“Dieu est lumière” : qu’est-ce que cela signifie ?

La littérature Johannique contraste de manière récurrente ‘la lumière’ et ‘les ténèbres’. Dès le début de sa première épître, l’apôtre affirme même qu’il s’agit du coeur du message qu’il souhaite communiquer à ses lecteurs :

La nouvelle que nous avons apprise de lui, et que nous vous annonçons, c’est que Dieu est lumière, et qu’il n’y a point en lui de ténèbres.
(1 Jean 1:5)

Que signifie cette affirmation “Dieu est lumière” ? John Stott nous offre ici quelques éléments de réponse :

 

“Les catégories ‘lumière’ et ‘ténèbre’ appartiennent au langage universel du symbolisme religieux. Il s’agit d’un trait commun à toutes les religions, et celle de la Bible n’est pas en reste. [1] Ces concepts sont utilisés dans les Ecritures de manière métaphorique avec différentes significations.

Intellectuellement, la lumière est vérité et l’obscurité est ignorance ou erreur. Moralement, la lumière est pureté, et l’obscurité mal. Un ou deux exemples devraient suffire à illustrer ce double usage.

La révélation divine au travers de la loi et des prophètes est décrite en tant que lumière. “Car le précepte est une lampe, et l’enseignement une lumière” ; “Ta parole est une lampe à mes pieds, et une lumière sur mon sentier” ; et “la parole prophétique” est “comme à une lampe qui brille dans un lieu obscur” (Prov. 6:23; Ps. 119:105, 130; 2 Pie. 1:19).

Dieu dit qu’il veut faire du serviteur “une lumière pour les nations” et étendre son “salut jusqu’aux extrémités de la terre” (Es. 42:6; 49:6), des phrases appliquées par Siméon à l’enfant Jésus (Luc 22:30-32; cf. Luc 1:79) et par Pierre et Barnabas à leur propre ministère (Actes 13:46-47; cf. Actes 26:18, 23). L’apôtre Paul écrit également aux Corinthiens au sujet de “[la lumière] de la connaissance de la gloire de Dieu sur la face de Christ”, laquelle a brillé dans nos coeurs (2 Cor 4:6)

Le deuxième usage de la lumière, pour symboliser la justice, est déjà évident en Es. 5:20, où les habitants de Juda sont si pervertis moralement qu’ils “appellent le mal bien et le bien mal… changent les ténèbres en lumière et la lumière en ténèbres”. Dans les instructions éthiques que contiennent ses épitres, Paul emploie cette métaphore (voyez Eph 5:8-14; Rom. 13:11-14; 1 Thess 5:4-8; 1 Cor. 4:5).

 

Ce double usage de la symbolique de la lumière et des ténèbres se retrouve dans le quatrième évangile, en particulier dans quatre passages. Dans trois d’entre eux, l’emphase est indiscutablement placée sur la révélation de la vérité. Voyez par exemple le prologue de l’Evangile de Jean [2], en particulier les versets 4-5 et 9. Voyez aussi Jean 8:12 (un passage qui est connecté à la guérison de l’homme aveugle de naissance, cf. Jean 9:4-5) et Jean 12:35-36, 46 (voyez aussi Jean 11:9-10).

Dans ce dernier passage, cependant, une dimension morale peut être également discernée. Car l’effet de la lumière n’est pas simplement de donner la vue aux gens, mais de les rendre capable de marcher. Une conduite juste, et non pas simplement une vision claire, est le bénéfice que la lumière accorde.

Cela nous amène au passage de Jean 3:19-21, où la relation qui existe entre lumière et pureté, obscurité et méchanceté, est rendue explicite. Dans ce passage, l’homme selon Dieu, opposé à celui “qui fait le mal”, est décrit comme “celui qui vit selon la vérité”. Dans les Ecritures, la vérité, comme la lumière, possède une connotation morale. Nous ne sommes pas simplement appelés à connaître la vérité, mais à la pratiquer, de même que nous sommes pas seulement appelés à voir la lumière, mais à marcher en elle.

Dès lors, il n’est pas rare de voir ‘la vérité’ être opposée non à ‘l’erreur’ mais à ‘la méchanceté’ ou à ‘l’injustice’ (cf. Rom. 1:18; 2 Thess. 2:12).

 

Les implications morales de la lumière sont également apparentes en 1 Jean 2:8-11. Ici, l’affirmation est que “la lumière véritable parait déjà” (v.8). Cette lumière diffuse la justice et plus particulièrement l’amour. Une personne qui affirme “être dans la lumière” (v.9) ne peut en être créditée que si elle marche dans l’amour. Car “celui qui aimes son frère demeure dans la lumière”, là où “celui qui hait son frère est dans les ténèbres il marche dans les ténèbres, et il ne sait où il va, parce que les ténèbres ont aveuglé ses yeux.”

 

 

John R. W. Stott
Extrait de The Letters of John: An Introduction and Commentary, vol. 19, Tyndale New Testament Commentaries (Downers Grove, IL: InterVarsity Press, 1988), p. 75–77.

 

 

 

Notes et références :

 

[1] Voir par ex. Exod. 40:34–38; Ps. 104:2; 1 Tim. 6:16; Jas 1:17; 1 Pie. 2:9; AP. 21:23; cf. Ap. 22:5. Voir aussi Matt. 8:12; 22:13; 25:30.

[2] Dans le prologue, il existe une distinction entre le logos (la “Parole”) et Jean le Baptiste. Jean “n’était pas la lumière, il vint pour rendre témoignage à la lumière” (v.8). Il est vrai qu’en Jean 5:33-35, le témoignage du Baptiste envers la lumière est lui-même décrit comme une lumière auprès de laquelle les gens ont “voulu se réjouir une heure”. Cependant il n’était pas lui ‘la lumière’ mais “une lampe qui brûle et qui luit” (v.35)

 

 

 

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Guillaume Bourin est pasteur de l'Église réformée baptiste de la Trinité, à Montréal (Québec, Canada). Il s'intéresse particulièrement à l'exégèse et à l'intertextualité de l'Ancien Testament, à la théologie biblique, et à l’ecclésiologie. Guillaume est l'auteur du livre "Je vous purifierai d'une eau pure" : perspectives bibliques sur la régénération baptismale. Il est titulaire de deux masters en théologie (M.Div., Th.M., Southwestern Baptist Theological Seminary, USA) et il est actuellement candidat au doctorat à l'Université d'Aberdeen (Ecosse).