« Là où deux ou trois sont assemblés en mon nom » – Focus sur un texte bien mal interprété

  • Article de Michael Patton publié sur son blog, Credo House, le 8 octobre 2012. Traduction : Elodie Meribault.

 

 

“Car là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis au milieu d’eux.”
(Matthieu 18.20)

J’étais tranquillement assis tandis qu’une jeune femme nous conduisait dans la prière. L’écouter était si dur que je m’en suis mordu la langue.  Attendez, je dois vous faire une confession : par le passé, j’ai eu tendance à être extrêmement critique quant à ce que disaient les gens et à la manière dont ils le disaient. J’analysais le moindre mot prononcé lors de prédications ou de prières. Sans doute un reste de ce côté « je-sais-tout » de jeune diplômé de l’institut.

À l’époque, si vous osiez dépasser ne serait-ce qu’un peu les limites, je devenais hara (de l’hébreu « courroucé », « furieux »). Mais j’ai appris à mettre ma hara de côté. J’ai compris. Je ne suis pas parfait. Vous n’êtes pas parfait. Personne n’est parfait. J’essaie de ressembler à mon héros, Martin Bucer, qui enseignait qu’il y a bien peu de choses qui devraient attiser notre hara. Mais ce jour-là, pendant la réunion de prière, je n’étais pas n’en étais plus vraiment certain. (Ok, il est vrai que, parfois, la prière peut devenir longue et ennuyeuse, mais c’est ici un autre sujet). 

J’étais donc assis là, au milieu de toutes ces personnes, faisant des « hmm… » et secouant la tête au moment opportun (du moins, je l’espère), lorsque, soudain, quelque chose a piqué ma hara. J’ai essayé de passer outre mais c’était trop difficile. Car cette dame a alors prononcé l’impensable… Je n’arrivais pas à croire qu’elle ait utilisé ce verset. C’était manipulateur, irresponsable et véritablement trompeur. 

 

Quel était son crime ? Elle avait utilisé le fameux stratagème du “là où deux ou trois sont assemblés en mon nom”. Elle avait tordu le sens des parles de Matthieu 18.20. Bien sûr, je parle ici de manière ironique. Elle n’avait, en réalité, aucune mauvaise intention. Elle avait tout simplement suivi la mode, l’interprétation que la plupart suit à propos de ce verset, qu’elle avait probablement entendu maintes et maintes fois par le passé. Et ne commencez pas à feindre d’être indignés, car vous savez très bien que nous l’avons tous fait.

Regardons ce verset de plus près.  

 

« Car là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis au milieu d’eux. »

Ces prières qui invoquent la présence de Jésus à chaque rassemblement sont choses courantes. Pourvu, cependant, qu’au moins “deux ou trois” soient rassemblés… Mais quelle est la signification de ce verset  ? Cela veut-t-il dire que Christ est davantage enclin à répondre à nos prières si nous prions en commun  ? Cela signifie-t-il que Christ est physiquement présent au milieu de notre réunion de prière, comme… un fantôme, une entité flottante  ? Après tout, peut-être est-il est là, et il nous tient la main.

Et puis, qu’est-ce que cela veut dire, de toute façon ? Comment cela, deux ou trois ? L’idée véhiculée est la suivante : il faut nécessairement plus d’une seule personne pour invoquer cette présence à la fois réelle et mystique de Christ. De cette idée, certains en ont même fait un sacrement.  

Et pourtant, ce n’est pas ce que signifie ce verset. Et, dans un certain sens, cela m’irrite un peu, car cela peut nous induire en erreur sur la puissance de Dieu et sur notre vie de prière.  

 

Matthieu 18:20, comme chaque passage des Écritures, s’inscrit dans un contexte. Et lorsque nous analysons ce contexte, nous découvrons que la péricope (la plus petite unité de pensée) dans laquelle s’inscrit ce verset commence au verset 15 : 

« Si ton frère a péché, va et reprends-le entre toi et lui seul. S’il t‘écoute, tu as gagné ton frère » (Matthieu 18:15). 

 

Notez que cette section indique la manière de s’adresser à un frère ou une sœur en Christ qui a péché contre vous. La première étape est d’y aller seul et d’aborder le problème. Il est impératif de ne pas divulguer publiquement les détails de la situation avant d’avoir pu discuter avec l’autre en tête-à-tête.

Notez bien l’ordre des événements. Le passage continue :  

« Mais, s’il ne t’écoute pas, prends avec toi une ou deux personnes, afin que toute l’affaire se règle sur la déclaration de deux ou de trois témoins. » 

 

C’est la deuxième étape. Si votre frère ou votre sœur ne se repent pas de ses péchés, vous devez faire appel à des témoins. Attention, cependant  : ces personnes ne sont pas des alliés censés assurer vos arrières dans le cas où les choses tourneraient mal. Elles doivent être des auditeurs objectifs qui écoutent de manière impartiale chacune des parties. Mais remarquez ici le nombre évoqué  : c’est là qu’est introduite la notion de « deux ou trois ». Il s’agit en réalité  d’une référence à la loi mosaïque :  

« Celui qui mérite la mort sera exécuté sur la déposition de deux ou de trois témoins; il ne sera pas mis à mort sur la déposition d’un seul témoin »
(Deutéronome  17.6).
 

 

Il s’agit d’un système de responsabilité. La loi de Dieu n’a jamais condamné une personne sans qu’elle n’ait droit à un procès équitable. Nous trouvons le même cas de figure dans Matthieu, où un frère ou une sœur accusé d’une offense quelconque. Dieu dit que si personne n’est à même de résoudre individuellement ce conflit, il faut faire appel à d’autres pour écouter chaque partie.   

C’est ainsi que nous en venons au dernier acte  : si la rencontre s’est avérée infructueuse, il faut porter l’affaire devant l’Église (pasteurs, collège d’anciens, etc.). Si la personne est estimée coupable par l’Église mais qu’elle ne se repent toujours pas de son péché, la discipline devient alors nécessaire. Pourquoi ? Car l’affaire a été conduite via un processus que Dieu a agréé.

« Deux ou trois » se sont rassemblés au nom de Jésus (c’est-à-dire selon sa volonté) et Jésus a été parmi eux (apposant un cachet d’approbation sur la décision prise). Mais cela ne veut pas dire que nous devions considérer ce processus comme ayant valeur de prophétie, comme s’il garantissait à coup sur une issue favorable. L’idée que Christ est au milieu de deux ou trois signifie simplement que l’on a mis en œuvre un processus qui est avalisé par Dieu. 

Au final, ce passage fait tout simplement référence à la discipline d’Église et la validation d’un processus par Christ. Il n’a donc rien à voir avec une présence mystique de Christ au moment d’une réunion de prière.  

Mais l’une des raisons pour lesquelles je suis devenu hara l’autre jour, c’est parce que cette idée peut être extrêmement trompeuse. Lorsque nous disons que Christ est présent lorsque nous prions à deux ou à trois, cela sous-entend une terrible chose concernant la prière individuelle  : Christ n’est pas là lorsque nous prions seul. Or, c’est faux. Christ n’est pas davantage présent dans une situation que dans une autre. Il ne vous entend pas mieux lorsque vous êtes entouré. Il n’est pas mieux disposé à écouter vos pleurs lorsque vous êtes au milieu de frères et soeurs. Pour que Christ tende l’oreille à vos prières, vous n’avez rien à faire de plus que ce que vous faites déjà. Il est au milieu de nous, car, étant omniprésent, il est toujours dans la présence immédiate de toute sa création. 

« Seigneur, tu as promis que lorsque deux ou trois sont assemblés en ton nom, tu es au milieu d’eux. Nous sommes rassemblés. C’est pour cela que nous t’appelons aujourd’hui pour nous bénir et exaucer nos prières. » Cette prière dans son essence-même est idolâtre. Posez-vous donc la question  : ne commettons-nous pas tous cette forme d’idolâtrie bien plus souvent que nous ne le pensons ? 

Cette prière mal interprétée pourrait bien ressembler à une formule d’incantation dénuée de tout pouvoir, à une manœuvre manipulatrice d’un système polythéiste qui dépend en permanence de la présence physique de ses dieux pour que les bénédictions arrivent.

Nous ne sommes pas limités par ces choses. Notre Dieu est tellement plus grand. Alors réfléchissons à deux fois avant de prier de la sorte. 

 

 

Le Bon Combat reçoit régulièrement des contributeurs invités. Retrouvez tous leurs articles en suivant ce compte !

  • Francine

    Encore un évangélique américain qui cède à la déplorable manie de vouloir se faire remarquer en sortant quelque chose d’inédit sur un verset, quitte à en torturer les mots et à offenser le bon sens le plus élémentaire. Prétendre regarder le verset de près et ne pas même citer celui qui précède !

    Je vous dis encore que, si deux d’entre vous s’accordent sur la terre pour demander une chose quelconque, elle leur sera accordée par mon Père qui est dans les cieux.

    L’enfant le moins déluré voit immédiatement que la discipline de l’Église est ici un sujet complètement étranger à la pensée que Jésus veut communiquer à ses disciples.

    L’auteur, qui ne manque de nous informer de sa grande familiarité avec le mot hébreu hara, le complète malheureusement pour lui par le japonnais kiri, sur le plan intellectuel.

    • F F (JésusSauve)

      Ok avec toi Francine ce récit évangélique américain m’as un peu déstabilisé moi qui emploie souvent ce verset car je ressens tellement la présence de Jésus lorsque nous sommes au moins 2 dans la prière. merci de préciser le verset qui le précède.
      Que le Seigneur te bénisse.

    • Mickaël P

      D’accord avec vous Francine. Effectivement le verset 19 semble ne pas être pris en compte.

      L’auteur semble mettre de coté la dimension de la prière de groupe et l’unité dans la prière. J’ai évidement bien besoins de prière seul, d’avoir une intimité avec le Seigneur, mais aussi j’ai besoin de prier avec mes frères et sœurs.

      PS: j’aime bien votre stéréotype « évangélique américain » je vois la grosse cravate club de 70 violette sur une chemise rayée jaune…

  • Mikaël S.

    Bonjour,

    J’ai tendance à penser comme l’auteur MAIS…

    Ce qui pose question dans cette analyse est que l’auteur cite le contexte, s’appuie sur le contexte, pour argumenter son propos. C’est très bien de de citer le contexte, de replacer les choses dans leur contexte. En effet, dans ce contexte précis, son argumentation tient la route… surtout si l’on ne tient pas compte de « car » (sans aller chercher bien loin). Chaque mot, chaque terme, chaque unité syntaxique a son importance, tout comme le contexte est essentiel, n’est-ce pas ?

    « Car », comme on nous l’a enseigné à l’école, est une conjonction de coordination dont le rôle est de créer un lien de cause à effet entre deux propositions INDEPENDANTES.
    En somme, ce qui se trouve à droite de « car » et ce qui se trouve à gauche de « car », sont deux propositions indépendantes. Grâce à ce mot de liaison, le « car », l’auteur se sert d’une proposition indépendante pour argumenter ce qu’il dit dans l’autre proposition indépendante.

    Certains isolent ce verset, en oubliant le « car », parce que (voire car) leurs expériences font écho à un certain mysticisme (comme dit l’auteur)… D’autres oublient le « car » tout en voulant s’appuyer sur le contexte. Mais ce qui nous intéresse, c’est ce que dit le texte. Et le texte mentionne « car ».

    On est d’accord que l’expression « assemblés en mon nom » ne semble pas présent ailleurs dans les écritures. Mais est-ce réellement une hérésie de citer indépendamment la seconde proposition ? (Ce que la grammaire nous autorise à penser.)

    Est-ce réellement faux de dire (sans même qu’il s’agisse d’une formule incantatoire) que « quand plusieurs personnes sont réunies pour prier, Dieu est au milieu d’elles ? (Non, d’ailleurs c’est ce qu’il dit en conclusion : « Il est au milieu de nous, car, étant omniprésent, il est toujours dans la présence immédiate de toute sa création » que l’on soit seul ou plusieurs.)

    L’auteur se base ensuite sur l’expression « deux ou trois » pour appuyer son idée qu’il s’agit nécessairement de la gestion d’une situation conflictuelle et que Dieu est au milieu de deux ou trois personnes chrétiennes réunies en son nom qui gèrent un conflit.
    Il utilise donc un autre passage (je n’ose pas dire un autre contexte…) dans lequel l’expression « deux ou trois » est présente. C’est très bien de vouloir éclairer un passage que l’on a du mal à comprendre par un passage que l’on comprend aisément.
    Du coup, oui. On peut comprendre son point de vue.

    Je veux bien croire que la traduction en français puisse ne pas être totalement fidèle à l’original. Je veux bien croire que la ponctuation et le découpage de nos Bibles actuelles ne soient pas non plus totalement fidèles à l’original.

    Alors, qu’en est-il du texte original ? Qu’en est-il de ce « car » ? Existe-t-il en grec ? (soit dit en passant, dans plusieurs autres traduction de ces mêmes versets, la King James par exemple, il n’est pas dit « deux ou trois », mais seulement « deux ».)

    Ce qui me gène, en revanche à la fin de l’argumentation est : « Lorsque nous disons que Christ est présent lorsque nous prions à deux ou à trois, cela SOUS-ENTEND une terrible chose concernant la prière individuelle  : Christ n’est pas là lorsque nous prions seul ». Et si cela ne sous-entendait rien ? Et si les personnes qui citent ce verset étaient aussi conscientes que Dieu est présent, partout et tout le temps, quel que soit leur nombre ?

    C’est bien maladroit de penser cela et un peu agressif vis-à-vis de ces personnes. Qui sommes-nous pour connaitre les pensées sous-entendues ?

    Là où deux ou trois sont assemblés en son nom, Dieu est au milieu d’eux. C’est l’auteur de cet article qui le dit. Il ne faut pas nécessairement penser que ceux qui citent ce verset hors-contexte formulent une hérésie. Il ne faut pas tirer d’enseignement de sous-entendus…

%d blogueurs aiment cette page :