Dieu veut-il me rendre riche ? Une réponse à Benny Hinn

Cette vidéo de Benny Hinn (cliquez ici), prédicateur de l’évangile de la prospérité, a récemment fait débat sur le groupe de discussion théologique #Transmettre.

Dans cet article, nous nous proposons d’étudier certains des passages bibliques que Benny Hinn utilise durant ce sermon afin d’en discerner le sens le plus juste par rapport à leur contexte.

 

 

Actes 4

Benny Hinn prétend qu’Actes 4 soutient l’idée de l’évangile de Prospérité. Pour Benny Hinn, le fait qu’il n’y ait dans la première communauté chrétien aucun nécessiteux serait une preuve de la véracité de l’évangile de prospérité.

Le passage en question se trouve en Actes 4.32-37. Il faut mettre en avant plusieurs points de ce passage :

  • Unité de cœur et d’esprit parfaite des croyants (4.32)
  • Partage des biens, sans propriété propre (4.32)
  • Personne n’était dans le besoin (4.34)
  • Le produit de la vente des biens était remis aux apôtres (4.34-35)
  • Répartition équitable des biens par les apôtres (4.35)

L’idée principale du texte ici est que l’évangile que les apôtres annoncent (4.33) a un impact véritable sur la communauté des croyants ainsi formée : chacun se conçoit comme membre, partie d’une communauté.

Ainsi, personne ne recherche son propre intérêt mais l’intérêt de son prochain et les apôtres sont ceux qui s’occupent de l’administration des biens pour que chacun en ait assez.

Lire ce texte en prétendant que la prospérité serait clairement visible ici serait une erreur d’interprétation.

C’est l’œuvre de Dieu dans les cœurs qui fait que chacun accepte de se séparer de ses bien matériels (4.33), non pas pour en obtenir encore plus après mais bien pour bénir son prochain et pour que l’égalité existe.

Ici, personne ne cherche à s’enrichir mais chacun reçoit ce dont il a besoin (4.35). Ceci devrait être pour nous une règle de vie : chercher à posséder ce dont nous avons besoin et si nous avons plus, être prêts à le donner à ceux qui en auraient besoin.

Il n’est jamais question dans ce passage de la recherche de l’enrichissement personnel mais bien de l’égalité et de l’amour entre frères que produit l’évangile annoncé par les apôtres.

 

 

L’exemple d’Abram en Genèse 12

Benny Hinn cite plusieurs exemples de ce qu’il appelle des “transferts de richesses”.

Ce prétendu transfert se produit par exemple lorsqu’Abram et sa famille vont en Egypte  l’occasion d’une grande famine. Abram avait peur de mourir à cause de la beauté de sa femme, il prétendra donc que c’est sa sœur. Pharaon la voulant à sa cour, il donnera de nombreuses richesses à Abram.

La suite de l’histoire nous montre que l’Eternel donnera de grandes souffrances à Pharaon à cause de Saraï et que Saraï finira par repartir avec Abram.

Prétendre que le Seigneur aurait béni Abram ici serait dire que Dieu serait complice de ce mensonge. Or, Dieu ne tolère jamais le mensonge et fait subir de grands maux à Pharaon et sa maison, pour conduire Abram à dire la vérité ! Ce que Dieu veut, c’est le rétablissement de la vérité !

Le fait que Pharaon donne des richesses à Abram était un phénomène culturel normal dans le contexte de ces peuples, surtout si Pharaon pensait qu’Abram était le frère de Saraï.

Y voir ici une idée de transmission de richesses ou de prospérité serait dire que Dieu est d’accord avec le péché d’Abram et le bénit par-dessus ce péché !

Benny Hinn cite d’autres prétendus transferts de richesses à des hommes tels David et Salomon. Mais quelle a été leur vie ? Comment ont-ils géré ces richesses ? Ne les ont-elles pas perdus plus que bénis ?

 

 

Proverbes 13

Concernant Proverbes 13, l’affirmation de Benny Hinn se trouve en Proverbes 13.22. Voici tout d’abord ce que dit Proverbes 13, sur la richesse :

  • La richesse n’est pas une question de biens matériels (13.7)
  • La richesse peut nous apporter des soucis que l’on n’aurait pas en étant pauvre (13.8)
  • La richesse instantanée se dissipe vite, sans doute à cause d’une mauvaise gestion. La bonne richesse est celle qui se multiplie petit à petit, comme lorsque l’on fait des économies (13.11)

La vision de la richesse est ici plutôt négative que positive, ou tout du moins nuancée.

Le verset invoqué par Benny Hinn dans sa vidéo nous semble plutôt montrer les choses suivantes :

  • Le juste, qui n’est pas nécessairement riche, laisse derrière lui un héritage qui se perpétue et dure dans le temps
  • Face à cela, la richesse matérielle que le pécheur considère souvent comme une sécurité pour l’avenir se révèle être éphémère puisqu’elle lui échappera !

C’est plutôt ce double aspect de la richesse qui nous semble mis en avant ici : chercher à s’enrichir ne nous fait que produire du vent, mieux vaut nous occuper de transmettre à notre entourage des biens inaltérables. La provision matérielle est l’oeuvre du Seigneur et est une grâce, toujours.

 

 

Proverbes 8.18, 21

Le chapitre 8 du livre des Proverbes présente une incarnation de la Sagesse sous les traits d’une femme. Ici, elle se présente et appelle les hommes à la suivre.

L’appel premier de la Sagesse n’est pas pour la bénédiction matérielle. Le premier appel que lance la Sagesse est bien de la rencontrer elle, “en personne” ! Car la rencontrer fait de nous qui sommes “insensés” (8.5) des gens “raisonnables” (8.5) !

Son discours nous apprend qu’il faut :

  • Rechercher son éducation plutôt que l’argent, la connaissance plutôt que l’or le plus pur (8.10)
  • Considérer la sagesse comme préférable aux perles les plus précieuses, car aucun bien ne pourraient l’égaler (8.11)

La Sagesse montre donc ici que ce qui compte, ce ne sont même pas les biens matériels les plus nobles, mais de la rechercher elle !

La promesse de richesses et de bénédictions sont des choses qui viennent en plus ! Le but de la sagesse n’est pas de nous enrichir, c’est quelque chose de plus que Dieu nous accorde s’Il le veut !

La sagesse doit nous permettre de sortir de notre condition d’insensés, d’Hommes perdus pour devenir raisonnables !

Le verset 19 nous dit que les profits que rapporte la sagesse valent mieux que l’or le plus fin, que l’argent de choix !

Chercher la sagesse ou chercher à s’y conformer dans l’espoir de s’enrichir ou de prospérer, c’est ne rien comprendre à ce qu’est la sagesse ! La sagesse nous sort de notre condition d’hommes insensés pour nous amener à une condition d’hommes sages !

Et si l’on cherche la sagesse de tout ce cœur, si l’on cherche d’abord le Royaume de Dieu (Mt 6), pensons-nous vraiment que notre cœur va aspirer à la richesse ?

Matthieu 6.32-34 nous dit que les richesses, ce sont les païens qui les cherchent mais que Dieu sait que nous avons besoin des choses du quotidien, c’est pourquoi Il nous les donne.

Ainsi, ces deux passages, plutôt que de nous inciter à rechercher l’abondance matérielle nous poussent à rechercher la sagesse et le Royaume de Dieu. Et si nous les recherchons de tout notre cœur, aurons-nous encore le désir de nous enrichir matériellement ?

 

 

À propos de Job

L’histoire de Job est complexe et nous laisse souvent avec bien des questionnements. Le prologue nous montre que Job a souffert pour rien (2.3). Le Diable demande à Dieu si c’est pour « rien que Job révère Dieu » (1.9), sous entendant que Job sert Dieu par intérêt, or Dieu dit bien que c’est pour rien que Job souffre.

Ainsi, lorsque ses amis lui conseillent de retourner à Dieu pour se repentir et être pardonné, croyant que ses souffrances viennent à cause de son péché, ils se trompent !

Job ne souffre pas en conséquence d’un quelconque péché ! Le juste ne souffre pas toujours car il payerait pour une faute ! Parfois le juste souffre pour rien tandis que le méchant prospère. Ainsi, déceler dans le discours des amis de Job une vérité universelle serait une erreur et l’est dans le cadre du livre de Job.

Oui, revenir à Dieu et se repentir lorsque nous avons péché est une nécessité ! Mais penser que louer Dieu ou se soumettre dans le seul objectif d’être matériellement béni, ceci est une erreur !

Job 36.11, faisant partie des discours d’Elihou apporte une autre vérité que celle dont Benny Hinn parle. Il faut situer ce qu’Elihou dit dans le contexte global de son discours. Il dit que ceux qui ont péché dans leur orgueil, s’ils écoutent et se soumettent, finissent leurs jours dans le bonheur.

Mais ce n’est pas une question de bonheur matériel forcément, mais le bonheur produit par la repentance et l’obéissance à Dieu qui découle de cette repentance et de cette obéissance sincères.

La situation décrite par Elihou ici est un cas de figure possible mais les évangiles et les épîtres nous montrent que le bonheur et les délices ne sont pas la fin de tous les chrétiens et l’actualité nous le prouve également.

 

 

Conclusion

Benny Hinn nous semble faire des raccourcis simplistes et interpréter des textes bibliques hors de leur contexte. Tout texte hors contexte est un prétexte pour défendre certaines idées.

Nous croyons que Dieu peut accorder une bonne santé, de la richesse et de la prospérité. Nous pensons cependant que ceci n’est pas systématique et lorsque cela se produit, ce n’est que l’effet de la grâce de Dieu.

Si Job est béni à la fin de sa vie, est-ce parce qu’il a fait quelque chose pour cela ? Il a fallu que Dieu lui-même montre à Job que personne ne peut comprendre les actes de Dieu et qu’il est bien plus grand et puissant que les plus puissants animaux, tels que l’hippopotame et le crocodile.

Si Job a été béni, ce n’est que parce que Dieu l’a voulu.

Mais Job a fait une expérience bien plus importante que celle de la richesse : il a découvert une facette nouvelle de Dieu. Avant, il en avait entendu parler, maintenant il l’a “vu”. Avant, Job avait ses idées préconçues sur Dieu, mais après ses souffrances et ses questionnements, il a appris que ce qui compte le plus, c’est Dieu lui-même et non pas la provision matérielle ou la prospérité.

Notre Dieu est merveilleux, souverain et bien au-dessus de tout ce que nous pouvons comprendre de Lui. Ainsi, cherchons à l’aimer et à vivre selon sa volonté, cherchons d’abord le Royaume de Dieu et sa justice. Et Dieu s’occupera du reste.

Recherchons non les bienfaits matériels, mais l’attachement sincère à notre Seigneur, de manière désintéressée.

 

 

BM

 

 

 

 

  • daniel Amani

    Bonjour à tous et toutes.
    Je pense qu’en ceux qui concerne la déclaration d’Abraham à pharaon ne pas un péché car Saraï été réellement la soeur d’Abraham même père mais seulement pas de la même mère.

    Raison même pour la quelle Dieu a frappé la famille de cet pharaon d’une stérilité mordente.

    Donc Abraham n’a pas mentit.

    Pour ce qui concerne la prospérité.
    Dieu nous appelle à être prospère et non à la médiocrité ou la pauvreté mais cela ne dois pas faire notre objectif ultime, car Notre trésor et dans le cieux [Le paradis]

    Merci:)…

    • Blaise Mandras

      Abraham a menti dans le sens où sa relation avec Sara était plus qu’une relation entre un frère et sa demi-soeur. Elle est belle et bien son épouse et c’est ce qu’Abraham essaye de cacher.

      Sara est présentée comme sa femme aux versets suivants :
      – 20.2
      – 20.3 : Dieu lui-même dit que Sara est mariée, si c’était seulement la demi-soeur d’Abraham et si Abraham n’avait pas menti, Dieu ne serait pas intervenu
      – 20.7 : «renvoie cette femme à son mari»
      – 20.11, 12 : Abraham reconnait que Sara est sa femme
      – 20.14
      – 20.18

      Le problème d’Abraham est qu’il tord la vérité en présentant Sara comme étant seulement sa soeur mais non comme sa femme. Or c’est bien le lien conjugal qui pose problème : prendre la femme d’un autre ne doit pas se faire et certains avaient sans doute déjà tué des hommes pour prendre leur femme (20.11).

      De plus Sara est celle par qui la promesse deviendra réalité (Gn 18.10), Dieu intervient donc pour garantir aussi l’accomplissement de la promesse, mise en péril, s’il était possible, par Abraham et son mensonge.

      Abraham a bel et bien menti, et si Abimélek lui donne des richesses c’est sans doute pour signifier sa bonne foi envers Abraham (20.5-7), mais ce n’est pas une preuve de providence de Dieu envers Abraham.

      Concernant la pauvreté ou la prospérité, Dieu nous appelle au contentement et nous appelle à rechercher d’abord son Royaume. Ce qui compte pour nous autres chrétiens, c’est d’être «prospères» spirituellement, de rechercher la volonté de Dieu et de vivre différemment du monde, qui lui cherche les richesses ici bas (Mt 6, Rm 12 entre autres). Ceci ne signifie pas que nous prêchons la pauvreté, mais simplement que la richesse matérielle n’est pas une preuve de la providence et de l’approbation de Dieu de façon systématique.

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