Alvin Plantinga et les scientifiques créationnistes

Les scientifiques créationnistes sont souvent stigmatisés, non seulement par leurs pairs, mais également par les chrétiens davantage ouverts à la théorie de l’évolution.
Mon ami André Eggen, par exemple, aurait bien des choses à raconter à ce sujet, lui qui pourtant est reconnu comme un chercheur en génétique chevronné. (1)

Les débats passés ont souvent rugueux, teintés de manque de respect de part et d’autre, et bien souvent les discussions ont tourné au dialogue de sourd et n’ont rien produit de réellement probant.

Pourquoi tant d’animosité ? Certes, le sujet implique d’importantes conséquences, mais devons-nous l’aborder au mépris de l’un des commandements les plus élémentaires de la vue chrétienne, “tu aimeras ton prochain comme toi-même” ?

Ce n’est pas un secret que notre blog défend l’approche “pas de souffrance avant Adam”, une position incompatible avec la théorie de l’évolution. (2)

Cependant, c’est à un philosophe chrétien défendant l’évolution que nous donnons la Parole aujourd’hui, tant sa contribution nous parait refléter l’esprit de l’Evangile.

Voici ce qu’Alvin Plantiga écrivait dans l’une de ses réponses à Howard J. Van Till, au début des années 90 :

 

Les scientifiques créationnistes ont tort (tel est ce que je pense), mais certains d’entre eux sont néanmoins admirables.

Leur but est d’être fidèle à la foi chrétienne et au Seigneur, et ils font de leur mieux pour l’atteindre, souvent au prix de tributs personnels considérables. (Ils n’aiment pas, après tout, être appelés des ignares fondamentalistes ; ils ne prennent pas plaisir non plus à la part de ridicule et de désapprobation à laquelle ils ont droit de la part de l’établissement scientifique.)

Il se trouve que je pense qu’ils se trompent, mais leurs erreurs, à mes yeux, sont infiniment moins importantes que les erreurs de ceux – les Dawkins, les Provine et les Sagan de ce monde, par exemple – qui les chargent de railleries.

Il est éminemment beaucoup plus important d’être au clair sur le fait que le Seigneur a créé les cieux, la terre et tout ce qu’ils contiennent, que de savoir qu’il ne l’a pas fait il y a 10’000 ans.

Je suis en désaccord avec les scientifiques créationnistes, et comme la plupart des autres académiques, je ne me délecte pas du mépris et de l’opprobre qui sont le lot de ceux qui leur sont associés ; mais, à un niveau profond, je me sens beaucoup plus proche d’eux, à la fois spirituellement et intellectuellement que de ceux qui les méprisent.

Les chrétiens qui sont en désaccord avec eux devraient les traiter comme des frères et sœurs chrétiens qui, peut-être par un excès de zèle, s’égarent sur un point qui a une certaine importance ; mais les chrétiens ne devraient pas les traiter comme des parias intellectuels, ou rejoindre le chœur culturel qui exprime à leur égard mépris, dédain, raillerie. (3)

 

Quelle que soit notre position sur la question des origines, nous ferions bien d’adopter l’approche irénique de Plantinga.

Prenons garde à la manière dont nous nous positionnons. Les doctrines diverses et variées disparaitront au profit de la Vérité lorsque celle-ci paraitra au jour du Seigneur. Mais les âmes de ceux qui les tiennent sont éternelles.

Un ferme désaccord ne devrait jamais être une déclaration de guerre.

 

GB

(MA : Gerald Pech)

 

 

 

Notes et références :

(1) André a notamment participé au décryptage du génome bovin. Voir cet article particulièrement accusateur (et qui pourtant n'est pas le pire) à son endroit. Notez également qu'André a fait l'objet d'une caricature de ... Charlie Hebdo. 

(2) Voir nos multiples articles à ce sujet, souvent écrit en réponse aux blogs et sites évolutionnistes les plus radicaux. Tapez "science" dans le moteur de recherche.
(3) Alvin Plantinga, "Evolution, Neutrality, and Antecedent Probability: A Reply to McMullin and Van Til," Christian Scholars Review 21 (1991/1992): 90.




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Guillaume Bourin est pasteur de l'Église réformée baptiste de la Trinité, à Montréal (Québec, Canada). Il s'intéresse particulièrement à l'exégèse et à l'intertextualité de l'Ancien Testament, à la théologie biblique, et à l’ecclésiologie. Guillaume est l'auteur du livre "Je vous purifierai d'une eau pure" : perspectives bibliques sur la régénération baptismale. Il est titulaire de deux masters en théologie (M.Div., Th.M., Southwestern Baptist Theological Seminary, USA) et il est actuellement candidat au doctorat à l'Université d'Aberdeen (Ecosse).