Accommodation ne veut pas dire corruption !

De nos jours, il existe une véritable confusion dans  la compréhension de la doctrine de l’inspiration du canon biblique.

En effet, certaines personnes clament que nous devrions comprendre cette doctrine en n’oubliant pas que Dieu s’est accommodé à notre faiblesse humaine pour nous parler. Ces personnes introduisent alors de façon illégitime une notion d’inerrance limitée. C’est à dire que la Bible pourrait contenir des erreurs lorsqu’elle aborde certaines thématiques, car Dieu se serait accommodé des erreurs culturelles des auteurs humains. Certains, pour mettre un comble à cette conclusion erronée, disent que les réformateurs pensaient la même chose.

Une telle démarche est simplement une erreur grave et infondée.

En ce qui concerne la caricature faite (une nouvelle fois) à propos des réformateurs (et particulièrement Jean Calvin), je vous conseille de lire l’article de Vincent Bru ou de Vern Poythress qui démontrent  aisément le contraire.

Ensuite, il ne faut pas perdre de vue qu’une telle vision est une déviance fondée sur une mauvaise compréhension de la doctrine biblique de l’accommodation, de la doctrine  de Dieu (vis à vis de sa vérité et de sa fidélité lorsqu’il communique) et de l’inspiration biblique (vis à vis des versets qui soulignent clairement que la Bible est Parole de Dieu dans un langage d’homme, et non un traité de religion).

Vern Poythress a récemment écrit un autre excellent article à ce sujet où il définit de façon saine ce que signifie le processus d’accommodation divine dans le respect du témoignage biblique .

Tout d’abord, il souligne à juste titre que la vision d’une “accommodation divine” alors source d’erreur est un produit de la période postérieure à la réforme. Il cite d’ailleurs G. Muller à ce propos :

Les réformateurs et leurs disciples scolastiques reconnaissaient tous que Dieu devait, d’une certaine manière, manifester de la condescendance ou s’accommoder lui-même aux processus humains liés à l’acquisition de la connaissance afin de se révéler. Cette accommodation se manifeste spécifiquement par l’usage de mots et de concepts humains afin de communiquer la loi et l’évangile, mais non par un processus  qui impliquerait une perte de la vérité ou une diminution de l’autorité des écritures. Ces phénomènes de « accomodatio » ou « condescensio » font références à la manière ou au mode de révélation, le don de la sagesse du Dieu infini dans une forme finie, et non à la qualité de la révélation faite ou au sujet révélé. (Richard A. Muller, Dictionary of Latin and Greek Theological Terms: Drawn Principally from Protestant Scholastic Theology (Grand Rapids: Baker, 1985), 19)

L’accommodation, alors droitement perçue, est une conséquence logique de la distinction Créateur-créature, et cela particulièrement dans les domaines de la connaissance et de la communication.

D’ailleurs, voici une excellente définition donnée par V. Bru dans son article :

(…) Processus par lequel Dieu se fait connaître aux hommes en se mettant à leur portée de façon à ce qu’ils puissent avoir de lui une connaissance qui, sans être exhaustive, n’en soit pas moins suffisante pour leur salut. En particulier, l’accommodation désigne le moyen par lequel Dieu utilise le langage humain dans la mise en place de sa révélation écrite – on parlera de révélation « verbale » ou « propositionnelle » -, en vue de la rendre accessible aux hommes.

Détail important: l’accommodation concerne la manière ou le mode de la révélation, la communication de la sagesse divine sous une forme finie, et non pas la qualité de la révélation ou le contenu révélé. Il s’ensuit que l’accommodation droitement interprétée n’implique en aucun cas une dévaluation de la vérité ou de l’autorité biblique. (Vincent Bru, La notion d’accommodation divine chez Calvin, ses implications théologiques et exégétiques, La Revue Réformée n°201 (1998/5)).

Elle comprend donc, dans le cas de la Bible, que Dieu communique à ses créatures sa Parole dans les catégories du langage humain, par le biais d’auteurs humains au sein d’un cadre personnel allianciel:

Ainsi, l’accommodation concerne tout à la fois la manifestation de Dieu dans la nature et sa révélation surnaturelle dans l’Ecriture, celle-ci trouvant son point culminant en Christ. Tous les aspects de la communication entre Dieu et l’homme portent le sceau de l’accommodation, celle-ci garantissant la clarté de la Révélation, condition nécessaire du dynamisme et du personnalisme de la relation alliancielle. (Ibid)

Mais elle n’implique pas que Dieu soit  enfermé dans des perspectives erronées de la connaissance humaine à cause de l’usage des catégories du langage humain :

L’accommodation comme principe ne doit pas devenir une clef herméneutique isolée pour l’interprétation de l’Ecriture. Une vision correcte de l’accommodation requiert la reconnaissance de l’inspiration de l’Ecriture, aussi bien que le principe exégétique scripturaire de l’analogie de la foi – analogia fidei. Dans le contexte spécifique de la vision réformée de l’Ecriture, le principe d’accommodation a une place légitime.

(…) L’humanité et l’historicité de l’Ecriture, loin de compromettre son infaillibilité, en garantissent au contraire sa compréhensibilité et sa clarté, et donc aussi son autorité normative pour tous les temps, Dieu étant parfaitement à même d’utiliser le langage humain ainsi que les représentations historiques et culturelles de l’homme, pour communiquer de façon infaillible sa volonté aux hommes. Le caractère normatif de l’Ecriture n’est pas limité par le temps, dans le sens d’un compromis avec l’erreur, mais plutôt conditionné par celui-ci – la révélation-accommodation revêt la forme historique et culturelle de son temps, sans pour autant adopter les conceptions erronées de celui-ci. La distinction – ou dualité – entre vérité périphérique – historico-culturelle – et vérité fondamentale – normative – n’a pas lieu d’être. Il n’y a, dans l’Ecriture, qu’une seule vérité, et cette vérité revêt la forme historique et culturelle de l’époque dans laquelle elle s’est manifestée. (Ibid)

Ce sont les dynamiques historico-critique et libérale qui voudraient imposer une définition non biblique de l’accommodation pour alors compromettre l’inerrance de la Bible. Dans d’autres cas, ce sont aussi les présupposés matérialistes de la philosophie évolutionniste qui imposent à certains d’adopter une vision limitée de l’inerrance biblique.

De plus, une saine vision de l’accommodation  ne nous conduira pas à une démarche interprétative qui essaiera de deviner un sens divin caché derrière le texte (une sorte de mysticisme gnostique qui renie la clarté des écritures, cf. Ps 19), ou encore qui limitera le contenu des  textes bibliques aux seules connaissances de l’auteur humain (cas des prophéties, du développement progressif de la révélation vis à vis du plan rédemptif accompli en Christ, cf. 1 Pierre .22ss). Pour ce dernier point, je vous encourage (pour les anglophones) à écouter l’excellente pré conférence du Reformed Forum qui traite des sujets du christocentrisme et christotelisme dans le domaine de l’herméneutique.

Ainsi, une juste  compréhension biblique du phénomène d’accommodation qui caractérise le phénomène d’inspiration biblique se devra de respecter à la fois la transcendance et l’immanence de Dieu qui œuvra par le biais d’auteurs humains pour nous communiquer sa Parole. Persister à croire que l’usage d’auteurs humains impliquerait nécessairement la présence d’erreurs dans le texte biblique revient à vouloir limiter la puissance de Dieu (liée à sa transcendance) dans son acte de communication personnel (lié à son immanence dans un cadre allianciel).

De plus, au niveau des auteurs humains, cela revient à conclure que le langage humain est incapable d’être un outil de communication par lequel nous puissions transmettre une vérité. Oui, l’homme est pécheur et limité, mais il est capable d’exprimer une chose qui soit vraie, et ceci sans pour autant qu’elle soit exhaustive. Le Saint-Esprit, dans sa vérité et sa fidélité, est le garant de l’infaillibilité des paroles qu’il nous communique par le biais d’auteurs humains.

Notre compréhension de l’évangile et les certitudes qui en découlent sont complétement dépendantes de la manière dont nous accueillerons les écritures. Il est donc important que nous possédions, en tant que disciples du Christ, une vision biblique de l’autorité et la normativité des saintes écritures.

 

 

 

 

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Je suis marié, et le Seigneur nous a fait la grâce d’avoir trois enfants. Je suis actuellement Pasteur Stagiaire sur Montréal. Je suis passionné par le Nouveau Testament, la théologie systématique et l’herméneutique. J’affectionne particulièrement les écrits des réformateurs, de Cornelius Van Til, Vern Poythress, John Frame, Greg Beale et John Piper.