Quand Jésus dit “Je me sanctifie moi-même”, cela signifie-t-il qu’il devait se sanctifier ?

Je me sanctifie moi-même
(Jean 17, 19)

Nous devons porter notre attention sur le sens que la sanctification de Christ lui-même revêt. Il est clair qu’il est inconcevable que cela puisse signifier qu’il aurait pu faire quoi que cela soit pour « améliorer » sa propre sainteté. C’est tout bonnement impossible. Il était parfait depuis le commencement, sans tâches, ni péchés, ni fautes.

Dès lors lorsqu’il dit qu’il va « se sanctifier lui-même », il ne peut vouloir dire qu’il va se rendre plus saint qu’il ne l’était déjà. Ce que cela veut évidemment dire est qu’Il utilise ce terme dans son sens premier de sanctification – à savoir dans le sens de dédication, de consécration, une mise à part pour l’œuvre spéciale de Dieu et pour le dessein de Dieu en Lui et par Lui. Cela signifie une offrande de soi à Dieu pour Sa gloire et Son dessein.

Alors, afin de comprendre la pleine signification de cette affirmation, les prochains mots que nous nous devons de considérer est « moi-même ». « Je me sanctifie moi-même », dit notre Seigneur. Et par ce biais, il veut clairement dire « Lui-même » tel qu’Il est dans Sa personnalité totale, tout ce qu’Il est, en tant que Dieu et homme, toute sa puissance, toute sa connaissance, toute sa perfection, toute sa capacité, tout.

Il n’existe aucun terme plus exhaustif que ce « moi-même ». Cela signifie mon être entier, tout ce que je suis en et par moi-même, toutes mes relations, tous mes privilèges, toutes mes capacités et toutes mes possessions. Je me sanctifie moi-même dans la plénitude de mon être et de ma personnalité. A ce stade, ce que notre Seigneur est donc vraiment en train de dire est que tout ce qu’Il est et tout ce qu’il a, Il est maintenant en train de le donner entièrement et complètement à Dieu « pour eux » (Jean 17, 19) –« eux » étant les chrétiens d’alors – mais pour nous aussi –tous ces gens dont Il a tellement parlé dans cette prière de Jean 17, les hommes et femmes qui Lui ont été donnés par Dieu, et pour qui Il est venu en ce monde.

 

Une pensée à méditer

La sanctification de Jésus signifie une offrande entière de lui-même à Dieu, pour la gloire de Dieu et pour Son dessein.

 


Traduction de la méditation de « Mars 21 » du livre dévotionnel : Lloyd-Jones, M., Walking With God Day by Day: 365 Daily Devotional Selections.

 

 



Né en 1992, Timothée Davi est détenteur d'un Master en Théologie Fondamentale de la Faculté de Théologie Protestante de Strasbourg. Sa thèse de Master portait sur l'évangile de Jean. Passionné tant de la Bible et des langues bibliques que de la théologie systématique (exposé de la foi) et de l'apologétique (défense de la foi), Timothée aime écrire et partager sur divers sujets relatifs aussi bien à la foi qu'à la société en vue de l'édification des chrétiens.


  • bubzy

    N’y a-t-il pas une signification plus simple ?

    Jésus est parfait depuis le commencement certes, mais il a revêté le corps d’un homme. Or, celui-ci est de nature pécheresse. Ce qui fait que le plan de Dieu a parfaitement fonctionné, c’est qu’à son commencement sur terre, Jésus avait un corps comme nous. Mais il avait aussi l’esprit de Dieu, comme nous sommes sensés l’avoir, via le Saint Esprit, plus tard.

    Autrement dit je considère Jésus comme la préfiguration, l’image parfaite de ce qu’un chrétien doit être, son modèle parfait. Et Jésus était le maître du modèle du discipulat, ça concorde.

    A ce titre, il était sujet à toutes les formes de tentations que nous avons également. Il avait faim, il était fatigué, et il a été tenté par Satan, tout comme nous le sommes. Dans sa dernière prière dans le jardin, il a lutté. La volonté de sa chair était de ne pas subir le châtiment, mais par amour il a été jusqu’au bout de sa mission.

    Il est donc normal qu’il devait se sanctifier. Car comme nous, le péché était couché à sa porte, mais il dominait en permanence sur lui. La sanctification n’est pas tant la purification par la suppression de tous nos péchés afin de devenirs parfaits, mais le fait d’éloigner le péché à chaque fois qu’il se présente à nous. Et tant que nous serons dans ce corps, la sanctification est un processus de volonté auquel nous devons nous attacher en permanence.

    • Maxime Georgel

      Jésus n’avait pas de nature pécheresse.

      • bubzy

        De base non. Mais en naissant d’une femme il était sujet aux mêmes faiblesses et mêmes tentation, il pouvait donc tout à fait pêcher. C’est justement le fait d’avoir ce corps de pêcheur et d’avoir vaincu le péché qui rend sa vie et son sacrifice si exceptionnel

  • Ce qui suit, je l’avais écrit dans un autre cadre.Je ne sais pas si quelqu’un verra encore cette contribution tant de jours après l’article, mais sait-on jamais :

    Les tentations de Jésus et les nôtres
    Nous n’avons pas un grand-prêtre qui serait incapable de se sentir touché par nos faiblesses.
    Au contraire, il a été tenté en tous points comme nous le sommes, mais sans commettre de péché. Que ce verset d’Hébreux 4:15 est bienfaisant ! En Jésus, nous avons à la fois Dieu si proche de nous dans son incarnation et son amour, et l’Homme parfait tellement éloigné de ce que nous sommes à cause de notre péché. C’est ainsi qu’il a pu vaincre le péché pour chacun de nous, cela ne nous pousse-t-il pas à l’adorer de tout notre cœur ?

    Mais ce texte nous pousse quand même à nous poser une question : comment Jésus a-t-il pu être tenté si – comme nous le croyons – il n’y a rien de mauvais en lui ? Quand nous voulons sonder les mystères de Dieu, il nous faut être humbles et modérés : nous n’aurons jamais LA réponse indiscutable, et la réalité divine dépassera toujours les faibles représentations que nous nous en faisons. Néanmoins, je ne pense pas franchir les limites de ce que la Parole nous permet de dire en suggérant deux réponses complémentaires qui nous permettent de nous faire une petite idée de la chose…

    Pour la première explication, remarquez que, dans une certaine mesure, la question se pose aussi pour Adam avant la chute. Là aussi, on pourrait se demander : comment a-t-il pu être tenté, puisqu’il était encore sans péché ?
    C’est que, dans les deux cas, la tentation venait de l’extérieur, du diable, l’ennemi de Dieu. Mais elle n’avait pas le soutien de l’intérieur, du côté du cœur. Pour Adam, les choses ont malheureusement changé, hélas pour nous qui sommes tentés par le diable et par notre cœur perverti. Christ, lui, a été le grand vainqueur sur la tentation qui n’a jamais eu de base dans son cœur. Ainsi, il nous a acquis la victoire sur la tentation et le péché à nous aussi, mais uniquement en union avec lui, attachés à lui comme le sarment au cep !

    Il y a un autre aspect à considérer, complémentaire au premier. Quand nous lisons que Jésus a été tenté comme nous en toutes choses, nous imaginons-nous Jésus se débattre comme nous contre la porno, essayer de vaincre la rancune ou la jalousie dans son cœur etc. ? Il me semble que là, nous ferions une énorme confusion : celle d’appeler tentation ce qui en fait n’est rien d’autre que le péché déjà accompli, même s’il ne s’est pas encore traduit en actes. Nous confondons mauvaises pensées et tentations.

    Paul écrit Et vous, qui étiez autrefois étrangers et ennemis par vos pensées et par vos œuvres mauvaises, …Colossiens 1:21 Il est clair que Jésus n’a jamais été ennemi de Dieu par ses pensées, nous l’avons attesté au 1e point. Alors, que sont ces tentations que le Christ a connues comme nous ? Le comprendre nous aidera à distinguer en nous ce qui est du domaine de la tentation et ce qui est péché.

    Dieu a doté sa créature humaine de besoins naturels qui, comme le terme le dit, sont sains en eux-mêmes. (s’alimenter, être en sécurité, aimer, se développer etc. Voir l’échelle de Maslow.) Le Fils de Dieu se faisant homme a été lui aussi tributaire de ces besoins. Il a eu faim, a été fatigué, s’est senti terriblement seul, pour ne citer que quelques-uns. En examinant l’exemple des 3 tentations de Jésus au désert, et celui d’Adam et Ève en Eden, j’aimerais suggérer que la tentation consiste toujours à vouloir satisfaire des besoins légitimes d’une manière transgressive par rapport à la volonté de Dieu. Adam et Ève y ont cédé, se faisant alors dieux eux-mêmes. Jésus, qui pourtant est Dieu, non ! Gloire à son saint nom !

    • Francine

      Bonjour Claude,

      Je ne sais pas grand chose de cette échelle de Marlow, mais il me semble que le besoin d’approbation devrait en constituer un barreau légitime, et bien vous avez la mienne. J’ajouterai à votre commentaire qui décrit fort bien la différence qui a existé entre les tentations de l’homme parfait Jésus et les nôtres, toujours plus ou moins mêlées de péché accompli, l’image biblique dont se sert Jacques pour décrire la tentation :

      Que personne, lorsqu’il est tenté, ne dise: C’est Dieu qui me tente. Car Dieu ne peut être tenté par le mal, et il ne tente lui-même personne. Mais chacun est tenté quand il est attiré et amorcé par sa propre convoitise. Puis la convoitise, lorsqu’elle a conçu, enfante le péché; et le péché, étant consommé, produit la mort.

      Cette image de l’apparition du péché et de son développement est saisissante parce qu’elle se rapporte à la sexualité, qui est devenue dans notre conscience, qu’on l’accepte ou non, l’emblème de notre nature pécheresse : la première chose que firent Adam et Éve fut de voiler leurs parties, dites « naturelles », qui n’avaient pourtant aucun rapport avec leur transgression.

      Le verbe convoiter n’est pas en lui-même synonyme de pécher. Il signifie simplement : désirer vivement, et il est utilisé à propos de Jésus : « J’ai désiré vivement manger cette Pâque » par exemple. La convoitise en tant qu’émotion violente existait donc dans la nature humaine de Jésus, mais il n’a jamais « flirté » avec celle qui n’avait pas le droit de produire une descendance légitime. A l’opposé sur sa terrasse, le roi déchu s’attarde dans contemplation d’une éponge ruisselante, et la main qui la presse s’attarde dans la courbe gracieuse de son trajet.

      • Merci pour ce complément intéressant, Francine ! Néanmoins, je n’utiliserais pas le verbe « convoiter » quand il s’agit d’un désir non coupable. Il ne serait pas approprié de dire que Jésus aurait « vivement convoité » de manger la Pâque avec ses disciples. La convoitise me semble toujours avoir une connotation de désir vers ce qui ne vous revient pas ou qu’il ne vous revient pas de vous l’approprier vous-même. Au plaisir de vous rencontrer dans un autre débat fraternel !

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