Foi et Science

science-et-religion

Ce billet est une réponse à un article paru sur le site Science et Foi : La science et la Bible sont elles conciliables ? 

 

Si nous louons le fait que l’article en question et l’ensemble du site Science et Foi essaient de réhabiliter la science aux yeux de certains chrétiens qui pourraient la dénigrer, nous pensons toutefois qu’ils font fausse route.

Nous apprécions aussi la présupposition que Dieu ne se contredise pas entre ce qu’il dit dans la nature et ce qu’il dit dans l’Écriture.

Mais nous ne pouvons que remarquer que l’article se trompe sur la nature de la création et sur la nature de la Bible. Ses conclusions sur le rapport entre les deux sont donc malheureusement erronées.

Il n’est pas anodin que le site s’appelle “Science et Foi” et que je nomme ma réponse “Foi et Science”.
En pensant que la science parle plus clairement sur les origines de la création que la Bible, le site se trompe et sur la nature de la création et sur la nature de la Bible.

Mon but est donc de rétablir une compréhension plus juste des Ecritures et de la création, afin de mieux comprendre comment les deux se complètent.

Dans cette perspective, nous allons évaluer l’une des présuppositions énoncée dans l’article, qui constitue de fait l’un de points cruciaux de son argumentation :

Puisque les deux [science et Ecritures] sont des révélations qui nous viennent de Dieu, les deux portent l’autorité de Dieu et ne peuvent être ignorées.
Le but premier d’une révélation est de nous en apprendre plus sur Dieu, mais elle peut aussi nous dire comment et pourquoi Dieu a créé le monde.
Parfois les révélations semblent être en conflit, mais puisque Dieu ne dit que la vérité, les deux révélations ne peuvent pas nous enseigner des choses contradictoires.

Encore une fois, nous apprécions grandement ce qui est dit sur la non-conflictualité des deux modes de révélation,  et nous y adhérons de tout cœur.

Mais l’auteur énonce qu’il existe une probabilité qu’au travers de ces deux moyens de révélation, Dieu puisse nous apprendre le comment et le pourquoi le monde fut créé.
Tout l’article se base sur cette assertion, qui n’est jamais démontrée et qui est considérée comme évidente.

Pour l’auteur, le fait que Dieu ait inscrit dans la nature et dans l’Écriture les réponses aux questions les plus existentielles de l’homme (pourquoi l’origine) est l’évidence même.

Cependant, en ce qui nous concerne, il nous parait évident que ce présupposé est faux.
Dieu a utilisé, dès le commencement, la Parole, et non la nature, pour communiquer à l’homme la signification de la création.

Adam n’a pas connu son rôle en contemplant la création mais en entendant Dieu le lui expliquer : il devait se multiplier et dominer la terre.

Bien plus, c’est la Parole qui a créé tout ce qui existe (Jean 1:3). Dieu a littéralement ordonné l’existence de la création par Sa Parole, et par cette même Parole il lui a donné un sens.

La Parole et la création sont toutes les deux indispensables à l’homme.
Sans la création, la Parole ne serait une révélation pour personne. Cependant c’est la Parole qui donne le sens; la création a un autre but.

L’auteur de l’article développe son raisonnement à partir du Psaume 19 et de l’illustration des “deux livres” (livre de la création, livre de la révélation Scripturaire) que ce Psaume a inspiré aux rédacteurs de la Confessio Belgicae (1561).

Prenons comme point de départ l’article 2 de cette confession de foi :

Nous connaissons Dieu de deux façons : d’abord par la création, la préservation et le gouvernement de l’univers, puisque cet univers se présente à nos regards comme un livre magnifique dans lequel toutes les créatures, grandes et petites, sont comme des lettres qui nous apprennent les merveilles des choses invisibles de Dieu : le pouvoir éternel de Dieu et sa divinité, comme le dit l’apôtre Paul dans Romains 1:20.
Toutes ces choses suffisent pour convaincre les hommes et les laisser sans excuse. Ensuite, Dieu se fait connaître plus clairement par sa sainte et divine Parole, autant que nous en avons besoin dans cette vie, pour la gloire de Dieu et notre salut.

En s’inspirant du Psaume 19 et de Romains 1:20, les rédacteurs de la Confession de Foi Belge indiquent que le but de la création est de nous révéler Dieu.
Mais les auteurs sont très spécifiques quant aux éléments révélés par le “livre de la nature” : il s’agit de certains attributs spécifiques de Dieu, comme son pouvoir et sa divinité. En aucun cas la Confession n’envisage que la nature révèle le sens, le moyen, ou le but de la création.

La Bible déclare effectivement que les cieux proclament la gloire de Dieu (Ps. 19:1-7). De la même manière, Jésus indique que les oiseaux et les lys des champs apprennent la providence de Dieu à ceux qui les observent.
Paul est tout à fait en accord lorsqu’il dit que l’existence de Dieu est manifeste au point tel qu’elle se voit à l’œil nu (Ro 1:18-20).

Paul ne se contente pas de dire que la nature révèle simplement la gloire de Dieu : il dit qu’elle la révèle de manière à ce que tout homme sache que Dieu existe et par conséquent soit inexcusable.
Le “livre de la nature” établit la responsabilité de l’homme. Celui-ci a connu Dieu mais n’a pas voulu lui rendre la gloire qui lui est due (Ro 1:21).

Si l’ homme rejette Dieu,  c’est parce qu’il a un cœur mauvais qui ne se soucie pas de connaître Dieu (Ro 1:28).  (1)

Mais Paul ne se s’arrête pas là. Non seulement la création est efficace pour révéler Dieu et sa gloire, mais la conscience de l’homme, une part de la création, l’est aussi : elle lui révèle la loi de Dieu et le fait qu’il est coupable devant son créateur (Ro 1:32 ; 2:1-8 ; 2:25-27).

Ce que la création révèle, c’est la colère du créateur (Ro 1:18), la colère du juste juge qui a révélé son existence et sa bonté à sa créature qui pourtant a choisi de se rebeller.

Rien dans la Parole de Dieu ne nous permet de penser que que la nature ait été créé pour révéler le comment et le quand de la création

Après avoir décrit la fonction révélatrice de la création, l’efficacité de cette révélation et la conséquence de cette révélation, les auteurs de la confession de foi poursuivent en disant :

Ensuite, Dieu se fait connaître plus clairement par sa sainte et divine Parole, autant que nous en avons besoin dans cette vie, pour la gloire de Dieu et notre salut.

Dieu se révèle donc ensuite dans la Parole, mais il s’y révèle de manière différente.
Il y a une différence de clarté dans les révélations et une différence de contenu.

Dieu se fait connaître plus clairement par l’Écriture et ce qu’il nous fait connaître ne nous révèle plus la colère de Dieu, mais le salut de Dieu. Tout ce qui est du domaine de la foi est révélé par l’Écriture.

Si par la nature je connais la colère de Dieu, par l’Écriture c’est l’Évangile qui m’est révélé.
L’Écriture m’apprend comment obtenir la justice que Dieu donne par la foi à la place de la colère que je mérite par mes œuvres.

Il convient également de soulever une carence importante de l’article de Science et Foi.

La création n’y est présentée que sous un seul angle : celui d’une révélation de Dieu. Mais c’est oublier un autre élément important de la création, élément qui influe sur notre façon de comprendre le lien entre la foi et la science.

La création n’est pas qu’une révélation, elle est aussi un monde qui a été confié à l’homme et qui a été placé sous son autorité (Genèse 1:27-31).

Cet oubli est d’autant plus important que c’est sous cet aspect que le concept de science, tel qu’il est entendu par le site Science et Foi, a un sens.

C’est quand nous considérons la création sous cet aspect, celui d’un monde sur lequel l’homme a une responsabilité, qu’il y a de la place pour examiner, réfléchir, faire preuve de créativité.

Lorsque la création est vue sous l’angle de la révélation, l’homme est un récepteur qui perçoit bien le message de la création mais qui le brouille. Il n’a rien à découvrir, à inventer, la création lui dit que Dieu existe, qu’il est un juste juge et qu’il est sous la juste condamnation de ce juge.

La réponse qu’il devrait donner, mais qu’il refuse, devrait avoir la forme de la reconnaissance envers le créateur.

Par contre, quand la création est vue sous l’angle du monde à dominer, l’homme peut utiliser toutes les facultés que Dieu lui a données pour comprendre comment fonctionne ce monde et comment il peut mieux l’utiliser à la gloire de son créateur.

Le chrétien peut avoir confiance en la science. Cette confiance, il est vrai, doit être pondérée. L’effet du péché qui interfère entre la création et l’homme et qui donne à l’homme une tendance à utiliser ses découvertes à mauvais escient ne doit pas être sous estimé.

Le chrétien croit que Dieu a donné à l’homme les facultés mentales et physiques nécessaires à conquérir cette création. Il a donc toutes les raisons d’aborder avec confiance le domaine scientifique, dont le but est de découvrir comment le monde fonctionne et comment il peut être utilisé.

Par contre le chrétien ne peut pas utiliser la science pour découvrir le comment et le pourquoi de la création.

Cela reviendrait à utiliser un thermomètre en espérant qu’il nous permette de comprendre le sens d’un livre en chinois que nous serions incapables de lire.
Connaître la température du livre ne nous permettra pas de comprendre ce que l’auteur du livre voulait nous dire. Ce n’est pas le bon outil.

Par contre, le chrétien dispose d’un outil beaucoup plus clair et parlant que la création pour découvrir son but et son pourquoi : la Parole de Dieu.
En effet, ce n’est pas par la science que nous comprenons que tout a été créé à partir de rien, mais c’est par la foi. Et la foi s’appuie sur la Parole écrite de Dieu et non pas sur la création (Héb 11:1-3).

En ce qui concerne le pourquoi et le comment de la création, l’homme doit donc se tourner, non pas vers la création elle-même, mais vers la Parole de Dieu dans laquelle Dieu nous révèle le comment et le pourquoi de son oeuvre créatrice.

Cette Parole nous apprend que Dieu a fait toute sa création en sept jours par Sa propre Parole, que cette création a été offerte à l’homme pour qu’il fasse de cette terre un temple pour son créateur.

Elle nous apprend que l’homme a échoué à cette tâche mais que Dieu a envoyé un deuxième homme, Jésus-Christ, le Fils incarné, pour conquérir de nouveau ce monde pour son créateur.

Elle nous apprend que par sa mort et sa résurrection, le Messie de Dieu a rétabli l’autorité dont l’homme bénéficiait sur cette création. Tout pouvoir lui a été donné sur la terre comme au ciel et il se recrée maintenant un peuple d’adorateurs au travers de la foi.

C’est aussi pour cela que l’homme chrétien n’a qu’une confiance limitée dans la science. Dans le domaine même où elle aurait dû être utile, elle se retrouve frappée d’inefficacité par les conséquences de la chute.

Au final, c’est par la foi, par la Parole de Dieu, que le monde sera dominé, et non pas par la science.

 

EH

 

 

Pour aller plus loin :

Nature and Scripture, Van Til, Cornelius in The infaillible Word: A Symposium, Westminster Theological Seminary, 1946, p. 225-293, consultable ici.

The Idea of Biblical Theology as a Science, Vos, Geerhardus, in Redemptive History and Biblical Interpretation, The Shorter Writings of Geerhardus Vos, Richard B. Gaffin Jr (éditeur), P&R Publishing, 1980, consultable ici.

Biblical Theology and the Covenants of Work, Lane Tipton, conférence disposable ici.

 

 

Notes et références :

(1) Phrase modifiée le 5/4/2014. Benoit Hébert, de Science et Foi,  pensait que la formulation initialle pouvait induire en erreur les lecteurs de ce blog sur les objectifs du Site Science et foi.

 

 

 

Abonnez-vous au Bon Combat

Recevez tous nos nouveaux articles directement sur votre boîte mail ! Garanti sans spam.