La doctrine des bonnes œuvres – Théologie systématique #16

La Réforme de l’Église du 16e siècle accorda une grande importance à la question des bonnes œuvres. Avant la Réforme, les exercices et les règles de piété de la vie monastique étaient considérés comme le sommet des bonnes œuvres puisqu’il s’agissait d’œuvres faites pour Dieu et utiles à Dieu. Une vie remplie de telles œuvres était vue comme le chemin le plus sûr et le plus rapide pour arriver au ciel.

Avec l’affirmation claire et débarrassée d’équivoques du salut par la grâce seule et par la foi seule, la compréhension des bonnes œuvres fut complètement révisée : leur définition, leur rôle dans le salut, leur mise en pratique par des pécheurs, etc.

 

 

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Une simple comparaison entre les trois confessions de foi (Westminster, Savoie et 1689) révèle une grande unité parmi les différentes familles réformées anglaises au sujet de la doctrine des bonnes œuvres. En effet, chacune présente cette doctrine à partir de sept paragraphes qui peuvent être résumés ainsi : (1) la définition des bonnes œuvres (2) la nature des bonnes œuvres (3) la source des bonnes œuvres (4) la limite des bonnes œuvres (5) l’imperfection des bonnes œuvres (6) l’acception des bonnes œuvres (7) le rejet des bonnes œuvres des non-chrétiens. Nous étudierons le contenu de ces paragraphes en répondant à quatre questions :

1. Que sont les bonnes œuvres et à quoi servent-elles?

2. Comment peut-on accomplir de bonnes œuvres par l’Esprit?

3. Que valent nos bonnes œuvres devant Dieu?

4. Les non-chrétiens peuvent-ils faire de bonnes œuvres?

 

 


CHAPITRE 16 – LES BONNES OEUVRES

§ 1 – Seules sont œuvres bonnes celles‑là que Dieu a commandées dans sa Sainte Parole1, et non pas celles qui sont, sans cette garantie, imaginées par les hommes, soit par un zèle aveugle, soit sous quelque prétexte de bonnes intentions2.

1. Mi 6.8 ; Hé 13.21 2. Mt 15.9 ; Es 29.13

§ 2 – Ces œuvres bonnes, faites en obéissance aux commandements de Dieu, sont le fruit et la preuve d’une foi vraie et vivante3.  Par elles, les croyants manifestent leur reconnaissance4, fortifient leur assurance5, édifient les frères, embellissent la profession de l’Évangile6, ferment la bouche des adversaires, glorifient Dieu7 dont ils sont l’ouvrage, créés en Jésus-Christ pour cela même8, afin qu’ayant pour fruit la sainteté ils puissent avoir pour fin la vie éternelle9.

3. Jc 2.18,22 4. Ps 116.12-13 5. 1 Jn 2.3,5 ; 2 P 1.5-11  6. Mt 5.16

7. 1 Tm 6.1 ; 1 P 2.15 ; Ph 1.11 8. Ep 2.10 9. Rm 6.22

§ 3 – Leur capacité de faire des œuvres bonnes ne vient pas d’eux‑mêmes, mais entièrement de l’Esprit de Christ10.  Pour en être rendus capables, il leur faut, en plus des grâces qu’ils ont déjà reçues, une influence effective du Saint‑Esprit, opérant en eux le vouloir et le faire selon son bon plaisir11.  Ils ne doivent néanmoins pas devenir négligents, comme s’ils n’étaient sous l’obligation de s’acquitter d’aucun devoir sans une impulsion spéciale de l’Esprit ; ils doivent au contraire s’appliquer à mettre en œuvre la grâce de Dieu qui est en eux12 .

10. Jn 15.4-5 11. 2 Co 3.5 ; Ph 2.13 12. Ph 2.12 ; Hé 6.11-12 ; Es 64.7

§ 4 – Ceux qui, par leur obéissance, s’élèvent le plus haut possible en cette vie, sont très loin d’être capables de faire des œuvres surérogatoires et d’accomplir plus que Dieu n’exige, puisqu’il s’en faut de beaucoup pour qu’ils fassent ce à quoi ils sont tenus par devoir13.

13. Jb 9.2-3 ; Ga 5.17 ; Lc 17.10

§ 5 – Nous ne pouvons pas, par nos meilleures œuvres, mériter le pardon du péché ou la vie éternelle auprès de Dieu tant est grande la disproportion entre ces œuvres et la gloire à venir, et infinie la distance entre nous et Dieu ; nous ne pouvons ni tirer avantage d’elles, ni satisfaire par elles la dette de nos péchés antérieurs14.  Mais quand nous avons fait tout ce que nous pouvions faire, nous n’avons fait que notre devoir, et nous sommes des serviteurs inutiles.  Pour autant qu’elles sont bonnes, nos œuvres procèdent de l’Esprit15, et pour autant que nous en sommes responsables, elles sont souillées et mêlées à tant de faiblesse et d’imperfection qu’elles ne peuvent supporter la sévérité du jugement de Dieu16.

14. Rm 3.20 ; Ep 2.8-9 ; Rm 4.6 15. Ga 5.22-23 16. Es 64.5 ; Ps 143.2

§ 6 – Néanmoins, les croyants étant acceptés par Christ, leurs œuvres bonnes sont elles aussi acceptées en lui17.  Cela a lieu non parce qu’ils sont en cette vie entièrement innocents et irréprochables devant Dieu, mais parce qu’il plaît à Dieu, qui les considère en son Fils, de les accepter, et de récompenser ce qui est sincère bien que ce soit accompagné de nombreuses faiblesses et imperfections18.

17. Ep 1.6 ; 1 P 2.5 18. Mt 25.21,23 ; Hé 6.10

§ 7 – Les œuvres faites par des personnes non régénérées peuvent être, par leur contenu, des choses que Dieu commande et profitables pour ces personnes et pour d’autres19.  Cependant, parce qu’elles ne procèdent pas d’un cœur purifié par la foi20, et ne sont pas faites droitement selon la Parole21, ni pour la gloire de Dieu22, elles sont pécheresses et ne peuvent plaire à Dieu, ni rendre quelqu’un apte à recevoir la grâce de Dieu23 ; cependant, les négliger est encore plus coupable et plus désagréable à Dieu24.

19. 2 R 10.30 ; 1 R 21.27,29 20. Gn 4.5 ; Hé 11.4,6 21. 1 Co 13.1  22. Mt 6.2,5

23. Am 5.21-22 ; Rm 9.16 ; Tt 3.5  24. Jb 21.14-15 ; Mt 25.41-43

 

 

 

 

 

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Pascal Denault est pasteur de l’Église évangélique de St-Jérôme. Il est titulaire d’une Licence (BA) et d’un Master en théologie (ThM) de la Faculté de théologie évangélique de Montréal. Pascal est l’auteur des livres Une alliance plus excellente (2016, Impact Académia), Solas, la quintessence de la foi chrétienne (2015, Cruciforme), et The Distinctiveness of Baptist Covenant Theology (2013, Solid Ground Christian Books).