Comment un Dieu hors du temps peut-il créer dans le temps ?

 

Dieu créa-t-il le monde en 6 jours selon son temps à Lui, ou selon notre temps à nous? Autrement dit, est-ce que Dieu créa le monde à partir de son éternité ou dans la dimension du temps?

Si l’on veut affirmer à la fois que Dieu créa le monde en 6 jours et que ces 6 jours représentent approximativement 24 x 6 heures terrestres, il faut nécessairement que Dieu ait créé le monde à l’intérieur du temps et non pas à l’extérieur de celui-ci (c’est à dire, dans son éternité).

Un problème demeure cependant.  Le temps, n’est-il pas lui aussi créé avec le monde ? Et en effet, il l’est.  Car le temps doit avoir été créé en dehors du temps, puisqu’il n’existait pas encore au moment où Dieu le créa. Ainsi, Dieu créa le temps en dehors du temps.

Puisque le temps est créé avec le monde, on pourrait vite conclure que la création du monde s’est donc aussi faite en dehors du temps.  Dans un tel cas, on ne pourrait plus affirmer que les 6 jours de la création signifient 24 x 6 heures terrestres.  Si on voulait leur donner un sens du point de vue de Dieu, ils représenteraient “6 jours de l’éternité”.

Et combien d’heures terrestres cela fait?

Avec ce genre de raisonnement, on arrive à la conclusion que les 6 jours de la création ont un sens pour l’homme, mais pas tellement pour Dieu.  Des raisonnements sensiblement différents mènent à la même conclusion et ouvrent la porte à toutes sortes de compréhension historique de la création.

Contre cette conclusion, le Dr. Herman Bavinck démontre comment Dieu créa les cieux et la terre avec le temps, tout en formant le monde en 6 jours dans le temps.  Ainsi, Dieu entre dans le temps pour former sa création.  Du coup, du strict point de vue de la durée, les 6 jours de Dieu deviennent les mêmes que les 6 jours de l’homme.  Dieu aurait donc littéralement créé le monde en 6 jours du même type que ceux de notre calendrier.

 

Voici donc l’explication de Bavinck.

La Semaine de la Création[1] – Herman Bavinck

Dans le récit de la Genèse 1, le premier verset doit être lu comme le compte d’un fait indépendant [du reste]. Au verset 2, la terre existe déjà, bien que dans un état désordonné et vide. De plus, le verset 1 rapporte l’origine de cette terre : dès le début elle a été créée par Dieu en tant que « terre ». Après une brève référence initiale au ciel au verset 1, le verset 2 commence immédiatement à parler de la terre […].

Dès le premier moment cette terre est « terre »: non pas la hylé (la matière) ni la matière première dans un sens aristotélicien, ni le chaos dans le sens des cosmogonies païennes. « Un chaos créé est une absurdité »[2]. Il est vrai que la terre nous est maintenant décrite comme « informe et vide » (Tohu-va-Bohu), en tant qu’ « abîme » (Tehom) couverte par les ténèbres, mais cela signifie quelque chose de très différent de ce que l’on entend habituellement par « chaos ».

Le mot « abîme » (Tehom) apparaît à plusieurs reprises [dans les Ecritures], en particulier dans Esaïe, et nous incite constamment à imaginer un espace vide (Es. 45:18), une zone dans laquelle tout est sans objectif et sous-développé. Le mot « vide » (Bohu) se retrouve aussi en Esaïe 34:11 et en Jérémie 4:23, les deux fois en conjonction avec « informe » (Tohu) exprimant la même idée. L’état de la terre en Genèse 1:2 n’est pas celui de la destruction, mais celui de ne pas avoir encore été formé.

Il n’y a pas de lumière, pas de vie, aucune créature organique, aucune forme ni configuration dans les choses. Ceci est en outre expliqué par le fait que c’était un « abîme » (Tehom), une masse aqueuse en effervescence enveloppée dans les ténèbres. La terre a été formée « du milieu de l’eau et par l’eau » (2 Pierre 3:5; Ps 104:5-9.). Cet état informe et peu développée, selon la Genèse, dura certainement pendant un certain temps, si court fut-il.

Ce n’est pas une description d’une hypothèse purement logique, mais plutôt d’un état de fait. Pourtant, dans ce cas, la question se pose : combien de temps a duré cet état ? Cette question est à nouveau complètement dépendante d’une autre : est-ce que la création du ciel et de terre dont parle Genèse 1:1 a eu lieu avant ou à l’intérieur de la durée du premier jour?

Genèse ne laisse aucune autre impression que celle-ci : la création des cieux et de la terre au verset 1 et l’état informe de la terre au verset 2 sont antérieurs au premier jour. Après tout, au verset 2, l’obscurité règne encore et la lumière n’existe pas. Maintenant, c’est un fait que le « jour » n’est pas ténèbres et qu’il ne débute pas son existence par eux, mais il débute avec la lumière. C’est uniquement la création de la lumière (v. 3) qui rend l’existence du « jour » possible.

En conséquence, ce ne sont pas les ténèbres que Dieu appela « jour », mais la lumière. Les ténèbres, il les appela « nuit » (v. 5). L’alternance entre la lumière et les ténèbres ne pouvait commencer que par la création de la lumière. C’est seulement après l’existence de la lumière qu’il pouvait y avoir « un soir et un matin ». Avec ce matin, le premier jour pris fin car Genèse 1 calcule le jour en débutant du soir jusqu’au matin.

Par conséquent, l’œuvre de la première journée ne consistait pas en création du ciel et de la terre, ni en la perpétuation de l’état informe, mais en la création de la lumière et en sa séparation d’avec les ténèbres.

 

Maintenant, il n’y aurait absolument aucune objection à cette exégèse si nous ne lisions ailleurs que Dieu a créé le ciel et la terre en six jours (Exode 20:11; 31:17). Ceci peut seulement être entendu, toutefois, de la seconde création. [3] En effet, dans ces deux textes en référence, l’accent ne tombe pas sur le fait que Dieu donna naissance à toutes choses à partir de rien, mais sur le fait qu’il fut occupé pendant six jours avec la formation du ciel et de terre, ce qui nous est offert comme un paradigme.

Il y a clairement une distinction entre ce que Dieu a fait «au commencement» (Genèse 1:1; Jean 1:1) et ce qu’il a fait « par les paroles de sa bouche » en six jours (Gen. 1:3). L’état informe de Genèse 1:2 sépare les deux événements. La première création [4] est immédiate [5].  Elle est l’acte de faire apparaître le ciel et terre à partir de rien. Elle ne présuppose absolument pas l’existence de matière disponible, mais a eu lieu « avec le temps »[6]. Cependant, la seconde création qui commence au verset 3 n’est pas directe et immédiate. Elle présuppose la matière créée au verset 1 et lui est reliée. Elle se produit en spécifiquement « dans le temps »[7] et cela en six jours.

Par conséquent, cette seconde création anticipe déjà les œuvres de préservation[8] et de gouvernance [de Dieu]. En partie, elle est déjà l’œuvre de providence et non plus seulement l’œuvre de création. Pour cette raison, au moment où le ciel et la terre ont été créés par Dieu, ils ont également été préservés par lui. L’œuvre de création passe immédiatement et instantanément dans l’œuvre de préservation et de gouvernance.

 

Néanmoins, le travail des six jours (Gen. 1:3) doit encore être considéré comme appartenant à la création, car selon la Genèse, toutes les créatures venant à l’existence durant ces six jours (lumière, firmament, le soleil, la lune, les étoiles, les plantes, les animaux, l’humanité) n’ont pas émergées par des forces immanentes conformément aux lois fixes de la matière disponible à la manière de [la théorie de] l’évolution.

Cette matière était en elle-même impuissante à produire tout cela uniquement par le moyen de la progression naturelle, par le développement immanent. En soi, elle n’avait pas la capacité pour cela; elle ne possédait qu’une capacité d’obéissance. [9]

À partir de la matière première de Genèse 1:1, en parlant et en créant, Dieu fit naître le monde [10] tout entier. Alors que dans chaque nouvel acte de formation, il relia avec ce qui existait déjà, la phase supérieure n’a pas seulement procédé par une force immanente à partir de la phase inférieure.

A chaque étape, une parole créatrice de l’omnipotence de Dieu était nécessaire.

 

 

 

Notes et références :

[1] Source: Herman Bavinck, Reformed Dogmatics, Volume 2, section 269

[2] Citation de August Dillmann

[3] Latin : creation secunda

[4] Latin : prima creatio

[5] Signifie « sans médium », non pas « rapide » ici

[6] Latin : « cum tempore »

[7] Latin : in tempore

[8] Ou « providence »

[9] Latin : potential obedientialis

[10] Cosmos

 

 

 

Marié et père d'une jeune famille, je me passionne aussi pour la théologie. Mes intérêts particuliers sont la continuité/discontinuité entre les testaments, la théologie de l'alliance, le christianisme historique (crédo / confessions / catéchisme), et la pertinence de tous ces sujets pour l'église d'aujourd'hui. "Vous avez tout pleinement en lui" - Colossiens 2:10