1431903128couplehomosexuel2

La “bénéfiction” homosexuelle : état des lieux

Du 14 au 17 mai dernier, les délégués de l’Eglise protestante unie de France se sont réunis en synode pour voter, à 94 voix contre 3, la possibilité de faire une cérémonie de bénédiction pour les couples homosexuels déjà mariés civilement.

Ce que la plupart des titres en ont rapporté, et donc ce que la plupart des Français en ont compris, c’est que les Protestants en France avaient (enfin) rejeté l’idée que l’homosexualité était un péché.

Loin de là. Il faut préciser que cette décision :

  1. N’est pas représentative d’un consensus national. Malgré son nom, l’Eglise Protestante Unie[1] de France (EPUF) ne constitue qu’une minorité des protestants pratiquants du pays. La Fédération Protestante de France (FPF), dont fait partie l’EPUF, a rappelé que cette décision n’était pas partagée par la majorité de ses membres. Le Conseil National des Evangéliques de France (CNEF), qui rassemble presque autant de membres que la FPF, s’est quant à lui déclaré “consterné” par le vote.

  2. N’est pas représentative d’un consensus interne[2]. Les chiffres indiquent une écrasante majorité (94 contre 3), mais il faut rappeler que les 105 délégués qui ont voté ne représentent que 20% des pasteurs de l’union. Actuellement, plus de 50 pasteurs (les “attestants”) ont formellement manifesté leur profond désaccord. Ils espèrent rallier dans les prochains mois au moins 15% des pasteurs EPUF, et un pourcentage probablement plus large des fidèles.

  3. N’utilise pas le sens traditionnel des mots qu’elle emploie. Le terme “bénédiction” a été redéfini par l’EPUF dans une perspective d’accueil et d’accompagnement des personnes. Ce n’est donc absolument pas une manière de cautionner l’homosexualité ou le couple homosexuel, contrairement à ce que l’expression “donner sa bénédiction” peut laisser imaginer. Ce flou artistique est un point de contention majeur dans le débat

En d’autres termes, ce qu’il faut en comprendre, c’est que dans le monde protestant, un groupement minoritaire a décidé de permettre à ceux de ses pasteurs qui le souhaitent de formaliser l’accompagnement des couples homosexuels mariés civilement par une cérémonie officielle qu’ils appellent “bénédiction” pour la forme.[3]

 

 

EH

 

 

 

 

Notes et références :

[1] Le mot “unie” fait référence au fait qu’elle résulte de la fusion récente, en 2012, de deux mouvements protestants : l’Eglise Réformée de France et l’Eglise Evangélique Luthérienne de France. Ces deux mouvements connaissaient un lent déclin depuis les années 1960.

[2] Nés des positions divergentes au sein de l’EPUF, deux sites web adverses, proposés et animés par des membres de l’union d’églises, disent vouloir enrichir le débat : www.benediction.info et www.benissons.fr.

[3] En fait, même dans la Bible, “bénir” n’implique pas toujours d’approuver. Cependant, il ne s’agit pas non plus d’un acte facile ou convenu, c’est un acte difficile et subversif : nous sommes appelés à bénir nos ennemis. Dans tous les cas, il y a un espoir, une intention pour que la vie de l’autre se transforme et se conforme à la volonté bienveillante de Dieu. Une bénédiction comprise différemment, voire de façon contradictoire, par celui qui bénit et ceux qui sont bénis, serait vide de sens.

 

 

 

 



Seul chrétien de ma famille, converti à 21 ans, puis étudiant en Théologie et désormais apologète à mes heures, je m'intéresse particulièrement aux rapports entre la foi, les visions du monde et la culture populaire (voir "Visio Mundus", site partagé avec Y. Imbert, professeur d'apologétique).


  • Je me demande vraiment ce que ces « attestants » font dans l’EPUF. Ils savent bien que l’ÉRF était massivement libérale, et que l’EPUF est massivement libérale. Pourquoi ne joignent-ils pas l’UNEPREF ?

    http://www.unepref.com/que-croyons-nous/declaration-de-foi.html

    • Etienne Omnès

      Peut-être parce qu’avant de faire sécession, il est utile de d’abord tenter de réformer. C’est du moins mon avis: si jamais mon église devait déraper vers un excès ou un autre, je ne chercherais pas à trouver une autre église mais à rester là où l’Eternel m’a placé pour garder un peu l’évangile dans mon église. Si jamais malgré tous mes efforts et toutes mes prières cette église ne devait pas changer, alors peut être envisagerais-je le départ, mais seulement sur autorisation du Seigneur.

      Quand j’avais lu le rapport du synode national à propos de cette décision, il y avait une chose qui m’avait fait tiquer: parmi ceux qui étaient contre la bénédiction des unions homosexuelles avaient considéré comme tellement évidente cette interdiction qu’ils n’avaient pas participés aux débats. D’autres étaient tout de suite montés sur leurs grands chevaux et étaient partis de l’église… avant même que le débat ne commence! Résultat: ils ont abandonné l’évangile au sein de l’EPUdF.
      Que les « attestants » souhaitent demeurer au sein de l’EPUdF est au contraire une excellente chose, selon moi.

      • On ne brosse pas le pont d’un navire qui est en train de sombrer.

        La création de l’Église réformée de France en 1938 fut en elle-même une compromission entre orthodoxes et libéraux. Ce n’est pas comme si les problèmes de libéralisme dans l’ÉRF/ÉPUdF dataient d’hier matin. Ces vrais réformés français se condamnent depuis trop longtemps à la marginalité en restant dans cette pseudo-église apostate.

        « Leur libéralisme théologique [des pasteurs de l’ÉRF et de l’ÉCAAL] a sans doute largement accéléré la sécularisation du protestantisme français réformé et du luthéranisme alsacien depuis une trentaine d’années. En 1965, il y avait en France 470 000 réformés et 300 000 luthériens : il n’y a plus aujourd’hui [en 2000] que 350 000 réformés et moins de 250 000 luthériens. »

        Source : http://larevuereformee.net/articlerr/n210/le-protestant-et-leglise-une-relation-ambigue

        Prôner l’homosexualité est en soit une hérésie passible d’excommunication. Débattre avec des hérétiques tout en maintenant officiellement la communion avec eux, c’est admettre la légitimité de leur position.

      • « Et, s’il y a quelque part des gens qui ne vous reçoivent ni ne vous écoutent, retirez-vous de là, et secouez la poussière de vos pieds, afin que cela leur serve de témoignage. » (Marc 6:11)

(CC) (BY NC ND) Mandimby Ranaivoarisoa, Pascal Denault, Raphaël Charrier, Daniel Saglietto & Guillaume Bourin. Vous êtes encouragé à partager l'ensemble des ressources disponibles sur ce site. Si vous reproduisez un extrait de l'un de nos articles, nous vous remercions d'y inclure systématiquement un lien renvoyant vers la source. Dans le cas où vous souhaiteriez reproduire un article dans son intégralité, merci de nous contacter.