sa situation spirituelle :

  • Il est encore dans les “liens de l’iniquité” (c’est à dire “enchainé au péché”, σύνδεσμον ἀδικίας, v.23), un langage qui fait écho au thème de l’esclavage du péché et à la condition d’un homme irrégénéré (Romains 6:6, 16).
  • Simon n’a aucune part (μερίς), ni aucun héritage (κλῆρος,) dans cette affaire (v.21) : autrement dit, il n’est ni associé, ni ne possède quoi que ce soit au milieu des croyants de Samarie. Alors que, dans le contexte spécifique du passage, la présence des apôtres assure la réception du Saint-Esprit à tous ceux qui ont cru et ont été baptisés (v. 14-15, 17), lui n’y a tout simplement pas droit.
  • Pierre l’exclut donc radicalement de la communauté chrétienne. Pourquoi ? Parce que son “coeur n’est pas droit devant Dieu” (v.21). Là encore, la formule est chargée de sens, et il s’agit d’une allusion manifeste à Psaume 78:37.
    Dans ce passage, le psalmiste  décrit l’incrédulité de la première génération des enfants d’Israël (v. 22, 32). Pour Pierre, la profession de foi du magicien est à rapprocher de celle, mensongère, du peuple errant (Psaume 78:36). Le thème de la fausse foi, déjà évoqué par Christ lui-même (cf. Jean 8), est sous-jacent : celle-ci n’est pas enracinée dans la régénération, et par conséquent ne dure qu’un temps (Matthieu 13:20-21).

Si le baptême de Simon était efficace et l’avait réellement uni à Christ, dans ce cas :

a) Pourquoi Pierre prend t-il un tel soin de le dissocier de la communauté des croyants de Samarie ? N’avait-il pas reçu le même baptême qu’eux ? Simon ayant été uni à Christ par son baptême d’eau, l’apôtre n’aurait-il pas du le diriger vers les moyens de grâces dispensés par l’Eglise, comme l’enseigne la position sacramentelle ? Lue dans la perspective des Eglises traditionnelles, l’exclusion de Simon devient troublante, surtout au regard des regrets manifestes qu’il exprime (cf. v.24, certains manuscrits font même mention de pleurs de sa part).

b) Pourquoi risque t-il de ne pas être pardonné ? Existerait-il un péché qui serait impardonnable pour celui qui aurait reçu le sacrement du baptême ? Le Catéchisme de l’Eglise Catholique rejette pourtant pareille idée (cf. Art. 1263 et 1272).

c) Que penser de la nature de la foi de Simon le magicien ? Si celle-ci est bien à rapprocher de la fausse foi, comme nous le pensons, alors cet exemple viendrait contredire le Catéchisme, pour qui le baptisé est rendu capable de croire véritablement en Dieu au travers du sacrement (Art. 1266).

L’ensemble des occurrences narratives de baptême du Nouveau Testament (8) dressent le tableau d’une régénération totalement indépendante du baptême.

Dans certains cas, celle-ci la précède, tandis que dans d’autres elle se produit après le baptême.

Encore une fois, le livre des Actes n’a pas vocation à statuer précisément sur un ordo salutis entre la régénération et le baptême, mais il indique explicitement que la régénération se produit d’une manière totalement indépendante de l’immersion dans l’eau.

 

B- Cette approche rend aléatoire la persévérance du croyant dans l’union subjective

Le deuxième problème soulevé par la régénération baptismale porte sur l’efficacité de l’action de Dieu dans le temps.

La persévérance de la foi qu’a initié le baptême d’eau est, pour le Catéchisme, dépendante de la réceptivité du croyant aux moyens dispensés par l’Eglise.
Celui-ci est en effet appelé à ne pas résister aux instruments de grâce (les sacrements) pour pouvoir persévérer. (9)

Cependant, l’oeuvre divine d’unification du croyant avec Christ est parfaitement efficace, tant dans son commencement que dans sa continuité.

Dieu initie une oeuvre régénératrice dans la vie du croyant, et il la garantit jusqu’à la fin.
C’est bien Christ qui est le “perfectionneur” (τελειωτής) de la foi qu’il a lui-même amenée à l’existence dans le coeur du croyant (Héb. 12:2).

En conséquence, Paul peut sans hésitation être persuadé que l’union subjective des croyants de Philippes allait les amener à persévérer jusqu’au bout dans la foi (Phil. 1:6).

Si Paul avait cru à la régénération baptismale, il n’aurait jamais pu avoir une telle assurance. (10)

 

C- Cette approche rend l’union avec Christ dépendante d’un sacrement purement humain

Les Ecritures insistent sur l’initiative éternelle de Dieu, sa volonté souveraine par l’action de l’Esprit qui agit comme il le veut, quand il veut, et où il le veut pour unir à Christ l’individu qu’il veut (cf. Jean 3:8, Rom. 9:18, etc.).

A l’inverse, l’approche des Eglises traditionnelles rend l’application de l’union avec Christ dépendante de l’action d’un homme établit selon des critères sacramentels.

Non seulement une telle pratique  est contredite par les données bibliques, en particulier les 12 occurrences narratives de baptêmes dans le Nouveau Testament (voir note 8), mais elle prétend de plus placer dans les mains d’un homme et d’une institution une prérogative exclusivement divine.

C’est Dieu et Dieu seul qui accomplit l’union avec Christ, depuis son initiative jusqu’à son application. C’est Dieu qui régénère.
Un homme ou une institution ne peut prétendre s’arroger ce pouvoir sans par là-même s’opposer à Dieu.

Problèmes de la position des Eglises du Christ

Il est difficile de se référer à une doctrine restaurationniste uniforme sur le baptême, en particulier si l’on adopte la définition large de ce mouvement (c’est à dire, incluant Adventistes et Mormons). (11)

D’une manière générale, les Eglises du Christ et les mouvements qui lui sont associés (Disciples du Christ, Campbellites, etc.) enseignent que le baptême est nécessaire au salut.

Leur compréhension de la foi implique que celle-ci soit “vivante”, c’est à dire produisant des œuvres d’obéissance telles que le baptême et la confession (cf. Romains 10:9-10).

Les Eglises de Christ ne prétendent pas que le baptême rend une personne digne d’être sauvée. Elles enseignent plutôt que le baptême est une œuvre que Dieu exige avant qu’Il accorde le salut.
Pour l’Eglise du Christ, le baptême et la profession de foi ne sont pas différents par nature de la foi et la repentance, et ils font partie de ce que Dieu exige avant qu’il n’accorde le salut. (12)

Par conséquent, pour les Eglises du Christ, la foi, la repentance, la confession publique, et le baptême par immersion sont l’ensemble des éléments par lesquels le croyant devient subjectivement uni à Christ.
Sans passer par ce processus, il n’est pas possible d’être sauvé.  (13)

Une telle approche soulève également différents problèmes. En voici deux.

 

A- Cette approche définit la foi comme un processus personnel plutôt que comme un don divin

Les Eglises de Christ donnent une définition très large à la foi, y incluant la repentance, la profession publique, et le baptême.

Cependant, les Ecritures établissent une séparation claire entre chacun de ces éléments, les mentionnant parfois côte à côte mais jamais tous ensemble.
De plus, vu qu’un tel processus serait essentiel au salut, il est surprenant qu’il ne soit jamais détaillé explicitement.

Au contraire, la foi en Jésus-Christ est régulièrement isolée et citée comme seule et unique condition nécessaire de l’union avec Christ (cf. par exemple Matthieu 9:2 ; Jean 3:16 ; Ephésiens 2:8-9 etc.).

Les églises de Christ rejettent cette réalité : en rendant leur processus en quatre étapes nécessaire au salut, elles mettent l’emphase sur la démarche humaine au détriment de la libre volonté de Dieu.

 

B- Cette approche renverse l’ordo salutis biblique

En affirmant que l’union avec Christ et la régénération sont le fruit d’un processus foi-repentance-confession-baptême, les églises de Christ présupposent que l’union avec Christ suit la foi, qu’elle en est la conséquence.

Il est cependant impossible de posséder une foi personnelle en Christ en dehors de l’oeuvre régénératrice de l’Esprit Saint.

C’est exactement ce que Paul cherche à exprimer aux Corinthiens, en leur disant que “l’homme naturel n’accepte pas les choses de l’Esprit de Dieu, car elles sont une folie pour lui, et il ne peut les connaître, parce que c’est spirituellement qu’on en juge.” (1 Corinthians 2:14).

Le terme original traduit par “naturel” (ψυχικός) est clé. Il fait référence à une personne dépourvue de l’Esprit de Dieu, comme l’indiquent les deux autres usages qui en sont fait dans le Nouveau Testament : Jacques 3:15 (traduit souvent à tort par “charnel”) et surtout Jude 19 (traduit généralement par “sensuel”).

Ce dernier verset est particulièrement explicite, puisque Jude prend la peine de préciser son propos en indiquant qu’il fait référence à des personnes “n’ayant pas l’Esprit.

Vu sous cet angle, ce que Paul est en train de dire aux Corinthiens prend tout son sens : l’homme privé de l’Esprit de Dieu ne peut ni accepter ni connaître personnellement les choses de l’Esprit de Dieu, à savoir Christ et à son oeuvre à la croix (cf. 1 Corinthiens 1:23).

Comment connaître ces choses ? Par révélation dit Paul : “ce sont des choses que l’œil n’a point vues, que l’oreille n’a point entendues, et qui ne sont point montées au cœur de l’homme… Dieu nous les a révélées par l’Esprit. Car l’Esprit sonde tout, même les profondeurs de Dieu.“ (1 Cor. 2:10-11)

Les personnes qui peuvent avoir cette foi personnelle en Jésus-Christ sont des personnes “de l’Esprit” (“spirituelles”, cf. 1 Cor. 2:13, 15), qui ont reçu l’Esprit de Dieu (1 Cor. 12:2), c’est à dire des personnes régénérées.

La foi est la preuve, et non la cause de la régénération. Et ce point particulier fait tomber à terre l’ensemble de la position des Eglises de Christ.

 

Conclusion

Revenons à notre assertion de départ : nous ne croyons pas à la régénération baptismale car l’oeuvre de Christ est entièrement suffisante pour le salut.
C’est le point principal pour lequel nous ne pouvons y adhérer.

Faire du baptême l’élément causal de la régénération, ou conditionner le salut éternel à la nécessité d’une cérémonie baptismale revient dans les deux cas à nier la toute suffisance de l’oeuvre de Christ pour le salut des croyants.

Dans les deux cas, la régénération baptismale ajoute à l’oeuvre de Christ et entame la doctrine de la toute suffisance de sa mort à la croix et de sa résurrection.

Mais alors, qu’est-ce que le baptême ? Quel est sa relation avec l’ordo salutis biblique ? Pourquoi Christ en a t-il fait un commandement et l’a étroitement associé la Grande Mission qu’il a laissé à ses premiers disciples ?

Les données scripturaires indiquent que le baptême vient sanctionner la réalité de la foi personnelle.
Il ne la crée pas, il ne la rend pas vivante. Il est plutôt un élément clé de la profession de foi, c’est à dire le signe extérieur et visible qu’un individu a placé sa confiance en Jésus-Christ et en son oeuvre.

Bien qu’attaché à la tradition sacramentelle, le père jésuite Gonzalo Haya-Prats a bien saisi cette réalité biblique.
Pour lui, la foi “trouve son expression solennelle dans le baptême qui incorpore de manière officielle à la nouvelle communauté du salut” , et par conséquent “le don de l’Esprit n’est pas lié intimement au baptême dans le livre des Actes”. (14)

Christ est parfaitement efficace, et entièrement suffisant pour la régénération et le salut des ses élus.

Par conséquent, la doctrine de la régénération baptismale n’est ni fondée, ni efficace, et elle ne sera d’aucun secours au jour du jugement.

 

 

Rendez-vous ici pour l’article suivant !

 

 

 

 

Notes et références :

(1) Cf. Catéchisme de l'Eglise Catholique, art. 1265 : “Le Baptême ne purifie pas seulement de tous les péchés, il fait aussi du néophyte une création nouvelle (2 Co 5, 17), un fils adoptif de Dieu (cf. Ga 4, 5-7) qui est devenu participant de la nature divine (2 P 1, 4), membre du Christ (cf. 1 Co 6, 15 ; 12, 27) et cohéritier avec Lui (Rm 8, 17), temple de l’Esprit Saint (cf. 1 Co 6, 19).”
(2) Généralement, les églises concernées issues du mouvement Restaurationniste considèrent que le baptême est l'une des 4 étapes par lequel un individu reçoit le salut : foi, repentance, confession publique, baptême par immersion (dans l'ordre).
(3) Thomas Goodwin (1600-1679), An Exposition of the First Chapter of the Epistle to the Ephesians (36 sermons), Sermon on Ephesians 1:3.
(4) Berkhof, Louis, Systematic Theology, Edinburgh: The Banner of Thuth Trust, 1958, p.449. Berkhof appelle l'union applicatrice “union objective”. Voir l'article “Mystical Union” de sa théologie systématique.
(5)- Ibid
(6) Augustin, Les Confessions, livre dixième. La prière da quod iubes et iube quod vis  y revient à plusieurs reprises
(7) Thomas d'Aquin, Somme Théologique, 3ème partie, Q. 64, Art. 3
(8) Voir le tableau comparatif de ces 12 occurrences, principalement situées dans le livre des Actes. Voir également l'article “Régénération et réception du Saint-Esprit : une même expérience ?
(9) Cf. Catéchisme, art. 162, 1812, 2008, 2016.
(10) Paul Wells a réalisé une exposition concise et efficace des grands enjeux de cette question. Voir “La persévérance des saints, une doctrine controversée”, dans La Revue Réformée, (Janv. 2006n°236 - 2006/1)
(11) Voir notre panorama des régénérations baptismales.
(12) Voir S. Michael Houdmann, “Is the Church of Christ a good biblical church?
(13) Cette déclaration de la Samaria Church of Christ, une Eglise de Christ du Tennessee, est particulièrement explicite : foi, repentance, confession publique et baptême précèdent la réception du salut et donc l'union avec Christ. A noter également que Samaria Church of Christ enseigne que l'immersion dans l'eau lave les péchés.

(14) Gonzalo Haya-Prats. L'Esprit, force de l'Eglise. Paris: Editions du Cerf, 1978, pp.121, 130. Cité par Henri Blocher. La doctrine du péché et de la rédemption. Vaux-sur-Seine: Edifac, 2011, p.237







Guillaume Bourin est le fondateur du blog Le Bon Combat et l'un de ses administrateurs. Il coordonne également les formations théologiques #Transmettre. Passionné par le grand mandat missionnaire, il a notamment supervisé les activités d'Audiovie (GRN) en région parisienne, avant d'exercer des fonctions pastorales. Guillaume est titulaire d'un master en théologie (M.Div.) de la faculté Southwestern (Fort Worth, USA) et complète actuellement un cycle de recherche (Th.M. + Ph.D.). Il demeure aux États-Unis.


(CC) (BY NC ND) Le Bon Combat. Vous êtes encouragé à partager l'ensemble des ressources disponibles sur ce site. Si vous reproduisez un extrait de l'un de nos articles, nous vous remercions d'y inclure systématiquement un lien renvoyant vers la source. Dans le cas où vous souhaiteriez reproduire un article dans son intégralité, merci de nous contacter.