Athanase, héros de la foi (Part 2)

Alors jeune évêque (il avait 30 ans), Athanase allait devoir faire face à une forte opposition des partisans de Mélèce (qui étaient alors ralliés à la cause Arienne). Il avait néanmoins le soutien des moines (il rencontra Pacôme, le fondateur des monastères, et ils eurent un bon échange fraternel). Mais ses opposants se plaignirent auprès de l’Empereur et accusèrent Athanase d’avoir levé un impôt sur les Egyptiens, qu’un de ces prêtres avait brisé un calice, et qu’il avait soudoyé un haut fonctionnaire impérial pour le soulever contre l’Empereur. L’Empereur imposa alors à Athanase soit de faire la paix avec ses opposants soit de partir d’Alexandrie.

constance IPour alourdir la sentence, les partisans de Mélèce et d’Arius l’accusèrent d’avoir tué (avec des mercenaires) un de ses confrères nommé Arsenios. Athanase chargea alors un de ses diacres d’enquêter, et il retrouva Arsenios caché dans un couvent au sud de l’Egypte. Mais le diacre ne put le reprendre et il  ne put ramener que deux des tortionnaires qui avouèrent à l’Empereur la vérité sur Arsenios.

On aurait pu alors penser que les choses se calmeraient pour Athanase, mais lors du concile de Tyr en 335, les opposants d’Athanase l’accusèrent une nouvelle fois (maltraitance sur des diacres, accusation de meurtre d’Arsenios avec comme preuve à l’appui un coffret contenant le bras d’Arsenios). Mais Athanase déjoua leurs accusations, car il avait emmené cette fois-ci, sous bonne garde, avec lui au concile sa soi-disant victime : Arsenios. Malgré une audience avec l’Empereur et le fait qu’il ait déjoué ce complot visant à l’accuser de meurtre, ses opposants revinrent à la charge et l’accusèrent cette fois-ci de vouloir stopper l’exportation de blé de l’Egypte vers  Constantinople : l’Empereur condamnera alors Athanase à l’Exil (internement à Tréves).

constance IIPeu après, Arius mourût, ainsi que l’Empereur Constantin (22 Mai 337). Personne n’avait alors pris la succession d’Athanase à Alexandrie. Si bien que, lors de sa réintégration par Constantin II, il reprit son poste d’évêque à Alexandrie après une absence de plus de deux ans (23 Novembre 337).

Cependant l’évêque de Nicodémie (Eusébe) ne voulait pas de ce retour et, n’ayant pu faire élire un autre évêque à sa place, il écrivit aux Empereurs et à Jules (évêque de Rome) en l’accusant “de détourner à son profit le blé destiné aux pauvres d’Alexandrie” [1]. Malgré la venue d’Antoine (qui était un moine très vénéré en Egypte) pour le disculper, les Eusébiens nommèrent un nouvel évêque à Alexandrie qui imposa de force son autorité. Athanase  partit se réfugier alors à Rome (second exil).

Puis suite à un épisode politique qui plaça en difficulté Constance face à Constant [2], Constance autorisa Athanase en 346 à rentrer à Alexandrie. Athanase se sépara de son ami Marcel, car il avait une doctrine extrême en ce qui concerne la divinité du Fils (condamné par Eusèbe en 341 au concile de Tyr).

Dès son arriva il réorganisa l’église d’Egypte (les derniers partisans de Mélèce demandèrent la réconciliation), et l’épiscopat était enfin unie à son chef. Durant cette période, il œuvra aussi pour une croissance de la foi et une croissance morale de l’église, surtout en utilisant l’exemple des moines et des religieuses  (auxquels il rappela leur devoir et la nécessité de “ l’équilibre et la mesure dans les austérités”[3]).

Mais après cette courte période d’accalmie, les choses vont se gâter avec l’accession de Constance au trône impérial de l’Occident et de l’Orient en 350 (Constance (empereur arien) considérait alors Athanase comme un ennemi), et la succession de Libère comme évêque de Rome en 352.

Le 22 Mai 350, Constance invita Athanase, mais celui-ci, craignant le piège répondit qu’il lui était difficile de quitter Alexandrie à cause de sa charge épiscopale. Cependant, en 355, il arriva (de force) à faire signer la condamnation d’Athanase par l’ensemble de l’épiscopat. Une de ses légions attaqua le 8 février 356 l’église dans laquelle Athanase officiait, mais il put s’enfuir.

Constance  commença à faire des vagues de persécutions (avec les armées légionnaires) à Alexandrie pour le retrouver … mais Athanase demeurait caché, il avait trouvé refuge chez les moines du désert (troisième exil d’Athanase). Constance établit un nouvel évêque (Georges) qui était corrompu et persécuta les chrétiens d’Alexandrie. Mais en 358, les habitants d’Alexandrie se soulevèrent contre l’évêque, et celui-ci prit la fuite.

Pendant son temps d’exil (malgré quelques venues en cachette en Alexandrie), Athanase écrivit une grande quantité de pamphlets ou d’écrits doctrinaux qui se répandirent dans tout le Royaume [4]. Dans ses écrits, Athanase attaquait de façon très sarcastique ses opposants comme ce passage dans “L’histoire des Ariens” :

“Les voyez-vous…se raviser comme des chiens [évêques parjures], revenir à leurs vomissements et se rouler comme des porcs dans le bourbier de l’impiété ! Ne dirait-on pas une comédie jouée à l’avance ? Ces soi-disant évêques sont des comédiens ; Constance, l’auteur de la pièce, leur renouvelle la promesse d’Hérode à Hérodiade et ils reprennent la danse de leur calomnie pour l’exil et la mort de tous ceux qui demeurent fidèles au Seigneur.” [5]

Alors que la persécutions continuaient dans tout l’Empire, l’Empereur convoqua deux conciles (un en Orient (Seleucie, Turquie) et un en Occident (Rimini, Italie)). Par ruse, l’Empereur fit demeurer les évêques à Rimini plus de sept mois et réussit à les dissuader d’unanimement accepter ses décrets. Mais le concile d’Orient ne les accepta pas, il condamna l’hérésie, mais la délégation orientale à Constantinople ne fut pas soutenue par les occidentaux. C’est l’évêque Hilaire de Poitiers (exilé en Orient) qui condamna de façon forte et direct les “occidentaux parjures” en leur disant :

“…Vous, vous entendez dire que le Christ, le vrai fils de Dieu, n’est pas Dieu ; votre silence est une adhésion à ce blasphème et vous vous taisez ! Que dis-je, vous protestez contre ceux qui réclament.”[6].

Mais l’Empereur fit pression sur les évêques d’Orient et réussit à les rallier à sa cause le 1er Janvier 360. Ceci engendra une grande vague d’exils, mais la mort de Constance (le 3 novembre 361) et l’accession de Julien au trône de l’Empire (alors César en Gaule) marqua un nouveau virage dans la vie d’Athanase.

MeleceGeorges revint à Alexandrie le 26 Novembre 361, mais l’accession de Julien changea la donne, et la population se révolta contre lui et finit par le tuer le 25 décembre. Le nouvel empereur Julien était païen et il ne voulait pas intervenir dans les affaires religieuses : il permit alors le retour des évêques exilés et Athanase revint à Alexandrie au début de l’année 362. Athanase entreprit une restauration pacifique (concile d’Alexandrie) de l’église en Egypte et fit preuve de miséricorde face aux évêques parjures qui se repentirent. Mais dans l’Eglise d’Orient, l’Eglise se réorganisa avec les évêques résistants et entre autre autour de Mélèce qui allait revenir à Antioche de son exil. Mais, voulant éviter que Mélèce soit nommé évêque d’Antioche, Lucifer de Cagliari (un évêque d’Alexandrie plus dur qu’Athanase) vint avant l’arrivée de Mélèce à Antioche pour nommer Paulin évêque. Ceci ne fit que provoquer une division au sein de l’église d’Antioche et qu’envenimer les relations déjà tendues entre l’église d’Antioche et d’Alexandrie.

De plus, la fougue missionnaire et la prestance d’Athanase rendit l’empereur jaloux et il demanda au préfet d’Alexandrie de l’expulser [7]de l’Egypte. Athanase demeura à Alexandrie (le Préfet n’osa rien dire, car Athanase était extrêmement apprécié par les habitants d’Alexandrie), mais l’Empereur fit un édit de proscription contre Athanase pour le prendre mort ou vif. Athanase alla alors se réfugier dans les déserts de Thébaïdes, en Haute Egypte, au milieu des moines (quatrième exil). Mais le 26 Juin 363, l’Empereur Julien fut tué sur champ de guerre, et c’est Jovien qui lui succéda. Jovien invita alors Athanase à la cours, et en même temps Mélèce annonça à l’Empereur que les évêques de son ressort se ralliaient à la foi de Nicée. Alors Athanase essaya de rencontrer Mélèce pour pouvoir renouer avec l’église d’Antioche, mais celui-ci refusa : l’épisode de Paulin et Lucifer n’avait pas été oublié.

ValensMais, à peine arrivé à Alexandrie, Athanase apprit que Jovien était mort (printemps 365) et que son successeur Valens (un arien convaincu) recondamnait à l’exil tous les évêques condamnés sous Constance et Julien. Valens le condamna donc en 365 (Athanase parti en exil (le cinquième exil !) dans la banlieue d’Alexandrie), mais il permit son retour le 1er février 366.

Athanase reprit alors sa vie pastorale et fit preuve une nouvelle fois de miséricorde envers ceux qui ont obéi à la doctrine arienne par peur ou ignorance [8] et il écrira beaucoup de livres d’enseignement religieux (“Vie de Saint Antoine”) et travaillera avec l’Empereur dans un gros travail de reconstruction des églises [9]. Dans ses dernières années il dut faire face et lutter contre un ami évêque qui avait des idées peu orthodoxes : Appolinaire [10].

Avant de mourir, il désigna Pierre “un ancien du presbytérium qui, après l’avoir suivi partout, administra l’épiscopat” pour lui succéder sur le siège d’Alexandrie [11]. Athanase mourut dans la nuit du 2 au 3 mai 373. Le combat de sa vie pour une christologie orthodoxe  emporta une victoire totale au Concile de Constantinople en 381. Beaucoup de grands serviteurs du Seigneur étaient alors en préparation :

“Quelques semaines plus tard, en 374, Ambroise était élu évêque de Milan. Augustin terminait ses études, en attendant l’heure du Christ. A Antioche, Chrysostome se préparait à sa tâche sacerdotale.” [12].

 …à suivre…

 

 

[1] “Athanase d’Alexandrie”, J-M Leroux, p26

[2] Complot de l’évêque d’Antioche contre trois ambassadeurs envoyés par Constant à Antioche (“Athanase d’Alexandrie”, J-M Leroux, p28-29)

[3] “Athanase d’Alexandrie”, J-M Leroux, p34

[4] Les Lettres à Sérapion de Thmuis (sur la divinité de l’Esprit-Saint),  La lettre à Sérapion  (encouragements pour garder la foi de l’Église),  l’Apologie à Constance,   l’Apologie pour la fuite, l’Histoire des Ariens adressée aux  moines

[5] “Athanase d’Alexandrie”, J-M Leroux, p41

[6] “Athanase d’Alexandrie”, J-M Leroux, p43

[7] “Rien ne me serait plus agréable que l’expulsion hors d’Egypte de cet Athanase, ce misérable qui a osé sous mon règne baptiser de jeunes païennes de haut rang. ” (“Athanase d’Alexandrie”, J-M Leroux, p47)

[8] “La faute commise par l’ignorance est effacée par le repentir. On ne doit pas refuser le pardon à ceux qui, à Rimini, ont agi par ignorance. Mais on doit condamner les auteurs de l’hérésie, ceux qui, par leurs sophismes, ont égaré les esprits simples et jeté un voile sur la vérité” (BÉNÉDICTINS DE PARIS, Saint Athanase , dans Vie des Saints, t. 5, Paris, Letouzey & Ané 1947, p. 47)

[9] Reconstructions à Caesarion, à Mendinion

[10] L’Apollinarisme sera condamné comme hérétique au concile de Constantinople (381) car l’apollinarisme nie l’existence d’une âme humaine chez le Christ et conçoit ce dernier comme étant le seul Verbe incarné dans un corps humain.

[11]  Athanase d’Alexandrie : Un théologien amoureux du Logos incarné ,Lucian Dican, p19 ( in http://www.patristique.org/sites/patristique.org/IMG/pdf/Athanase.pdf )

[12] Athanase d’Alexandrie”, J-M Leroux, p51

 

 

 

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Je suis marié, et le Seigneur nous a fait la grâce d’avoir trois enfants. Je suis actuellement Pasteur Stagiaire sur Montréal. Je suis passionné par le Nouveau Testament, la théologie systématique et l’herméneutique. J’affectionne particulièrement les écrits des réformateurs, de Cornelius Van Til, Vern Poythress, John Frame, Greg Beale et John Piper.