4 questions à Deborah Prisk sur l’enseignement féminin, Instagram, et la prière

Je connais Deborah Prisk depuis quelques années maintenant. Aussi loin que je me souvienne, son ministère bienfaisant a toujours été associé à celui d’une Église locale (et pourtant, Deborah est complémentariste, tout comme nous le sommes sur Le Bon Combat). Alors qu’elle sera l’oratrice de la prochaine conférence Chrétiennes Engagées le 30 mars 2019, nous lui avons posé quelques questions

**

 

Guillaume Bourin (GB) : Bonjour Deborah. Question d’actualité (au moins pour moi, puisque je reviens d’un débat sur le complémentarisme/égalitarisme !) et qui revient souvent : depuis plusieurs années, tu travailles à plein temps pour une Eglise qui ne permet pas aux femmes d’accéder au rôle d’ancien ou de pasteur. Or, tu es une enseignante reconnue, preuve en est tu seras oratrice lors de la prochaine édition de « Chrétiennes engagées« . Comment parviens-tu à t’épanouir en ayant de tels dons sans pouvoir les exercer dans un rôle semblable à celui du pastorat ?

Deborah Prisk (DP) : Même si j’ai des amis chrétiens que respecte énormément qui ont des convictions différentes sur cette question, selon ma compréhension de l’Ecriture le rôle d’ancien ou de pasteur d’une Eglise est réservé aux hommes (ou plutôt à certains hommes qui sont reconnus par leur Eglise). L’exercice de l’enseignement d’autorité pour l’Eglise (qui s’exerce principalement dans la prédication dominicale, mais pas exclusivement) est aussi réservé aux hommes (voir 1 Tim 2.12), me semble-t-il.

Cependant la Bible n’exclut pas la possibilité qu’une femme ait un don d’enseignement qu’elle puisse l’exercer dans d’autres cadres, et si elle est mature, et vit d’une manière sainte, elle est même encouragée à exercer un tel don auprès d’autres femmes (Tite 2.3-4). Certaines personnes sont frustrées à l’idée qu’une femme ne puisse pas enseigner une assemblée mixte, pensant qu’il est dommage de limiter l’exercice de son don aux femmes. Pour moi, c’est plutôt l’inverse —c’est un grand honneur. Il y a, me semble-t-il, un enseignement que seule une femme peut apporter à une femme ; un homme ne pourrait pas le faire (même si l’enseignement des anciens est essentiel pour l’édification et la croissance de l’Eglise, hommes et femmes confondues — cf. Ephésiens 4). Quel grand honneur de pouvoir enseigner des femmes, et selon Tite 2.3-4, d’être qualifiée de manière particulière pour le faire !

CONSULTEZ >> Masculinité et féminité bibliques (série)

 

Inscriptions ici

 

 

(GB) : Tu seras donc l’oratrice de la prochaine rencontre de Chrétiennes Engagées, le 30 mars prochain (inscriptions ici). Peux-tu nous en dire plus sur ce que le thème « Lieu secret dans un monde de selfie » entend aborder ?

(DP) : Certains contemporains de Jésus étaient davantage préoccupés par le désir d’être vus par les autres que par leur relation avec Dieu. Deux millénaires plus tard, ce tableau ne semble-t-il pas familier ? Instagram, Snapchat, Twitter, Facebook : nos vies n’ont jamais été aussi visibles (du moins les parties de celles-ci que nous sommes prêts à montrer au monde !). Dans Matthieu 6.6, Jésus exhorte ses disciples à rentrer dans la pièce la plus retirée pour prier le Dieu qui voit ce qui se fait dans le secret. C’est une prière adressée à Dieu, qui se fait pour lui et non pour les hommes.

Le lieu secret, où nous sommes sans faux-semblants devant Dieu, semble nous échapper quotidiennement : distractions, vies débordées, manque d’envie, découragement à cause des prières non-exaucées… Lors de la conférence du 30 mars, nous aborderons ces questions dans un premier temps avant de se tourner vers le modèle de prière que Jésus nous donne : le Notre Père. Parfois cette prière nous est tellement familière que nous arrêtons d’être étonnés et interpelés par son contenu. Je n’en dirais pas plus, sinon il y aura trop de « spoilers » pour le jour J !

LISEZ >> Le Notre Père, une prière communautaire avant tout

 

 

(GB) : Vous allez sans aucun doute aborder le thème des réseaux sociaux, souvent omniprésents dans la vie des chrétiens et chrétiennes du 21ème siècle. As-tu un regard positif ou plutôt négatif sur ces médias ?

(DP) : Comme beaucoup de choses, ces médias sont, à mon avis, des outils moralement neutres qui peuvent être utilisés pour le bien ou pour le mal. J’ai des comptes sur Facebook, Instagram et Pinterest : je suis au bénéfice des trois, surtout pour rester en contact avec des proches qui habitent au loin. Mais il ne faut pas être naïfs quant aux tentations supplémentaires qu’ils ajoutent à notre vie : tentation de trouver son identité dans le nombre de likes que l’on reçoit, ou de se sentir exclu ou inférieur si on ne nous invite pas à telle ou telle fête, ou si l’on ne réussit pas à avoir le même look soigné et « instagramable ». Et ayant fait tombé mon smartphone dans une tasse de thé avant-hier, je m’aperçois que j’y suis plus addict que j’aurais osé l’avouer. Chaque chrétien doit décider pour lui-même quel sera son engagement avec les réseaux sociaux, mais j’encourage chacun à examiner ses motivations et ses tentations dans ce domaine à la lumière de l’Ecriture. Le livre « Génération Smartphone » de Tony Reinke est très utile pour se poser ces questions.

ÉCOUTEZ >> Comment le chrétien doit-il gérer les réseaux sociaux ?

 

 

(GB) : Donne-nous trois raisons de te rejoindre le 30 mars prochain pour la conférence Chrétiennes Engagées !

(DP) : La prière est une lutte pour beaucoup d’entre nous, en premier lieu pour moi. Mes trois raisons sont trois choses que nous prions en rapport avec cette journée ! Ainsi, qu’elle soit l’occasion pour les femmes :
1. D’être encouragées et exhortées par l’écoute de ce que dit Dieu dans sa Parole, la Bible.
2. De recevoir des conseils et des outils pratiques afin d’avoir une vie de prière plus riche : ateliers pratiques, outils proposés, achat de bons livres, échanges.
3. De rencontrer des femmes d’autres églises, s’encourager les unes et les autres et prier ensemble

 

 

(GB) : Merci Deborah !

 

 

 

Abonnez-vous au Bon Combat

Recevez tous nos nouveaux articles directement sur votre boîte mail ! Garanti sans spam.

Guillaume Bourin est pasteur de l'Église réformée baptiste de la Trinité, à Montréal (Québec, Canada). Il s'intéresse particulièrement à l'exégèse et à l'intertextualité de l'Ancien Testament, à la théologie biblique, et à l’ecclésiologie. Guillaume est titulaire de deux masters en théologie (M.Div., Th.M., Southwestern Baptist Theological Seminary, USA) et il est actuellement candidat au doctorat à l'Université d'Aberdeen (Ecosse).