Le baptême en question #8 – De la relation entre baptême et Alliance de Grâce

Question :
Quelle est la nature de l’Alliance de Grâce, et en quoi le baptême s’y rapporte t-il ?

 

Position pédobaptiste (Alexandre Sarran)

En théologie réformée, l’expression « alliance de grâce » désigne l’engagement que Dieu a pris envers les hommes de sauver tous ceux qui sont attachés à Jésus par la foi. C’est une alliance « de grâce » car elle prévoit que les croyants soient sauvés non par leurs œuvres, mais par l’œuvre du messie, dont la venue et la victoire définitive sur le mal sont déjà annoncées immédiatement après la chute originelle d’Adam. [1]

L’alliance de grâce est effective depuis l’époque d’Adam, même si elle n’est que progressivement révélée au cours de l’histoire. [2] Ainsi, que ce soit avant ou après la venue de Jésus, les croyants ont toujours été sauvés par la grâce de Dieu, en vertu de Christ, par le moyen de la foi ; et ce salut a toujours consisté, essentiellement, à être pardonné de ses péchés, réconcilié avec Dieu, et destiné à vivre éternellement en sa présence.

Quelle qu’ait été sa forme au fil de l’histoire, l’alliance de grâce a donc toujours eu la même substance. Et le médiateur unique de cette unique alliance de grâce est Jésus, le messie. [3] L’alliance de grâce constitue le cadre de toute l’histoire de la rédemption, de la chute d’Adam jusqu’au jugement dernier. [4]

Il se trouve que l’alliance de grâce a aussi pour objet, outre le salut individuel des pécheurs, la constitution d’un peuple à part qui deviendra à terme une humanité rachetée, vivant sur une terre renouvelée, en communion perpétuelle avec Dieu. [5]

Or la Bible montre qu’il est possible d’appartenir au peuple de l’alliance dans l’histoire sans être sauvé dans l’éternité, c’est-à-dire d’avoir part à sa forme sans avoir part à sa substance. C’est un point très important pour comprendre pourquoi il faut baptiser les enfants des fidèles.

Cette mixité, en effet, est évidente dans l’Ancien Testament [6], et perdure dans le Nouveau Testament, jusqu’au jugement dernier. Aujourd’hui encore, d’après la Bible, il est possible d’avoir une certaine relation à Christ (à travers l’Église), d’invoquer son nom (c’est-à-dire de professer la foi), d’être ainsi réputé chrétien et d’être « saint » au sens d’être mis à part, sans pour autant être sauvé au dernier jour. [7]

Or, aucun pasteur ne peut vérifier si un enfant, ou un adulte, a part, pour sûr, à la substance de l’alliance de grâce. En revanche, on peut dire qu’un enfant ou un adulte a part, au moins, à sa forme, dans la mesure où cette personne est dans l’Église, que ce soit par choix personnel ou en vertu d’un lien fédéral. [8]

Quoi de plus naturel, donc, que d’apposer le signe de l’alliance à tous ses membres, enfants compris ? Sauf à prétendre que l’alliance de grâce s’est étrécie avec la venue de Jésus, pour en exclure dorénavant les enfants, ou que le baptême entérine en réalité le salut eschatologique, qui est impossible à diagnostiquer !

 

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Position crédobaptiste (Pascal Denault)

Il y a toujours eu une seule et même façon d’entrer dans l’alliance de grâce : par la foi. L’alliance de grâce est cette alliance qui existe entre Dieu et les héritiers du salut depuis le commencement du monde. Il n’existe qu’un seul salut et un seul peuple de Dieu sauvé par sa grâce (Jn 10.16, 11.52 ; Ep 4.4-6). Dieu a commencé à appeler son peuple immédiatement après la chute et lui a donné la vie éternelle en Jésus-Christ (Heb 9.15).

Avant que le Christ verse son sang pour sceller l’alliance de grâce (Lk 22.20), celle-ci était sous la forme d’une promesse et c’est par la foi dans cette promesse que furent sauvés les héritiers du salut avant Jésus-Christ (Heb 6.13-20). La Nouvelle Alliance est la forme visible et définitive de l’alliance de grâce (2 Co 1.20 ; Heb 8.6) ; en fait l’alliance de grâce c’est la Nouvelle Alliance : premièrement promise, ensuite conclue.

L’alliance de grâce est par définition une alliance inconditionnelle, c’est-à-dire qu’elle procède de la grâce seule et de la foi seule par opposition à un modèle d’alliance conditionnelle qui procèderait des œuvres d’obéissance à la loi (Rm 4.13-16, 10.5). L’alliance de grâce est donc synonyme du salut par grâce sans les œuvres ; le salut tel qu’il est enseigné dans la conception réformée : sola fide et sola gratia (Ep 2.8-9).

Si l’alliance de grâce est inconditionnelle c’est exclusivement parce que Christ a accompli activement et passivement toutes les exigences de la loi par son obéissance (Mt 5.17 ; Rm 5.18-19 ; 1 Co 1.30). Aucune personne ne peut hériter de ce salut et périr puisqu’il est entièrement et exclusivement garanti par Christ (Heb 7.22, 10.10,14). Les apostats ne sont pas des membres de la Nouvelle Alliance, mais sont de faux croyants jamais connus de Christ et indûment introduits parmi les enfants de Dieu (Mt 7.23 ; 1 Jn 2.19 ; Ps 1.5). Tous les membres de la Nouvelle Alliance sont régénérés, connaissent Dieu et possèdent l’héritage du salut (Jr 31.33-34).

Le baptême est le signe visible de l’appartenance à l’alliance de grâce. Avant que le baptême ne soit donné, l’alliance de grâce n’avait pas encore de signe visible propre à elle. Elle était néanmoins matérialisée par des symboles passagers qui communiquaient indirectement la grâce du salut et qui n’étaient pas exclusivement réservés aux membres de l’alliance de grâce.

Depuis que le sang de l’alliance de grâce a été versé, le baptême est le signe exclusif pour marquer l’entrée dans le peuple de Dieu, les autres signes étant révolus (Mt 28.19 ; Ga 5.1-3). Seuls ceux qui s’inclinent sous la seigneurie de Christ et reçoivent sa grâce doivent être baptisés.

 

 

 

 

Notes et références :

[1] Genèse 3.15. -AS

[2] Comme l’affirme la Confession de foi baptiste de Londres de 1689 : « [Dans l’alliance de grâce, Dieu] offre gratuitement aux pécheurs la vie et le salut par Jésus-Christ, requérant d’eux la foi en celui-ci afin d’être sauvés. […] Cette alliance est révélée dans l’évangile. Tout d’abord à Adam, dans la promesse du salut par la postérité de la femme, et par la suite, progressivement, jusqu’à sa révélation complète dans le Nouveau Testament. […] Ce n’est que par la grâce de cette alliance que tout membre de la postérité d’Adam déchu a jamais été sauvé » (chapitre 7, articles 2 et 3). -AS

[3] En théologie, on distingue habituellement « l’alliance de grâce » de « l’alliance de rédemption ». La première désigne l’engagement de Dieu vis-à-vis des hommes, dans l’histoire, pour le salut des croyants, comme il en a été question ci-dessus. La seconde désigne l’accord que le Père et le Fils ont conclu de toute éternité (ce qu’on appelle aussi parfois le « pacte du salut »), d’après lequel le Père décide de sauver parfaitement tous les élus, et le Fils accepte de réaliser leur salut par son incarnation, sa vie d’obéissance, et son propre sacrifice. De toute éternité, donc, Jésus est désigné comme étant le médiateur unique de l’alliance de grâce. C’est ce qui permet de comprendre, par exemple, pourquoi la Bible parle de « l’Agneau immolé dès la fondation du monde » (Ap 13.8). -AS

[4] Il ne faut pas non plus confondre l’alliance de grâce avec la « nouvelle alliance ». Je reviens sur cette distinction dans le prochain article de cette série. -AS

[5] Comparer, par exemple, Genèse 12.1-3 et Apocalypse 21.1-3. -AS

[6] Cf. 1 Corinthiens 10.1-5, un passage par ailleurs très important sur la question du lien entre les sacrements (ou les ordonnances) et l’appartenance au peuple visible de Dieu. -AS

[7] Matthieu 7.21-23 ; Jean 15.1-6 ; 1 Corinthiens 5.11-13 ; Hébreux 6.4-8 ; Hébreux 10.26-29 ; 2 Pierre 2.20-22 ; Apocalypse 3.1-5 ; etc. -AS

[8] Les enfants qui naissent ou qui sont adoptés dans une famille qui professe la foi, par exemple, ou encore les personnes handicapées mentales qui appartiennent à une telle famille et qui sont incapables, toute leur vie, de manifester un choix délibéré. J’ajoute que si ces enfants sont dans l’Église à la naissance, ils peuvent en sortir par choix ou sous l’effet de la discipline ecclésiale : c’est ce qu’on appelle l’apostasie. -AS

 

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