Justification & Sanctification : la Duplex gratia

La justification (le fait d’être déclaré “juste” par Dieu) et la sanctification sont deux termes qui sont quelques fois  bien trop séparés ou bien trop confondus.

Ainsi, sans vouloir les confondre, ni les dissocier, il est important de ne jamais perdre de vue que ces deux choses sont offertes ensemble par grâce dans notre union au Christ par la foi, qui est elle-même une œuvre du Saint-Esprit.

En effet, “en Christ” nous sommes déjà “justifiés” (Rom 3 :31-28), et nous sommes déjà “saints” (1 Cor 1 :30, certains appellent cela une sanctification “positionnelle”).

De plus, il ne faut pas oublier que cette expérience qui se manifeste lors de notre nouvelle naissance (qui est unique et définitive) implique une croissance dans la sainteté (Rom 7 :4, Col 1 :10 …). La “justice” que nous pouvons alors manifester ( loin d’être une justice parfaite !) ne se rajoute pas à l’œuvre suffisante du Christ pour nous justifier, mais elle est  la manifestation et le fruit de notre union au Christ.

Dans l’Institution Chrétienne, Jean Calvin  parle très bien de cette duplex gratia (la double grâce de la justification et de la sanctification) que nous recevons en Christ :

Mais, comme Jésus-Christ nous est communiqué avec ses biens, tout ce qu’il a devient nôtre : nous sommes faits ses membres et une même substance avec lui, sa justice ensevelit nos péchés, le salut qu’il a acquis abolit notre damnation et il se place devant nous avec sa dignité, de façon à ce que notre indignité n’apparaisse plus devant Dieu. Voici une chose certaine : nous ne devons pas dissocier  Jésus-Christ de nous, mais tenir en vigueur et fermeté l’union par laquelle il nous a liés à Lui. C’est ce qu’enseigne l’apôtre Paul quand il dit que notre mort est cause du péché, mais que l’Esprit de Jésus-Christ, qui habite en nous, est vie à cause de sa justice (Rom 8 :10).  (Jean Calvin, Institution de la Religion Chrétienne, p. 507)

 

En effet, d’où vient que nous soyons justifiés par la foi ? C’est que, par elle, nous saisissons la justice du Christ, qui nous réconcilie avec Dieu. Or, nous ne pouvons saisir cette justice sans avoir aussi la sanctification… Christ ne justifie personne sans le sanctifier en même temps. Ces bienfaits sont joints par un lien permanent. Quand Christ nous illumine de sa sagesse, il nous rachète ; quand il nous rachète, il nous justifie ; quand il nous justifie, il nous sanctifie. Comme il n’est question, maintenant, que de justice et de sanctification, arrêtons-nous sur ces deux grâces. Bien qu’il faille les distinguer, elles sont inséparablement liées en Christ. Voulons-nous recevoir la justice en Christ ? Il nous faut, d’abord, posséder Christ. Or, nous ne pouvons le posséder sans être participants de sa sanctification puisqu’il ne peut pas être coupé en morceaux. Puisqu’il en est ainsi, le Seigneur Jésus ne donne jamais à quelqu’un la jouissance de ses biens sans se donner lui-même ; il les accorde avec largesse tous deux ensemble, jamais l’un sans l’autre. On voit donc combien cette formulation est vraie : nous ne sommes pas justifiés sans les œuvres, bien que ce ne soit pas par les œuvres, puisque la sanctification n’est pas moins contenue dans la participation de Christ, dans laquelle réside notre justice. (Calvin, p.730)

Dans son commentaire sur 1 Cor 1 :30, Jean Calvin utilise une image forte pour exprimer une fois de plus cela. Il souligne que ces deux fruits de la grâce sont connectés ensemble par un lien indissoluble, de sorte que celui qui essaye de les séparer est comparable à un personne qui veut déchirer Christ en pièces !

Jean Calvin avait bien compris la profondeur du lien qui nous unit à Christ dans la foi.

C’est une vérité glorieuse qui nous permet de ne jamais oublier qui est celui de qui nous tirons tous les trésors de la grâce (l’origine de notre nouvelle vie) et la raison pour laquelle nous pouvons croître dans la sainteté (la nouvelle direction de notre vie (2 Cor 3:18)).

Nous avons été greffés sur Christ, bien plus, nous avons été crucifiés avec Christ; et si nous vivons, ce n’est plus nous qui vivons, c’est Christ qui vit en nous; si nous vivons maintenant dans la chair, nous vivons dans la foi au Fils de Dieu, qui nous a aimé et qui s’est livré lui-même pour nous ! (Gal 2:20)

 

 

 

 

Je suis marié, et le Seigneur nous a fait la grâce d’avoir trois enfants. Je suis actuellement Pasteur Stagiaire sur Montréal. Je suis passionné par le Nouveau Testament, la théologie systématique et l’herméneutique. J’affectionne particulièrement les écrits des réformateurs, de Cornelius Van Til, Vern Poythress, John Frame, Greg Beale et John Piper.

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