Comment réagir face aux contradictions de la Bible ?

Il existe de réelles apparentes contradictions dans les Ecritures. Le chrétien sincère qui connait son Dieu et qui sait que celui-ci ne se contredit pas peut être troublé à la lecture de certaines d’entre elles.

Pour autant, notre vie entière et tout ce qui la compose sont marqués du saut de la contradiction apparente. Et cela ne nous empêche pas vivre, comme le rappelle Herman Bavinck :

 

“Même pour celui qui se soumet à l’écriture avec une foi d’enfant, il reste bien des difficultés . Il n’est pas nécessaire de les dissimuler. Il y a dans l’Ecriture des “croix” qui ne peuvent être ignorées et dont certaines ne seront jamais résolues.

Mais ces difficultés que l’Écriture elle-même présente et qui semblent militer contre son inspiration n’ont pas été découvertes en ce siècle. Certaines ont toujours été observées et, cependant, Jésus et les Apôtres, Athanase et Augustin, Thomas et Bonaventure, Luther et Calvin, et tous les chrétiens de toutes les Églises à travers les siècles ont confessé et reconnu l’Écriture comme étant la Parole de Dieu.

Celui qui veut attendre pour croire en l’Écriture que toutes les objections soient ôtées et toutes les contradictions soient résolues ne viendra jamais à la foi. […]

Du reste des objections et des difficultés se trouvent en toute forme de connaissance. […] La nature, l’histoire, chaque science offre autant de “croix” que la Sainte Écriture. […] Il existe des enantiophanes (apparentes contradictions) en foule dans chaque page du livre de la nature. […] Qui cependant abandonnera pour cette raison sa foi en la Providence de Dieu? […]

Naturellement, que ce soit dans la nature ou en ce qui concerne l’Écriture, l’on peut se jeter dans les bras de l’agnosticisme et du pessimisme. Mais le désespoir est un salto mortale (saut mortel), et cela est valable aussi dans le champ de la connaissance.

Et avec l’incrédulité, les mystères de l’être ne diminuent pas, tandis que le trouble du cœur augmente.” (1)

 

Les contradictions apparentes de l’Ecriture ne devraient pas premièrement susciter le doute en nous. Autrement, il nous faudrait douter de même au sujet tout ce que nous voyons ou expérimentons.

Elles devraient plutôt nous encourager à davantage sonder la Parole se Dieu

 

 

 

 

 

(1) Herman Bavinck, Reformed Dogmatics, Volume 1

 

 

 

Marié et père d'une jeune famille, je me passionne aussi pour la théologie. Mes intérêts particuliers sont la continuité/discontinuité entre les testaments, la théologie de l'alliance, le christianisme historique (crédo / confessions / catéchisme), et la pertinence de tous ces sujets pour l'église d'aujourd'hui. "Vous avez tout pleinement en lui" - Colossiens 2:10

  • Francine

    Si les contradictions dans la Bible n’étaient qu’apparentes, on ne comprend pas en quoi elles constitueraient une croix pour ceux qui veulent défendre l’inspiration plénière des Écritures ! il suffirait qu’ils montrent quelle est la réalité qui se cache derrière l’apparence, et le tour serait joué, personne ne pourrait plus récupérer des semblants de désaccords pour contester une conception quasi-coranique de l’inspiration.

    Or ce n’est évidemment pas le cas, prenons un exemple :

    En 1 Corinthiens 1:14 Paul déclare : Je remercie Dieu de ce que je n’ai baptisé aucun de vous, si ce n’est Crispus et Gaïus. Quoi de plus clair ? Paul n’a baptisé à Corinthe que deux personnes et deux seulement, Crispus et Gaïus. L’apôtre étant inspiré, les mots qui sortent de sa plume sont littéralement soufflés par le Saint Esprit, selon l’opinion orthodoxe qui a généralement cours dans la mouvance évangélique.

    Ô calamité ! deux versets plus loin, Paul se rappelle brusquement qu’il a aussi baptisé à Corinthe un couple et probablement ses enfants : J’ai encore baptisé la famille de Stéphanas… ce qui fait que le verset 16 contredit réellement et non en apparence le verset 14 ! Est-ce important, tout le monde conviendra que non. Mais l’importance n’est pas le point ici discuté, c’est le POSTULAT injustifié que les contradictions contenues dans la Bible ne peuvent qu’être apparentes ; les décorer du mot pseudo-savant d’énantiophanies ne change strictement rien à leur nature. Dira-t-on qu’il n’y aucune erreur sous la plume de Paul parce qu’il rétablit finalement la vérité en reconnaissant qu’il a baptisé plus de deux personnes à Corinthe ?

    Mais d’abord Paul n’a pas rétabli toute la vérité, puisqu’il termine le verset 16 par un doute : du reste, je ne sache pas que j’aie baptisé quelque autre personne… ; il ne sait pas ! il admet que sa mémoire puisse encore être défaillante comme il vient d’en faire l’expérience un verset plus haut ! Ensuite, comment expliquer que le Saint Esprit ait pu souffler à Paul au verset 14 mot pour mot : je n’ai baptisé aucun de vous, si ce n’est Crispus et Gaïus ? dira-t-on que Stéphanas ne faisait pas partie du cercle à qui Paul écrit ? mais chapitre 16, il leur rappelle qu’ils le connaissent bien !

    Les contradictions scripturaires ne sont des croix que pour ceux qui enseignent une inspiration mécanique de l’Ecriture qui ne laisse aucune place à l’humanité des écrivains. Avoir un trou de mémoire, se tromper en arrondissant un nombre, simplifier un récit, etc., ce n’est pas du péché, c’est humain. Or Dieu n’a pas inspiré des magnétophones et des caméras, mais des hommes pour écrire sa Parole. Même les réformateurs n’avaient pas une vision de l’inspiration exclusive de toute erreur humaine, celle-ci n’est apparue que plus tard, pour en quelque sorte servir d’arme absolue contre les dissidents.

    Conscients de la dualité humaine-divine de l’Ecriture, les premiers prédicateurs chrétiens ont très tôt relevé la comparaison pertinente et féconde qui existe entre sa place parmi les livres, et la place de Jésus-Christ parmi les hommes. La Bible est à la fois humaine et divine, de façon assez analogue à Jésus qui est à la fois pleinement homme et pleinement Dieu. On trouve déjà cette idée chez Ignace d’Antioche, qui écrit :Nous devons aller à l’Ecriture comme à la chair de Christ ; elle se lit ensuite chez Chrysostome, et d’autres.

    Il est important de le souligner, parce qu’aujourd’hui où aux Etats-Unis certains néo-calvinistes montent la dogmatique de Bavinck comme un blanc d’oeuf en neige, ils lui attribuent sans scrupule la paternité de cette comparaison, pour en déduire des idées dangereuses. Je n’ai évidemment rien de personnel contre Matt Massicotte, puisque je ne le connais pas ; je réagis parce que, presque inconnu en France évangélique, Herman Bavinck, malgré le buzz américain, ne fait pas même l’unanimité outre-atlantique. J’ai déjà signalé que certains utilisaient sa dogmatique pour nier la création spéciale d’Adam ; d’autres réformés vont plus loin encore en la faisant dériver vers la justification du mariage unisexe.

    Dans ce lien, on apprendra qu’il existe en réalité deux Bavinck, un fondamentaliste, mais aussi un libéral (ce qui ira bien dans le sens d’un sujet précédent).
    http://www.calvin.edu/library/database/crcpi/fulltext/ctj/95609.pdf
    Dans celui-ci, on s’apercevra des doutes que l’ambiguïté du mouvement néo-calviniste venu de Hollande il y a un siècle peut susciter.
    http://the-highway.com/neo-calvinism.pdf

    On ne va pas passer son temps à lire à droite et à gauche tout ce qui s’écrit relativement au calvinisme. C’est justement la raison pour laquelle il ne serait pas juste de nous parachuter un théologien oublié, qui parce qu’il aurait pour crédit de n’être accessible qu’en anglais et d’être encensé par des néo-calvinistes américains, se constituerait tout d’un coup en une sorte de magistère évangélique et de nouvelle orthodoxie. Franchement il n’y a rien, dans les trois extraits qui ont été donnés jusqu’ici, qui justifierait une telle inflation. On peut encore prétendre tenir à la saine doctrine et faire l’impasse sur Bavinck.

    • Vous êtes dure avec Bavinck!! Il y a beaucoup de bonnes choses dans sa systématique. L’article de John Bolt que vous mentionnez apparait être particulièrement à charge, c’est le moins que l’on puisse dire).

      La question de l’inspiration est vaste, mais il ne faudrait pas penser que derrière la notion d’inerrance ou d’inspiration plénière se trouve nécessairement la “dictate theory” (ce que vous semblez associer à la position du blog? Si oui ce n’est pas le cas). Dans tous les cas, nous n’irions pas jusqu’à parler de « se tromper », comme vous le faites.

      Vous semblez bien informé sur de nombreux sujets relevant de la systématique, chère Francine. Avez-vous étudié la théologie?

      En Christ.

      • Francine

        Vous m’avez mal comprise : ce n’est pas Bavinck qui m’agace, c’est la promotion que l’on prétend en faire auprès du public évangélique français. Bavinck est né en hollande en 1854 ; il a écrit ses ouvrages en hollandais, et de son vivant il jouissait déjà d’une belle réputation d’intellectuel à travers l’Europe. Je veux bien que l’on juge sa dogmatique incontournable, chacun est libre de son jugement, mais dans ce cas, pourquoi ne pas l’avoir traduite en français ?! en 100 ans les réformés français on eut le temps tout de même ! le hollandais n’est pas plus difficile que le danois sans doute, : la dogmatique de Hans Lassen Martensen qui était de la génération d’avant Bavinck, on la trouve en français… traduite par un réformé qui devait bien croire qu’elle en valait la peine !

        Il m’apparaît que la motivation pour laquelle on nous parle de Bavinck, n’est pas d’exposer ce qu’il aurait dit d’original, mais de faire chorus à une intelligentsia néo-réformée américaine qui a tout d’un coup décidé que Bavinck disait merveille. Il faudrait donc que nous répétions : Lisez Bavinck ! lisez Bavinck ! ça doit être forcément bien, puisque c’est en anglais, avec un peu de latin ! et machin PhD le recommande !

        Que l’Europe soit technologiquement à la remorque de l’Amérique en ce qui concerne les Tesla S, les iphones, les iwatchs… c’est un constat sans appel. Mais en théologie, rien ne justifie une imitation servile des modes américaines. La Réforme a eu lieu en Europe, quand sous l’action de l’Esprit de Dieu des gens se sont mis en réfléchir par eux-mêmes sur la Parole de Dieu, au lieu d’accepter sans examen ce que Rome disait de croire. Si Dieu accorde un jour un autre mouvement spirituel à la France, il faudra que les français se mettent à penser par eux-mêmes : le néo-calvinisme américain n’a pas vocation à devenir le mentor des pasteurs français.

        Ceci dit j’apprécie bien les articles du « Le bon combat », puisque je les lis ; quant à pouvoir les critiquer librement, c’est tout l’intérêt des commentaires… si nous étions tous d’accord, ils ne serviraient à rien.

        • Matt Massicotte

          Merci pour la référence à « Hans Lassen ». Je ne savais pas que c’était traduit en français. Concernant les intentions que nous avons à publier les oeuvres de Bavinck (qui devraient demeurées enterrées, à vous lire, puisque personnes ne les a jugé digne d’être traduites dans les 100 dernière années), je trouve que vous nous prêtez des intentions qui ne sont pas du tout fondées.

          Personnellement, j’aime bien Bavinck pour le fait qu’il soit un des théologiens modernes qui soit d’accord avec les confessions héritées de la réforme. Autrement dit, c’est un réformé confessionnel de conviction qui n’a pas eu peur de se mouiller dans le monde libéral pour mieux le comprendre et interagir avec lui. Les chrétiens évangéliques du derniers siècle se sont retrouvés (pour toutes sortes de raisons) dans un bulle imperméable contre les théologies et les philosophies séculières. Bavinck, ayant été élevé dans un environnement semblable au nôtre, nous aide à la fois à voir à l’extérieur de cette bulle et à mieux comprendre notre héritage protestant. Ainsi, nous sommes mieux équipés pour reconnaître les philosophies de ce siècles qui nous corrompent si subtilement, pour nous aider à faire face à ceux-ci, et pour les confronter avec la pensée de Christ. Pour résister aux mensonges de l’ennemi, il est d’une grande aide de les identifier. Bavinck nous est précieux içi.

          Que le mouvement néo-calviniste ait été imprégné d’idéologies politiques, je vous le concède. Mais à mon avis, on peut difficilement faire cette critique générale contre la théologie systématique de Herman Bavinck.

          • Francine

            De la remarque que la dogmatique de Bavinck n’a pas été traduite en français depuis un siècle qu’elle existe, il ne faut pas déduire qu’elle n’en vaut pas la peine, mais constater qu’elle n’a pas été, en son temps, jugée suffisamment originale ou nécessaire pour déclencher l’enthousiasme d’un pasteur francophone pratiquant le hollandais ; encore que le nombre d’individus de ce type ayant toujours été fort limité, on peut d’autant moins sauter à la conclusion que l’ouvrage de Bavinck ne contient rien d’intéressant pour les évangéliques français d’aujourd’hui. Mais quoi ? c’est la question, à laquelle il me semble que les trois extraits, fort aimablement traduits par vous de la version anglaise, et dont il faut vous remercier, n’apportent pas de réponse. En effet, soit le rapprochement entre une justification obtenue par la foi seule et l’obligation du travail quotidien, soit celui entre l’Évangile sortant de la Loi comme la plante du grain, soit celui entre les contradictions bibliques inhérentes aux limitations de la nature humaine et la croix subie par Jésus-Christ, ne m’ont parus ni pertinents ni bibliquement fondés ; l’ayant signalé aucun argument n’a été opposé.

            Enfin, je n’ai pas voulu prêter des intentions aux personnes évoluant dans le cercle néo-calviniste français en constatant que leur motivation était de promouvoir la littérature néo-calviniste américaine. L’intention est un but que l’on s’est consciemment fixé, la motivation est l’impulsion intérieure qui nous détermine à agir, et qui est rarement calculée. Je suis bien persuadée qu’en mettant constamment en avant des auteurs de langue anglaise l’intention des néo-calvinistes français n’est pas de laisser aux jeunes pasteurs le sentiment qu’ils ne pourront être considérés comme intelligents que s’ils parlent anglais. Je suis bien persuadée qu’il n’existe pas de complot conscient contre notre langue. Par contre, que le moteur, la motivation, qui fait bouger le néo-calvinisme français, vienne des États-Unis me paraît incontestable, et je le déplore. Un des buts déclarés du néo-calvinisme américain est d’encourager la lecture des puritains anglais. Très bon conseil aux États-Unis ou en Angleterre, mais qui devient ridicule et irritant en France, quand cela en vient au point où ne peut plus lire un article évangélique écrit en français sans tomber sur l’inévitable Comme l’a dit John Owen…, Comme l’a dit Spurgeon…, Comme l’a dit Bavinck….

            John Owen, c’est du 17ième siècle ! il n’existait donc pas d’huguenots français écrivains à son époque ? Voici, ils se trouvent par milliers de pages aujourd’hui dans Google : Daillé, Dubosc, Dumoulin, Saurin, etc…
            Spurgeon, c’est du 19ième ; et Monod, et Bersier, et Bonnet, ils n’ont rien dit eux ?
            Avec Bavinck on arrive au 20ième ; mais il me semble que des réformés français tout aussi jeunes que lui, sinon plus, ont alors écrit eux aussi des choses intéressantes : Lecerf, Doumergue, Léonard, Courthial, Berthoud etc. or curieusement, eux ne sont presque jamais cités.

            J’en conlus que même en l’absence de toute mauvaise intention, une motivation peu réfléchie de promouvoir systématiquement le néo-calvinisme américain, participe à la destruction de l’identité du protestantisme évangélique français. Mais, Dieu voulant, cela ne dépassera pas une certaine limite ; les nations finissent toujours par se réveiller, puisque c’est Lui qui les a voulues et qui les maintient.

          • Vous citez un exemple intéressant : Owen. Non, il n’y avait pas d’équivalent à cet auteur, même dans le monde anglophone à cette époque. Il est normal que l’on cherche à traduire ce théologien majeur dont l’influence se fait encore sentir aujourd’hui. Idem pour Bavinck, mais on pourrait tout aussi bien citer G.C. Berkouwer.

            N’allez pas trop vite à rejeter les anglo-saxons. Nous leur devons beaucoup, et depuis longtemps.

          • Matt Massicotte

            Sans oublier que les Huguenots ont eu un important apport à la réforme Belge (incluant les Pays-bas) et Anglaise. Beaucoup d’eux se sont réfugiés dans ces pays durant les persécutions contres les protestants en France.

            Bavinck avait peut-être même du sang Huguenot, qui sait 😉

  • Yendis

    En effet, ceux qui vous brandissent toute la liste des contradictions apparentes, afin de vous montrer que la Bible est fausse, sont des insensés, et essayer de leur prouver systématiquement leur erreur est certainement une perte de temps. N’est-ce pas là un cas où il ne faut pas répondre à l’insensé selon sa folie ? ^^

    Cependant, il est bon de pouvoir/savoir répondre à ce genre d’attaque. Car elle peut être « de bonne foi » si j’ose dire. Je pense par exemple à des gens qui se questionnent et qui cherchent, et non à des contradicteurs manifestes à qui il faut fermer la bouche avec amour 🙂

    Je pense que la clef essentielle se trouve dans la loi de non-contradiction :

    Mais qu’est-ce qu’une contradiction ? Une contradiction est l’affirmation « A » face l’affirmation « non-A ».

    La loi de non-contradiction stipule que « A » et « non-A » ne peuvent être vrais tous les deux, en même temps et dans le même sens.

    Ce que certains présentes comme des contradictions ne sont, en réalité, que des différences. Ce que nous devons chercher, et montrer, c’est qu’il ne s’agit pas de contradictions, mais de différences. (Qui permettent d’ailleurs de mieux comprendre le contexte)

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