Jésus avait-il réellement des frères et soeurs ?

Qui sont les frères et soeurs de Jésus ? Sont-ils réellement ses frères et soeurs ?

Cette question se pose au regard de la position des Églises catholiques et de la majeure partie des Églises orthodoxes sur la virginité perpétuelle de Marie. Cette doctrine trouve un appui assez tôt dans l’histoire de l’Église : dès le IVème siècle Jérôme l’invoquait déjà et avançait que les « frères » de Jésus mentionnés dans les Évangiles étaient en réalité ses cousins. Épiphane de Salamine, de son côté, suggérait qu’il s’agissait des fils de Joseph issus d’une premier mariage. Ces deux interprétations prévalent encore aujourd’hui parmi les théologiens qui tentent de défendre la virginité perpétuelle de Marie. Aussi surprenant que cela puisse paraître aux évangéliques modernes, les premiers réformateurs ont eu bien du mal à se départir de cette doctrine.

Que disent les données bibliques ? L’Évangile de Marc (Mc 6.3) et l’Évangile de Matthieu (Mt 13:55-56) affirment que Jacques, Josès (ou Joseph), Jude et Simon étaient les frères de Jésus (voir également Mt 12.46 et Lc 8.19). Ces mêmes passages mentionnent aussi des sœurs de Jésus qui, pour autant, ne sont pas nommées. Marc 3.31-32 parle de la mère et des frères de Jésus qui seraient à sa recherche. Galates 1.19 parle d’une rencontre de Paul avec Jacques qualifié de « frère du Seigneur ». Les « frères du Seigneur » sont également mentionnés, aux côtés de Céphas et des apôtres (mais séparément) dans 1 Corinthiens 9:5, dans lequel il est également précisé qu’ils avaient pris des femmes.

 

Comment régler cette question ? Ces quelques pensées, je l’espère, permettront d’y voir plus clair.

(1) Il est inutile de chercher à statuer cette question sur une base lexicographique, en tentant par exemple de restreindre  le sens du mot adelphos à celui de frère de sang. Il est notoire que ce terme possède une palette de sens plus large, incluant la famille étendue, la communauté ethnique ou religieuse, et même la notion de « prochain » (cf. par ex. Mt 5.22; 7.3; 18.15, 21, 35, etc.). Les débats académiques se sont orientés depuis longtemps sur le potentiel arrière-plan sémitique du concept, mais cette perspective n’offre pas davantage de résultat.

(2) Sur cette question, il est également inutile d’exploiter trop profondément l’argument du silence : oui, la charge de la preuve incombe à ceux qui souhaitent démontrer que Marie est restée perpétuellement vierge après la naissance de Jésus ; ils ont cependant pour eux l’histoire de l’interprétation.

(3) Ceci étant dit, le fait que les frères de Jésus soient à sa recherche avec sa mère (Mc 3.31-32) laisse à penser que l’auteur y voyait un lien consanguinité. Pourquoi, en effet, sont-ils seuls au côté de sa mère s’ils ne sont que ses cousins ?  Et s’ils sont les fils d’un premier mariage de Joseph, que font-ils avec Marie, qui ne serait pas leur mère ? Cette dernière question trouve une résonance plus grande encore si Joseph était déjà mort à cette époque, ce qu’affirment de nombreux spécialistes. Il est possible que des adultes soient restés proches de leur belle-mère, mais ils est beaucoup plus convenable de penser qu’ils restaient avec Marie parce qu’elle était également leur mère.

(4) Si les frères de Jésus étaient en réalité des demi-frères issus d’un premier mariage de Joseph, alors ils étaient déjà en vie au moment où Jésus est venu au monde. Peut-être même étaient-ils bien plus vieux que lui. Mais dans ce cas pourquoi n’est-il pas fait mention d’eux lorsque Joseph et sa famille se rendent à Bethlehem (Lc 2.47) ? Même question en ce qui concerne la fuite en Égypte (Mt 2.13-15) et le retour à Nazareth (Mt 2.20-23).

(5) Dans le corpus Paulinien, Paul et/ou ses amanuensis utilisent adelphos, comme dans les Évangiles, pour qualifier les frères de Jésus. L’hypothèse de cousins ou de proches parents parait peu probable, car Paul connaissait et utilisait le terme grec anepsios qui se réfère sans ambiguïté à un « cousin » de sexe masculin (cf. Col 4.10, « Marc le cousin de Barnabas »). François Refoulé développe cette thèse de manière assez convaincante dans Les frères et les soeurs de Jésus (Desclée, 1995). Voyez néanmoins la réponse apportée par John R. Myer (« Mary of Nazareth and Jesus’ Brothers and Sisters », Annales Theologici, 14 [2000]).

 

Au final, la réponse apportée à cette question dépend largement du postulat de départ, à savoir la position de l’interprète sur la virginité perpétuelle de Marie. Il est indéniable que cette position existait dès le IIIème siècle et qu’elle était très répandue au IVème, alors qu’en parallèle les premières dévotions mariales commençaient à voir le jour.

Doit-on en conclure pour autant qu’elle se fonde dans la réalité historique ? En l’absence de donnée du Ier siècle, difficile de statuer, mais il me semble que les récits bibliques nous invitent plutôt à répondre par la négative.

 

 

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Guillaume Bourin est pasteur de l'Église réformée baptiste de la Trinité, à Montréal (Québec, Canada). Il s'intéresse particulièrement à l'exégèse et à l'intertextualité de l'Ancien Testament, à la théologie biblique, et à l’ecclésiologie. Guillaume est l'auteur du livre "Je vous purifierai d'une eau pure" : perspectives bibliques sur la régénération baptismale. Il est titulaire de deux masters en théologie (M.Div., Th.M., Southwestern Baptist Theological Seminary, USA) et il est actuellement candidat au doctorat à l'Université d'Aberdeen (Ecosse).