8 critiques fraternelles adressées au pentecôtisme par Martyn Lloyd-Jones

Si vous êtes pentecôtiste, « rassurez-vous », ces critiques ne viennent pas cette fois d’un théologien non-charismatique. Loin de là. Martyn Lloyd-Jones croyait fermement en l’actualité de l’action surnaturelle de l’Esprit tel que classiquement compris par les milieux pentecôtistes. Comme Paul, il aurait certainement pu nous dire « Je rends grâces à Dieu de ce que je parle en langue plus que vous tous. » (1Co 14, 18).

Pourtant, vivre une foi où l’action de l’Esprit se manifeste ainsi n’a pas empêché Martyn Lloyd-Jones d’entretenir quelques réserves envers un mouvement pentecôtiste dont il apprécie par ailleurs le zèle.

Dans cette optique, le théologien britannique formule huit critiques qu’il aimerait que ses amis pentecôtistes prennent en compte et à propos desquelles ils réfléchissent. C’est notre souhait que ces huit critiques que Martyn Lloyd-Jones adresse au Pentecôtisme soient reçues dans un esprit fraternel avec pour résultat que la gloire soit toujours plus rendue au Seigneur.

**

1- Tout renouveau se doit d’avoir une base doctrinale saine.

Or, l’on constate souvent que là où l’unité et le renouveau sont proclamés, la minimisation de l’importance de la doctrine, de l’enseignement s’en suit (voir note 1). Le Saint-Esprit est l’Esprit de la Vérité et le renouveau ne sera que superficiel et de courte durée sans des bases doctrinales plus profondes que celles que le mouvement pentecôtiste semble avoir.

2- Les pentecôtistes mettent trop l’emphase sur ce qu’ils font et pas assez sur la liberté et la souveraineté de l’Esprit, qui vient et va comme il le souhaite.

« Les dons spirituels, » dit-il, « sont toujours contrôlés par le Saint-Esprit. Ils sont donnés, et l’on ne sait pas [, ne peut savoir et ne peut provoquer] quand ils vont être donnés » (voir note 2).
« Vous pouvez prier pour le baptême de l’Esprit, mais cela ne garantit pas que cela arrivera. C’est sous son contrôle. Il est le Seigneur. Il est un Seigneur souverain et il le donnera en son temps et à sa manière. » (voir note 3).

3- Les pentecôtistes insistent sur le parler en langues comme un signe du baptême du Saint-Esprit, mais:

« Il semble que l’enseignement de l’Écriture elle-même – en plus du témoignage évident de l’histoire de l’église – établit le fait que le baptême avec l’Esprit n’est pas toujours accompagné de dons particuliers. » (voir note 4).

4- Les pentecôtistes prétendent être capables de parler en langues à chaque fois qu’ils le souhaitent.

Cela, selon lui, va clairement à l’encontre de ce que Paul dit en 1 Corinthiens 14, 18 : « Je rends grâces à Dieu de ce que je parle en langue plus que vous tous. » Si Paul et les corinthiens pouvaient parler en langues à chaque fois qu’ils le voulaient, il n’y aurait alors aucune raison pour Paul de rendre grâce à Dieu de ce que la bénédiction des langues lui soit plus souvent donnée qu’aux autres (voir note 5).

5- Les expériences sont trop souvent recherchées pour elles-mêmes plutôt que dans le but d’être équipé afin de témoigner et rendre gloire à Christ (voir note 6).

« Le but n’est pas d’avoir des expériences pour elles-mêmes, mais bien d’être équipé pour diffuser et faire connaître Christ. » (voir note 7).
« Nous devons mettre à l’épreuve tout ce qui prétend être un mouvement de l’Esprit en termes de sa portée évangélisatrice. » (voir note 8).
« Le test suprême de tout qui prétend être une œuvre du Saint-Esprit est Jean 16, 14 : « Il me glorifiera. » » (voir note 9).

6- Les pentecôtistes peuvent trop facilement faire l’erreur de supposer que si une personne a de puissants dons, elle doit dès lors être un « bon chrétien », apte à diriger et enseigner.

Cela n’est pas vrai. Lloyd-Jones est tout à fait conscient que le baptême avec le Saint-Esprit et la possession de dons n’atteste nullement de l’aptitude morale de quelqu’un à servir ou parler pour Dieu. La condition spirituelle à Corinthe, en termes de sanctification, était mauvaise et pourtant il y avait beaucoup de manifestations de la puissance divine et des divers charismes.
« Le baptême avec le Saint-Esprit est principalement et essentiellement un baptême avec puissance […]. [Mais] il n’y a aucune connexion directe entre le baptême avec le Saint-Esprit et la sanctification (voir note 10) […]. C’est quelque chose qui peut être isolé, alors que la sanctification est un processus continuel et continu. » (voir note 11).

7- Les pentecôtistes ont tendance à s’intéresser davantage à leur ressenti, aux révélations ponctuelles et aux dons inhabituels qu’à l’exposé et l’étude approfondie et détaillée des Écritures.
Méfiez-vous, dit-il, de toute prétention à une « nouvelle révélation de la Vérité » (voir note 12). (Au vu de ce qu’il a dit au-dessus par rapport à la manière dont le Saint-Esprit parle aujourd’hui afin de guider et conseiller, il ne peut pas vouloir dire ici que toute communication directe de Dieu serait exclue, loin de là).

8- Les pentecôtistes encouragent parfois les gens à abandonner le contrôle de leur raison et à se « laisser aller ». Lloyd-Jones n’est pas d’accord. « L’on ne doit jamais se laisser aller » (voir note 13). Un esprit vide n’est pas préconisé par les Écritures (voir note 14). La gloire du Christianisme est que l’on peut « à la fois… être saisi et soulevé par l’Esprit tout en restant encore au contrôle » (voir 1 Corinthiens 14, 32) (voir note 15). L’on doit toujours être prêt à mettre à l’épreuve toute chose, puisque Satan et l’hypnotisme peuvent imiter les choses les plus remarquables (voir note 16).

 

)

Notes et références

  1. Murray, I.H., David Martyn Lloyd-Jones: The Fight of Faith 1939–1981, Edinburgh, Banner of Truth Trust, 1990, p. 687.
  2. Lloyd-Jones, D.M., The Sovereign Spirit: Discerning His Gifts, Wheaton, Harold Shaw, 1986, p. 153.
  3. Lloyd-Jones, D.M, Joy Unspeakable: Power and Renewal in the Holy Spirit, Wheaton, Harold Shaw, 1984, p. 77–78. Il illustre cette vérité avec l’épisode où Pierre et Jean guérissent l’homme au temple en Actes 3 (devant qui ils étaient sans doute passés de nombreuses fois auparavant), et avec celui où Paul est à Philippe : « Si l’apôtre avait le pouvoir d’exorcisme de façon permanente, pourquoi ne s’est-il pas occupé d’elle dès le premier jour ? » (The Sovereign Spirit, p. 155). Cela s’applique à tous les dons, y compris le parler en langues : « Ce n’est pas quelque chose, par conséquent, qu’un homme peut faire quand bon lui semble. » (The Sovereign Spirit, p. 156).
  4. The Sovereign Spirit, p. 53. Lloyd-Jones dit que c’est une erreur que de « confondre le baptême de l’Esprit avec les dons occasionnels de l’Esprit » (p. 117).
  5. The Sovereign Spirit, p. 152.
  6. Il est conscient qu’en 1 Corinthiens les dons sont largement destinés à édifier le corps de Christ. Cependant, il écrit : « Faites attention à l’ordre. Cela doit commencer dans l’église, qui est dès lors équipée afin de témoigner avec audace du Seigneur. Le Saint-Esprit n’est pas donné afin que l’on ait de merveilleuses expériences ou de fantastiques sensations en nous, ou même pour résoudre des problèmes psychologiques et autres pour nous. C’est certainement une partie de l’œuvre de l’Esprit, mais pas son but principal. Son but principal est que le Seigneur puisse être connu. » (The Sovereign Spirit, p. 130).
  7. Murray, I.H., David Martyn Lloyd-Jones, p. 693.
  8. The Sovereign Spirit, p. 129–130.
  9. The Sovereign Spirit, p. 106. Voir p. 111 et 113 pour le test « Jésus est Seigneur ».
  10. Joy Unspeakable, p. 137. Cependant il dit bien qu’il y a une connexion indirecte entre le baptême avec le Saint-Esprit et la sanctification. Dans le baptême avec le Saint-Esprit, nous voyons le Seigneur plus clairement encore et devenons plus immédiatement assurés de sa réalité et de sa puissance glorieuse. Cette vue de sa gloire fonctionne habituellement comme une sorte de « boost » pour le processus de sanctification. « Sa sanctification, tout à son propos, est stimulé de la manière la plus extraordinaire et étonnante. » (p. 144).
  11. Joy Unspeakable, p. 140.
  12. The Sovereign Spirit, p. 77–79.
  13. The Sovereign Spirit, p. 71. Voir p. 78.
  14. The Sovereign Spirit, p. 72.
  15. The Sovereign Spirit, p. 74. Voir p. 151–158, « C’est la gloire de la façon d’agir du Saint-Esprit – elle dépasse notre compréhension, et pourtant la raison peut tout de même être utilisée » (p. 158).
  16. The Sovereign Spirit, p. 66. En exerçant notre raison à mettre à l’épreuve les esprits (1 Jn 4, 1), nous devons réaliser qu’il n’est pas suffisant de dire qu’une personne aime Christ encore plus à cause de l’expérience. L’on se doit de continuer à mettre à l’épreuve leur comportement et leur doctrine par l’Écriture (p. 116).

Traduction, réécriture et adaptation d’un extrait de l’article suivant : http://www.desiringgod.org/messages/a-passion-for-christ-exalting-power

 

 

 

Né en 1992, Timothée Davi est détenteur d'un Master en Théologie Fondamentale de la Faculté de Théologie Protestante de Strasbourg. Sa thèse de Master portait sur l'évangile de Jean. Passionné tant de la Bible et des langues bibliques que de la théologie systématique (exposé de la foi) et de l'apologétique (défense de la foi), Timothée aime écrire et partager sur divers sujets relatifs aussi bien à la foi qu'à la société en vue de l'édification des chrétiens.

  • Merci Timothée pour nous rapporter ces réflexions utiles (d’autant plus venant d’un Pentecôtiste comme toi).
    J’aurais juste une difficulté avec le point 4. Je ne pense pas qu’1 Corinthiens 14.18 doive être compris de manière littérale, dans le sens que Paul prierait plus souvent en langues que les Corinthiens : il me semble que la formule est hyperbolique pour signaler simplement que Paul, dans sa piété personnelle, valorise le parler en langues au moins autant que les Corinthiens. Mais que (verset suivant) « dans l’Eglise » il préfère se passer du parler en langues. Il est donc, à mon avis, difficile de tirer de ce verset une indication concernant le fait qu’on puisse ou pas décider de mettre en oeuvre un don, quand bon nous semble. 1 Corinthiens 14 suggère d’ailleurs l’inverse : Paul insiste sur le fait que la pratique des dons n’est pas incontrôlable. Il est possible d’exprimer les dons de manière ordonnée, de choisir de parler en langues ou de se taire. Certes, l’Esprit dispense ses dons de manière souveraine, comme il le souhaite (1 Corinthiens 12). Mais la mise en oeuvre de ces dons implique une collaboration (difficilement explicable) entre l’Esprit de Dieu et la personne humaine, avec sa volonté et sa liberté : « l’e/ESprit des prophètes est soumis aux prophètes » (1 Corinthiens 14.32).

    • Timothée Davi

      Merci pour ta remarque pertinente Timothée. En effet, je n’avais pas pensé à ce verset de cette façon !

    • Dogstone Laurent

      merci pour cette remarque, je pense la même chose…. 😉

  • Jean-Luc Burnod

    La plupart de ces mises en garde pourraient également s’adresser aux différents rassemblements charismatiques.

    Je mettrais moi aussi un bémol à l’interprétation de 1 Cor. 14:18 au point 4. L’enseignement de Paul laisse entendre que les dons sont soumis à ceux qui les ont reçus, ce qui veut dire qu’il possible de choisir de se taire ou de parler, mais ça ne veut pas dire que les dons seraient intermittents ou aléatoires.

    Le point 5 appelle fort justement à la vigilance sur les motivations (enfantines ou matures) qui sont à l’oeuvre dans l’exercice de ces dons. Dans son épître aux Corinthiens Paul appelle à la maturité, mais sans douter de la réalité des dons reçus par les lecteurs de sa lettre. S’éclater tout seul avec son don au milieu de la foule n’est évidemment pas une preuve de maturité spirituelle… Cependant il existe aussi des « dons » provenant de sources « polluées » et il est effectivement important de tester ces esprits pour manifester si le Christ est réellement glorifié par eux.

    Ceux qui encouragent à se « laisser aller » ou même à « faire le vide » appliquent des méthodes qu’on retrouve dans les disciplines orientales et le new age. C’est la meilleure façon de laisser la place au Ki (ou tchi), une puissance de contrôle qui est à l’oeuvre dans les arts martiaux et la magie thérapeutique orientale. La différence fondamentale entre l’esprit du monde et la véritable onction se situe précisément dans la liberté qui se trouve là où l’Esprit du Seigneur est Présent (2 Cor. 3:17.). Si nous sommes « en Christ » nous ne sommes pas sous emprise, mais dans la liberté. Liberté de choisir et aussi liberté de faire confiance à Celui qui ne nous donnera pas un serpent quand on lui demande l’Esprit (Luc 11:11-13.)…