Un couple chrétien peut-il légitimement réguler le nombre de ses enfants ?

Lors d’un échange récent sur un groupe de discussion théologique, la question suivante a retenu notre attention : « Le couple chrétien a-t-il le droit de limiter le nombre d’enfants pour des raisons de confort (loisir, argent, vacances, statut social, temps) ? »

Comme vous pouvez l’imaginer, ce sujet a déchaîné les passions, et très rapidement deux camps nettement distincts se sont formés :

  • D’un côté, ceux répondant par la négative : selon eux, les enfants sont une bénédiction de Dieu (Ps 127.3) et le mandat créationnel de Gen 1.27-28 invite les couples à prioriser la reproduction plutôt que le confort égoïste d’une vie sans enfant à charge.
  • De l’autre côté, ceux répondant par l’affirmative : pour ceux-ci, le mandat créationnel ne fixe pas le nombre d’enfants à atteindre et ne constitue pas de facto une priorité. La souffrance de la femme lors l’enfantement et les problématiques financières inhérentes à la gestion d’une famille sont deux exemples de motifs légitimes pour limiter le nombre d’enfants.

 

Que faut-il en penser ?

Certes, le commandement d’être fécond et de se multiplier n’est pas une fin en soi. Il a pour but de « remplir la terre » (Gen 1.28), c’est à dire d’étendre les frontières du jardin que Dieu a donné à l’homme et à la femme en gérance. Notez que ce mandat est renouvelé à chaque nouvel épisode de création (ou plutôt de « re-création ») : s’il est initialement donné à Adam et Ève en Gen 1.28, il est renouvelé à Noé et à ses fils lors de leur sortie de l’arche (Gen. 9.1, 7). Après chaque épisode de malédiction prophétique, lorsque le cycle « menace-jugement-destruction » se change en « promesse-grâce-restauration », le mandat de Gen 1.28 est presque toujours rappelé de manière plus ou moins explicite (voir par ex. Es. 26.15; Ez 36.11).

De même, la « multiplication missionnaire » de Mt 28.18-20 fait certainement écho au mandat créationnel.De notre point de vue, l’autorité donnée à Christ « dans le ciel et sur la terre » (Mt. 28.19) fonctionne comme un marqueur textuel renvoyant vers le premier chapitre du livre de la Genèse. Tout porte à croire que l’expression « dans le ciel et sur la terre » est un mérisme, une figure de style exprimant un tout par ses parties distinctes -ici l’univers tout entier décrit par ses deux composantes principales, le ciel et la terre. Or, s’il était un mérisme mémorable pour les premiers lecteurs de l’évangile de Matthieu, c’était sans nul doute celui de Gen 1.1 : « Au commencement Dieu créa les cieux et la terre ». Si notre analyse est fondée, alors Christ, le « deuxième Adam », reprend et transcende la mission donnée au « premier Adam » avant la chute : porter le nom de Dieu, sa gloire, et sa grâce jusqu’aux extrémités de la terre.

En d’autres termes, même la nouvelle création possède un mandat de multiplication qui lui est propre, mais qui n’est pas en rupture avec les données créationnelles.

Il nous semble, par conséquent, que ceux qui citent Gen 1.28, 9.1, ou 9.7 pour réfuter la possibilité de réguler le nombre d’enfants ne comprennent pas la portée bien plus étendue de ces passages. Pouvons-nous d’ailleurs réellement parler de « commandement » en Gen 1.28 ? Dans le contexte de perfection avant la chute, ne devrions-nous pas plutôt d’un « impératif de bénédiction » ?

En effet, comme l’indique la référence du Ps 127.3, l’enfantement est toujours présenté comme une bénédiction dans l’Ancien Testament comme dans le Nouveau. Pourquoi donc nous en priver, si Dieu nous place en situation d’en avoir ? La douleur de la grossesse est un fait, mais c’est une conséquence de la chute (Gen 3.14) qui ne doit pas occulter la bénédiction créationnelle qui lui est antécédente.

 

Enfanter, c’est proclamer la bénédiction de Dieu. La régulation des naissances n’est pas une faute morale, selon nous. Toutefois, Dieu nous appelle à sonder nos motivations en profondeur : celles-ci en disent long sur nos priorité et sur ce que nous appelons « bonheur ».

 

 

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Guillaume Bourin est pasteur de l'Église réformée baptiste de la Trinité, à Montréal (Québec, Canada). Il s'intéresse particulièrement à l'exégèse et à l'intertextualité de l'Ancien Testament, à la théologie biblique, et à l’ecclésiologie. Guillaume est l'auteur du livre "Je vous purifierai d'une eau pure" : perspectives bibliques sur la régénération baptismale. Il est titulaire de deux masters en théologie (M.Div., Th.M., Southwestern Baptist Theological Seminary, USA) et il est actuellement candidat au doctorat à l'Université d'Aberdeen (Ecosse).