Aimer Dieu, mais comment ?

Citant le Shema, Christ lui même enseigne que la somme de toute la loi est d’aimer Dieu (Matt. 22:37; Marc 12:29-30) :

Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, et de toute ta pensée.

Mais, concrètement, qu’est-ce qu’aimer Dieu ? Comment diriger notre amour en direction de celui qui “habite une lumière inaccessible, [et] que nul homme n’a vu ni ne peut voir” ? (1 Tim 6:16)

Les croyants passent souvent bien rapidement sur ce concept, et je soupçonne que la plupart d’entre nous n’envisageons l’amour pour Dieu qu’en terme d’obéissance, de service ou de reconnaissance.

Cependant, il me semble que l’amour du croyant pour son Dieu va bien plus loin que cela, et voici pourquoi.

 

Dieu n’a besoin de rien

Lorsque nous parlons de notre amour pour Dieu, une erreur courante consiste à définir ce concept au moyen d’une analogie avec les relations entre croyants, en le comparant de manière trop directe à l’amour fraternel.

Aimer Dieu, ce n’est pas aller à la rencontre de ses besoins. Quand j’aime mon frère ou ma sœur, je peux chercher à combler ce que j’estime qui leur manque, tant émotionnellement que matériellement. Il s’agit ici d’un amour fraternel pratique. Mais l’amour des enfants de Dieu pour leur Seigneur n’a rien de commun avec cela.

En effet, Dieu ne manque de rien :

[Dieu] n’est point servi par des mains humaines, comme s’il avait besoin de quoi que ce soit
(Actes 17:25)

L’essence de notre amour pour Dieu n’est pas ce que nous lui donnons. Si tel était le cas, il ne le recevrait pas, car il n’a lui-même aucun besoin. Ne vous illusionnez pas, vous ne pouvez rien apporter à votre créateur.

Au contraire, l’essence de notre amour pour Dieu débute par recevoir Dieu, car c’est bien lui qui nous a aimé le premier (1 Jean 4:19).

Ce n’est donc pas lui donner quelque chose, ce n’est pas non plus obéir à ses commandements ou le servir, mais c’est avant tout le recevoir.

 

 

Aimer celui qui donne plus que ce qu’il donne

L’essence de notre amour pour Dieu n’est pas non plus de l’aimer pour les dons qu’il nous accorde –et je fais référence ici aux dons que nous avons tous reçus si nous sommes enfants de Dieu : le pardon, la justification, le fait d’échapper à l’enfer, l’accès à la vie éternelle, etc…

Bien entendu, si nous aimons Dieu, nous allons prendre un soin particulier à repasser tous ces trésors de grâce dans notre cœur, et ils stimuleront sans aucun doute notre reconnaissance. Les dons de Dieu sont aussi le moyen par lequel nous pouvons nous approcher de lui, et c’est au sein de cette communion que notre amour pour lui éclôt.

Mais si aimer Dieu consiste à le chérir par les moyens qu’il nous donne, cela consiste surtout à l’aimer lui-même bien au-delà de ce qu’il nous donne.

L’essence de l’affection de celui qui aime Dieu se porte sur Dieu, pas sur ses dons.

 

Aimer Dieu, mais comment ?

Aimer Dieu, donc, ne revient pas à lui donner quelque chose. Ce n’est pas fondamentalement le servir ou lui obéir : ceci est la conséquence, le fruit de notre amour pour Dieu.

Ce n’est pas non plus l’aimer en retour de ce qu’il nous donne : ce ne peut pas être l’essence de notre amour pour lui, celui-ci étant lui-même un don de la grâce (1 Cor. 13).

Mais dès lors, qu’est-ce donc que l’amour pour Dieu ? Il s’agit d’un amour qui se focalise sur Dieu et sur lui seul. 

C’est le désirer, le chérir, se complaire en lui, se délecter de qui il est et être profondément satisfait de la communion que nous avons avec lui.

Aimer Dieu, c’est accorder une grande valeur, un grand prix à Dieu. C’est l’admirer et le révérer bien au-delà de tout ce qui peut exister.

Et si vous aimez Dieu de cette manière, vous êtes heureux, car un tel amour ne vient pas de vous, mais de Dieu.

 

 

 

GB

 

 

 

 

Guillaume Bourin est le fondateur du blog Le Bon Combat et l'un de ses administrateurs actuels. Il s'intéresse particulièrement à l'intertextualité et à l'exégèse de l'Ancien Testament, à la théologie biblique, et à l’ecclésiologie. Il est titulaire d'un master en théologie (M.Div.) et d'un autre en Ancien Testament (Th.M.) obtenus à la faculté Southwestern Baptist Theological Seminary (Fort Worth, USA).

  • Individus chacun différent il n’est pas étonnant que dans le domaine aussi personnel que celui de l’amour, nous puissions avoir des perceptions très diverses.

    Ainsi, en ce qui me concerne, il m’est impossible d’aimer Dieu de façon aussi platonique, il me faut du concret, du tangible. Si j’avais été un ange, peut-être y serais-je arrivé, mais né dans ce monde de la chair et du sang, même après la nouvelle naissance, il m’en reste toujours quelque chose, et je ne serais pas étonné que ce soit encore le cas dans l’éternité.

    Les analogies offertes par un amour ou une amitié terrestre avec l’amour divin, ne sont donc pas pour moi des erreurs, mais au contraire les exercices uniques et indispensables par lesquels Dieu a voulu me faire passer, pour que je parvienne jusqu’à Lui. C’est ainsi du moins que je lis dans la Bible les mots Père, Mère, Frère, Fiancé, Fiancée, Époux, Épouse, Enfants, Sauveur, Ami et d’autres.

    Je ne perçois la qualité de ma relation à Dieu que dans la mesure de ce qu’il me donne, et la quantité que dans celle de combien il me donne, un peu comme la pécheresse repentie qui se rend compte de l’énormité de la dette remise ; le sommet du don étant pour moi bien sûr l’incarnation, afin que le Dieu inaccessible devienne un être à ma portée.

    Le plus difficile reste la contre-partie, car comme tu dis fort justement, Dieu n’a besoin de rien. Cependant il m’est impossible d’envisager un amour restant non-réciproque, c’est à mon avis un non-sens. Et là encore c’est l’incarnation qui pour moi a délié l’impossibilité : le Fils de Dieu en venant dans la chair, s’est rendu vulnérable jusqu’à la mort, afin que nous puissions nous donner à Lui, comme il s’est donné à nous. Paul, Paul pourquoi me persécutes-tu ?

    Enfin, quelle que soit la diversité des âmes et leur degré de spiritualité ou de carnalité, le Créateur les sonde complètement, et il sait comment les capturer ; pour la mienne moi cette parole d’Osée l’emporte souverainement :

    Je les tirai avec des liens d’humanité, avec des cordages d’amour.

  • Samuel Gibeault

    Donc, puisque l’amour se focalise beaucoup sur Dieu, la Parole écrite et la Parole Vivante, Jésus-Christ, devienne nos canaux principaux qui nous permettent d’apprendre à le connaître tel qu’il est! 🙂

  • Christophe

    Pour aller encore plus loin, aimer Dieu n’est-il pas lui donner notre vie, concrètement, comme Christ nous a donné la sienne ? Car se délecter en lui, le révérer, se complaire en lui, se satisfaire pleinement de la communion en lui je suis d’accord, mais ne faut il pas encore un pas de plus pour ne pas plonger dans une forme de mysticisme béat qui ne porte pas de fruits.

    • bonshommes

      Bonjour bien aime Christophe.
      Justement non, on ne peut pas lui donner « notre vie ». Ca ne l’intéresse proprement pas du tout. Ce qu’Il demande, c’est qu’on reçoive celle qu’Il nous propose. Une vie nouvelle centrée justement sur son adoration, qui procède d’un cœur purifie par la foi et ou Il y installe son Amour. Bien sur, cela ne nous laisse pas passifs ou dans la contemplation pure et simple. Le Service et les œuvres qu’on Lui doit, découlent de tout cela. C’est Lui qui cree le Vouloir et le Pouvoir en nous. Mais il le fait dans une coeur qui lui appartient.

  • Anna

    Excellent article, c’est l’un des meilleurs je trouve ! Dommage que les fautes d’orthographes ternissent un peu le si beau message qui est transmis ici.
    PS : Bien évidemment, je ne serai pas vexée si ce commentaire était supprimé après lecture 😉
    Bien fraternellement !
    Anna

    • Après une relecture attentive, nous n’avons corrigé que quelques tournures et une seule vraie faute d’orthographe (qui était davantage une erreur de frappe). Si tu en vois d’autres, n’hésite pas à nous les signaler précisément.
      Merci encore !

%d blogueurs aiment cette page :