Accommodation ne veut pas dire corruption !

De nos jours, il existe une véritable confusion dans  la compréhension de la doctrine de l’inspiration du canon biblique.

En effet, certaines personnes clament que nous devrions comprendre cette doctrine en n’oubliant pas que Dieu s’est accommodé à notre faiblesse humaine pour nous parler. Ces personnes introduisent alors de façon illégitime une notion d’inerrance limitée. C’est à dire que la Bible pourrait contenir des erreurs lorsqu’elle aborde certaines thématiques, car Dieu se serait accommodé des erreurs culturelles des auteurs humains. Certains, pour mettre un comble à cette conclusion erronée, disent que les réformateurs pensaient la même chose.

Une telle démarche est simplement une erreur grave et infondée.

En ce qui concerne la caricature faite (une nouvelle fois) à propos des réformateurs (et particulièrement Jean Calvin), je vous conseille de lire l’article de Vincent Bru ou de Vern Poythress qui démontrent  aisément le contraire.

Ensuite, il ne faut pas perdre de vue qu’une telle vision est une déviance fondée sur une mauvaise compréhension de la doctrine biblique de l’accommodation, de la doctrine  de Dieu (vis à vis de sa vérité et de sa fidélité lorsqu’il communique) et de l’inspiration biblique (vis à vis des versets qui soulignent clairement que la Bible est Parole de Dieu dans un langage d’homme, et non un traité de religion).

Vern Poythress a récemment écrit un autre excellent article à ce sujet où il définit de façon saine ce que signifie le processus d’accommodation divine dans le respect du témoignage biblique .

Tout d’abord, il souligne à juste titre que la vision d’une “accommodation divine” alors source d’erreur est un produit de la période postérieure à la réforme. Il cite d’ailleurs G. Muller à ce propos :

Les réformateurs et leurs disciples scolastiques reconnaissaient tous que Dieu devait, d’une certaine manière, manifester de la condescendance ou s’accommoder lui-même aux processus humains liés à l’acquisition de la connaissance afin de se révéler. Cette accommodation se manifeste spécifiquement par l’usage de mots et de concepts humains afin de communiquer la loi et l’évangile, mais non par un processus  qui impliquerait une perte de la vérité ou une diminution de l’autorité des écritures. Ces phénomènes de « accomodatio » ou « condescensio » font références à la manière ou au mode de révélation, le don de la sagesse du Dieu infini dans une forme finie, et non à la qualité de la révélation faite ou au sujet révélé. (Richard A. Muller, Dictionary of Latin and Greek Theological Terms: Drawn Principally from Protestant Scholastic Theology (Grand Rapids: Baker, 1985), 19)

L’accommodation, alors droitement perçue, est une conséquence logique de la distinction Créateur-créature, et cela particulièrement dans les domaines de la connaissance et de la communication.

D’ailleurs, voici une excellente définition donnée par V. Bru dans son article :

(…) Processus par lequel Dieu se fait connaître aux hommes en se mettant à leur portée de façon à ce qu’ils puissent avoir de lui une connaissance qui, sans être exhaustive, n’en soit pas moins suffisante pour leur salut. En particulier, l’accommodation désigne le moyen par lequel Dieu utilise le langage humain dans la mise en place de sa révélation écrite – on parlera de révélation « verbale » ou « propositionnelle » -, en vue de la rendre accessible aux hommes.

Détail important: l’accommodation concerne la manière ou le mode de la révélation, la communication de la sagesse divine sous une forme finie, et non pas la qualité de la révélation ou le contenu révélé. Il s’ensuit que l’accommodation droitement interprétée n’implique en aucun cas une dévaluation de la vérité ou de l’autorité biblique. (Vincent Bru, La notion d’accommodation divine chez Calvin, ses implications théologiques et exégétiques, La Revue Réformée n°201 (1998/5)).

Elle comprend donc, dans le cas de la Bible, que Dieu communique à ses créatures sa Parole dans les catégories du langage humain, par le biais d’auteurs humains au sein d’un cadre personnel allianciel:

Ainsi, l’accommodation concerne tout à la fois la manifestation de Dieu dans la nature et sa révélation surnaturelle dans l’Ecriture, celle-ci trouvant son point culminant en Christ. Tous les aspects de la communication entre Dieu et l’homme portent le sceau de l’accommodation, celle-ci garantissant la clarté de la Révélation, condition nécessaire du dynamisme et du personnalisme de la relation alliancielle. (Ibid)

Mais elle n’implique pas que Dieu soit  enfermé dans des perspectives erronées de la connaissance humaine à cause de l’usage des catégories du langage humain :

L’accommodation comme principe ne doit pas devenir une clef herméneutique isolée pour l’interprétation de l’Ecriture. Une vision correcte de l’accommodation requiert la reconnaissance de l’inspiration de l’Ecriture, aussi bien que le principe exégétique scripturaire de l’analogie de la foi – analogia fidei. Dans le contexte spécifique de la vision réformée de l’Ecriture, le principe d’accommodation a une place légitime.

(…) L’humanité et l’historicité de l’Ecriture, loin de compromettre son infaillibilité, en garantissent au contraire sa compréhensibilité et sa clarté, et donc aussi son autorité normative pour tous les temps, Dieu étant parfaitement à même d’utiliser le langage humain ainsi que les représentations historiques et culturelles de l’homme, pour communiquer de façon infaillible sa volonté aux hommes. Le caractère normatif de l’Ecriture n’est pas limité par le temps, dans le sens d’un compromis avec l’erreur, mais plutôt conditionné par celui-ci – la révélation-accommodation revêt la forme historique et culturelle de son temps, sans pour autant adopter les conceptions erronées de celui-ci. La distinction – ou dualité – entre vérité périphérique – historico-culturelle – et vérité fondamentale – normative – n’a pas lieu d’être. Il n’y a, dans l’Ecriture, qu’une seule vérité, et cette vérité revêt la forme historique et culturelle de l’époque dans laquelle elle s’est manifestée. (Ibid)

Ce sont les dynamiques historico-critique et libérale qui voudraient imposer une définition non biblique de l’accommodation pour alors compromettre l’inerrance de la Bible. Dans d’autres cas, ce sont aussi les présupposés matérialistes de la philosophie évolutionniste qui imposent à certains d’adopter une vision limitée de l’inerrance biblique.

De plus, une saine vision de l’accommodation  ne nous conduira pas à une démarche interprétative qui essaiera de deviner un sens divin caché derrière le texte (une sorte de mysticisme gnostique qui renie la clarté des écritures, cf. Ps 19), ou encore qui limitera le contenu des  textes bibliques aux seules connaissances de l’auteur humain (cas des prophéties, du développement progressif de la révélation vis à vis du plan rédemptif accompli en Christ, cf. 1 Pierre .22ss). Pour ce dernier point, je vous encourage (pour les anglophones) à écouter l’excellente pré conférence du Reformed Forum qui traite des sujets du christocentrisme et christotelisme dans le domaine de l’herméneutique.

Ainsi, une juste  compréhension biblique du phénomène d’accommodation qui caractérise le phénomène d’inspiration biblique se devra de respecter à la fois la transcendance et l’immanence de Dieu qui œuvra par le biais d’auteurs humains pour nous communiquer sa Parole. Persister à croire que l’usage d’auteurs humains impliquerait nécessairement la présence d’erreurs dans le texte biblique revient à vouloir limiter la puissance de Dieu (liée à sa transcendance) dans son acte de communication personnel (lié à son immanence dans un cadre allianciel).

De plus, au niveau des auteurs humains, cela revient à conclure que le langage humain est incapable d’être un outil de communication par lequel nous puissions transmettre une vérité. Oui, l’homme est pécheur et limité, mais il est capable d’exprimer une chose qui soit vraie, et ceci sans pour autant qu’elle soit exhaustive. Le Saint-Esprit, dans sa vérité et sa fidélité, est le garant de l’infaillibilité des paroles qu’il nous communique par le biais d’auteurs humains.

Notre compréhension de l’évangile et les certitudes qui en découlent sont complétement dépendantes de la manière dont nous accueillerons les écritures. Il est donc important que nous possédions, en tant que disciples du Christ, une vision biblique de l’autorité et la normativité des saintes écritures.

 

 

 

 

<p>Je suis marié, et le Seigneur nous a fait la grâce d’avoir trois enfants. Je suis actuellement Pasteur Stagiaire sur Montréal. Je suis passionné par le Nouveau Testament, la théologie systématique et l’herméneutique. J’affectionne particulièrement les écrits des réformateurs, de Cornelius Van Til, Vern Poythress, John Frame, Greg Beale et John Piper.</p>

  • Encore un bon article pour réfléchir sur leboncombat.fr ! Comme la majorité des évangéliques (j’espère), je partage globalement la conception de l’inerrance des Ecritures qu’il défend ici. Je voudrais seulement faire remarquer que le texte aurait à mon avis gagné en clarté en présentant des exemples concrets d’accommodation.

    Inévitablement on est amené à se demander qu’est ce qui dans le texte biblique relève de l’accommodation et qu’est-ce qui en relève moins ou pas du tout.

    Prenons par exemple la question de l’hélio-centrisme, versus le géo-centrisme. A l’époque de Calvin les conceptions de Copernic n’avaient pas encore complètement triomphé, la plupart des gens trouvaient absurde l’idée que la terre tourne autour du soleil contrairement à l’apparence. Calvin lui-même écrit dans son 8ième sermon sur la première aux Corinthiens :

    Nous en verrons d’aucuns si frénétiques, non pas seulement en la religion, mais pour monstrer par tout qu’ils ont une nature monstrueuse, qu’ils diront que le soleil ne se bouge, et que c’est la terre qui se remue et qu’elle tourne. Quand nous voyons de tels esprits, il faut bien dire que le diable les ait possédez, et que Dieu nous les propose comme des miroirs, pour nous faire demeurer en sa crainte. Ainsi en est-il de tous ceux qui debatent par certaine malice, et ausquels il ne chaut d’être effrontez. Quand on leur dira, Cela est chaut: Et non est (diront-ils) on voit qu’il est froid: quand on leur monstrera une chose noire, ils diront qu’elle est blanche, ou au contraire:comme celuy qui disoit de la neige qu’elle estoit noire.

    L’inerrance des Écritures n’entraîne pas celle des Réformateurs : ainsi pour Calvin tous les passages de l’Ecriture où est mentionné le soleil se levant ou se couchant ne s’expliquent pas par l’accommodation mais par la nature des choses, tandis que pour nous qui lisons quatre siècles plus tard il y a bel et bien accommodation. Il est vrai que quelques efforts ont été tentés pour démontrer qu’en fait Calvin ne croyait pas au géo-centrisme, mais sans lui rendre un bon service, puisque il s’agit là d’une réaction manifeste de parti-pris. Calvin avait le droit de se tromper ; s’il avait vécu plus longtemps il aurait évidemment changé d’avis en astronomie.

    Il existe d’autre part des déclarations de l’Ecriture qui par contre ne pourront jamais être taxées d’accommodation, quels que soient les progrès de la connaissance. Par exemple la création spéciale de l’homme indépendamment des animaux. Tiré de la poussière de la terre est certainement une figure de langage, mais qui n’enlève rien au fait d’une création divine particulière, et non celui d’une descendance animale.

    Il existe aussi des passages de l’Ecriture qui s’expliquent par la condition humaine sans qu’il soit pertinent de parler d’accommodation. Par exemple lorsque que Paul écrit : « Je remercie Dieu de ce que je n’ai baptisé aucun de vous, si ce n’est Crispus et Gaïus, » puis quelques secondes plus tard se rappelle :« J’ai bien baptisé aussi la famille de Stéphanas ; du reste je ne sais si j’ai baptisé quelque autre personne. » Un tel cas n’enlève absolument rien à l’inerrance des Ecritures, et n’a strictement aucune importance dans la question du salut. Il témoigne simplement que la Bible a été exprimée à travers de vrais cerveaux humains et non dictée mécaniquement.

    Sans trop insister l’article pointe bien l’arrière-pensée qui motive la connotation négative que le libéralisme attache au mot accommodation : à savoir évacuer de l’Ecriture toute affirmation de faits surnaturels jugés en contradiction avec les théories scientifiques actuelles. Mais il ne faudrait pas tomber dans une dissimulation analogue en voulant trop justifier la réalité de l’inspiration des Ecritures, ni trop la lier à l’orthodoxie des réformateurs ; ce qui nous échappe c’est le mode de l’inspiration, non son fait. Le mot bien connu de Spurgeon reste ici mémorable :

    Défendre la Bible ? autant pour moi vouloir défendre un lion ! détachez-le et il se défendra tout seul.

  • L’intention de cet article est très louable, mais rend-elle justice à l’Ecriture telle qu’elle se présente à nous?

    Reconnaître que la Bible contient une description ancienne du cosmos (univers en trois partie, firmament…) semble malheureusement heurter de plein fouet cette conception.

    Pour ma part, la lecture d’articles comme ceux de Paul Seely dans le Westminster Theological Journal ou de Denis Lamoureux me paraissent ultra convaincants.

    N’est-il pas plus simple de reconnaitre que Dieu aurait effectivement pu révéler la vérité scientifique sur la structure du cosmos plutôt que de s’accommoder aux connaissances des auteurs inspirés, mais qu’il ne nous appartient pas d’imposer au texte biblique cette supposition légitime? Il semble bien que Dieu ait choisi une autre option…Après tout, Il fait ce qu’il veut 😉

    http://www.scienceetfoi.com/ces-theologiens-de-la-t-qui-reconnaissent-que-genese-1-est-ecrit-avec-une-conception-ancienne-du-cosmos/

    • ….le défi exégétique frappe alors à votre porte ! Est-ce que Science et foi le relèvera un jour ?
      Car, il est impossible d’appuyer bibliquement la conception d’inerrance limitée. Je ne parle pas de faire des pirouettes philosophiques, mais d’une vrai exégèse.
      De plus, la conception d’ « inerrance limitée » ne résiste pas à ce test. Concernant les liens erronés avec l »univers tripartites etc…, je vous conseille l’excellent livre de Vern Poythress (Redeeming Science)…car ce sont bel et bien des cas d’eisegése.
      D’un autre côté, il faut veiller à ne pas faire des contradictions, Dieu fait effectivement ce qu’il veut MAIS en totale cohérence avec ses attributs : Dieu ne peut PAS mentir, Dieu ne peut PAS faire d’erreur 😉 …. .

  • De l’exégèse , c’est précisément ce que font John Walton, Paul Seely dans les articles en lien. Il replace le texte biblique dans son contexte « historico-grammatical ».

    C’est bien sur cette base que de plus en plus d’évangéliques reconnaissent que l’Ecriture a été écrite avec la conception du cosmos de ses auteurs.

    C’est bien la projection de nos connaissances modernes sur le texte biblique qui déforme notre façon de le lire et qui créé tous ces conflits avec les découvertes de la science (âge de la terre, origine des espèces…)

    • Bonjour,
      Je pense que vous faites une confusion.

      1) Le défi exégétique dont j’ai parlé est à propos de la doctrine de l’inerrance des Ecritures.

      2) Une exégèse historico-grammaticale des textes qui parlent du ciel, de la terre et du monde sous-terrain ne permet pas nécessairement de dire que les auteurs faisaient la promotion d’une vision culturelle tri-partite. Ce sont certains présupposés qui encadrent le geste herméneutique qui suit qui obligent certaines personnes à arriver à cette conclusion. C’est la même chose lorsque l’on considère le fossé qui sépare Gilgmesh du récit de Noé. P. Berthoud en parle très bien dans son livre sur les origines. Bon nombres d’exégètes rejettent un tel lien et soulignent avant-tout l’usage d’un langage descriptif et phénoménologique. John Walton et P. Seely ne font pas l’unanimité selon les textes étudiés. Je ne peut que vous conseiller que les excellents articles de Vern Poythress et le commentaire de John Collins sur Genèse 1-4 (ainsi que le livre de Jean-Marc Berthoud).

      Encore, une fois, cet article concernait la doctrine de l’accommodation biblique. Une telle doctrine impose une limite à la façon dont nous pouvons relier les mythes du POA avec les récits historiques de la Genèse.

      Je suis conscient que nous sommes en désaccord, mais il est vraiment important que la notion d’inerrance limitée n’est pas du tout biblique et elle est un danger pour l’église locale. Ce face à de telles erreurs, qu’un vrai retour aux écritures (sola scriptura) devient vital….bien que sola scriptura & toat scriptura soit vital pour notre vie chrétienne en tout temps !

  • Noël approche, eh oui déjà ! il va falloir songer à dresser le sapin près de la cheminée, puis à le décorer avec ses boules brillantes et ses guirlandes de lumière. Ce n’est pas tout, il faut aussi penser à la façon dont on va expliquer aux tout petits qui sont maintenant en âge le sens de cette coutume. Après avoir réfléchi deux minutes papa chrétien se retrouve devant une alternative :

    1) soit il s’adapte à la culture dominante et il raconte à ses gamins l’histoire du père Noël, qui vient du pôle nord sur un traîneau tiré par des rennes, et qui escalade la cheminée pour laisser les cadeaux au pied du sapin.

    2) soit il leur raconte l’histoire de Jésus, mais en simplifiant, beaucoup parce que les petits ne suivraient pas autrement

    Messieurs Walton, Seely et leurs satellites optent clairement pour la première méthode : Dans le premier chapitre de la Genèse Dieu nous a raconté l’histoire du père Noël parce que nous étions encore assez petits pour y croire. Maintenant que nous sommes devenus grands nous savons bien qu’il n’y a jamais eu de père Noël ; nous n’en voulons néanmoins pas à Dieu : s’il a un peu menti c’était pour notre bien, en nous faisant rêver. Et Dieu est bien content que nous ne lui en gardions pas rancune.

    Cependant papa et maman chrétiens éprouvent quelques scrupules, non à raconter des histoires à leurs enfants, mais à leur raconter des histoires sans leur dire clairement s’il s’agit d’un conte ou de la réalité. Faut pas mélanger les genres, sinon les pauvres petits ne vont pas s’y retrouver. Or Noël, quand on est chrétien, c’est de l’Histoire avec une majuscule, c’est de la réalité. Papa chrétien opte donc pour la seconde méthode : dans la Genèse Dieu nous a raconté l’histoire simplifiée de la Création. Simplifier n’est pas tromper, ce qui veut dire que chaque jour, chaque détail du récit, doit correspondre à une réalité ; réalité sans doute qui nous échappe encore, même si nous sommes devenus grands, parce que la science n’a pas encore dit son dernier mot, et qu’elle change souvent d’avis, étant faite par des gens intelligents.

    Les Israélites ont passé 400 ans en Egypte ; ils ont eu tout le temps nécessaire pour se plonger dans la culture égyptienne ambiante, et examiner de près leurs nombreuses sculptures ; notamment celles d’Isis arcboutée en forme de voûte du ciel, les mamelles pointant vers la terre. Cependant dans les premières pages de la Genèse Dieu (via Moïse ou son secrétaire) ne fait nulle mention de cette déesse capitale de la mythologie égyptienne, étrange oubli pour quelqu’un qui prétend s’adapter aux croyances de ses auditeurs ! pas la moindre trace non plus de l’oeuf gigantesque de Thot, couvé par quatre grenouilles et quatre serpents à son échelle, et d’où le soleil finit par sortir ! Mais peut-être que les israélites, gens entêtés et de col roide, s’étaient toujours refusés à la moindre concession envers les croyances égyptienne ?

    Tout au contraire, à peine sortis d’Egypte, les voilà qui réclament à Aaron d’ériger un Veau pour qu’ils puissent l’adorer, et ils y tiennent tellement qu’ils n’hésitent pas à mettre la main au porte-monnaie. Nonobstant, toujours ce Moïse qui dit-on a écrit la Genèse, se fâche tout rouge, et ne prononce pas une seule fois le nom d’Apis dans le récit la Création.

    La conclusion s’impose : Dieu n’a pas voulu suivre les conseils de Messieurs Walton et Seely ; il a préféré nous parler simplement, mais sérieusement, véridiquement et profondément, comme c’est le devoir de tout papa chrétien envers ses enfants.

    Mais l’eau, l’eau !! s’énervent Messieurs Walton et Seely. C’est vous qui nous racontez des histoires ! croyez-vous vous en tirer avec cette comparaison enfantine ? où est passée l’eau ?

    Quelle eau ? à oui celle d’en-haut. Ecoutez, Calvin pense qu’il s’agit de celle des nuages. Là il pousse peut-être un peu parce que la quantité d’eau dans l’atmosphère est infinitésimale par rapport à celle des océans. Mais saviez-vous par exemple Messieurs Walton et Seely, qu’il y a plus d’eau sous la surface de l’écorce terrestre que dans les océans. Non vous ne le saviez pas lorsque vous écrivîtes vos bouquins, puisqu’on vient de l’apprendre ? Saviez-vous encore qu’une grande partie de l’eau de nos océans est d’origine extra-terrestre ? Non vous ne le saviez pas non plus, puisque une analyse toute récente d’un rapport isotopique vient de le prouver.

    Alors si Moïse ne comprenait pas exactement à quoi correspondait cette séparation des eaux d’en bas et des eaux d’en haut (Séparation vue dans la vision que Dieu lui a donnée, et non celle qu’il aurait lue sur des hiéroglyphes égyptiens), la science actuelle ne sait pas vraiment non plus dire à quoi elle correspond, et ce n’est pas en lisant la Genèse qu’elle l’apprendra. Mais Dieu, Lui, le savait, quand il a inspiré Moïse ! et c’est là que réside la grande différence d’attitude entre nous et vous :

    Vous croyez que Dieu fait dans sa parole des concessions à l’existence du père Noël, nous croyons que notre Père céleste ne nous raconte jamais d’histoires, mais que conformément à son caractère trois fois saint, il nous donne un récit à la fois véridique et sublime des ses oeuvres.

  • Cher Claude,

    vous m’avez convaincu, je promets de ne plus jamais croire au Père Noël sur des bases bibliques, comme ça j’expliquerai à nos contemporains que la Bible nous enseigne que Dieu a créé la terre et les cieux en six jours de 24 heures il y a quelques milliers d’années, et les espèces toutes formées d’un coup de baguette magique.

    Je crois que ça va le faire 😉

    • Cher Benoît,

      Je pense que cette année vous aurez plutôt droit à la visite du Père Fouettard qu’à celle du Père Noël, parce vous vous êtes montré un élève désagréable et sournois dans cette réponse à une question que le Maître ne vous posait d’ailleurs pas.

      Nulle part en effet il n’est écrit dans son grand Livre qu’Il ait créé le Monde en six jours de 24 heures ; c’est vous qui le dites pour évacuer (entre autres) la question du Veau d’or, qui met à mal la théorie des mauvais sujets avec lequel vous vous êtes acoquiné.

      Vous filez un mauvais coton en tirant la classe vers le bas plutôt que vers le haut ; ressaisissez-vous, et tachez de faites mieux au deuxième trimestre.

      Claude.

    • Salut Benoit !
      Comme je te l’ai déjà expliqué maintes fois, nous (les administrateurs du blog) ne défendons pas mordicus une position terre jeune. Notre démarche est avant tout exégétique. Dnas nos interactions avec Science et Foi, nous pointons ce que nous pensons être des faiblesses et des carences interprétatives.

      Regarde l’ensemble des articles que nous avons publié sur la question, et tu constateras que nous laissons une porte ouverte à une terre plus vieille.

      C’était juste un petit rappel.
      Guillaume

  • Soyez béni cher Claude!

  • Ultima Ratio Benedictus…

    Soyez béni aussi cher Benoît !

    Claudius.

  • Je reviens un instant à propos de la conception du principe d’accommodation chez Calvin. je suis en effet tombé ce matin sur cet article

    http://biologos.org/blog/john-calvin-on-nicolaus-copernicus-and-heliocentrism

    traitant précisément des rapports de Calvin avec Copernic à propos de l’héliocentrisme.

    Citations de Calvin à l’appui, l’auteur démontre que pour Calvin, le principe d’accomodation pouvait tout à fait impliquer ce que nous qualifierions d' »erreurs » au regard des découvertes de la science moderne, le Saint Esprit ne cherchant pas nécessairement à modifier les opinions « scientifiques » des auteurs inspirés…

    « At this point an explanation of Calvin’s doctrine of accommodation is most helpful. Calvin did not believe that the bible reveals scientific data, but rather it reveals the Word of God in a way that it may be understood by the Bible’s readers, and accommodates the revealed Word of God to the common understanding of the hearer of the Word, even if that means communicating the Word of God through the flawed hearer’s historical, scientific, theological, and cosmological errors. The following quotations from Calvin’s Commentary on Genesis: Vol 1 serve as examples:… »

    • En effet, Claude l’avait déjà souligné plus haut. Il est évident que nous ne défendons pas l’inerrance des réformateurs. Nous défendons l’inerrance des textes bibliques et le principe d’accommodation dans la pensée biblique. Par contre une conclusion sur une accommodation « culturelle » acceptée par Calvin serait bien hâtive et infondée ! En effet, vis à vis de Gen 1, je recommande la lecture de l’article de Vern Poythress : http://www.frame-poythress.org/wp-content/uploads/2014/06/2014Misundertanding.pdf .
      Sa conclusion est alors pertinente :
      Distinct kinds of “accommodation” are quite different, and it does not help to roll all the uses together. In particular, we obscure an important dispute if in discussing Gen 1:5 we do not distinguish a careful use of language according to “received custom” (Calvin) from a global reorganization of chronological order (modern desire). Likewise, earlier in this article we uncovered two vastly different approaches to Gen 1:6-8. Calvin attempts to interpret the language of Gen 1:6-8 as a true description of “the visible form of the world.” By contrast, Sparks depreciates the same biblical language because it allegedly represents a mistaken “ancient view”: he says, “Genesis merely accommodates itself to the ancient view that such waters existed.” 25Both of these strategems, Calvin’s and Sparks’s, have been described with the word accommodation. But in Calvin, God accommodates to the needs of his addressees by describing the visible form of the world and thereby making sure that his communication makes sense to ordinary people (“the unlearned”). “Accommodation” in this sense serves the truth by expressing the truth in an accessible manner. In Sparks’s view, God allegedly “accommodates” erroneous ancient views by incorporating them into the text that he endorses. “Accommodation” in this second sense serves confusion. Many in our day think there is no real alternative to such confusion, because of the limitations of language and culture that God confronts. 26 Ironically, the very places where Sparks appeals to Calvin count against this pessimistic view of communication. Even if Calvin is wrong in some details, he at least shows how a clear meaning could be communicated from God to man, namely, by talking about the observable world in ordinary ways. »

      Bref, la position de Calvin sur le géocentrisme n’est pas une conséquence de sa compréhension de l’accommodation « culturelle », mais c’est ce qu’il croyait apparement, et il le faisait coïncider avec le langage phénoménologique de la Bible. Mais,en ce qui concerne le phénoméne de l’accommodation, il parle d’une accommodation dans le langage utilisé, un langage sobre dénué d’une certaine complexité scientifique inscrit dans une dynamique phénoménologique (« Here lies the difference; Moses wrote in a popular style things which without instruction, all ordinary persons, endued with common sense, are able to understand. »)

      C’est une chose de reconnaître la faillibilité des réformateurs (et encore faut-il bien comprendre ce qu’ils disent (géocentrisme fondé sur une vision d’accommodation de Dieu à la culture du POA (accommodation sur le « fond ») VS géocentrisme accepté par Calvin à cause de la correspondance phénoménologique des descriptions bibliques (accommodation par le « langage » et la simplicité)) , cela est une autre chose de faire le pas illégitime de reporter cette faillibilité à la Bible.

      Emile Nicole a aussi écrit un article sur Calvin qui donne de bonnes pistes de réflexion : http://larevuereformee.net/articlerr/n254/calvin-interprete-de-la-genese#ftnt34.

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