Jésus est roi (Psaume 2)

« Pourquoi ce tumulte parmi les nations, Ces vaines pensées parmi les peuples? (…) Embrassez le fils, de peur qu’il ne s’irrite, Et que vous ne périssiez dans votre voie, Car sa colère est prompte à s’enflammer. Heureux tous ceux qui se confient en lui! » (Ps 2:1 & 12)

 

En lisant ce psaume , je suis toujours frappé par la façon dont le « messie » de Dieu, celui qui a été « oint » pour établir le règne de Dieu, est présenté. L’auteur du Psaume nous montre de façon vive et graphique autant la puissance du « Fils » que la rébellion des rois et des princes de la terre. Le Psaume parlait certainement en premier lieu  d’un roi physique que Dieu établirait sur Israël, et certainement dans la descendance davidique. Cependant cette promesse ne fut jamais accomplie durant la période vétérotestamentaire. Le Psaume annonçait autre chose.

En fait, il est intéressant de noter que ce psaume fait partie des psaumes le plus utilisés dans le Nouveau Testament. Il est utilisé dans une dynamique messianique pour parler de Jésus-Christ. Cette déclaration « Tu es mon Fils », une phrase clairement d’intronisation (et non d’adoption au sens stricte), est le refrain du Psaume 2 qui est souvent repris (comme en Luc 3 :22 par exemple).

Ce Psaume est important car il souligne entre autre que le règne ne s’établit pas sans opposition. D’autres dirigeants ne veulent pas de ce règne. Ce règne est trop dangereux pour eux. Ne vous y trompez pas, cette tension est exactement celle à laquelle fit face le Seigneur Jésus-Christ, et c’est exactement la même qui est à la racine de la persécution à l’encontre des chrétiens. Le règne de Dieu est quelque chose d’inacceptable pour l’être humain, car c’est une atteinte  à son autonomie illusoire. C’est pour cette raison que l’on voit souvent Jésus souligner combien le rejet de sa personne est la manifestation du rejet de Dieu lui-même (par exemple en Jean 5 :23).

Ce que je voudrais développer ici est cette caractéristique de Jésus-Christ qui est de moins en moins proclamée lorsque nous évangélisons : sa royauté. Peut-être à cause du souci d’être « cool », « d’acceptance », ou par réaction à une certaine rigidité de certaines traditions, les chrétiens évangéliques parlent souvent de Jésus d’abord comme un « ami ». Bien que ceci soit une réalité dans la vie du chrétien, elle n’est qu’un  aspect parmi d’autres  de la réalité de la relation que nous avons avec Christ. Il n’a pas honte d’être effectivement appelé notre « frère » (Heb 2 :11-12), et nous sommes effectivement « cohéritiers » avec lui par grâce (Eph 2 :11-12) , dans notre union et communion avec lui par le Saint-Esprit. Néanmoins, Jésus-Christ est aussi le Seigneur et le Roi de l’univers entier.

La description que nous donne le psalmiste est pleine de force et de puissance. Elle correspond à une réalité : celle de la stature du roi que Dieu établit sur Son peuple. Il est alors important de souligner cette double ironie qui a  lieu lors de sa mort à la croix (Jean 19 :19-22). Pilate fait inscrire en trois langues qu’il est le « Roi des juifs » (une démarche quasi pré-missionnaire !).

La double ironie vient du fait que :

(1) Cette inscription décrit effectivement la réalité de ce que Christ est : Il est le roi de son peuple. Nous sommes son peuple, nous qui sommes «juifs » circoncis d’une circoncision du cœur (Rom 2 :28-29) et qui sommes fils d’Abraham à cause de la foi que nous avons en Dieu (Gal 3). Il est ce roi qui inaugure son règne dans le sacrifice de sa propre personne, pour son peuple. Son élévation est alors postérieure, lorsque Dieu le ressuscite et le fait asseoir à sa droite (Actes 2 :33, Rom 1:4 (à noter que Paul souligne qu’il est « déclaré Fils de Dieu » dans sa résurrection (intronisation)).

(2) Cette inscription décrit l’incrédulité et le rejet de Dieu par les autorités juives qui l’ont accusé. La situation joue un rôle de révélateur. Les accusateurs du Christ sont en fait impliqués dans un vrai procès qui dépasse la simple réalité humaine. C’est un procès contre l’autorité même de Dieu. Ils préfèrent leur tradition et un temple dans lequel Dieu n’est plus, plutôt que celui qui est le Temple (Jean 2:18-22). C’est un procès au cours duquel un homme périt effectivement pour un peuple (Jean 11:49-53), mais qui met au grand jour le vrai procès entre Dieu et des hommes qui l’ont rejeté. Des hommes qui ont rejeté son autorité et qui n’acceptent pas son plan de rédemption. Alors qu’ils semblent être en position de contrôle et de puissance (et cela soit-disant pour  honorer et défendre « Dieu » (Jean 19:7)), cependant ils courent à leur propre perte et ils sont en train d’exprimer leur complet rejet du Dieu de l’Ancienne Alliance qui avait annoncé la venue de Son prophète (Deut 18, voir Matth 21:33-46).

Cette caractéristique de Jésus comme le Seigneur et le Roi est ainsi importante car elle exprime la reconnaissance du règne de Dieu inauguré et manifesté dans la personne du Christ. C’est entre autre pour cela que Paul ne se nomme pas comme « l’ami » du Christ dans ses lettres, mais comme son « esclave » (terme « doulos » en grec). Ce n’est pas parce que Paul était particulièrement « coincé » ou « légaliste », mais parce qu’il avait rencontré le Christ comme le Seigneur. Il savait qu’il était le Seigneur qui était venu sauver son peuple et il réalisait la profonde révérence qui était due à son roi. Il comprenait que sa vie n’avait  de sens que dans un abandon à la Seigneurie de Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit. Il savait que le respect et la révérence qu’il manifestait envers Jésus-Christ était l’expression de son respect et de sa soumission envers Dieu. La première chose à souligner est donc que notre reconnaissance de la royauté de Christ dans chacun des domaines de notre vie est la marche pratique de notre obéissance à Dieu : « Car, comme le Père ressuscite les morts et donne la vie, ainsi le Fils donne la vie à qui il veut. Le Père ne juge personne, mais il a remis tout jugement au Fils,  afin que tous honorent le Fils comme ils honorent le Père. Celui qui n’honore pas le Fils n’honore pas le Père qui l’a envoyé. » (Jean 5:21-23)

La deuxième chose à souligner est que ce n’est pas en rendant Jésus semblable à un « hippie baba cool qui veut du bien à tout le monde et qui par-dessus tout ne porte aucun jugement », qu’alors plus d’hommes et de femmes viendront à lui. En fait, ne seront attirées que des personnes qui se sentent à l’aise dans une attitude « hippie baba cool qui veut du bien à tout le monde tant que personne ne le juge et qu’il demeure libre de ce qu’il veut faire ». Une telle attitude ne choquera pas notre culture. Mais elle offre un évangile dénaturé, car c’est un évangile privé de la notion de « jugement » et de « royauté ». C’est un évangile où le Christ est déchu de sa couronne de justice, de son sceptre d’équité et de son épée infaillible.

Jésus-Christ a été déclaré « juste » aux yeux du cosmos entier au travers du jugement qu’il a reçu de Dieu, son Père. C’est dans sa justification/résurrection qu’Il a été intronisé Roi.  En tant que Dieu le Fils, son intronisation ne rajoute rien à sa puissance et à sa gloire. Mais il faut saisir que le plan de rédemption pour l’humanité est fondé sur l’intronisation d’un Roi qui offre sa justice à son peuple. Ce peuple dont il est la tête (Romains 5:12-21). La notion du « jugement » est fondamentale pour l’évangile car elle est à la fois la manifestation de la justice et de la sainteté de Dieu mais aussi l’événement au cours duquel celui qui est notre « justice » est déclaré « juste » aux yeux du monde entier. Ainsi, nous avons été déclarés justes (Rom 5:12-21)

Son règne est caractérisé par son équité dans son jugement : il condamne le méchant et ne le considère pas comme « juste ». Il est complètement incohérent de laisser penser que l’amour de Dieu puisse être comme une énorme « barbapapa » qui envelopperait les hommes et qui les nettoierait de leur péché. La justice et l’équité de Dieu ont été clairement manifestées dans le sang qui a coulé de la croix. Cette équité caractérise  le règne du Fils et le psalmiste nous encourage à « embrasser » le Fils de peur qu’il ne s’irrite. Cette « irritation » n’est pas la manifestation d’un complexe égocentrique de la part de Jésus-Christ. Mais elle est la manifestation de sa sainteté qui ne peut tolérer ce mensonge que nous professons à chaque fois que nous revendiquons notre autonomie : « [ils] ont changé la vérité de Dieu en mensonge, et qui ont adoré et servi la créature au lieu du Créateur, qui est béni éternellement. Amen! » (Rom 1:25).

Jésus exerce son règne par le biais de Sa parole. Cette « parole » n’est pas tel ce miroir dans l’histoire de blanche-neige qui vous dira que vous êtes le plus beau. Mais elle  révèle l’homme tel qu’il est (Jacques 1:23). Le reflet donné n’est alors pas très gratifiant et nous pousse  soit dans le déni, soit  aux pieds du Fils pour recevoir sa grâce.

Une saine proclamation de l’évangile articulera clairement à la fois la royauté de Christ et le salut gracieux offert dans sa vie et sa mort. Mais ces deux éléments sont inséparables. L’annonce du règne de Christ n’a de sens que dans son cadre historico-rédemptif : Jésus-Christ est le roi qui est venu sauver son peuple. L’inauguration de son règne s’est fait dans sa mort et sa résurrection. Son corps ressuscité est à la fois la promesse et la certitude du salut pour tous ceux qui se confient en lui. L’annonce du salut par grâce n’a aucun sens sans l’annonce de son règne : Le salut n’est salut que lorsqu’il y a effectivement besoin  d’une œuvre salutaire. Cette œuvre salutaire est fondée uniquement sur l’œuvre de celui qui a vaincu le péché (mon péché), la mort (mon jugement), le diable (mon ennemi),  et l’enfer (ma condamnation éternelle). C’est l’œuvre du Roi Jésus qui est la tête de son peuple, le médiateur d’une nouvelle alliance. Une alliance dans laquelle il est à la fois Prêtre (Heb 10), Prophète (Deut 18, Heb 1:3) et Roi (2 Samuel 7 :12-17, Heb 1:5 & Actes 4:23-30).

Je suis convaincu que nous avons tous à y gagner en veillant à ce que notre proclamation de l’évangile de Jésus-Christ ne soit plus dépouillée de sa royauté , car elle exprimera à la fois avec force la majesté de notre sauveur et la révérence que nous lui portons. L’évangile n’est plus ainsi un « ticket d’entrée » mais ce par quoi nous vivons chaque jour. La révérence que nous porterons chaque jour à Dieu à Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit s’ancrera dans la fontaine inépuisable de Sa grâce. Et Sa grâce sera le chemin exclusif que nous emprunterons chaque jour pour nous approcher de son trône et lui offrir nos cœurs, nos peines, nos joies, nos rêves, nos questions et notre reconnaissance.

 

 

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Je suis marié, et le Seigneur nous a fait la grâce d’avoir trois enfants. Je suis actuellement Pasteur Stagiaire sur Montréal. Je suis passionné par le Nouveau Testament, la théologie systématique et l’herméneutique. J’affectionne particulièrement les écrits des réformateurs, de Cornelius Van Til, Vern Poythress, John Frame, Greg Beale et John Piper.