5 raisons pour lesquelles je ne crois pas à la “théorie de la Galatie du nord“

Les experts en Nouveau-Testament et en études Pauliniennes se divisent sur l’identité des destinataires de l’épitre aux Galates :

  • Les premiers soutiennent la Théorie de la Galatie du Nord. Il s’agit de la position traditionnelle. Ceux qui y adhèrent pensent généralement que les églises de Galatie auxquelles Paul écrit sont situées dans le Nord de la province, et qu’il les a fondées durant son second voyage missionnaire (Actes 16:6).
  • Le développement des études pauliennes aux 19ème et au 20ème siècles a amené progressivement une majorité de spécialistes à adhérer à la Théorie de la Galatie du Sud. Dans celle-ci, le terme “Galatie“ fait référence au territoire qui inclut les villes d’Antioche de Pisidie, d’Icone, de Derbe, et de Lystre, c’est à dire les villes qui ont été évangélisées durant le premier voyage missionnaire.

Ce sujet, fortement débattu, a une importance significative. En effet :

  • Il a un impact direct sur la manière dont les voyages de Paul sont reconstruits.
    La carte ci-dessus, par exemple, a tendance à tracer les voyages de Paul selon une approche favorisant la théorie sudiste : lors du 2ème voyage missionnaire, c’est plutôt la Galatie du sud qui est traversée par Paul (Actes 16:6).
  • Il façonne la manière dont nous abordons la chronologie paulinienne.
    Dans la théorie sudiste, Galates devient la première épitre rédigée par Paul qui nous soit parvenue (rédigée autour de 49-50), tandis que selon théorie nordiste elle aurait été rédigée plus tardivement, pendant ou après le second voyage missionnaire. La datation de l’épitre aux Galates est un élément clé de la datation des voyages de Paul, de sorte que plusieurs lettres voient leurs dates de rédaction supposées être avancées ou retardées en fonction de la position retenue.
  • Il détermine de façon importante les présupposés exégétiques qui guideront l’interprétation de l’épitre.
    En fonction de la position adoptée, on comprendra différemment l’identité des opposants de Paul, le ton très spécifique et dur de ce dernier tout au long de la lettre (surtout dans les premiers versets du chapitre 1), ou encore l’identification des évènements décrits en Galates 1:15-2:14.
    Le point le plus important est que la théorie nordiste fait coïncider la rencontre apostolique de Galates 2:1-10 avec le concile de Jerusalem (Actes 15:1-30), tandis que la théorie sudiste y voit généralement une référence à la visite liée à la famine en Judée (Actes 11:27-30).

Chaque camp dispose d’arguments, que cet article n’a pas vocation à retranscrire. Une bonne introduction au Nouveau Testament vous permettra de prendre connaissance de l’étendue des débats.

Il me semble, pour ma part, que la théorie sudiste est la plus appropriée. Voici les 5 raisons principales pour lesquelles j’ai la ferme conviction que Paul s’adresse aux croyants des églises qu’il a fondé lors de son premier voyage missionnaire.

 

Argument 1 : le nombre d’indices dans le livre des Actes

Le livre des Actes fait référence avec beaucoup de détails aux lieux que Paul connaissait et qu’il avait visité dans  le sud, tandis qu’au mieux seuls Actes 16:6 et 18:23 pourraient éventuellement attester d’un travail dans le nord. Qui plus est, ces deux versets peuvent tout aussi bien s’appliquer au sud de la Galatie.

Compte tenu de l’importance de la lettre aux Galates et de la controverse à laquelle elle répond, il serait surprenant de ne pas retrouver d’information détaillée au sujet de l’implantation des églises destinataires.

 

Argument 2 : la collecte en faveur des croyants de Jérusalem

Paul mentionne dans sa première lettre aux Corinthiens la collecte en faveur des pauvres de Jérusalem, déclarant explicitement que les églises de Galatie y ont pris part (1 Corinthiens 16:1).
Luc fournit la liste des personnes ayant accompagné Paul pour remettre ces fonds (Actes 20:4), celles-ci étant les représentants des églises ayant participé à la collecte (Actes 16:3).
Dans cette liste, nous trouvons des personnes de Macédoine, d’Asie, et également de la Galatie du sud (Gaius de Derbe, et Timothée de Lystre). Mais personne ne semble représenter la Galatie du Nord.

Certains ont objecté qu’il n’est pas explicitement indiqué que le groupe d’Actes 20:4 avait pour mission de délivrer la collecte. C’est cependant l’hypothèse la plus probable.

D’autres ont fait valoir que cette liste pouvait être incomplète, attendu qu’il ne s’y trouve aucun Corinthien.
C’est oublier cependant que Paul semblait avoir des doutes sur la capacité des Corinthiens à se mettre d’accord (cf. 1 Corinthiens 1:11, 6:5-6, 11 :18-19, etc.), de sorte qu’il est tout à fait légitime de penser qu’ils n’ont pas pu le faire lorsqu’il s’est agit de choisir leurs délégués (1 Corinthiens 16:3).
Timothée avait été envoyé chez eux en partie pour veiller à la bonne organisation de cette collecte. Il a très bien pu se charger lui-même de joindre ces fonds à ceux des autres églises (si toutefois les Corinthiens ont bien participé à cette collecte).

 

Argument 3 : Barnabas

Paul fait référence à Barnabas en Galates 2:1, 9, 13, ce qui semble indiquer que les destinataires le connaissaient bien. Barnabas était le partenaire de Paul lors du premier voyage missionnaire, ce qui l’a conduit à visiter les églises du sud.

Si Paul avait établit ces églises durant son deuxième voyage missionnaire, il y a peu de chances que celles-ci aient pu avoir une bonne connaissance de Barnabas.

 

Argument 4 : la topographie de la Galatie

Elle semble être également en faveur de la théorie sudiste.
En effet, la partie Nord du pays était une zone montagneuse. Il est peu probable que Paul, malade (Galates 4:13), ait visité cette région difficile d’accès.

De la même manière, le livre des Actes nous montre Paul évoluant systématiquement le long des grandes voies de communication, et ne s’en écartant que très peu. Or, celles-ci traversaient la partie sud de la Galatie, et non le nord.

 

Argument 5 : le poids du concile de Jérusalem

C’est, à mon sens, l’argument le plus décisif. Tout au long de sa lettre aux Galates, Paul réfute de faux enseignants prêchant que les croyants d’origine païenne devaient observer la loi mosaïque pour être sauvés.

C’est suite à un problème similaire dans l’église d’Antioche que le concile de Jérusalem est convoqué (Actes 14:21-15:35). A ce stade, il faut bien comprendre la chronologie suivante :

  • si l’on adhère à la théorie sudiste, il est possible que l’incident de Galatie précède et celui d’Antioche et le concile de Jérusalem.
  • Si l’on adhère à la théorie nordiste, c’est alors impossible : les églises de Galatie ont nécessairement été fondées ultérieurement.

Lors du concile de Jérusalem, les apôtres et les anciens de l’église décident officiellement que les croyants d’arrière plan païen ne sont pas tenus de garder la loi mosaïque, et ils communiquent publiquement leur décision au moyen d’une lettre-décret (Actes 15:22-29).
Pour porter ce document à l’église d’Antioche, l’assemblée de Jérusalem envoie avec Paul et Barnabas deux délégués : Jude-Barsabas et Silas, “hommes considérés entre les frères“ (Actes 15:22).

Cette lettre était d’une importance capitale pour Paul, car elle mettait en évidence que les apôtres de Jérusalem prêchaient le même Evangile de la grâce que lui, et rejetait la fausse doctrine de ses opposants.

Quelques jours après l’arrivée du groupe à Antioche, Paul forme le désir de retourner voir les églises qu’il venait de fonder (Actes 15:36). Se séparant de Barnabas à cause d’un désaccord sur l’incorporation de Jean-Marc dans l’équipe, Paul prend finalement avec lui Silas, qui ne retourne pas à Jérusalem (Actes 15:37-40).

Pourquoi Paul était-il si pressé de retourner voir ces églises ? Actes 16:4 nous donne la réponse : il voulait montrer la lettre des apôtres de Jérusalem aux croyants de Derbe, de Lystre, et d’Icone, recommandant aux croyants d’observer les décisions qui y étaient indiquées.
Cette observation cadre parfaitement avec la théorie sudiste. Chronologiquement, les églises de Galatie auraient été victimes de ces “hommes venus de Judée“ (Actes 15:1), qui auraient ensuite également sévi à Antioche.
Paul aurait donc écrit la lettre aux Galates juste avant ou juste après l’incident d’Antioche, mais avant le concile de Jérusalem, pendant ou au retour de son premier voyage missionnaire.

Si malgré tout quelqu’un persiste à penser que Paul a écrit sa lettre pendant ou après son deuxième voyage missionnaire, et donc après le concile de Jérusalem, il lui faudra résoudre les difficultés suivantes :

  • Pourquoi le problème est-il apparu dans ces églises alors qu’elles auraient été fondées juste après cette décision du concile ? Si Paul les a implantées immédiatement après être repassé par Derbe et Lystre (Actes 16:6), alors cette décision toute fraîche aurait été l’une des premières choses qu’il aurait enseigné
  • Pourquoi ne parle-t-il pas de cette décision apostolique dans l’épitre aux Galates ? Un tel courrier aurait constitué un argument sans appel. Il est dès lors étonnant qu’il n’en fasse même pas mention.
  • Que penser de la présence de Silas ? Lui même accompagnait Paul lors de son deuxième voyage missionnaire. Il est mentionné comme co-auteur des deux lettres aux Thessaloniciens, dont nous sommes sur qu’elles ont été écrites en plein pendant le deuxième voyage missionnaire. Si Galates à été écrit durant cette période, dans ce cas : 1/ pourquoi n’est-il pas co-auteur, et 2/ pourquoi Paul ne mentionne pas son nom aux Galates ?
    Attendu qu’il était l’un des deux délégués envoyé pour communiquer le décret de Jérusalem, et que selon la théorie nordiste il serait l’un des fondateurs des églises de Galatie, il est surprenant que Paul ne mentionne même pas son nom aux Galates.

 

Ces cinq arguments sont les principaux pour lesquels je suis convaincu du bienfondé de la théorie sudiste.

Un sixième, touchant plus à l’affectif, me servira de conclusion : je préfère penser que Pierre et Barnabas ont usé d’hypocrisie avec les paiens avant que le concile de Jérusalem ne tranche définitivement (cf. Galates 2:11-14).
Il me parait impossible que ces deux éminentes figures de l’église primitive, et tous les autres croyants juifs avec eux, aient pu se comporter de la sorte après avoir pris position si clairement lors d’une assemblée aussi tumultueuse.

 

GB

 

 

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