L’appel à la foi et à la conversion vient-il de la loi ou de l’Evangile ?

La prédication de la foi et de la conversion, présentant une condition et une demande, devrait-elle être considérée comme appartenant à l’Évangile, ou plutôt à la Loi?

En effet, dans le sens le plus strict, il n’y a pas d’exigence et de condition dans l’Évangile, mais seulement des promesses et des dons. La foi et la conversion sont, comme la justification, les bénéfices de l’Alliance de Grâce.

 

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Pourtant, l’Évangile ne présente jamais les choses de cette façon. En pratique, il est toujours relié à la loi et dans l’Écriture, il a toujours été entrelacé avec la loi.

L’Évangile présuppose toujours la loi et s’y appuie aussi dans son administration, car il est annoncé à des gens rationnels et moraux qui, devant Dieu, sont responsables de leur propre conduite. Ainsi, ils doivent donc être appelés à la foi et à la conversion.

 

La convocation à laquelle l’homme doit répondre et dans laquelle l’Évangile apparaît est empruntée à la loi. En effet, chaque personne est obligé de prendre Dieu au mot non pas d’abord par l’Évangile mais par la nature, au travers de la loi, et ainsi d’accepter l’Évangile dans lequel Dieu parle directement à la personne.

Par conséquent, l’Évangile, depuis le tout début, s’adresse à tous les humains et les engage jusque dans leur conscience, puisque le Dieu qui parle dans l’Évangile n’est nul autre que Celui qui, dans sa loi, s’est fait connaître à eux.

La foi et la conversion sont donc exigées de la personne au nom de la loi de Dieu et en vertu de la relation dans laquelle la personne, en tant que créature rationnelle, se tient par rapport à Dieu. Cette demande est dirigée non seulement envers les élus et les régénérés, mais envers tous les hommes sans distinction.

Cependant, la foi et à la conversion constituent toujours le contenu de l’Évangile, et non pas les effets ou les fruits de la loi.

[…] Même si, par nature, une personne est tenue à la foi et à la conversion, précisément parce que ces deux éléments sont le contenu de l’Évangile, on peut parler d’une loi, d’un commandement, d’une obéissance de la foi (Rom. 1:5; 3:27; 1 Jean 3:23), de l’obéissance à l’Évangile et du jugement par l’Évangile (Rom. 2:16; 10,16). »

 

 

– Herman Bavinck 
Reformed Dogmatics, Vol 4, pages 454

 

 

<p>Marié et père d’une jeune famille, je me passionne aussi pour la théologie. Mes intérêts particuliers sont la continuité/discontinuité entre les testaments, la théologie de l’alliance, le christianisme historique (crédo / confessions / catéchisme), et la pertinence de tous ces sujets pour l’église d’aujourd’hui. </p> <p>« Vous avez tout pleinement en lui » – Colossiens 2:10</p>

  • Etienne Omnès

    J’ai ne comprends pas du tout la réponse, parce que je n’arrive pas à comprendre la question.

    C’est quoi ces histoires d’appel à la conversion qui viennent de la loi ou de l’évangile? Pourriez vous mettre un petit peu en contexte cette question histoire que je comprenne mieux de quoi il s’agit?

    Ca doit être lié à la théologie des alliances, mais ca veut dire quoi au juste théologie des alliances (si c’est le contexte)?

    • Francine

      Le contexte, c’est la promotion de Bavinck, et de son erreur hollandaise, laquelle consiste à vouloir gommer la différence entre la terre et le ciel, entre la révélation naturelle et la prophétie, entre la Loi et l’Évangile. A ceux qui pensent naïvement que le rôle d’un théologien devrait être d’exposer avec ordre et clarté ce qui dans l’Ecriture paraîtrait de prime abord un peu obscur à la raison, il est vivement conseillé de relire les premiers chapitres de l’épître aux Romains. Comme l’on dit vulgairement, y a pas photo, exemple :

      Bavinck : En effet, chaque personne est obligé de prendre Dieu au mot non pas d’abord par l’Évangile mais par la nature, au travers de la loi, et ainsi d’accepter l’Évangile dans lequel Dieu parle directement à la personne.

      Paul : En effet, les perfections invisibles de Dieu, sa puissance éternelle et sa divinité, se voient comme à l’oeil, depuis la création du monde, quand on les considère dans ses ouvrages. Ils sont donc inexcusables.

      Même un élève moyen en analyse de texte, remarquera que Bavinck et Paul ne disent pas la même chose ! Pour l’apôtre, la contemplation de la nature, rend manifeste la puissance de Dieu et ses « perfections invisibles » (c-à-d qu’elle donne à l’homme l’intuition de l’éternité de Dieu, de sa grandeur, de sa bonté etc.). Pour le « grand théologien », la nature, la loi morale, et l’Evangile, sont dans un même sac ! un combo, un bundle, un auquel donne droit avec le coupon Bavinck à condition d’assister à un coucher de soleil.

      Plus loin, Paul parle de la loi morale commune à tous les hommes, parce qu’elle est écrite dans leur coeur, dans leur conscience (pas dans la nature !). Puis il annonce son Évangile, reçu du Ciel, et non du coeur des hommes ou de leur conscience, et encore moins de la nature ! Donc Etienne, si vous voulez savoir ce qu’il reste éventuellement de bon dans Bavinck, et débrouiller un peu ce qu’il dit, lisez le Nouveau Testament ; un comble au prix où on le paye…

      • Décidément, chère Francine, vous ne l’aimez pas ce Bavinck !
        Même si on ne peut qu’apprécier votre esprit critique, ne lui faites tout de même pas dire ce qu’il n’écrit pas. Il ne mélange pas création, loi, et Evangile, comme vous le supputez. Cela reviendrait à faire équivaloir révélation générale et révélation spéciale, ce que Bavinck ne fait en aucun cas!
        Le but de son propos est de montrer la continuité entre création, loi, et Evangile, ce qu’il fait par le moyen d’un commentaire sur le caractère « dipleurique » ou « monopleurique » des alliances.

        C’est la réponse à ta question, Etienne. Bavinck se demande d’où une condition de foi peut être intégrée à une alliance qui est, par définition, inconditionnelle. La réponse de Bavinck est très intéressante, surtout pour des Baptistes comme nous : il situe la condition dans la continuité avec l’alliance de la création et l’alliance Mosaïque. Il maintient le caractère monopleurique de l’alliance de grâce.

        • Francine

          Cher Matt,

          Je reconnais volontiers que je suis un peu méchante et opiniâtre ; caractère que je confirmerai d’ailleurs illico, en vous faisant remarquer que c’est vous qui avez commencé : Quatre fois de suite un article Bavinck a dit ! moi je n’ai fait que répondre…

          Or je n’en veux pas à Bavinck mais à l’usage snob et élitiste qu’on prétend en faire auprès des étudiants français en théologie. Si encore Bavinck avait « découvert » dans les Écritures des vérités originales ou jamais exprimées avant lui, on pourrait comprendre sa mise en avant systématique. Mais ce n’est pas le cas : dans les quatre extraits donnés de lui, il n’y avait rien que de bien connu, voire de rendu faux par des exagérations impertinentes (l’Évangile sortant de la Loi, comme la plante du grain !)

          L’impression générale que laisse le déploiement de cet arsenal théologique Bavinckien, fait penser aux défilés militaires de tanks en bois, et de missiles en carton, que pratiquent certains pays qui n’ont pas les moyens d’en avoir de vrais.

          Que sont par exemple ce monopleurisme et ce dipleurisme ? des mots en carton ! ils sonnent savant, parce qu’on ne les pas entendus ailleurs et qu’ils se terminent par isme, mais en réalité ils signifient tout simplement unilatéral et bilatéral, à un côté ou deux côtés. Comment les a-t-on construit ? en allant chez du grec, s’il vous plaît ! de πλευρόν, racine que l’on retrouve dans le français pleurésie (inflammation du côté), μονό-πλευρη signifiant donc un seul côté. Encore aurait-on pu en tirer une leçon d’étymologie; mais non, on en reste à la simple jouissance mesquine d’ajouter un barbarisme de plus à un jargon de pro déjà imbuvable.

          Les évangéliques français n’ont pas besoin d’être encouragés dans la tendance académique américaine à étaler des titres honorifiques et des mots pompeux. Cela peut s’expliquer et s’excuser chez eux par un complexe de jeunesse, par rapport à la vieille Europe, mais on ne doit pas le tolérer dans le français, qui a plus que jamais besoin de réaffirmer sa limpidité et sa concision proverbiales, s’il veut continuer à exister.

          Je propose donc que les professeurs d’instituts et de fac théologiques francophones, comptent dans chaque copie de leurs élèves le nombre de mots se terminant par isme, les pédanteries manifestes, les abus de latin déplacé, et qu’ils retranchent un quart de point à chacun d’eux. Beaucoup auraient rapidement zéro, mais ils apprendraient ainsi à s’exprimer humblement, simplement, de manière à se comprendre eux-mêmes, et à être compris par leurs futurs auditoires. C’est mon avis.

          • Ce n’est pas Matt qui vous écrivait, Francine. Si maintenant le débat se déplace sur l’emploi de mots techniques, et bien soit : si vous n’aimez pas « monopleurique » et « dipleurique », ne les employez pas.

            Cependant, sachez que vous êtes ici sur un blog qui « anglo-saxon friendly » pour ce qui est de la démarche théologique académique. Nous sommes reconnaissants pour les belles ressources disponibles en anglais, et que l’on ne trouve que rarement en français.

            Par snobisme académique? Sans doute! La scène académique évangélique francophone est très restreinte, il nous faut le reconnaitre.

            Par conséquent, nous sommes content de pouvoir trouver une théologie systématique bien développée, même si nous ne saurions y adhérer intégralement, dans les oeuvres de Bavinck. Et nous continuerons à en publier des extraits, ce qui nous donnera le plaisir de goûter encore et encore à votre belle plume.

            Très bonne soirée/nuit.
            Guillaume

          • Etienne Omnès

            Libre à vous d’utiliser des mots inconnus, mais pourriez vous mettre entre parenthèses la prochaine fois une définition succinte du mot s’il vous plaît? Par ex: « monopleurique » (=unilatéral, vient d’un seul côté) et « dipleurique » (bilatéral, des deux côtés).

            Au lieu de ressembler aux théologiens qui ont eu la chance de faire leurs études ailleurs que dans une France trop petite pour eux, vous ressembleriez à des enseignants qui essayent de faire comprendre ce qui les passionnent.

            J’ai absolument rien contre les mots techniques: s’ils existent, c’est parce qu’ils sont utiles pour désigner des choses précises. Mais ils ne sont utiles que si évite de s’en servir comme des « shibboleths » (Jg 12.3) pour distinguer les « vrais » théologiens des étudiants amateurs.

            Je suppose que ce n’était pas l’intention, mais attention: en tant que lecteur, on se sent exclu. Merci.

          • C’est pourtant ce qui a été fait dans le deuxième paragraphe de notre commentaire initial 😉 Désolé si ce n’était pas clair.

          • Matt Massicotte

            Je viens d’appendre deux nouveaux mots que je vais fort probablement oublier 😉

          • Ne mono-pleure pas trop, va 🙂

          • Matt Massicotte

            Francine, encore une fois, vous nous portez de fausses intentions dans la publication de ces articles. Ils sont tous issue du même chapitre de la théologie systématique de Herman Bavinck. Leurs but étant d’exposer une compréhension réformée de la distinction entre la loi et l’évangile, tout simplement. Est-ce que Bavinck est l’auteur de cette distinction? Pas du tout en effet. Ce n’est rien d’original. On retrouve ce concept dans le commentaire d’Ursinus sur le catéchisme d’Heildelberg par exemple. C’est 300 ans avant Bavinck. Évidemment, Bavinck le fait à sa manière et il est possible de ne pas être d’accord avec tout ce qu’il dit sans nécessairement rejeter cette distinction loi/évangile.

            Pourquoi donc exposer cette distinction loi/évangile et avoir choisi de le faire au travers des écrits de Bavinck?

            1. Simplement par ce que nous croyons que cette doctrine est au fond d’une bonne compréhension d’un calvinisme conforme aux écritures. Il existe des tendances à faire de l’évangile une nouvelle loi dans certains mouvements évangéliques, et même évangéliques réformés. Nous voulons exposer une théologie qui offre une alternative à cette tendance. Loin de séparer la loi et l’évangile (à la manière de certaines théologies), cette théologie les unit tout en les distinguant.

            2. La théologie systématique de Bavinck est l’une des meilleures théologies systématiques réformées modernes. Elle est sur la tablette principale de ma bibliothèque … et c’est la raison principale pour des extraits se retrouvent içi.

            Et pour la deuxième fois, Bavinck n’est pas anglo-saxon à ce que je sache …

  • Francine

    Francine, encore une fois, vous nous portez de fausses intentions dans la publication de ces articles.

    Au contraire, publier quatre fois de suite un extrait d’un ouvrage d’un auteur c’est bien ce qui s’appelle en faire la promotion ; c’est parfaitement votre droit, mais puisque les commentaires sont ouverts, c’est aussi le mien de le faire remarquer.

    La théologie systématique de Bavinck est une des meilleures théologies systématiques réformées modernes.

    C’est votre avis, mais ce n’est pas le mien, ni celui d’autres critiques que j’ai mentionnés. Je note qu’il n’est jamais répondu sérieusement aux objections, ce qui reste toujours votre droit, et par ailleurs très commode.

    Et pour la deuxième fois, Bavinck n’est pas anglo-saxon à ce que je sache

    Je n’ai jamais reproché à Bavinck ses origines ethniques (évidemment plus saxonnes que latines, à l’encontre de votre remarque), mais j’ai dénoncé une allégeance servile aux modes anglo-saxonnes.

    A l’époque d’Owen etc., il existait une kyrielle de pasteurs réformés français, souvent en exil, qui ont laissé de nombreux écrits en français ; il serait donc parfaitement naturel de les mettre en avant, si c’est l’orthodoxie protestante de cette époque que l’on prétend défendre, et en priorité sur le vieil anglais de l’époque de Shakespeare. Je ne peux trouver une explication à l’étrange mise de côté de tout auteur français, que dans un comportement grégaire et un effet de buzz : Piper et le néo-calvinisme américain disent : « lisez les puritains anglais ! » alors bis repetita on serine : Owen a dit… Spurgeon a dit… Et pourquoi jamais : Saurin a dit… Le Faucheur a dit… Dubosc a dit… ?

    Idem pour le néo-calvinisme : il commence avec Lecerf en France. Mais pour quatre textes successifs de Bavinck, zéro de Lercerf, de Marcel ou de Léonard ?

    • Etienne Omnès

      C’est une question intéressante que vous soulevez: mis à part l’attirance pour les sirènes américaines, quelles sont les raisons pour lesquelles on connaît les calvinistes américains, mais pas les français?

      L’accusation d’arrogance tiendrait debout si jamais on connaissait les noms de Saurin, Le Faucheur, Dubosc, ou Lecerf, et qu’on décidait de les ignorer. Question cependant: qui connait ces noms?

      Question suivante: pourquoi ne les connait-t-on pas? Parce que nous sommes vaniteusement tournés outre-atlantique? Ou bien parce que ces auteurs ne se sont pas adressés aux églises évangéliques? N’oubliez pas qu’en France, protestants « historiques » de l’Eglise Réformée fondée par Calvin et protestants évangéliques ne dilaoguent pas, et je viens de découvrir avec surprise qu’il y autre chose que du libéralisme et du relativisme dans l’EPUdF. Petite précision: c’est l’église de mon baptême et j’y ai passé une demie-douzaine d’années, je ne parle donc pas sur la base de caricatures. Je me souviens encore de cette femme pasteure qui voulait faire son doctorat sur le sujet: « est ce que le climat change selon ce que Dieu chante sous la douche? »

      Voilà pourquoi je suis surpris d’apprendre qu’il y a des calvinistes, ou plus généralement des orthodoxes à l’intérieur de l’Eglise Réformée Historique. Je ne l’aurai pas cru.

      • Francine

        @Etienne,

        Pour répondre à votre interrogation et surprise, il faut remonter deux siècles en arrière environ, en France. Il n’y avait pas alors d’églises évangéliques telles que nous les concevons aujourd’hui, séparées du protestantisme historique : tout simplement parce que la plupart des pasteurs réformés prêchaient encore l’orthodoxie évangélique (théopneustie de l’Ecriture, historicité des miracles etc.) Mais déjà la tendance libérale, qui nie le surnaturel, et dont les racines remontent au XVII-XVIII° s., était bien engagée. Au cours du XIX°, le protestantisme européen s’est donc cassé en deux gros blocs : les libéraux d’un côté et les protestants évangéliques de l’autre ; l’adjectif évangélique signifiait alors orthodoxe, et n’était pas encore un nom comme aujourd’hui. En France, le schisme s’est cristallisé en deux facultés de théologie protestante, formant des pasteurs à leur image : celle de Strasbourg, libérale, et celle de Montauban, évangélique.

        Tout ça pour vous expliquer pourquoi vous pouvez trouver un grand nombre de noms historiques de pasteurs réformés français au message parfaitement évangélique : d’abord tous ceux de l’exil de la Révocation, dont les livres se trouvent maintenant à foison sur Google books, et puis tous ceux du XIX° s. Pourquoi leurs noms ne sont pas connus ? mais ils le sont très bien… des anglais, qui en ont même traduits un certain nombre ! les sermons du fameux Saurin par exemple.

        Voici l’adresse d’un site remarquable, en anglais bien sûr, mais qui répertorie les liens vers des pdf français :
        http://www.prdl.org/ vous y trouverez de quoi lire pendant plusieurs vies.
        Maintenant le néo-calvinisme c’est une autre histoire… qui commence en France au sein de l’église réformée au début du XX°, justement avec ce Lecerf. Si cela vous intéresse, le mieux est que vous alliez sur des sites consacrés au sujet, il en existe plusieurs, celui-ci par exemple : http://www.vbru.net/src/

        Le rapport à l’évangélisme américain est complexe et ne gagnerait rien à être résumé en deux lignes. Une seule remarque : l’étude historique des mouvements de réveil, si importants dans la contribution positive de l’américanisme, montre qu’ils s’accompagnent toujours d’un renouveau de l’amour du pays (bien à contre-courant avec notre époque), et n’est-ce pas normal puisqu’il est écrit en Éphésiens : …le Père de qui toute patrie tire son nom. Aux États-Unis le sentiment patriotique est encore vivace, on arbore un drapeau avec fierté, l’amour de Dieu et de la patrie vont naturellement ensemble ; cela paraît ringard de le dire, mais c’est basique et vrai. C’est pourquoi un véritable renouveau de l’Évangile en France, ne s’accompagnera pas d’une dilution des églises évangéliques françaises dans de la culture ecclésiastique américaine, mais au contraire d’un sursaut du coq gaulois, qui se remettra à trompetter son propre chant à la gloire de Dieu, au lieu de répéter comme un perroquet celui d’un cousin saxon.

        Dieu aime les nations, puisqu’il les a voulues et les a créées: Il aime l’Amérique, Il aime la France, et Il souhaite qu’elles s’aiment entre elles sans vouloir se dominer. Les maintiendra-t-Il jusqu’à son retour ? moi je le souhaite.

        • Etienne Omnès

          Et bien me voilà content d’avoir diminué un peu mon ignorance à ce sujet, merci Francine.

          Il est vrai que parfois les discours des chrétiens américains m’agacent lorsqu’ils confondent « Eglise » et « églises américaines » comme si l’Amérique était le Monde, et le christianisme américain le seul véritable, les autres christianismes évangéliques n’étant que des antennes. Dans leurs articles apologétiques, on retrouve également ce défaut, avec des très longs commentaires et analyses de la société américaine qui m’indiffèrent au plus haut point (Pourquoi vote-t-on Donald Trump?!!!!) Et, plus que tout, je désespère de trouver des aides à l’évangélisation qui puisse être applicable à la France:

          Quand on voit la méthode de Ray Comfort par exemple, évangéliste en plein air, on se dit: « Ouaaah, j’voudrais faire la même chose ». Jusqu’au moment où on se rend compte qu’en France on ne connait pas les dix commandements (ah bon c’est autre chose qu’un film?), on n’en a rien à faire du péché ou du jugement de Dieu, et pour en arriver à là, il y a déjà quelques dizaines de kilomètres à franchir. En comparaison Ray Comfort peut se baser sur une culture commune où il y a énormément de substrat chrétien qui rend intelligible son discours. Qu’il fasse la même chose en France, et il n’y a personne.

          Donc oui, on a besoin d’un modèle français, ne serait-ce que parce que ce pays est unique, et que son christianisme aussi est unique.

          Question maintenant: c’est quoi, un christianisme français? Un christianisme qui en appelle aux Lumières pour dire que le Père des Lumières, c’est mieux? Est ce que vous avez une idée, Francine?

          • Francine

            @OmnesE:disqus
            c’est quoi, un christianisme français?

            Il faudrait tout un livre pour répondre à la question, et encore on aurait sans doute le sentiment de l’avoir écrit pour rien. Déjà essayer de définir ce qu’est une nation n’est pas facile : on connaît la réalité vivante derrière le mot, elle nous appartient et nous lui appartenons, mais elle ne se laisse pas mettre en formules. Je dirais que, comme pour chacune de nos personnes, le mystère de l’identité d’une nation ne se résout qu’en Dieu. Ceci est bibliquement évident au regard d’Israël : tandis que les empires et royaumes qui l’ont accompagnée dans l’antiquité ont aujourd’hui disparu pour être remplacés par des États modernes, le fait qu’Israël existe de nouveau en tant que nation nous renvoie inéluctablement, et quelles que soit nos conceptions eschatologiques, à une intention divine sur ce peuple. Israël existe parce qu’il a une identité définie dans la pensée de Dieu ; l’Egypte de Thot et d’Anubis a disparu parce que le règne de ces monstres, comme celui des dinosaures pendant le crétacé, ne devait être qu’éphémère, selon l’intention divine.

            La question se pose alors pour la France : est-elle un pays aux frontières arbitraires, qui s’est constitué un instant dans l’histoire, pour s’effacer ensuite avec la marche du temps comme l’Égypte antique, ou bien la France a-t-elle une identité en Dieu, comme Israël ? Ce n’est qu’une opinion personnelle, mais du fait que les nations européennes sont historiquement apparues à travers le christianisme, je pense que Dieu les considère chacune comme ses filles, les petites soeurs d’Israël en somme. Quelles que soient leurs défections, révoltes et apostasies, il les maintiendra et finira par les ramener à Lui.

            Si la France existe réellement, c-à-d dans la pensée de Dieu, et non pas juste sur Google maps, il y a donc nécessairement aussi un christianisme français. Probablement après bien des secousses pour le pays, il se réveillera et affirmera haut et fort son caractère.
            En ce jour là, les prédicateurs de France qui voudront passer pour savants, ne répéteront plus dans la chaire :

            « John Piper said : My taylor is rich ! »

            mais ils citeront du Racine :

            De l’aurore au couchant on adore aujourd’hui
            Celui qui de sa croix attira tout à lui.
            Dans le temps que ce Dieu parmi nous daigna vivre,
            L’aurais-je mieux connu, quand j’aurais pu le suivre
            Des rives du Jourdain, au sommet du Thabor ?
            Non, maintenant sa gloire éclate plus encor.
            Je vois à ses côtés Moïse avec Elie.
            Tout prophète l’annonce, et la loi le publie.
            Ses apôtres enfin sont sortis du sommeil.
            Que de nouveaux témoins n’a produit leur réveil !
            C’est en mourant pour lui, qu’ils lui rendent hommage :
            Ils sont tous égorgés ; voilà leur témoignage.
            Je le vois : c’est lui-même, et je n’en puis douter.
            Mais c’est peu de le voir, il le faut écouter :
            La voix de tout ce sang que l’amour fit répandre,
            Me répète la voix que le ciel fit entendre,
            Quand le Thabor brilla de l’un de ses rayons,
            Oui, c’est ce Fils si cher : écoutons, et croyons.

            Et l’assemblée émue, répondra : « C’est beau ! c’est grand ! c’est lumineux ! c’est français ! »

          • Excellent, chère Francine. Quel est le titre de ces vers ?

          • Francine

            C’est tiré du grand poème La Religion de Louis Racine, qui était le fils de Jean Racine (beaucoup plus connu par ses tragédies). Jansénistes, le père et le fils paraissent être passés par une vraie conversion.

          • Vous ne nous avez toujours pas livré vos secrets, Francine : où avez-vous étudié? Quels sont vos domaines de prédilection?

    • Matt Massicotte

      Francine, encore une fois, vous nous portez de fausses intentions dans la publication de ces articles. Ils sont, pour la plupart, issue du même chapitre de la théologie systématique de Herman Bavinck. Leurs but étant d’exposer une compréhension réformée de la distinction entre la loi et l’évangile, tout simplement. Est-ce que Bavinck est l’auteur de cette distinction? Pas du tout en effet. Ce n’est rien d’original. On retrouve ce concept dans le commentaire d’Ursinus sur le catéchisme d’Heildelberg par exemple. C’est 300 ans avant Bavinck. Évidemment, Bavinck le fait à sa manière et il est possible de ne pas être d’accord avec tout ce qu’il dit sans nécessairement rejeter cette distinction loi/évangile.

      Pourquoi donc exposer cette distinction loi/évangile et avoir choisi de le faire au travers des écrits de Bavinck?

      1. Simplement par ce que nous croyons que cette doctrine est au fond d’une bonne compréhension d’un calvinisme conforme aux écritures. Il existe des tendances à faire de l’évangile une nouvelle loi dans certains mouvements évangéliques, et même évangéliques réformés. Nous voulons exposer une théologie qui offre une alternative à cette tendance. Loin de séparer la loi et l’évangile (à la manière de certaines théologies), cette théologie les unit tout en les distinguant.

      2. La théologie systématique de Bavinck est l’une des meilleures théologies systématiques réformées modernes. Elle est sur la tablette principale de ma bibliothèque … et c’est la raison principale pour que des extraits se retrouve içi. Si Turretin était sur cette tablette, peut-être lirions-nous des extraits de Turretin en ce moment.

      Et pour la deuxième fois, Bavinck n’est pas anglo-saxon à ce que je sache …

  • « La Loi nous envoie vers l’Évangile afin que nous soyons justifiés. L’Évangile nous renvoie vers la Loi afin que nous sachions quels sont les devoirs de ceux qui sont justifiés. » — Samuel Bolton (1606-1654)

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