Comment comprendre le verset difficile de Genèse 4.7 ?

Le passage en question se situe au beau milieu du récit de Caïn et Abel. Voici la traduction que propose la NEG79 :

« Certainement, si tu agis bien, tu relèveras ton visage, et si tu agis mal, le péché se couche à la porte, et ses désirs se portent vers toi: mais toi, domine sur lui.« 

 

Ce texte contient un certain nombre de problèmes grammaticaux, peut-être dus au fait que certaines clauses ont été déplacées. D’autre part, certains des termes employés ne sont pas des plus aisés à comprendre, en particulier dans la première phrase. Il faut tout d’abord noter que, si les traductions NEG79 et S21 rendent cette première partie du verset par une affirmation (« Certainement si tu agis bien, tu relèveras ta tête »), il s’agit plutôt d’une question (« Si tu agis bien, ne relèveras-tu pas la tête ? », NBS).

Ensuite, l’expression traduite par « relever la tête » ou plutôt littéralement « relever la face » est en réalité issue d’un seul mot, se’eth, qui peut avoir une multitude de sens. La traduction « relever la face » est possible, mais dans ce cas l’expression doit normalement être composée de deux mots, se’eth panim. Pour traduire de la sorte, les exégètes doivent donc suppléer le mot panim (face/tête), qui ne se trouve cependant dans aucun manuscrit. Cette traduction est donc possible, mais elle n’est pas la seule. Car en réalité, le terme se’eth dérive de la racine hébraïque ns’ et peut aussi véhiculer la notion de pardon, ce qui me parait tout à fait approprié dans le contexte de l’offrande refusée de Caïn. Regardez ce sermon dans lequel je suggère que l’offrande qu’Abel et Caïn se proposent d’offrir est une réminiscence du sacrifice pour le pardon effectué par Dieu en Gn 3.21 et introduisant ainsi une règle à suivre.

Si donc l’on ne supplée pas le mot « face », qui de toute façon implique un certain niveau de spéculation, alors seules deux possibilités subsistent :

(1) Dieu pardonne Caïn. Ainsi, il faudrait plutôt traduire : « Si tu agis bien, n’auras-tu pas/ne recevras du pas le pardon ? » (ainsi, Targum Onquelos)
(2) Dieu reçoit finalement Caïn et son offrande. Il faudrait alors traduire « Si tu agis bien, ton offrande ne sera-t-elle pas acceptée ? » (ainsi, la Vulgate ; Calvin, etc.)

 

Dans le contexte du pardon divin et de réconciliation que nous observons à la fin du chapitre 3 ; dans le contexte où l’offrande d’Abel est agréée en raison de sa foi ; et dans le contexte où celle de Caïn est rejetée par absence de foi et à cause de ses mauvaises oeuvres, il me semble que la première option est la plus plausible.

Je paraphraserais donc ce verset ainsi :

« Si tu agis bien, si tu crois en ma promesse et si en conséquence tu obéis à mes instructions, ne seras du pas pardonné, Caïn ? Mais prends garde, car le péché est couché à ta porte, il te guette. Fais-moi confiance, domine sur lui »

 

Cette interprétation est appuyée par le fait que Caïn, lorsqu’il s’éloigne dans la contrée de Nod (vagabondage), affirme que son iniquité est trop grande pour être “portée”, ici encore, la racine ns’ qui pourrait être traduite par « pardonnée ».

Jusqu’au bout, Caïn s’endurcit contre la grâce de Dieu, s’enfermant ainsi dans sa culpabilité…

 

 

 

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Guillaume Bourin est pasteur de l'Église réformée baptiste de la Trinité, à Montréal (Québec, Canada). Il s'intéresse particulièrement à l'exégèse et à l'intertextualité de l'Ancien Testament, à la théologie biblique, et à l’ecclésiologie. Guillaume est titulaire de deux masters en théologie (M.Div., Th.M., Southwestern Baptist Theological Seminary, USA) et il est actuellement candidat au doctorat à l'Université d'Aberdeen (Ecosse).