Homme et femme : La beauté de la complémentarité (2/4)

De nos jours, les notions de féminin/masculin, homme/femme deviennent de plus en plus confuses et les derniers débats qui ont animé notre pays en souligne la gravité.  Mais en plus de cela, je crois qu’il faut aujourd’hui établir un état des lieux de nos églises pour connaitre de manière objective jusqu’où une telle “pensée” a pu s’introduire dans celles-ci.

Ce n’est pas une question facile, mais néanmoins elle demeure une question importante car elle touche la définition même de ce qu’est un être humain, dans son unité et sa diversité.

Ainsi, la question du pastorat féminin est une question qui ne peut être traitée de façon directe sans que soit établie au préalable une juste anthropologie biblique. C’est souvent là que ceux qui débattent sur la question du pastorat féminin manquent de rigueur et de solidité biblique. Car ne nous y trompons pas, les affirmations pauliniennes sur la place de la femme dans l’église sont profondément ancrées dans une saine anthropologie biblique et ne constituent pas une dérive “culturelle” de ce dernier. Mon approche est  simple : il nous faut d’abord comprendre comment la Bible définit les relations entre l’homme et la femme pour saisir à sa juste mesure les affirmations pauliniennes sur le pastorat.

Tout d’abord, il nous faut souligner que la différence sexuelle homme/femme fait partie du projet créationnel de Dieu.

L’être humain se définit dans son essence en tant qu’être humain mâle ou femelle. Au-delà de l’aspect biologique évident qui reflète l’acte créationnel intentionnel de Dieu, cette différence s’inscrit dans la volonté de Dieu que l’être humain puisse glorifier pleinement son créateur dans son humanité au sein de cette différence. Lorsque Dieu dit en Genèse :

Il n’est pas bon que l’homme soit seul ; je lui ferai une aide semblable à lui  (Gen 2:18)

Dieu ne nous livre pas un aveu d’échec quant à la création de l’homme, un homme alors  “masculin”. Cette “réflexion divine” peut-être mise en parallèle avec une autre “réflexion divine” de Dieu lorsqu’il dit “faisons l’homme à notre image ”.

Dieu nous livre là son bon projet créationnel : L’être humain, homme et femme, sont des êtres créées à l’image de Dieu (ce qui implique des conséquences morales, personnelles, sacerdotales et de vice régence sur la création); et l’homme et la femme s’insèrent tous deux dans une dynamique de complémentarité de sorte qu’ensemble ils vivront une saine complémentarité alors expression de l’oeuvre parfaite divine.

Ainsi, Genèse 2:18 est fondamental pour comprendre à la fois l’égalité et l’inégalité entre l’homme et la femme.

Ce paradoxe est cohérent du fait que chacune de ces deux caractéristiques s’établissent à un niveau différent. La femme est égale à l’homme en tant qu’être humain, elle possède la même valeur et même dignité que l’homme et  “elle est autant “équipée” que l’homme, avec tous les distinctifs requis, pour atteindre sagesse, justice et vie” (R. Ortlund, Recovering Biblical Manhood and Woomanhood, p.102).

Et à côté de cela, le verste 18b souligne que la femme a été créée dans un objectif particulier : “être une aide” (ezer).

Dans le contexte de la Genèse et de l’Ancien Testament, ce terme est à l’opposé d’une signification contemporaine  telle que “esclave”, “servante”, ou tout autre terme qui pourrait impliquer une diminution de la dignité de la personne. En effet, nous ne devons pas oublier que Dieu lui-même est décrit comme “ezer” dans sa relation avec Israël. Hamilton  souligne d’ailleurs que la femme est celle qui “a délivré l’homme de sa solitude” (Genesis, NICOT, p.176). Mais l’usage de ce terme, dans le contexte direct de Genèse 1 possède une particularité supplémentaire (contrairement à la relation Yhwh/Israël car Dieu possède une nature différente que l’homme) : elle est une aide pour l’homme.

R. Ortlund (p.102) souligne justement:

Le paradoxe de Genèse 2 est aussi vu dans le fait que la femme a été “tirée de” l’homme (égalité) et créée “pour” l’homme (inégalité). Dieu n’a pas fait Adam et Eve à partir du sol en même temps et l’un pour l’autre sans distinction. Dieu n’a pas non plus créé la femme en premier,  ni l’homme à partir de la femme “pour” la femme. Il aurait pu les créer tout autant de cette manière sans aucune difficulté, mais il ne l’a pas fait. Pourquoi ? Parce que cela aurait très certainement obscurci la nature même de ce qu’est la masculinité et la féminité et cette manière de procéder permet de nous éclairer quant à cette problématique.

La Genèse établit ainsi clairement une notion d’égalité et d’inégalité entre l’homme et la femme : une notion d’égalité quant à “leur nature commune”, et une notion d’inégalité quant à leur “fonction”.

Ceci est confirmé au verset 23, où Adam reconnait sa femme comme égale à lui (“os de mes os, et chair de ma chair”, le fait de la nommer “femme” (isha) qui est le féminin de homme (ish)), et instaure une relation inégale/complémentaire avec elle (c’est lui qui la nomme) :

La femme reçut son identité dans sa relation à l’homme en tant qu’égale à ce dernier, et aussi en tant que son aide par le biais de la déclaration et définition donnée par l’homme. Dès le début, Adam et Eve avaient compris ensemble le paradoxe de leur relation. (Ortlund : 103)

Ceci est clairement témoigné dans le Nouveau Testament en Éphésiens 5:22-24 où Paul réaffirme cette notion de complémentarité au sein du couple qui se manifeste par un amour sacrificiel de la part de l’homme et une soumission  de la part de la femme. Et tout comme dans l’Ancien Testament (usage de “ezer”), Paul souligne cette réalité en la comparant à la relation entre Dieu le Fils et Son peuple.

La continuité est frappante et souligne clairement que la question de la complémentarité entre l’homme et la femme (égalité ontologique, inégalité fonctionnelle), tout en faisant partie du projet créateur de Dieu, reflète à la fois une réalité économique éternelle au sein de la Trinité (1 Cor 11 :3) ainsi que la relation indissoluble entre Christ et Son église (Eph 5 :22-24).

Voici aussi d’autres arguments postérieurs à la création qui confirment cela :

­- Les instructions primordiales en Eden sont données à Adam et c’est lui qui les “enseigna” à son épouse (Gen 2:15-17).

– Lorsque Satan vint pour tenter le couple primordial, il vint parler à la femme en premier. Ceci est souvent ignoré, mais ce n’est pas anodin que Satan parle d’abord à la femme pour usurper l’ordre établi par Dieu en ignorant et dédaignant celui qui est la “tête” du couple (Gen 3).

– A l’opposé de Satan, lorsque Dieu vient demander des comptes à l’homme et la femme à propos de leur faute, Dieu respecte l’ordre qu’il a lui-même établi et s’adresse en premier à l’homme, alors que la narration pourrait nous faire dire : “…mais n’est-ce pas la femme qui a péché en premier ?” (cf.2 Cor 11:3). Dieu est juste et il différencie droitement la responsabilité de chacun selon l’autorité et le rôle que lui-même leur avait confié.

– Le fait que lorsque Dieu juge la femme, il lui dise : “ …et tes désirs se porteront vers ton mari, mais il dominera sur toi.” (gen 3:16). Ici, Dieu ne parle pas de désirs “sexuels”, mais ce verset est à mettre en parralléle avec Gen 4:7, où Dieu dit à Caïn “le péché se couche à la porte, et ses désirs se portent vers toi: mais toi, domine sur lui.” En fait, Dieu souligne que la conséquence/jugement de la faute se manifestera chez Eve par l’émergence d’une relation conflictuelle avec son mari dans une course au “pouvoir”. Ne nous y trompons pas, autant le “machisme” que le “féminisme” possédent leurs racines dans la faute en Eden et sont l’expression du péché qui déforme et détruit la complémentarité homme/femme qui était voulue de Dieu et ainsi juste et bonne. Genèse 3:16 ne doit pas être utilisé pour dire que la notion “d’autorité de l’homme” est une conséquence de la chute, ce serait faire offense au texte biblique.

Ainsi, avant même de parler de la question du pastorat féminin, il doit être clair dans les consciences que l’homme et la femme ne sont pas “égaux” de façon ultime, c’est à dire que bien qu’étant  égaux dans leur nature propre, ils ne le sont pas dans leur fonction. Ceci est à la fois clair dans l’Ancien Testament que dans le Nouveau Testament. La déclaration de Danvers de 1987 souligna bien tout cela.

La prochaine fois nous nous attaquerons au « fameux » passage de 1 Timothée 2:12, et vous verrez que Paul ne pouvait pas être plus clair….

 

 

 

Je suis marié, et le Seigneur nous a fait la grâce d’avoir trois enfants. Je suis actuellement Pasteur Stagiaire sur Montréal. Je suis passionné par le Nouveau Testament, la théologie systématique et l’herméneutique. J’affectionne particulièrement les écrits des réformateurs, de Cornelius Van Til, Vern Poythress, John Frame, Greg Beale et John Piper.

  • Patricia

    Vraiment bien expliqué. J’attends la suite avec impatience.