La Bible, Darwin, et l’évolution

Le débat “création-évolution » en a lassé plus d’un… Et pourtant, il est – à mon sens – profondément central, notamment en raison des conséquences que nos positions sur Genèse 1-3 peuvent avoir sur l’ensemble des Ecritures. 
Dans l’article ci-dessous, Wayne Grudem résume bien mieux que je n’aurais pu le faire mes craintes quant aux approches modernes qui tendent à nier l’historicité des premiers chapitres de la Genèse(1), et derrière lesquelles se cache quasiment toujours la position dite « évolutionniste-théiste ».

 

Traduction de la vignette : “Pour commencer notre débat, chacun d’entre vous dispose d’une heure pour présenter son point de vue. Je précise qu’il s’agit d’une heure littérale, juste au cas où l’un de vous voudrait l’interpréter en une période de temps plus longue…"


Quel est l’enjeu de ce débat ? De nombreuses choses :

– la véracité de trois chapitres servant de fondation à l’ensemble de la Bible (Genèse 1 à 3),
– la croyance en l’unité de la race humaine,
– la croyance en l’unicité ontologique des êtres humains parmi toutes les créatures de Dieu(2),
– la croyance en la création spéciale d’Adam et Eve à l’image de Dieu,
– la foi dans le parallèle entre la condamnation au travers de la représentation d’Adam et le salut au travers de la représentation de Christ,
– la foi dans la perfection de la création originelle de Dieu,
– la croyance que la souffrance et la mort que nous expérimentons aujourd’hui sont le résultat du péché et ne font pas partie de la création originelle de Dieu,
– et la croyance que les catastrophes naturelles d’aujourd’hui sont le résultat de la chute et ne font pas non plus partie de la création originelle de Dieu.

Croire en l’évolution sape les fondements [de notre foi]. L’évolution est LA grande explication de la culture séculière, le «méta-récit» principal que les pécheurs acceptent avec joie, car il leur permet d’expliquer la vie sans faire référence à Dieu, sans avoir aucune responsabilité envers quelque Créateur que ce soit, sans avoir à se conformer à une norme morale qui restreigne leur péché… « il n’y pas de crainte de Dieu devant leurs yeux » (Romains 3:18).

Et maintenant, les tenants de la position évolutionniste-théiste nous disent que les chrétiens peuvent tout simplement se soumettre à cette attaque massive de la foi chrétienne, et en toute sécurité ajouter à Dieu – non pas au Dieu Tout-Puissant qui, dans son infinie sagesse a directement créé tous les êtres vivants, mais plutôt à une divinité invisible qui ne fait absolument aucune différence dans la nature des êtres vivants tels qu’ils existent aujourd’hui. Il ne faudra pas longtemps aux incroyants pour écarter l’idée d’un tel Dieu qui, au final, ne fait aucune différence du tout.

Pour formuler ces choses autrement et les poser en équation : lorsque les athées déclarent que « la matière + l’évolution + 0 = tous les êtres vivants », et que les évolutionnistes-théistes répondent : « non, la matière + l’évolution + Dieu = tous les êtres vivants », il ne faudra alors pas longtemps aux incroyants pour conclure que, par conséquent, « Dieu = 0”.

J’étais auparavant sensible au fait que l’évolutionnisme-théisme comportait de sérieuses difficultés. Mais je suis maintenant plus que jamais fermement convaincu qu’il est impossible de croire à la fois à la véracité de Bible et à l’évolution darwinienne. Nous avons à choisir entre l’un et l’autre.

Wayne Grudem
Théologien, Professeur-Chercheur à l’université théologique de Phoenix, co-fondateur du Council for Biblical Manhood and Womanhood, et membre du comité de traduction de la Bible ESV.
Article extrait de la préface du livre « Should Christians Embrace Evolution ? » (Ouvrage collectif édité sous la direction de Norman C. Nevin) (3)


 Notes : 
(1)  L’approche la plus en vogue dans nos milieux évangéliques francophones est la fameuse “théorie des cadres", qui voit dans Genèse 1 et 2 plusieurs cadres littéraires différents. Pour une critique exhaustive de cette position, voir cet excellent article de Paulin Bédard extrait du n°252 de La Revue Réformée.   (retour)
 (2)  En parlant d’unicité ontologique des êtres humains, Wayne Grudem fait référence à la nature unique de l’homme et de la femme, radicalement différente des autres êtres créés.  (retour)
 (3)  On ne peut que recommander la lecture complète de ce livre, si toutefois vous maîtrisez l’anglais. Wayne Grudem aborde également ce sujet dans sa Théologie Systématique (Excelsis)  (retour)

Réflexions et ressources d'édification centrées sur Dieu

  • Théodore

    Je crois que Saint Augustin interprétait déjà la Création en un sens non-littéral, et les jours comme les symboles de grande durées ;

    Voir http://en.wikipedia.org/wiki/Allegorical_interpretations_of_Genesis#Ancient_Christian_interpretations

    En tant que chrétien « évolutionniste », je maintiens toutes les vérités théologiques de la Génèse. Aucune d’entre elle ne dépend d’une interprétation absolument littérale et historique.

  • Denis Grenier

    Il est vrai que le simple fait d’ajouter Dieu à la formule darwinienne le rend très vite dispensable. Darwin a justement voulu que sa théorie de l’origine des espèces soit à 100% naturaliste, qu’elle soit dépourvue de toute idée de téléologie, de direction ou d’intervention divine. Ajouter Dieu au darwinisme, c’est lui ajouter précisément ce dont il entend se passer. C’est lui ajouter une pièce qui ne sert à rien.

    Toutefois, je vois le risque que le dogmatisme et un certains littéralisme biblique (qui ne nous a pas toujours servi) nous empêche de réfléchir au rapport entre démarche de foi et démarche scientifique. Dans la Bible, il est dit qu’Elohim crée par sa parole. Il dit et la chose est. Tout simplement. Mais rien ne nous empêche de considérer de cette parole prononcée depuis l’éternité de Dieu puisse se déployer dans la dimension de l’espace-temps, notre dimension, sur une très longue période. L’approche scientifique ne permet pas d’entendre la parole divine, mais elle permet d’en voir et d’en mesurer les effets dans notre monde. Il me semble que ces deux témoignages ne sont pas nécessairement contradictoires.

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