La doctrine de la chute de l’homme – Théologie Systématique #6

Comment explique-t-on le mal qui existe chez l’homme ? Si l’on est athée, on se bute à des catégories transcendantales de bien et de mal, de loi morale et de justice qu’on peut difficilement expliquer sans Dieu. Si l’on est théiste, on se bute à l’origine du mal qu’on peut difficilement justifier avec Dieu.

La question du mal est réciproquement utilisée par les croyants et les non-croyants pour affaiblir la position adverse. Sans répondre exhaustivement au problème du mal, le chapitre 6 de notre confession de foi relate son origine chez l’homme et définit sa nature.

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En étudiant cette doctrine, nous tenterons d’éclaircir trois points :

(1) Le cadre d’alliance originel

(2) La nature du péché et sa transmission

(3) La rémanence du péché chez le chrétien.

 

Le cadre théologique dans lequel les réformés expriment la chute et le péché est l’alliance des œuvres. On dit parfois que pour bien comprendre l’histoire de la rédemption, il faut d’abord comprendre adéquatement le Jardin d’Éden. Une mauvaise compréhension des trois premiers chapitres de la Bible faussera la lecture de tous les autres chapitres.

En considération de la trame de fond de l’Écriture sainte (création, chute, rédemption), cet enjeu est particulièrement important à la compréhension du message global de la Bible. L’eschatologie (le but de l’homme est le moyen de l’atteindre) précède la sotériologie (la rédemption de l’homme et l’accomplissement du but initial). Peut-on bien comprendre la rédemption sans comprendre la création et la chute? D’aucune façon!

La deuxième question que nous tenterons de définir concerne la nature du péché, tant originel qu’actuel, et sa transmission. Le péché est-il dû à une déficience de l’homme? La concupiscence, comme le veut une certaine tradition catholique romaine, serait-elle responsable de la chute? Aussi, quel est le lien entre le péché d’Adam et le nôtre et sur quelle base les hommes sont-ils sous la condamnation de Dieu? Ces questions tentent de définir non seulement ce qu’un pécheur est, mais comment on devient pécheur ; sachant que tous les descendants d’Adam ne deviennent pas pécheurs en péchant, mais pèchent parce qu’ils sont pécheurs.

Finalement, la confession s’intéresse à la rémanence du péché après la régénération. S’ils ne comprennent pas bien ce qu’est le péché rémanent, les croyants risquent de se heurter contre les écueils du perfectionnisme ou de l’antinomisme.

Si les chrétiens continuent de pécher après leur conversion, en quoi sont-ils différents des autres hommes? Nous approfondirons ces trois aspects de la doctrine de la chute de l’homme, du péché et de son châtiment en tentant de répondre aux trois questions suivantes :

1. Qu’est-ce que l’alliance des œuvres et pourquoi cette question est-elle importante?

2. Qu’est-ce que le péché originel et comment est-il transmis aux hommes?

3. Quelle est la différence entre le péché du chrétien et celui du non-chrétien?

 


CHAPITRE 6 – LA CHUTE DE L’HOMME, LE PÉCHÉ ET SON CHÂTIMENT

Par. 1 – Bien que Dieu ait créé l’homme droit et parfait, et lui ait donné une loi juste, qui était en vue de la vie s’il l’avait observée, et qu’il l’ait menacé de mort s’il la transgressait1, l’homme n’a pas gardé longtemps cet honneur.  Utilisant subtilement le serpent, Satan séduisit Ève, et par elle, il séduisit Adam, qui, sans contrainte sur lui, transgressa volontairement la loi de leur création et le commandement qui leur avait été donné en mangeant du fruit défendu2.  Il a plu à Dieu de permettre cette chute, dans son conseil sage et saint, puisqu’il avait déterminé de l’utiliser pour manifester sa gloire.

1. Gn 2.16-17    2. Gn 3.12-13 ; 2 Co 11.3

 

Par. 2 – Par ce péché, nos premiers parents ont perdu leur justice originelle et leur communion avec Dieu, et nous en eux ; de ce fait, la mort est venue sur tous3 : tous sont devenus morts dans le péché4, et entièrement souillés, dans toutes les facultés et les parties de leur âme et de leur corps5.

3. Rm 3.23    4. Rm 5.12    5. Tt 1.15 ; Gn 6.5 ; Jr 17.9 ; Rm 3.10-19

 

Par. 3 – Puisqu’ils étaient la souche du genre humain, et, par le vouloir de Dieu, ils représentaient toute l’humanité, la culpabilité du péché a donc été imputée, et la nature corrompue a été transmise par eux à toute leur postérité par le processus normal de la génération6.  Leurs descendants sont maintenant conçus dans le péché7 et sont, par nature, des enfants de colère8, des serviteurs du péché, assujettis à la mort9 et à toutes sortes de misères spirituelles, temporelles et éternelles, à moins que le Seigneur Jésus ne les libère10.

6. Rm 5.12-19 ; 1 Co 15.21-22, 45, 49 7. Ps 51.7 ; Jb 14.4 8. Ep 2.3
9. Rm 6.20, 5.12    10. Hé 2.14-15 ; 1 Th 1.10

 

Par. 4 – De cette corruption originelle par laquelle nous sommes complètement infectés, incapables et ennemis de tout bien et entièrement portés à toute sorte de mal11, proviennent toutes les transgressions actuelles12.

11. Rm 8.7 ; Col 1.21 12. Jc 1.14-15 ; Mt 15.19

 

Par. 5 – La corruption de la nature demeure, pendant cette vie sur terre, en ceux qui sont régénérés13.  Bien que le croyant en ait reçu le pardon en Christ, et qu’elle soit mortifiée, cette corruption ainsi que les actions qui en procèdent est vraiment et au sens propre péché14.

13. Rm 7.18, 23 ; Ec 7.20 ; 1 Jn 1.8 14. Rm 7.23-25 ; Ga 5.17

 

Pascal Denault est pasteur de l’Église évangélique de St-Jérôme. Il est titulaire d’une Licence (BA) et d’un Master en théologie (ThM) de la Faculté de théologie évangélique de Montréal. Pascal est l’auteur des livres Une alliance plus excellente (2016, Impact Académia), Solas, la quintessence de la foi chrétienne (2015, Cruciforme), et The Distinctiveness of Baptist Covenant Theology (2013, Solid Ground Christian Books).