Qui sont les adversaires décrits par Jude dans son épître ?

Article de Michael F. Bird publié sur Patheos le 1er septembre 2017. Traduction : Elodie Meribault. 

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Dans l’épître de Jude, de très sévères paroles sont utilisées pour décrire les faux docteurs (plus communément appelés libertins) qui se sont infiltrés dans les assemblées chrétiennes. Ces intrus, que Jude attaque de sa rhétorique la plus impitoyable, ont été identifiés de diverses manières allant d’individus issus des cercles paulinien à des proto-gnostiques.

Jude les dépeint comme des « des impies qui changent en débauche » la grâce divine, comme si celle-ci ouvrait le droit à l’inconduite ou à celui de renier Jésus‑Christ (v. 4). Jude dénonce leur immoralité sexuelle en la comparant à celle de Sodome et Gomorrhe. Ces intrus revendiquaient probablement des inspirations d’ordre pneumatique pour justifier extases et glossolalies ; il est d’ailleurs dit d’eux qu’ils agissaient « au gré de leurs rêves » (v. 8).

L’une des caractéristiques de ce groupe est le déni et/ou la calomnie de la puissance angélique ou céleste (vv. 8‑10). Jude use de métaphores pour décrire leur enseignement comme futile et vain (v. 12). Leur ministère n’a pour tout résultat que la contamination et l’impureté de leur propre personne et de ceux qui les entourent, en particulier lors des agapes communautaires (v. 12), qui étaient probablement transformées en symposiums grecs ou en beuveries [1].

Ils sont décrits comme étant cupides et voraces ; égocentriques et intéressés ; tirant profit de tous (vv. 8, 12, 16). Ces personnes-là sont conduites par le mal et agissent sans la moindre piété « au gré de leurs propres désirs » (vv. 16, 18). Ils sont également prompts à se plaindre et à critiquer (Jude 16). Il n’est guère surprenant que leur présence provoque des divisions : Jude les taxe de « moqueurs » qui « n’ont pas l’Esprit ». Faut-il donc s’étonner du fait qu’ils soient comparés à plusieurs figures de rébellion, d’immoralité et de méchanceté décrites dans les Écritures, telles que Caïn, les anges rebelles chassés du paradis, les Israélites sujets aux murmures dans le désert, Sodome et Gomorrhe, Balaam et le séditieux Koré (vv. 5, 7, 11). Jude ne mâche pas ses mots concernant le destin de ces personnes : elles subiront « le feu éternel », « l’obscurité des ténèbres » et le « jugement » (vv. 4, 5, 6, 7, 13, 15).

Les spécialistes débattent sur la nature de ces descriptions : constituent-elles de simples tropes sur la méchanceté et l’impiété en général, ou bien Jude parle-t-il de personnes bien spécifiques ? Et, dans le deuxième cas, de qui s’agit-il ? Si ce sont de véritables personnes, nous devons probablement les imaginer semblables aux pseudo-apôtres et aux faux prophètes décrits dans la Didachè ou aux Carpocratiens dont les orgies choquantes sont décrites par Clément d’Alexandrie.

« Quant aux apôtres et aux prophètes, agissez ainsi, selon le précepte de l’Évangile. Que tout apôtre venant à vous soit reçu comme le Seigneur. Mais il ne restera qu’un jour, deux s’il est besoin ; s’il reste trois jours, c’est un faux prophète. En partant, que l’apôtre ne prenne rien, sinon le pain suffisant pour atteindre l’endroit où il passera la nuit ; s’il demande de l’argent, c’est un faux prophète [2]. »

« Voilà donc les admirables dogmes des Carpocratiens ! On dit que ces malheureux et plusieurs autres partisans des mêmes perversités, après s’être réunis hommes et femmes pour un repas, (car je n’appellerai pas agape leur assemblée), après s’être gorgés de mets qui excitent aux plaisirs de la chair, et avoir renversé les flambeaux dont leur justice, je me trompe, dont leur prostitution, ne peut supporter la lumière, s’accouplent pêle-mêle comme ils veulent et avec qui ils veulent. On dit aussi qu’après avoir essayé, dans cette agape, de la communauté, ils ne manquent pas, les jours suivants, de sommer les femmes qu’ils convoitent d’obéir à la loi, je ne dis pas du divin Carpocrate, Dieu m’en préserve, mais de Carpocrate. Carpocrate aurait dû, selon moi, offrir de pareilles lois à la lubricité des chiens, des porcs et des boucs [3]. »

 

Selon Clément (Stromates, III, 2, 11), Jude a parlé « prophétiquement de ces hérétiques et de ceux qui tombent dans les mêmes erreurs ». Si ces différents groupes sont à rapprocher les uns des autres en raison de leurs pratiques, nous ne sommes pas certains de l’identité de ces impies. Tout ce que nous pouvons conclure, c’est que Jude est profondément écœuré.

 

 

 

Notes et références

[1] Green (2008), 12-14.

[2] La Didachè, XI, 2.

[3] Clément d’Alexandrie, Stromates, III, 2,10.

 

 

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Guillaume Bourin est pasteur, auteur, et fondateur du blog Le Bon Combat dont il est l'un des administrateurs actuels. Il s'intéresse particulièrement à l'intertextualité et à l'exégèse de l'Ancien Testament, à la théologie biblique, et à l’ecclésiologie. Guillaume est titulaire de deux masters en théologie (M.Div., Th.M., Southwestern Baptist Theological Seminary, USA) et il est actuellement candidat au doctorat à l'Université d'Aberdeen (Ecosse). Guillaume est l'auteur du livre "Je vous purifierai d'une eau pure" : perspectives bibliques sur la régénération baptismale.