Crise Identitaire

Nous avons précédemment pu réfléchir sur la définition de l’évangile. Il serait maintenant opportun de réfléchir un peu sur l’appellation “évangélique” (et non “évangéliste” comme le font souvent les médias de façon polémique pour ajouter la connotation négative des “télé-évangélistes” américains).

Lorsque l’on observe le monde évangélique francophone, nous pourrions être pris de vertiges et surpris à cause de l’écart doctrinal qui sépare certaines franges du mouvement évangélique. On pourrait même se demander si ce terme n’a pas perdu toute sa pertinence originale, à savoir dans son émergence au sein du combat contre la frange libérale du protestantisme au XXe siècle.

Comment devrions-nous alors définir le terme “évangélique” ?

Par exemple, est-ce que le mouvement évangélique devrait être défini par le CNEF ?

Si c’est le cas, il est possible que beaucoup d’organisations ne pourraient plus porter l’appellation “évangélique”.

En effet, lorsque nous lisons le texte écrit contre l’évangile dit de « prospérité » (Théologie de la prospérité, BLF Europe, 2012), nous y trouvons certaines prises de position qui ne sont pas nécessairement acceptées par certains courants dit  “évangélique” . Voici un extrait de ce document à propos de la “foi ” :

La foi, dans la perspective biblique, n’a de sens que dans le cadre d’un vis-à-vis personnel entre Dieu, pleinement reconnu comme Dieu, et le croyant. Toute conception de la foi comme une loi qui posséderait en elle-même la clé de son efficacité s’écarte de la vision biblique. L’accent unilatéral sur la parole de foi, dont l’efficacité réside en sa propre force d’affirmation, peut conduire à avoir « foi en la foi » plutôt que d’avoir « foi en Dieu ». Dans l’enseignement de Jésus sur la prière, Dieu reste toujours Dieu,  Seigneur, et décideur ultime. Jésus invite à une foi qui est relation de confiance. Lorsqu’il parle de la réponse à la prière, celle-ci appartient à Dieu comme fruit de sa décision (Mt 6 :8 ; 7 :11). Toute conception de la foi qui imposerait à Dieu sa décision ou son action, ou qui l’obligerait à agir à cause de la vertu propre de la prière s’apparente à la « prière des païens », qui compte, non sur Dieu, mais sur l’efficacité propre de la prière humaine, par sa formulation ou sa répétition (Mt 6 :7).

Une telle réflexion sur la foi est quasiment opposée à la conception de certains mouvements évangéliques. Beaucoup de personnes pensent uniquement, en parlant de l’évangile de prospérité,  aux cas les plus extrêmes.
Mais  il ne faut pas se méprendre, les mouvements tels que Bethel, New Apostolic Reformation, Joyce Meyer … font aussi partie de cette mouvance.  Il est clair qu’ils n’accentuent pas tous les mêmes choses, mais les points communs de tous ces mouvements sont entre autres 1) la nécessité de l’expérience d’une eschatologie déjà réalisée (c’est à dire le fait d’exiger pour maintenant ce que la Parole de Dieu promet pour l’éternité, lors du retour de Jésus-Christ), 2) une emphase culpabilisante sur le  lien quasi-mécanique qu’il existerait entre la foi et les signes et miracles, et enfin 3) une vision anthropocentrée de l’œuvre de la croix et de ses bénéfices (compréhension du salut au travers des lunettes de mes désirs et mes ambitions).

Mon but ici n’est pas de faire un procès, mais  de souligner simplement que le terme  “évangélique” peut être piégé, car, dans son usage quotidien, il ne possède pas de colonne vertébrale doctrinale qui pourrait lui donner un sens stable dans lequel je pourrais me retrouver. Mais peut-être est-ce trop demander ?

Dans un tout autre registre, est-ce que certains mouvements évolutionnistes qui prônent la notion d’inerrance limitée peuvent toujours être considérés comme “évangéliques” ? L’inerrance limitée (La Bible serait uniquement vraie lorsqu’elle parle de choses qui concernent la foi) est un enfant du libéralisme du XXe siècle, mais en aucun cas une catégorie biblique respectueuse de l’enseignement biblique.
Or la déclaration de Foi du CNEF  souligne :

L’Écriture Sainte est la Parole infaillible de Dieu, autorité souveraine en matière de foi et de vie

Dbible2e plus, le CNEF possède la Déclaration de Lausanne comme Texte de référence qui stipule :


Nous affirmons l’inspiration divine, la vérité et l’autorité de l’Écriture, de l’Ancien et du Nouveau Testament, dans sa totalité. Il n’y a point d’erreur dans tout ce qu’elle affirme. Elle est la seule Parole écrite de Dieu et l’unique règle infaillible de foi et de vie. Nous affirmons aussi que cette Parole est puissante pour accomplir le dessein de salut de Dieu. Le message de la Bible s’adresse à l’humanité entière car la révélation de Dieu en Christ, telle que nous la trouvons dans l’Écriture, ne saurait changer. Par elle, le Saint-Esprit continue à nous parler aujourd’hui; dans chaque culture, il illumine l’intelligence du peuple de Dieu afin qu’il perçoive personnellement et de façon nouvelle la vérité divine et qu’il révèle ainsi à l’Église entière la sagesse infiniment variée de Dieu.

 

Nous pourrions continuer sur d’autres thématiques doctrinales telles que les doctrines de la substitution pénale (la mort de Jésus-Christ à notre place), de la condamnation de l’enfer ou de la dépravation de l’homme qui sont des points centraux pour une saine compréhension de l’évangile ; mais qui quelques fois souffrent d’une certaine confusion dans les églises qui pratiquent une forme de cure d’âme dans la vague de la psychologie positive actuelle,  du coaching et du développement personnel. Il est vrai que ces approches savent caresser les oreilles de notre âme idolâtre et  qu’elles peuvent être très lucratives, mais ce n’est pas l’évangile de Jésus-Christ.

Je suis d’accord que la critique est aisée mais l’art est difficile. Néanmoins, lorsque je considère cette si grande diversité, j’ai bien peur que le terme “évangélique” ne soit devenu un terme  nébuleux où la précision doctrinale, telle qu’elle nous est enseignée dans la Bible, soit rejetée.

Je me demande si le “monde évangélique” ne court pas alors vers une crise identitaire où ceux qui voudront approfondir la Parole pour grandir dans la connaissance de la grâce manifestée en Jésus-Christ seront rejetés car ils feront “tâche” dans cette vague pluraliste dont l’énorme diversité doctrinale permet à tous de se sentir chez soi. Tout en disant cela, je suis conscient que  les doctrines ne possèdent pas toutes la même importance quant à la préservation ou non de la définition de ce qu’est l’évangile (voir en particulier l’article de Don Carson dans le Themelios 39:2). Mais les points abordés précédemment (inerrance de la Parole, l’oeuvre du salut accomplie en Christ et ses conséquences) ont une incidence sur la préservation, ou non, de ce qu’est l’évangile.

Est-il juste de vouloir sacrifier la clarté biblique de l’évangile, qui devrait être le fondement exclusif de la définition du terme  “évangélique” , sur l’autel de la soi-disant diversité que devrait refléter le corps de Christ ? Certains diront peut-être que ma réflexion sur le terme “évangélique”  est bien trop minimaliste et étriquée. Néanmoins, dans notre témoignage vis à vis du monde, nos contemporains risquent de définir ce qu’est l’évangile avec ce que disent et font les “évangéliques”. Paul avait déjà anticipé d’une certaine manière cela lorsqu’il demande aux églises de ne pas accepter les fausses doctrines contraires à l’évangile, tel que lui le définit dans ses épîtres. Le corps de Christ possède effectivement une diversité (1 Cor 12), mais il ne doit pas en avoir dans sa définition première de ce qu’est l’évangile…il nous suffit de relire l’épître aux Galates pour en être convaincus !

Certains trouveront que je suis peut-être un peu trop radical. Néanmoins, une fois encore, la réalité veut que le terme “évangélique” fasse directement appel à la notion de “l’évangile” du point de vue sémantique. Et donc, si des “évangéliques” annoncent un évangile différent que celui qui est prêché dans la Bible, est-ce qu’ils ne mettent pas en danger la juste compréhension de ce qu’est réellement la bonne nouvelle du Christ mort et ressuscité  ?

Je comprends tout à fait que dans l’histoire de l’Eglise, certains termes soient utilisés pour définir une  tradition particulière. Mais ce qui est gênant ici, c’est qu’il me semble que l’on assiste à une prise d’otage du terme “évangile” du fait que ce dernier sera nécessairement défini d’une façon ou d’une autre par les personnes qui se disent “évangéliques”. Le terme “évangile” possède, comme nous l’avons vu, une définition particulière et précise.
C’est d’ailleurs pour cela que nous avons assisté à la naissance de la Gospel Coalition aux Etats-Unis. La motivation première était de pouvoir revenir à une juste définition de ce que désigne le terme « évangile », et donc par extension le terme “évangélique” (http://thegospelcoalition.org/evangile21/a-propos/documents-fondateurs/).

Alors que faire ? Personnellement, je prie pour un réveil et une réforme (au sens réformé du terme) de l’église locale en France. Je crois que nous devons nous réapproprier la Parole de Dieu dans l’étude et la prière (sola scriptura). Je suis aussi convaincu que la France a besoin de retrouver son héritage calviniste du XVIe et XVIIe siécle.holiness

L’héritage “réformé” est souvent méconnu du milieu évangélique français, et il est même parfois assimilé à quelque chose de rigide, peu pratique et contraire à l’action du Saint-Esprit.
Ceci est en fait une malheureuse conséquence d’un mélange de  suffisance  et  d’ignorance de la part de beaucoup d’églises évangéliques. L’héritage de la réforme est important, car il souligne entre autre l’importance de la centralité de la Bible dans notre vie et l’oeuvre de médiation inégalable accomplie par Jésus-Christ.
De plus, voici cinq arguments (et ceci est loin d’être exhaustif) pour lesquels cet héritage  est important face à certains excès qui peuvent être observés dans le milieu dit “évangélique”.

1) Une vraie réponse face à la souffrance :

Nous savons, en effet, que, si cette tente où nous habitons sur la terre est détruite, nous avons dans le ciel un édifice qui est l’ouvrage de Dieu, une demeure éternelle qui n’a pas été faite de main d’homme.  (2 Cor 5 :1)

Un des sujets les plus difficiles est celui de la souffrance, de la maladie et de la mort. La Bible nous encourage à comprendre que Dieu est totalement souverain  au sein de la maladie et de la souffrance. Dieu n’est jamais pris au dépourvu ou surpris lorsqu’une personne est malade et souffrante. Il demeure souverain dans la situation. La maladie, la mort ne sont pas des choses qui le dépassent. Elles sont certes des conséquences de son jugement à cause de notre péché en Adam, mais Dieu reste souverain. Cette compréhension de la souveraineté de Dieu est la seule réponse qui apporte un vrai réconfort lorsque nous sommes touchés par la maladie, car alors nous savons que Dieu demeure maître de la situation et que, lorsqu’il reviendra, il nous délivrera de toutes nos souffrances.

(cf.  Donald Carson, Jusques à quand ?, Excelsis (2005) ….)

2)  Un vrai appui au sein de l’évangélisation :

Car je n’ai point honte de l’Évangile: c’est une puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit, du Juif premièrement, puis du Grec (…). (Rom 1 :16)

Beaucoup de personnes s’appuient souvent de façon consciente ou inconsciente sur leur méthodologie, leur connaissance, leur don de communication pour garantir un certain succès  au sein de l’évangélisation. Une vision calviniste de la doctrine du salut, qui représente, je le crois, la meilleure formulation de la doctrine du salut et de la médiation accomplie en Jésus-Christ, permet de pouvoir se reposer totalement sur la grâce de Dieu, l’œuvre du Saint-Esprit et la puissance du message de l’évangile pour l’évangélisation. Le salut est une œuvre pleine et entière de Dieu et nous ne sommes que les voix  par lesquelles Dieu veut répandre son évangile.

(cf.  Greg Gilbert, Qu’est-ce que l’évangile ?, IBG (2012)…)

3) Une vision biblique et  réaliste du cœur humain :

Vous étiez morts par vos offenses et par vos péchés, dans lesquels vous marchiez autrefois, selon le train de ce monde, selon le prince de la puissance de l’air, de l’esprit qui agit maintenant dans les fils de la rébellion. (Eph 2 :1-2)

Il est important de comprendre la profonde perdition du cœur humain et le caractère irréversible de sa corruption pour apprécier à sa juste valeur la profondeur de l’œuvre accomplie par Dieu en Christ et appliquée lors de notre nouvelle naissance. Si vous possédez une vision de l’homme naturel assez mitigée, c’est-à-dire qu’il n’est pas totalement mauvais et qu’il est donc capable d’une certaine manière de mettre sa confiance en Dieu, alors vous sous-estimerez à la fois la valeur de l’offrande de Christ à la croix et la profonde réalité de la nouvelle naissance. Mais aussi vous aurez du mal à comprendre la dynamique qu’il existe entre la persévérance de la foi et la grâce de Dieu.

(cf. John Piper, 50 raisons pour lesquelles Jésus doit mourir, Europresse (2004)…)

4) Une démarche homilétique (prédication) au sein de laquelle l’église locale sera vraiment nourrie et édifiée :

L’homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu.  (Matt 4 :4)

Si vous voulez que les églises locales soient nourries et croissent dans la grâce, il n’y pas d’alternative : La Parole doit être prêchée. Bien que cela paraisse simple, il n’en demeure pas moins que beaucoup de prédicateurs ont troqué une prédication rigoureuse et suivie de la Bible pour des exposés de leur vision, de leur ressentis, de leur préférences… . Pourtant, l’église ne vivra pas de croissance sans une prédication persévérante et droite de la Parole de Dieu.

(cf. Bryan Chapell, Prêcher, Excelsis (2009) ; Mark Dever, l’Eglise : un bilan de santé, Clé (2009)…)

5) Une « vraie » vision pour notre jeunesse :

(…) car Christ est ma vie, et la mort m’est un gain. (Phil 1 :21)

Certains prédicateurs essaient souvent d’encourager la jeunesse dans le service en la poussant à réfléchir à de grands projets pour notre Dieu. Cependant le raisonnement biblique est tout autre : considérons d’abord la grandeur de Dieu pour en être des humbles  missionnaires. En fait, si vous voulez voir les jeunes de vos groupes de jeunes  passionnés pour Dieu…il faut simplement les encourager à avoir une réelle vision biblique  de la Gloire de Dieu et une passion pour celle-ci. Car c’est lorsque nous prenons conscience qu’il n’existe rien de plus important dans l’univers que la Gloire et l’honneur de notre Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit, que notre cœur, alors submergé par tant de grandeur et de beauté, ne peut que s’engager dans une voie où nous désirons que la primauté de la Gloire de Dieu soit manifestée. Et cela que ce soit dans nos études, au travail, dans nos relations, dans nos ambitions, dans notre sexualité, dans nos loisirs…. .

(cf. John Piper, Et si je ne gâchais pas ma vie, La Maison de la Bible (2006)…)

 

Je suis convaincu que notre pays de France  ne pourra  vivre un réveil authentique que si nous  retournons ad fontes, à la source.
C’est-à-dire à la l’étude et la proclamation de la Parole de Dieu avec l’assistance du Saint-Esprit et cela dans la prière et la pieté. Le mouvement de la Réforme et le mouvement puritain avaient vécu cela et nous avons tous à y gagner en apprenant de leur expérience passée.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je suis marié, et le Seigneur nous a fait la grâce d’avoir trois enfants. Je suis actuellement Pasteur Stagiaire sur Montréal. Je suis passionné par le Nouveau Testament, la théologie systématique et l’herméneutique. J’affectionne particulièrement les écrits des réformateurs, de Cornelius Van Til, Vern Poythress, John Frame, Greg Beale et John Piper.

  • Agnès

    Combien je vous remercie pour cet article qui dit exactement ce dont mon cœur aspire ………..et ce pour quoi je prie ……..pour nos églises en France
    Merci ……

  • Théodore

     » L’inerrance limitée (La Bible serait uniquement vraie lorsqu’elle parle de choses qui concernent la foi) est un enfant du libéralisme du XXe siècle, mais en aucun cas une catégorie biblique respectueuse de l’enseignement biblique. »

    Et pourtant, elle fut défendue bien avant l’émergence du libéralisme, par Augustin, et à sa suite, Luther. L’Église Romaine acceptait cette position depuis longtemps.

    • Cher Theodore,
      Il est important de noter que notre attitude vis-à-vis des écritures est d’abord dictée par les écritures elles-mêmes (témoignage interne). Ainsi, La Bible est claire quant à son inerrance. Aucune exégèse digne de ce nom ne pourra contredire cela.

      Certains disent que c’est un raisonnement circulaire et donc non recevable. Néanmoins, cette réflexion est irrecevable vis-à-vis du statut même des écritures comme « parole de Dieu ». Lorsqu’une chose possède un caractère normatif, elle devient l’ultime source de sa normativité. Un raisonnement similaire peut être appliqué vis-à-vis de la loi de non-contradiction en philosophie que tout le monde accepte et utilise.

      Vis-à-vis de cette problématique, il est fondamental de lire les écrits de C. Van Til qui souligne avec justesse et finesse que même les lois de la logique ne sont pas ultimes en elles-mêmes, c’est-à-dire qu’elles ne sont pas autonomes vis-à-vis de Dieu. Mais la loi de non-contradiction est une expression de la cohérence interne qui définit le Dieu trinitaire créateur du ciel et de la terre.

      Maintenant, l’utilisation de l’héritage du libéralisme se veut avant tout historique, car lorsque l’on prend le temps de lire Bultmann ou Ricœur, on se rend compte qu’une telle attitude vis-à-vis des saintes écritures joua un rôle important pendant cette période. Les deux premiers numéros de Hokma traitent de cela (articles de H. Blocher) et sont très édifiants. Le rapprochement se veut avant tout dans le fait de la proximité temporelle des deux mouvements. Je pense que celui qui se dit évangélique et qui ne croit pas à l’inerrance des écritures entretiendra toujours des contradictions dans sa propre herméneutique.

      Enfin, concernant Augustin, voici ce qu’il dit :

      For it seems to me that the most disastrous consequences must follow upon our believing that anything false is found in the sacred books: that is to say, that the men by whom the Scripture has been given to us, and committed to writing, did put down in these books anything false. . . . For if you once admit into such a high sanctuary of authority one false statement . . . , there will not be left a single sentence of those books which, if appearing to any one difficult in practice or hard to believe, may not by the same fatal rule be explained away, as a statement in which, intentionally, . . . the author declared what was not true
      (Letter XXVIII.3 in Nicene and Post-Nicene Fathers edited by Philip Schaff (Peabody: Hendrickson, 1999), 1:251–52)

      Ensuite concernant Luther (Larger Catechism) :

      For these words had to abide and come true, since God cannot lie or deceive. Only let not the devil and the world deceive you with their show, which indeed remains for a time, but finally is nothing.
      Let everyone be careful not to regard this as if it were spoken by man… The world does not believe this at all, and does not recognize it as God’s Word. For the world sees that those who trust in God and not mammon suffer grief and want and are opposed and attacked by the devil…We must hold on to these words even in the face of this apparent contradiction, and learn that they neither lie or deceive but will yet prove to be true… These words stand and prove to be true since God cannot lie or deceive
      (http://www.ccel.org/ccel/luther/largecatechism.pdf (cf.p.9))

      Dans cette dernière citation, Luther, en utilisant la notion de promesse avec des exemples bibliques, souligne effectivement que la Parole de Dieu est vraie car Dieu, son auteur, ne peut pas mentir.

      C’est aussi ce qui transparaît clairement lorsqu’on lit Jean Calvin.

      Bref, mon sujet n’était pas sur l’inerrance. Si c’était le cas, j’aurais utilisé premièrement le témoignage interne des écritures et ensuite les positions qui ont jonché l’histoire de l’église, y compris les hérésies pour montrer les dangers du rejet de l’inerrance biblique. L’avis de Saint Augustin ou des réformateurs ne possède pas d’autorité en tant que telle dans la position protestante…ni évangélique d’ailleurs. Ils sont importants à considérer, mais ils ne sont pas normatifs.

  • Très bon !

    Mais je me demande dans quelle mesure le mouvement spirituel que cet article appelle de ses vœux devrait ressembler à celui de la réforme du 16° siècle. Celle-ci a été une réponse à une situation historique qui était la sienne, et qui me semble bien différente de la nôtre.

    Il existait au temps de Calvin un système ecclésiastique oppressif qui avait verrouillé l’accès au pur Évangile, à la Parole de Dieu, et partant au salut. La réforme a été une révolution comparable aux débuts du christianisme à Jérusalem : les protestants sont sortis du papisme romain, comme les premiers chrétiens sont sortis du judaïsme pharisien.

    Or aujourd’hui, dans le monde occidental chrétien, le pouvoir séculier des religieux a disparu. Une Bible s’acquiert pour trois sous ; les commentaires bibliques sont foison ; chacun peut aller au culte sans être inquiété. Par conséquent, il me semble que si Dieu devait envoyer un souffle nouveau dans nos églises, il mettrait en relief d’autres aspects de sa personne et de sa gloire que ceux qu’il fit éclater au temps de la sortie du moyen-âge.

    La souveraineté de Dieu a été l’arme absolue appropriée contre le romanisme qui s’était arrogé le pouvoir de décider en avait assez fait pour entrer au ciel. Dans nos églises évangéliques, personne ne conteste à Dieu le privilège exclusif de sauver puisque tout le monde est automatiquement sauvé, s’il est réellement évangélique.

    Je suis plus que d’accord sur la pertinence de revenir à l’héritage calviniste et de le faire fructifier. Mais quand on lit ces pasteurs réformés du 16°, on doit constater que la souveraineté de Dieu n’est pas le seul leitmotiv de leurs sermons. Il y est question aussi de la sainteté de Dieu et de la crainte qu’on doit en avoir. Or là, il faut bien avouer que dans nos églises nous n’avons que de pauvres pécheurs sauvés par grâce, mais qu’aucun d’eux n’est jamais menteur, voleur, glouton, paresseux, vaniteux, orgueilleux, calomniateur, amateur de première place… et que le seul fait soupçonner le contraire serait un procès d’intention.

    Je me demande donc si le caractère dominant d’un éventuel réveil, que seul Dieu peut susciter, ne serait pas plutôt une vision nouvelle de sa sainteté ; un appel, non à sortir des églises évangéliques comme les protestants sortirent du système romain, mais une impérieuse injonction à purifier le temple du Seigneur.

    Alors les décibels infernaux des guitares cornues laisseraient la place aux accents célestes de la lyre et des chœurs, alors la bafouille de vingt minutes à que je t’encourage un petit peu mon frère une fois, éteindrai son micro, pour laisser retentir une heure de prédication vigoureuse, qui nous ferait trembler à salut, et dont on sortirait transportés.

    • Amen !
      Je ne peux que souscrire au fait que l’Eglise doit aussi se réapproprier la vérité essentielle de ce que signifie la « sainteté » de Dieu et la pratiquer dans toutes les parties de sa vie. La Gloire de Dieu, si chère à mon coeur, est inséparable de Sa sainteté.

      Dan S.

      « Que veux-je, sinon qu’il flamboie ! » (Farel)

  • Patricia

    Je suis tout à fait d’accord avec les propos de Claude lorsqu’il dit que nous avons besoin d’une vision nouvelle de sa sainteté. Je peux vous dire que je suis arrivée à la même conclusion cette année. Nos églises québécoises ont aussi besoin de se rappeler que Jésus n’est pas que l’agneau de Dieu (pour nous pauvres pécheurs sauvés par grâce) mais il est aussi le lion de Juda.

  • Agnès

    Oui , Patricia et Claude ………..moi aussi je suis d’accord avec vous que nous avons besoin d’une vision nouvelle de la sainteté de Dieu ds nos églises et ……..de la pratiquer ds toutes les parties de nos vies.

  • Merci infiniment Daniel pour cet article. Il y a quelques années, notre église, soucieuse de s’engager vers un nouveau cap, a fait le choix d’éliminer le beau terme d ‘évangélique de son appellation officielle. Pour certains, le mot ne renvoyait plus qu’à certains milieux extrêmistes volontiers mis en avant par les médias et dont il fallait se démarquer. A titre personnel, j’ai considéré que le terme n’était plus utile, dans la mesure où il ne circonscrit plus de façon claire depuis longtemps déjà.
    Je souscris entièrement à votre dernier paragraphe, avec un bémol toutefois (compte-tenu de mon expérience personnelle): il faudrait que les confessants de ce pays se rendent enfin compte que la première tâche est de créer des églises locales!!

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