Dieu contrôle-t-il absolument tout ?

Commençons par une citation issue d’une confession de foi :

De toute éternité, selon le conseil très sage et très saint de sa volonté, Dieu a décrété en lui‑même, librement et immuablement, tout ce qui arrive ; de telle manière cependant qu’il n’est pas l’auteur du péché et n’a aucune communion avec le pécheur ; sans faire violence à la volonté de sa créature, et sans que la liberté, la contingence ou les causes secondes soient exclues mais qu’elles soient plutôt établies. Ce décret manifeste la sagesse de Dieu qui, librement, dispose de tout ce qui existe, de toute puissance et fidélité pour l’accomplir.

Confession de foi baptiste de Londres de 1689, chapitre 3, paragraphe 1

Ce paragraphe est l’un des plus concis et des plus clairs quant à la doctrine du déterminisme divin. Non seulement les théologiens réformés affirmaient-ils positivement que Dieu a tout déterminé, mais ils réfutaient les deux principales objections contre cette doctrine, à savoir qu’elle ferait de Dieu l’auteur du mal et qu’elle annulerait la responsabilité morale et la contingence des causes secondes.

Mais cette doctrine est-elle vraiment biblique?

L’Écriture affirme bien l’universalité du décret de Dieu lorsqu’elle déclare que nous avons « été prédestinés suivant la résolution de celui qui opère toutes choses d’après le conseil de sa volonté » (Ep 1.11). La Bible dit bien que « toutes choses » sont opérées d’après le conseil de la volonté de Dieu. Autrement dit, pas une seule chose n’a échappé à son décret (Es 46.10) : « J’annonce dès le commencement ce qui doit arriver, et longtemps d’avance ce qui n’est pas encore accompli ; je dis : Mes arrêts subsisteront, et j’exécuterai toute ma volonté. »

Dès que l’on affirme l’universalité des décrets de Dieu vient la question de la théodicée : Dieu peut-il être juste tout en décrétant le mal? L’Écriture affirme sans complexe que Dieu décrète le mal (Gn 45.5-8 ; Ex 14.4 ; Es 45.7 ; Am 3.6 ; Ac 4.27-28 ; Rm 9.17-18). Parallèlement, l’Écriture affirme que Dieu est absolument bon, qu’il n’aime pas le mal et n’a pas de communion avec lui (Es 61.8 ; Mt 5.48 ; Jc 1.13 ; 1 Jn 1.5).

Il est cependant important de comprendre que Dieu a tout décrété « sans faire violence à la volonté de sa créature, et sans que la liberté, la contingence ou les causes secondes soient exclues mais qu’elles soient plutôt établies ». Il s’agit de la doctrine du compatibilisme. C’est-à-dire que les décrets de Dieu sont compatibles avec le libre arbitre de l’homme et la contingence naturelle des événements.

Récemment, Guillaume Bourin et moi avons eu le privilège d’interroger Guillaume Bignon, qui vient de compléter son doctorat à la London School of Theology sur la question du déterminisme où il défend la thèse du compatibilisme : Dieu détermine tout sans être l’auteur du mal et sans que la responsabilité morale soit exclue.

Je crois que cette discussion aidera quiconque à mieux comprendre cette doctrine biblique et permettra au croyant de mieux articuler sa compréhension de Dieu.

 

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Pascal Denault

 

 

Pascal Denault est pasteur de l’Église évangélique de St-Jérôme. Il est titulaire d’une Licence (BA) et d’un Master en théologie (ThM) de la Faculté de théologie évangélique de Montréal. Pascal est l’auteur des livres Une alliance plus excellente (2016, Impact Académia), Solas, la quintessence de la foi chrétienne (2015, Cruciforme), et The Distinctiveness of Baptist Covenant Theology (2013, Solid Ground Christian Books).