Pourquoi s’intéresser à l’histoire de l’interprétation de la Bible ?

Le fait d’évaluer pleinement le travail des théologiens du passé pousse les spécialistes contemporains à l’humilité. Sans une perspective claire de l’histoire de la pensée et des idées, nous nous exposons à une grande tentation, celle que C.S. Lewis appelle “snobisme chronologique” et qu’il définit comme une “acceptation sans filtre du climat intellectuel ambiant et le présupposé que tout ce qu’il déclare obsolète est de facto discrédité”.

Toutes les positions abandonnées au fil du temps ne le sont pas toujours parce qu’elles ont été réfutées sans appel. Or, si c’est simplement par effet de mode qu’elles ne sont plus discutées, elles mériteraient peut-être un nouveau regard. Lewis continue : “Sur la base de ces observations, nous réalisons que notre propre siècle est aussi une ‘période’, et qu’il a, comme toutes les autres ‘périodes’, ses propres illusions qui lui sont caractéristiques”. Ces illusions se cachent volontiers dans ces larges présupposés tellement inscrits dans l’air du temps que plus personne n’ose les attaquer ou ne se sent obligé de les défendre.

Connaître l’histoire de l’interprétation de la Bible remet en question l’absolutisme des méthodologies modernes et élargit notre horizon critique. Puisqu’il est davantage aisé de discerner la relation entre l’interprétation et la culture chez les autres plutôt qu’en nous, le fait d’être attentif à ce qui était envisageable dans des milieux différents nous rend davantage sensible aux présupposés culturels de notre propre démarche exégétique. Ainsi, lire des travaux issus de différentes périodes et de différentes perspectives peut révéler certains de nos présupposés cachés ou susciter des questions qui n’auraient jamais émergé autrement.

 

 

Traduction et adaptation d’un extrait de Claire Matthews McGinnis & Patricia K. Tull, “Remembering the Former Things: The History of Interpretation and Critical Scholarship” dans McGinnis & Tull, “As Those Who Are Taught,” The Interpretation of Isaiah from the LXX to the SBL, Atlanta, Society of Biblical Literature, 26, pp. 10-11.

Les citations de C.S. Lewis proviennent de Surprised by Joy: The Shape of my Early Life [Surpris par la joie], New York, Brace & World, 1955, p. 4, 208.

 

 

Guillaume Bourin est le fondateur du blog Le Bon Combat et l'un de ses administrateurs actuels. Il s'intéresse particulièrement à l'intertextualité et à l'exégèse de l'Ancien Testament, à la théologie biblique, et à l’ecclésiologie. Il est titulaire d'un master en théologie (M.Div.) et d'un autre en Ancien Testament (Th.M.) obtenus à la faculté Southwestern Baptist Theological Seminary (Fort Worth, USA).

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