C.S. Lewis et l’importance pratique de l’amitié pour l’Evangile

Article de Paul Gould, professeur de philosophie et d’apologétique à Southwestern Baptist Theological Seminary.

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La mort de l’amitié authentique est l’une des marques de cet âge numérique. Les relations d’aujourd’hui sont très largement pixélisées et se mesurent par la longueur d’une série Snapchat ou par le nombre de “J’aime” reçus sur Facebook.

Ce fléau de superficialité s’étend à mesure que nous oublions comment regarder l’autre dans les yeux, comment soutenir une conversation, ou tout simplement comment être ensemble. La conséquence n’est autre qu’une épidémie de solitude.

Or, la solitude n’est pas ce que Dieu avait en tête lorsqu’il nous a créés. Nous avons été créés pour connaître et pour être connus. Nous avons été créés pour être en relation avec d’autres : pères et enfants, mères et filles, mari et femme, amis et amours, Créateur et créature… Si l’amitié est un grand bien ayant une valeur intrinsèque, elle possède aussi un intérêt pratique.

Comme C.S Lewis le rappelle :

L’on peut affirmer que les amitiés possèdent un intérêt pratique pour la communauté. Chaque religion a commencé par un petit groupe d’amis. Les mathématiques ont vu le jour lorsque quelques amis grecs se sont réunis pour parler de nombres, de lignes, et d’angles. Ce qui est désormais la Royal Society (l’équivalent de l’Académie des sciences en France, ndt.) n’était à l’origine que quelques personnes se réunissant pendant leur temps libre pour discuter de choses dont eux et d’autres avaient un goût prononcé. Ce que nous appelons désormais le mouvement romantique consista un temps en Monsieur Wordsworth et Monsieur Coleridge parlant sans s’arrêter (enfin, surtout Coleridge) de leur vision secrète commune. [1]

Cette puissance pratique de l’amitié pointe à minima vers deux vérités.

Premièrement, nous nous développons au travers de nos relations avec les autres.
Comme Lewis le rappelle, “l’amitié n’est pas une récompense sanctionnant notre capacité à discriminer et notre bon gout dans notre manière de choisir l’autre. Il s’agit de l’instrument par lequel Dieu révèle à chacun la beauté de tous les autres.” [2] Nous avons été conçues comme des créatures sociales. Nos relations avec Dieu et avec les autres alimentent et enrichissent nos vies.

Deuxièmement, nous impactons le monde pour le meilleur (ou pour le pire) lorsque nous nous assemblons avec d’autres autour d’une cause qui transcende le simple individu.
“Les petits noyaux d’amis prêts à tourner le dos au ‘monde’ sont ceux qui le transforment réellement”. [3] Il nous faut prendre en compte cette aspiration profonde de l’être humain. Nous voulons tous que nos vies comptent. Paradoxalement, le plus grand impact que nous puissions avoir en cette vie se produit lorsque nous abandonnons notre quête d’auto-affirmation et d’auto-exaltation et trouvons joie et notre plaisir dans notre association avec d’autres autour d’une cause.

Existe-t-il une telle cause suffisamment importante pour susciter des amitiés authentiques et transformer le monde ? Oui, et c’est l’Evangile. Jésus nous invite à le rejoindre avec tous ceux qui le suivent afin de vivre une vie qui glorifie Dieu et qui nous remplisse tous.

 

Puissions-nous tous apprendre à être de meilleurs amis les uns pour les autres, car nous vivons pour une cause qui est plus importante que nous. Et en conséquence, que ce monde puisse changer pour le meilleur.

 

 

 

Notes et références

[1] C. S. Lewis, The Four Loves (New York: Harcourt, 1960), 100.

[2] Ibid., 126.

[3] Ibid., 101.

 

 

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Guillaume Bourin est pasteur de l'Église réformée baptiste de la Trinité, à Montréal (Québec, Canada). Il s'intéresse particulièrement à l'exégèse et à l'intertextualité de l'Ancien Testament, à la théologie biblique, et à l’ecclésiologie. Guillaume est l'auteur du livre "Je vous purifierai d'une eau pure" : perspectives bibliques sur la régénération baptismale. Il est titulaire de deux masters en théologie (M.Div., Th.M., Southwestern Baptist Theological Seminary, USA) et il est actuellement candidat au doctorat à l'Université d'Aberdeen (Ecosse).