12 raisons d’adhérer à la prédication textuelle suivie

J’ai souvent l’occasion de discuter avec de nombreux étudiants en théologie et des pasteurs à propos de la prédication.
Je constate avec plaisir que la prédication textuelle revient en force, mais est encore loin de convaincre tout le monde. Alors que dire de la prédication textuelle suivie !

Avant d’aller plus loin dans le sujet, il est important de savoir de quoi nous parlons :

Par prédication textuelle, j’entends un message construit sur l’étude d’un texte de l’Ecriture et non d’une thématique :
Le prédicateur  tente de faire ressortir l’intention de l’auteur s’adressant aux destinataires initiaux,  puis il démontre comment il s’adresse à nous et en tire des applications pertinentes pour ses propres auditeurs.

Par prédication textuelle suivie, j’entends une série de prédication sur un livre. Le but étant de prêcher le livre en entier, section par section afin de démontrer l’intention de l’auteur en replaçant le livre dans le contexte du méta-récit.

Le grand but de la prédication textuelle suivie : prêcher toute la Bible, livre par livre à l’Eglise.

Je voudrais ici exposer douze arguments en faveur de la prédication textuelle suivie. Je les classe dans deux catégories : les avantages pour l’Eglise, et les avantages pour le prédicateur.

 

Les avantages pour l’Eglise

 

1- Parce que l’Eglise a besoin de toute l’Ecriture (2 Tim 3. 16)

L’un des soucis des apôtres était que l’Eglise demeure dans la saine doctrine qu’ils avaient enseigné (1 Tim 4. 1-16). L’apôtre Paul rappelait aussi que toute l’Ecriture est indispensable à la transformation du chrétien. Si nous privons l’Eglise de certaines parties de la Parole, elle manquera d’enseignements essentiels à sa croissance.

 

2- Parce qu’a moyen terme, elle nous assure d’enseigner tout le conseil de Dieu à l’Eglise (Act 20. 26-27)

Paul mettait un point d’honneur à enseigner le conseil de Dieu dans son entièreté.  La prédication textuelle suivie permet de remplir cette mission en n’oubliant aucun des 66 livres du canon.

 

3- Parce qu’elle démontre la christocentricité de toute l’Ecriture (Jn 5. 39)

L’Evangile est une cause et une conséquence de la Bible“ (1)

En prêchant toute la Bible, livre par livre, nous allons pouvoir démontrer à l’Eglise que toute la révélation pointe vers Christ, directement ou indirectement, en l’annonçant, en préparant, reflétant ou résultant de l’œuvre de Christ. (2) Ainsi, nous magnifions l’oeuvre suprême de Jésus Christ croix et en démontrons sa centralité dans la vie chrétienne.

 

4- Parce qu’elle nous permet d’appréhender la révélation progressive du plan rédempteur de Dieu

Certaine personne assistent à des prédications depuis 20 ans… mais on toujours une vision de la Bible morcelée. Pour elles, c’est un puzzle de pleins de petites histoires. Cependant, la révélation est une. La Bible est une Histoire, pas une collection d’histoires. Dieu est le divin auteur de cette histoire.

La prédication de livre en livre va permettre à l’église de mieux comprendre le fil rouge et l’unité des Ecritures. Elle va développer la connaissance en théologie biblique de l’Eglise.

Comme le dit clairement Goldsworthy :

« La théologie biblique s’intéresse à l’interprétation de la dynamique du progrès de la révélation. Elle nous amène à étudier les liens qui unissent l’ensemble de la Bible à ses différentes parties. Au cœur de cet ensemble, c’est l’Évangile qui sert de fondement à l’interprétation. (…) La théologie biblique implique la quête d’une vision d’ensemble, d’un point de vue global sur la révélation biblique. La révélation biblique, de par sa nature même, raconte une histoire. Elle ne présente pas avant tout des principes abstraits. Certes, elle met en valeur des principes, mais elle le fait de manière concrète. Ces principes sont associés à un contexte historique, dans le cadre d’une révélation progressive. (…) La prédication, pour être en accord avec le projet de Dieu, doit régulièrement renvoyer l’auditeur à cette perspective. » [3]

Faire des séries de sermons va créer le lien entre toutes les pièces du puzzle et fera éclater la beauté du plan du Dieu de l’Histoire. Cela permet de mettre en valeur les fils conducteurs de la progression de la révélation, de comprendre l’apport théologique et historique de chaque livre au Canon en l’enseignant dans son contexte.

 

5- Parce qu’elle nous permet de mieux comprendre le développement de la pensée des auteurs inspirés 

Le meilleur moyen de lire un livre c’est de commencer par le début et de le lire jusqu’à la fin. Cela vous parait logique aussi ?

Le meilleur moyen de faire comprendre un livre de la Bible à l’Eglise est de l’enseigner du début à la fin. Le livre forme une unité et l’auteur biblique s’attendait à ce que le peuple s’approprie son message dans son ensemble. Prêcher un livre dans son entièreté permet d’enseigner l’église dans la même perspective que l’auteur inspiré.

 

6- Parce qu’on enseigne l’Eglise à lire et interpréter les Ecritures

Nous reprochons souvent aux chrétiens d’aller picorer des versets par ci par là dans la Bible pour se nourrir spirituellement. Nous enseignons que cela est dangereux à cause du risque de tordre le sens des Ecritures et parce que chaque livre a été écrit pour être lu dans son ensemble et dans son contexte.

Cependant, d’une certaine manière, quand nous prêchons dimanche après dimanche des textes (ou des thèmes) par ci par là dans la Bible nous donnons un signal contradictoire. Nous allons piocher ce qui nous parle, ou ce que nous pensons, nous, être utile pour l’Eglise. Nous picorons aussi de manière aléatoire, voir désordonnée.

La prédication textuelle suivie va éduquer l’Eglise à lire et interpréter chaque livre de la Bible dans son contexte historico-littéraire. Elle va aussi lui apprendre à la lire en recherchant la pensée de l’auteur. Cette méthode transmet aux disciples un bon modèle de lecture et d’étude des Ecritures pour leur méditation personnelle.

 

7- Pace qu’elle motive l’église dans l’étude de la Bible

Beaucoup de membres de nos assemblées diront qu’ils  savent ce que va dire le prédicateur au moment même où il monte en chaire. Sont-ils prophètes ? Peut-être. Mais il est plus probable que ce soit à cause des sujets « dada » des prédicateurs.

La série de prédication textuelle favorise à la foi la fraîcheur (toujours un nouveau texte), l‘anticipation « Nous verrons la réponse dimanche prochain, vous pouvez méditez ce passage suivant pour mieux en profiter » mais aussi de révision « Dimanche dernier nous avons vu que… ».

De plus, grâce aux podcasts, l’Eglise peut se constituer ainsi de véritables collections d’études de livre. Aussi, ceux qui ont manqué un dimanche peuvent écouter le message durant la semaine.

 

Les avantages pour le prédicateur

 

8- Parce qu’elle facilite sa préparation

Cela évite de tergiverser sur le choix de notre texte, il nous est imposé. Souvent les Eglises tournent avec un groupe de prédicateurs laïcs (en plus du temps plein). N’ayant pas nécessairement beaucoup de temps à consacrer à la préparation de la prédication, connaître des semaines à l’avance son texte permet d’anticiper son étude au mieux.

En outre, cela permet de gagner en efficacité. Il n’est pas nécessaire d’étudier à chaque fois la question du contexte historique, canonique, etc. Le cadre est posé pour la série, le prédicateur n’à que se concentrer sur son texte.

 

9- Parce qu’elle renforce sa formation continue

Etudier un texte qui s’impose à nous renforce l’exigence de la préparation.
Lorsque l’on se retrouve face à un texte qui, de prime abord, ne nous inspire pas grand chose, nous devons réellement passer du temps dans le phase exégétique – primordiale à une bonne prédication –  alors que sur nos sujets favoris, nous aurions tendance à prendre des raccourcis.

La prédication textuelle suivie impose donc la rigueur du travail herméneutique. Chaque prédication est un nouveau « challenge » pour le prédicateur. Ainsi, en étudiant avec sérieux son texte, il progresse entant qu’étudiant et enseignant de la Parole. Car ne l’oublions pas : un enseignant est un perpétuel étudiant.

 

10- Parce qu’elle permet d’éviter -peut-être- d’avoir à rougir (2 Tim 2. 15)

Selon Paul, un ouvrier qui n’a pas à rougir, est un ouvrier qui dispense droitement la Parole. Cela présuppose d’enseigner fidèlement à la saine doctrine, mais aussi de la transmettre dans son ensemble.
S’engager dans une prédication suivie est l’un des jalons que l’on peut poser pour s’assurer que l’ensemble du conseil de Dieu est dispensé à notre communauté.

 

11- Parce qu’elle n’exclue pas la direction du Saint-Esprit, au contraire !

Certains s’opposent à la prédication suivie car, selon eux, il faut être sensible à ce que l’Esprit nous met sur le cœur pour prêcher.
Effectivement, le Saint Esprit peut inspirer une conviction à propos d’un texte ou d’un thème qui doit être abordé dans l’Eglise. Cependant sous prétexte du Saint Esprit, se mettre en tout temps seul juge de ce que l’Eglise doit entendre ou pas, est-ce juste ? Cela peut se transformer en une sorte d’abus d’autorité spirituelle.

Qui peut se venter d’être au courant de tous les besoins de l’Eglise ? L’Esprit peut aussi nous conduire à aborder des sujets de la Parole grâce au programme de prédications qui toucheront profondément les gens. Nous en tenir à un projet c’est aussi faire confiance à la conduite de l’Esprit. Rien n’empêche que si un évènement spécial venait à se produire, nous pourrions interrompre la série pour faire un message approprié à la situation (baptême, décès, actualité forte…).

Si nous croyons avec A. Molher que  l’autorité de la Bible « ne veut ni plus ni moins dire que lorsque la Bible parle, Dieu parle », nous croyons aussi qu’à chaque fois que la Bible est enseigné le Saint Esprit œuvre dans l’Eglise. Il nous conduit et nous assiste dans la préparation et la transmission du message, mais aussi dans le choix de la prédication.

 

12- Parce qu’elle n’exclue pas d’autre manière de faire

Je ne suis pas dogmatique en matière d’homilétique. Le modèle ne doit pas rendre prisonnier les prédicateurs. On peut varier les longueurs de passage, même aborder un livre en le survolant. Prêcher trois ans sur le livre du Lévitique n’est peut-être pas nécessaire…

Enfin, entre chaque série on peut laisser la place à des prédications d’un autre genre, traitant de problématiques spécifiques ou des exposés doctrinaux (difficile, par exemple, d’aborder la doctrine de l’Enfer en ne se basant que sur un texte principalement).

 

 

 

RC

 

 

Notes et Références :

(1) L’Evangile et l’Ecriture, article de M. Bullmore, p. 70. Ed Clé / IBG
(2) B. CHAPELL, Prêcher, p. 322. Ed Exelsis.
(3) Goldsworthy, Christ au cœur de la prédication, p. 94.







Raphaël est marié à Marion avec qui il a 2 enfants. Ancien Educateur Spécialisé, il est étudiant en dernière année à l’Institut Biblique de Genève et pasteur stagiaire à l’ECE Grenoble. Il est aussi évangéliste associé à France Evangélisation.

  • Cal

    Super. C’est nécessaire et trop rare.

  • M

    3 ans sur le Lévitique 🙂
    plutôt sur Romains, ou plus sur certains passages controversés dans la première épître aux Corinthiens !!!

  • Tu parles au début de 13 arguments, mais le reste de l’article est passé à 12… 😉

  • J’ai corrigé pour Raph.
    Thanks.

  • Désiré Rusovsky

    Il manque au moins 2 autres bonnes raisons:

    13 Cela évite de rechercher ce que l’Esprit a à dire à l’église.

    14 Cela empêche la communauté de fonctionner selon les principes posés par Paul: “Que faire donc, frères? Lorsque vous vous assemblez, les uns ou les autres parmi vous ont-ils un cantique, une instruction, une révélation, une langue, une interprétation, que tout se fasse pour l’édification.” 1 Corinthiens 14:26.

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